dimanche 14 juin 2026

Claudie Gallay : Les jardins de Torcello

 Je ne pouvais pas passer à côté de ce roman qui se déroule à Venise et sur l'île voisine de Torcello. Jess est une jeune femme qui a connu un grand malheur dans sa vie personnelle et elle a quitté la France pour s'installer à Venise et , à Venise dans un quartier que je connais très bien et qui l'est cher: La Giudecca. Elle vit dans un appartement qui donne sur le Canal avec Venise  en face et elle gagne "petitement" sa vie en organisant des promenades pour touristes.

Un jour elle va visiter Torcello une des îles de la lagune, une île qui fut la première habitée par ceux qui bâtirent Venise et elle va être recruté par un avocat, Maxence, qui a besoin que l'on classe ses dossiers.

Le roman est l'histoire de cette relation singulière entre cet avocat, son amant , un domestique qui est un ancien client de l'avocat et une voisine une vielle dame qui survit dans cette ile désertée par ses habitants.

L'avocat et son ami ont un rêve recréer les jardins anciens depuis longtemps disparus et c'est l'occasion pour le roman de nous raconter les jardins de Venise.

Une partie du roman est aussi consacrée à l'examen des rapports de l'avocat avec ses clients et de son rôle de défenseur.

On assiste tout au long des pages à l'évolution des sentiments des protagonistes .

J'ai aimé parce que d'abord j'ai retrouvé Venise et beaucoup d'endroits que je connais mais aussi par ce que ce roman nous dit de ce qu'il faut pour défendre lorsque l'on est avocat.

lundi 8 juin 2026

André Brink: Une saison blanche et sèche.

Ce roman a été publié en 1973 et il a connu un très grand succès. Tout se passe en Afrique du Sud au temps de l'apartheid dont on sait les abus et les crimes. Un enseignant est révolté par la mort de Gordon , un noir qu'il employait et avec lequel il avait des relations très cordiales. Il avait même financer les études du fils de cet homme. Le malheur commence lorsque ce jeune noir est tué à la suite des émeutes de Soweto , tué ,non pas dans les manifestations mais tué par la police spéciale après avoir été torturé. Son père va se livrer à une enquête pour connaître les circonstances de la mort de son fils mais dans ce régime d'apartheid, raciste et violent il sera lui-même tué, après avoir été aussi torturé par la police.
L'enseignant est, évidement choqué par cet assassinat et ces tortures et le roman est le récit de sa lutte pour faire éclater la vérité.
Mais dans un régime de ce genre ce genre de lutte est quasiment impossible et cet enseignant, héros du roman, sera lui aussi victime d'un assassinat. L'intérêt du roman est de montrer comment de telles injustices peuvent être commises par la police, comment la Justice est complice et comment beaucoup des citoyens par lâcheté se détourne du combat de cet enseignant et , loin de le soutenir, font tout pour s'opposer à cette recherche de la Justice.
Ce combat détruit sa famille mais cet homme résiste car il a pris conscience de l'injustice fondamentale qui règne dans ce pays.
Nous avons à faire à un Juste courageux comme il s'en lève quelques fois au milieu de beaucoup de renoncements et de lâchetés.
Ce livre m 'a rappelé le très beau roman  de Lee Harper :Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur. Comme ce roman , une saison blanche et séche a été porté à l'écran.

lundi 1 juin 2026

Jack London : Martin Eden

 Après avoir vu un documentaire sur la vie de Jack London sur Arte je viens de terminer la lecture de Martin Eden. Dans sa préface Philippe Jaworski écrit qu'il ne faut pas voir dans ce livre une "autobiographie " de Jack London. Ce qui est sûr c'est que ce n'est pas qu'une autobiographie même si on y trouve beaucoup d'épisodes de la vie de l'auteur. C'est surtout un livre qui amène à réfléchir sur les déterminismes sociaux, sur la difficulté de changer de milieu social et c'est aussi un très bel hommage à la littérature et une très belle description de ce qui fait un véritable écrivain.

Dans la première  partie on à à faire à un jeune homme doué tant sur le plan physique qu'intellectuel mais

jeudi 6 novembre 2025

Laure de Chantal : Yourcenar avant les autres. Stock. 2025

 



Laure de Chantal, agrégée de lettres classiques, explique qu’elle a depuis son plus jeune âge, eu une relation particulière avec Marguerite Yourcenar. Son père, en effet, préparait une thèse sur l’écrivain et partageait ses découvertes, ses coups de cœur avec sa fille. Elle n’a cessé depuis de lire et de relire l’œuvre de Marguerite Yourcenar que visiblement elle maîtrise totalement.

Dans ce livre, elle raconte ce lien affectif et intellectuel au travers de lettre qu’elle adresse aujourd’hui à l’écrivain disparu.

Ce livre n’est pas une biographie même si des épisodes de la vie de Marguerite Yourcenar sont évoqués. C’est une promenade dans la vie, l’œuvre et les engagements de cet écrivain.

De nombreuses pages sont consacrées à ce goût des voyages qui a été celui de l’écrivain et qu’elle doit aux premiers voyages effectués avec son père Michel. Elle a, par la suite, fait toujours de longs voyages en train et en bateau n’ayant jamais pris l’avion. Elle était curieuse de l’ailleurs et elle pensait que l’on devait faire dans sa vie « le tour de sa prison ». Elle a voyagé jusqu’à ces derniers jours et avait en tête quelques autres voyages.

Malgré ce goût des voyages, elle s’est installée avec sa compagne Grace Frick dans un lieu éloigné de tout, dans l’île préservée de Mount Désert dans l’Etat du Maine ; et elle y a été retenue, une partie de sa vie, par la maladie de sa compagne.

C’est probablement dans ce lieu où elle menait une vie sobre et simple qu’elle a forgé ses idées écologiques, devenant une militante active de cette cause.

Elle sera également (mais cela va ensemble) un soutient de la condition animale. Il y a, d’ailleurs, à ce propos le rappel de quelques pages bouleversantes qu’elle a écrites sur les origines de cet amour pour les bêtes. (p. 249 à 252 ) Elle sera jusqu’à la fin de sa vie une militante très active de la protection animale. On lira la lettre émouvante qu’elle adresse à Brigitte Bardot au sujet des bébés phoques. ( p. 225 )

Le livre nous montre qu’elle a été aussi, à sa manière, une militante 

mercredi 17 septembre 2025

Mauriac et Camus de Jean Valère Baldacchino

En visitant le domaine de Malagar ancienne propriété de la famille Mauriac dans la lande Girondine j'ai trouvé à l'accueil ce livre paru récemment aux Editions Balland.

Lecture faite je suis un peu déçu par cet essai qui ne nous apprend pas grand chose , qui contient beaucoup de développements assez inutiles et qui ne permet aucune vue claire des rapports de François Mauriac et de Camus.

La première partie a consisté pour l'auteur à décrire les mécanismes de choix du prix Nobel de Littérature. On y apprend rien que l'on déjà lu et relu dans tous les journaux qui évoquent le Prix Nobel.

Puis l'auteur se livre à une comparaison entre les deux œuvres mais il le fait en décomptant le nombre de livres, de pièces de théâtres , d'essais comme si le nombre avait ,ici , un quelconque intérêt. Que Mauriac ait écrit de très nombreux romans alors que Camus n'en a écrit que deux ne nous dit absolument rien de l'importance de l'un ou de l'autre!

Pour le reste lorsque l'auteur aborde le fond tout dans ce qu'il écrit est assez banal et, enfin lorsqu'il nous livre une comparaisons schématiques de tous les prix Nobel qui ont été décernés à cette époque il y a ,là, du remplissage  plus qu'autre chose.

Livre décevant donc.

vendredi 29 août 2025

Sylvie Le Bihan : L'ami Louis

 Dans ce livre qui se présente comme un roman l'autrice nous raconte la vie de Louis Guilloux, écrivain connu ,qui a vécu toute sa vie à Saint Brieuc et son amitié avec Albert Camus.

Celle qui parle dans ce livre est, elle-même, originaire de Saint Brieuc ,la ville de Louis Guilloux mais elle a complétement rompu avec sa famille et est allé vivre à Paris puis en Angleterre. Elle songe a écrire sur ce conflit familial, un passé qu'elle ne connaît pas vraiment mais qui la mine. 

A Paris elle entre au service de Bernard Pivot et  est chargée de l'aider dans la préparation de son émission célèbre : Apostrophes. Bernard Pivot la charge notamment de la préparation d'une émission consacrée à Albert Camus et de  trouver pour cette émission des amis de l' écrivain . René Char décline et ne veut pas participer et l'oriente vers Louis Guilloux.

Elle nous raconte alors sa prise de contact avec Guilloux et la belle relation qui s'installe entre eux. Le roman est avant tout une évocation de la vie et de la personne de Louis Guilloux. C'est l'occasion de revenir sur la vie de ce milieu littéraire à Saint Germain des Prés et l'on croise beaucoup des écrivains de ce temps là, on assiste à leurs rencontres, aux débats qui agitaient ce temps.

C'est un très beau portrait de Louis Guilloux qui donne envie de relire cet écrivain. L'amitié de Louis Guilloux et d'Albert Camus est longuement décrite et l'on comprend combien ces deux écrivains se sont appréciés, eux qui venaient d'un milieu très modeste, Guilloux le fis d'un petit cordonnier et Camus le fils d'une femme de ménage .Ils étaient un peu en, dehors du cercle des intellectuels de Saint Germain des Prés.

Au total un beau roman ou s'emboitent la vie de la narratrice, la vie de Louis Guilloux et celle de Camus.

samedi 7 juin 2025

Hélène Gestern: Toi

 Ce petit livre ( 87 p.) que l'on vient de m'offrir est celui d'une écrivaine que je connaissais pas et qui a ,pourtant, publier de nombreux livres. Celui-ci est la réflexion de cet auteur sur sa relation aux animaux et plus spécialement à une chatte  persane prénommée "Mimi".

L'auteur analyse ce qui fait la relation que nous avons avec les animaux et, ici, notamment les chats et son analyse psychologique est très fine. Elle montre, mais certains l'ignorent -ils, que la relation avec un animal, ici un chat mais cela pourrait être dit de la même façon pour un chien, a une faculté d'apaisement extraordinaire. On s'en rend compte et ,de plus en plus ,aujourd'hui, des animaux aident les malades ou les personnes âgées et sont admis dans les lieux de soins ou de retraite.

L'essentiel du propos est consacré à la survenance de la maladie chez "Mimi" ,un diabète sévère et la difficulté (assumée) des soins journaliers , des piqures matin et soir, et d'une forme de renoncement aux autres intérêts de la vie. Cela m'a fait penser à une amie qui pendant des années a, elle aussi, piqué matin et soir sa chatte, qui d'ailleurs avait fini par venir réclamer sa piqure.

L'auteur nous livre la réaction de l'entourage ,amis et famille, faite soit de compréhension  et d'aide soit d'étonnement. Après tout cela n'est qu'un animal!

L'auteur évoque aussi l'attachement qui a été celui de beaucoup d'écrivains à leur chat qui serait le compagnon des poètes et des écrivains.

Voilà un livre , bien  écrit, qui plaira aux nombreux amoureux des animaux.



mardi 27 mai 2025

Hamid Grine: Sénac et son diable. Enquête

Hamid Grine est un écrivain algérien qui a été journaliste, deux fois Ministre et qui écrit plusieurs livres concernant des écrivains Français.
Originaire de Biskra il s'est intéressé à André Gide qui a fait plusieurs séjours dans cette ville et dont il nous dit qu'il lui a appris à mieux voir et apprécier sa ville natale.
De même il a écrit sur Albert Camus qui a ,aussi, révélé aux Algériens la beauté de leurs pays dans ces textes inoubliables sur Tipaza et Djemila.
Dans le présent ouvrage qu'il présente, a raison, comme une enquête il s'intéresse à la mort de Jean Sénac. Il connaît bien l'œuvre de ce poète qu'il admire et revient sur sa mort, assassiné dans son logement de la rue Elysée Reclus .
Sur cette mort, survenue en 1971 a circulé , très vite après des thèses suggérant que Jean Sénac aurait été assassiné pour des raisons politiques soit par le pouvoir soit par les islamistes parce qu'il était indésirable en raison notamment de ses mœurs et parce qu'il parlait haut et fort et très librement et qu'il était devenu très critique sur l'évolution du pays.
Cette analyse avait été , ensuite , reproduite systématiquement par tous les biographes de Sénac.
Hamid Grine s'est livré à une enquête minutieuse, il a rencontré des protagonistes et des personnes qui connaissaient la vie de Sénac et il parvient à la conclusion que cet assassinat est une affaire de mœurs liée à l'homosexualité du poète.
Est-ce que l'auteur nous convaincs et enlève toutes les zones d'ombre?
En réalité il y a , dans cette enquête, de tels rebondissements et notamment son entretien avec celui qui fut présenté comme l'assassin de Sénac que l'on en vient à ne plus savoir vraiment (la saura t-on un jour)quelle est la vérité.
Son analyse est, cependant, tout à fait crédible et , dans l'avenir, on ne pourra pas se contenter des analyses qui prévalaient jusqu'alors.
Il n'en reste pas moins que Jean Sénac restera pour toujours celui qui a participé à la guerre d'indépendance, qui croyait à une Algérie ouverte et plurielle et  qui en a été exclu: privation de son emploi, refus de la nationalité; Sur ce refus de la nationalité il y a plusieurs pages et les politiques de l'époque n'en sortent pas grandi. C'est le moins que l'on puisse dire.
Le livre est également captivant car il fait bien revivre cette période et  nous y voyons le monde politique te le monde intellectuel de l'époque.
C'est aussi l'occasion pour l'auteur de revenir longuement sur la relation de Jean Sénac avec Albert Camus et avec le milieu littéraire de l'époque.

jeudi 10 avril 2025

Xavier Le Clerc : Le pain des Français.

Xavier Leclerc a publié il y a quelques années  un livre très fort, très émouvant en hommage à son père, algérien, immigré en France. Xavier Leclerc est un admirateur de l'œuvre d'Albert Camus et ils utilisait dans ce livre des éléments tirés des enquêtes de Camus lorsqu'il était journaliste à Alger Républicain sur la "Misère en Kabylie" cette région dont son père était originaire. Une nouvelle fois je recommande la lecture de c

.beau livre.   https://jpryf-actualitsvoyagesetlitterature.blogspot.com/2022/09/xavier-le-clerc-un-homme-sans-titre.html

Voilà que dans un roman qu'il vient de paraitre: "Le pain des Français"  il aborde la question des crimes commis par la France lors de la conquête de l'Algérie. Il le fait de manière originale, cruelle et émouvante en racontant l'histoire de Zohra dont seul subsiste un crâne déposé avec , hélas, beaucoup d'autres dans les sous-sols du Musée de l'Homme au Trocadéro.

En examinant , en s'adressant à ce crâne, en  nouant un dialogue entre  le destin si cruel de cette petite fille et  lui-même l'auteur nous fait passer du passé au présent.

A l'heure où une déclaration du journaliste Apathie sur les crimes de la France en Algérie a entrainé de nombreuses réactions, il est bon de lire ce roman qui donne vie à une partie de ces  crimes et qui derrière des faits bruts et des statistiques nous oblige a voir l'histoire en  face. C'est un roman mais il est étayé par de nombreuses études historiques, par des mémoires des participants à ces crimes.

Je dois dire que je connaissais cette histoire de crâne conservés et dont la restitution à l'Algérie est en discussion, mais c'est une chose de connaître la question et une autre de la voir prendre chair ,si l'on peut dire, dans une évocation romanesque.

On a beau savoir que l histoire est tragique et que les hommes ont commis des abominations on reste stupéfait face a ces comportements,emanant parfois d hommes cultives.

La réconciliation est possible car l'on ne peut tenir pour responsables les hommes et les femmes d'aujourd'hui des agissements de meurs aïeux. Mais cette réconciliation ne sera possible que par la connaissance de l'histoire et de ses crimes et par la reconnaissance de ces abominations.

L'histoire ,quant à elle , peut être mieux comprises par la littérature ,la fiction (basée sur des faits réels) car elle est source d'émotion ,elle fait appel à la sensibilité et comme le disait le Petit Prince "On ne vois bien qu'avec le cœur ".

L'auteur au cours de sa réflexion revient sur son propre parcours que nous avions déjà compris dans son précédent ouvrage et il tente de rapprocher son destin et celui de cette petite fille, ce crâne du Musée de l'homme.

Encore un roman à lire. Après sa lecture on ne peut rester le même.

mardi 8 avril 2025

Jean Noel Pancrazi: Quand s'arrêtent les larmes.

Et voilà un nouveau livre de Jean Noel  Pancrazi: Quand s'arrêtent les larmes qui vient de paraître chez Gallimard.

J'ai presque tout lu de cet auteur dont j'admire le style et la sensibilité à fleur de peau. Trois  grands thèmes dans son œuvre: l'enfance en Algérie (Madame Arnoul, La montagne, Renée Camps, Je voulais leur dire mon amour) sa famille au retour d'Algérie à Perpignan: (Long séjour,), son homosexualité ( Les quartiers d'hiver, Les dollars de sable).

Dans ce dernier livre il revient à la fois sur l'enfance en évoquant sa petite sœur et ses propres amours le plus souvent dans des pays éloignés et souvent avec des jeunes gens pauvres. On retrouve donc les différents éléments figurants déjà dans ces récits antérieurs.

Le point de départ de ce livre est la maladie de sa sœur atteinte d'un cancer et qu'il vient rejoindre à Perpignan où elle vit et , comme toujours dans les livres de Jean Noel Pancrazi on retrouve cette émotion qui traverse tout le récit lorsqu'il évoque cette petite sœur aimé affrontant l'épreuve de la maladie et l 'évocation de ses amitiés lointaines. C'est un très beau portrait de sa sœur, une jeune femme déterminée, active, soucieuse des autres et qui s'engagent avec générosité. Il y a beaucoup de pages absolument bouleversantes et pour compléter cette courte analyse je ferais prochainement la lecture de quelques pages qui vous donneront , je pense, encore plus l'envie de lire cet auteur.

lundi 10 mars 2025

Jean Pélégri: Le maboul

 Je viens de terminer la lecture du Maboul de Jean Pélégri après avoir lu et aimer :Les oliviers de la justice. Ce roman est très différent même s'il se passa aussi dans la campagne, dans ce milieu de l'agriculture et des petits colons. 

Tout le roman est le soliloque de Slimane qui raconte sa vie de pauvres ouvrier agricole et, ce faisant, celle des innombrables ouvriers dans ce domaine.

Ce roman est d'abord un exercice difficile et pourtant très réussi de style car l'auteur fait parler Slimane tout au long du roman dans une langue particulière, à la fois pleine d'erreurs, mais aussi de trouvailles , d'idées particulières, d'expression très imagée. On comprend de que Slimane veut dire mais il le dit à sa manière et tenir ce style tout au long d'un roman de prés de 200 pages est une réelle prouesse.

Le roman est un peu policier car Slimane a tué un homme et il ne sait pas très bien pourquoi. C'est un maboule c'est à dire quelqu'un d'un  peu dérangé mais pourquoi est-il dans cet état?

Le tout se déroule dans une exploitation agricole pendant la guerre d'Algérie et l'atmosphère est fort bien rendu. Il est vrai que Jean Pélégri était un agriculteur, fils d'agriculteur. (Voir les Oliviers de la Justice)

André le propriétaire  et Slimane se connaisse depuis longtemps. Ils discutent souvent ensemble et il y a des discussions émouvantes lorsqu' André parle de son fils Lakhdar à Slimane. Ce fils fait la guerre en France et sur une grande carte André montre régulièrement à Slimane où se trouve son fils. 

Ils sont vieux tous les deux, la vie a passé et bientôt ce domaine pour lequel ils ont tant donné, l'un et l'autre, va probablement disparaitre. On songe a des scènes de Tchekhov. (Oncle Vania et la cerisaie ).

L'atmosphère de la période de la fin de la guerre est fort bien rendu.

lundi 3 mars 2025

Jean Pélégri : Les oliviers de la justice

 Ce roman a été publié par Jean Pélégri en 1959 et je le découvre qu'aujourd'hui. C'est une très belle découverte d'un romancier Algérien qui fut un juste.

Le roman se situe en 1955 alors que la guerre d'indépendance vient de commencer et que le père de l'auteur est en train de mourir. Tout le début du roman est l'évocation de cette mort d'un père respecté et aimé qui fut un des ces agriculteurs pionniers qui défrichèrent et assainirent à force de travail ce qui deviendrait la belle région agricole de la Mitidja. 

C'est l'occasion pour l'auteur de se souvenir de son enfance , de son adolescence , de la naissance de son amour pour cette terre. Dans ces évocations de la jeunesse et de l'admiration pour son père  on pense aux souvenirs de Pagnol dans la Gloire de mon père.

Le roman m'a plu car il évoque des endroits que j'ai bien connu. La ferme des Pélégri était situé pas très loin du petit village colonial où ont vécu mes grands parents maternels: Le Fondouk. La description des paysages que l'auteur fait avec talent me renvoi à mes propres souvenirs et à mes propres impressions. 

De même lorsqu'il évoque ses pérégrinations d'adolescent dans l'Alger d'autrefois je m'y retrouve totalement et lors de mon dernier séjour à Alger j'ai suivi ces itinéraires.

Mais ce roman n'est pas qu'un livre de souvenir il est une réflexion sur le sort fait aux Algériens. Dans la famille Pélégri on travaillait avec les Algériens mais on allait plus loin car se créaient des liens de fraternité profonds et un respect et une admiration pour la culture de cette population et tout cela est bien rendu dans le roman.

Le roman se passe en 1955. les Algériens et les pieds noirs ont connu, très peu d'années avant, la fraternité d'armes. Les Algériens se sont montrés courageux et ont défendu la France avec bravoure. Or bien loin d'en être reconnaissant on les a traités avec une grande injustice  qui révolte Jean Pélégri. Il pousse un cri  émouvant contre cette injustice.

Le roman nous amène à réfléchir à nouveau sur l'injustice coloniale qu'il décrit très bien et à un moment il a cette formule:

"Ce que je comprenais pas, c'est que, d'abord, pour qu'un paysage devienne un pays, il ne suffit pas qu'il soit beau. Encore faut-il que tous les hommes s'y sentent égaux."

Jean Pélégri a dédicacé son roman  un poète Jean Sénac et tous deux, mais aussi Camus partageaient cette espoir d'une Algérie plurielle et libre. On sait ce qu'il en est advenu. Sans doute ,  contrairement à eux, Camus n'a pas pu envisager l'indépendance du pays mais il a , comme eux, contester le colonialisme et il aurait adhéré pleinement à ces rêves de fraternité qui court tout au long de ce très beau roman.


lundi 17 février 2025

Jean Pélégri: Ma mère l'Algérie

 Pour ce livre de Jean Pélégri paru pour la première fois en 1989 je ne vais faire aucun commentaire mais je vais me contenter de citer un passage du livre et ,j'en suis sûr, il vous donnera le ton général de ce récit et vous donnera envie de le lire.

Le passage , le voici (p. 51 et s.)

"Il y a une tragédie, selon le mahatma Gandhi quand les uns n'ont pas tout à fait tort et les autres pas tout à fait raison. La guerre civile est une de ces tragédies. En particulier quand elle concerne l'avenir et le destin des vôtres et de votre communauté. Pour trancher ce genre d'affaires, pour choisir, la parole  militante, le discours idéologique ne suffisent pas . Et encore moins les propagandes toujours douteuses. On a besoin pour comprendre, pour trancher, d'intercesseurs modestes, de messagers à la parole sincère qui vous fasse comprendre l'injustice sans mettre en cause la dignité des vôtres - afin que l'adhésion ne soit pas simplement un acte intellectuel abstrait et plus ou moins gratuit mais qu'elle vous engage tout entier. Sans trahison des vôtres, sans reniement de ce qui vous est cher. 

Cette parole juste, je l'avais trouvé dans  Bokhala et dans mes anciens compagnons d'armes algériens. Je l'avais déjà trouvée, élaborée, dans les livres de Roblès, Mammeri et Feraoun. Dans les poèmes de Jean Sénac, dans le vautour de Kateb Yacine, dans le roman de Dib La Grande Maison, qui m'ouvrit l'oreille et qui m'aida à trouver le ton qu'il fallait pour faire parler les hommes et les femmes d'Algérie. Mais la parole juste, douce, subtile, dont j'avais besoin, je l'ai trouvée dans une vielle femme algérienne, du nom de Fatima, qui surgit dans ma vie au moment voulu. Au tout début de la guerre d'Algérie. Une vielle femme illettrée. Mais l'on sait ce qu'il est dit dans le Coran  de l'illettré.

Un jour comme les autres, elle se présenta pour demander du travail. Nous n'en avions pas la nécessité, mais je ne sais pourquoi, à cause de son regard et de sa dignité, nous l'engageâmes pour une heure ou deux par jour. Et c'est ainsi que nous nous sommes mis à parler avec elle, chaque jour en prenant le café ,où pendant qu'elle berçait dans ses maigres bras mon fils encore enfant. Malgré son français maladroit, elle avait sur toutes les choses, sur la vie, la vieillesse , l'amour maternel, la guerre, des jugements  qu'aurait pu envier le plus savant des moralistes, des images saisonnières  où intervenaient tout naturellement la lune , le figuier, le jasmin, le lilas. Et je l'écoutais ému, émerveillé. Chaque jour surpris par ses trouvailles et chaque jour étonné par cette simple et profonde sagesse.

C'est ainsi qu'elle nous apprit, par un détour, que son unique fils avait été tué au maquis pendant des combats. Nous montrant un avion de chasse, elle dit :"Regarde là-haut cette montagne. regarde cet avion qui passe...mon fils aussi l'a regardé!" Et elle ajouta, lointaine, "Quand Dieu te donne un fils, ce n'est pas pour l'enterrer!" Et là j'ai compris à qui elle pensait quand , avec un sourire lointain, elle berçait mon fils entre ses bras en lui chantant une berceuse arabe.

Ainsi, par elle, par ce sourire, par ces paroles douces et subtiles qui ne mettaient pas en cause la dignité des miens, j'ai franchi, sans déchirement, des obstacles qui pouvaient paraître insurmontables.

J'ai compris, parce que je l'aimais, que le racisme n'était qu'une simple et fragile barrière de roseaux.

J'ai compris, jour après jour, sans heurt et sans fracas, le sens du combat du peuple algérien, l'autre côté et l'autre nom des choses, l'autre nom de Dieu. Et sous ses yeux je me suis mis, chaque jour, à apprendre l'écriture arabe et à tracer mes premiers signes. Avec le plaisir de l'enfant qui transforme des sons familiers en lettres- et aussi l'émotion de l'entendre doctement corriger ma prononciation défectueuse. Un apprentissage qu'elle suivit avec attention, à la fois amusée et fascinée- en me demandant parfois d'écrire, sur un petit bout de papier, une phrase sur sa petite-fille Dhalila. Et j'écrivais en signe arabe, de droite à gauche, en m'appliquant: "Dhalila est une. Cela fait, en élève docile, je lui tendais le bout de papier qu'elle regardait un instant, comme si elle savait lire, en murmurant une ou deux fois la phrase arabe. Et qu'après l'avoir plié elle glissait ensuite, comme un talisman, au creux de sa maigre poitrine. En me remerciant avec un sourire heureux que je vois toujours."





samedi 15 février 2025

Walid Hajar Rachedi : Albert Camus Non à la divison

 Walid Hajar Rachedi , un jeune écrivain Algérien vient de publier aux Editions Actes Sud Jeunesse un livre consacré à Albert Camus un écrivain qui l'inspire. Ce livre a pour titre : Albert Camus: Non à la division et il comporte deux parties clairement distinctes y compris sur le plan typographique. La première partie extrêmement émouvante part de ce jour où Albert Camus apprend que le Prix Nobel de Littérature lui est décerné. L'auteur sait décrire avec un grand talent les réactions d'Albert Camus à cette nouvelle. Il évoque ensuite à la fois avec une grande précision , une grande clarté ce que l'on a appelé l'incident de Stockholm c'est à dire l'interpellation par un jeune Algérien sur sa position sur la question Algérienne. C'est la première fois que je vois décrire cet épisode  qui a été exploité de manière abusive  et , en réalité, malhonnête par certains intellectuels de l'époque. Il évoque aussi très bien ce moment de l'appel pour une trêve civile.
L'auteur met en scène ce jeune Algérien et l'on retrouve le récit bouleversant (déjà rendu public par José Lenzini) de ce jeune allant à Paris pour rencontrer Camus, apprenant par Jules Roy qu'il vient de décéder et qui se rend sur la tombe de l'écrivain à Lourmarin.
Je crois que ce livre fait justice et je m'en réjouis, de toutes les polémiques nées de ce moment à Stockholm.
La deuxième partie ( moins romanesque) nous rappelle tous ceux dans l'histoire récente qui   ont  œuvrés paour éviter  la division des peuples ayant subis une grave crise, une grande tragédie. Ce livre n'a que 80 pages mais il est très dense et je le conseille absolument aux amateurs d'Albert Camus et de son oeuvre.

samedi 1 février 2025

Sandrine Collette: Madeleine avant l'aube.

 Ce roman paru en 2024 a connu un très grand succès et a obtenu le Prix Goncourt des Lycéens. J'ai aimé  Houris le roman de Kamel Daoud qui a lui obtenue le Prix Goncourt. Si j'avais été juré j'aurai attribué ce prix à ce roman.

C'est un livre très dur. Je me suis demandé si j'avais déjà lui un livre d'une telle dureté. Je n'ai rien trouvé dans mes souvenirs. Mais toute cette dureté nous est donnée dans un style magnifique.

Le roman se déroule dans une petite région rurale à une époque (heureusement lointaine) où la vie des paysans était d'une très grande dureté, dominée par des seigneurs qui leur prenaient l'essentiel et victimes du climat qui, certaines années, les laissaient sans récolte et les conduisaient à la famine.

Le roman évoque une famille dans trois fermes isolées, séparées du bourg et qui voit apparaître ,un jour , une fille des bois qui a ,sans     doute perdu ses parents et s'est élevée seule au milieu des bois: une sauvageonne au caractère bien trempé . Elle sera adopté par une famille mais entre famines et viols par le fils du seigneur sa vie ne sera qu'une longue suite de malheurs jusqu'au drame finale.

L'auteur Sandrine Collette  qui vit dans une région âpre a étudié les documents sur les famines dues, pour l'essentiel ,  au climat et qui ont entrainé des morts. Ces paysans sont confrontés à un travail harassant, au froid et au gel, aux aléas du climat qui supprime certaines récoltes, à la faim. On se demande comment ils résistent.

Il y a l'instinct de survie, une forme d'acceptation du sort mais aussi le lien familial qui aide à supporter l'insupportable.

On ne sait plus ,aujourd'hui ,à quelles difficultés, à quelles misères ont été confrontés certains paysans à ces époques et ce roman nous invite à mesurer les progrès réalisés, non que tout soit parfait, loin de là, mais on ne connaît plus la dureté de ces temps que l'a a peine à imaginer.

dimanche 26 janvier 2025

Les Baladins du Lac



                                  

                                                 

                                                                      
                                                                
                                                     

        
J'ai assisté , hier soir, au Théâtre du Centre Alexis Peyret à Serres-Castet à la représentation  de la Destinée d'un Roi ,une pièce de François Allagard   et donnée par une troupe d'amateurs originaires pour la plupart de Morcenx: Les Baladins du Lac.
Cette pièce est consacrée aux états d'âme et aux réflexion d'un Roi dépassé par les évènements et par les problèmes de son royaume et qui se livre tout au long de la pièce à des monologues et des dialogues avec des membres de sa Cour. C'est un rôle tés long. Le Roi est présent tout au long de la pièce.
Autour de lui ,bouffon, serviteurs ,militaires et membres de la Cour lui donnent la réplique.
L'originalité de cette pièce est que l'auteur y insère, tout au long, des références à de grands auteurs classiques. C'est ainsi qu'on peut y rencontrer Victor Hugo, Shakespeare ,mais aussi Lewis Carole et Cervantes et son Don Quichotte. Le spectateur peut jouer à retrouver ces références.
Il y a , aussi , dans la pièce des bals et des danses et la troupe a eu l'heureuse idée de faire appel pour certaines danses à de jeunes handicapés qui, visiblement, prennent plaisir à danser sur scène.
Enfin les entrées sont reversées a une association d'aide au développement en Afrique.
Au total un beau spectacle par une troupe nombreuse  et dont l'entourage a tout fait: les décors, la lumière et les costumes. Bravo.

jeudi 12 décembre 2024

Les romans de Boualem Sansal

 Les éditions Gallimard ont publié dans la collection "Quarto" des romans de Boualem Sansal publiés par lui dans les années 1991-2011.

Je viens de relire deux de ces romans: "Le serment des barbares" et "Le village de l'Allemand" et je dois dire  que les ayant lus il y a quelques années j'avais oublié leur force et les critiques féroces qu'ils portent sur l'Algérie Indépendante et sur l'Islamisme. IL est clair que ces livres ont dû faire du mal aux autorités Algériennes en montrant la dérive du pouvoir et aux islamistes dont il met clairement  en évidence et de manière indiscutable l'idéologie criminelle qu'il rapproche dans son raisonnement du nazisme et de ces crimes.

Le pouvoir Algérien vient, en l'emprisonnant de manière totalement arbitraire et ne le privant d'une défense libre, de montrer que ce qu'écrit Boualem Sansal est la vérité.

Le "Serment des barbares"  est un livre difficile, un peu trop touffus et si l'on voit bien la critique du pouvoir Algérien on a du mal à comprendre tout ce qui s'y passe. 

Par contre j'ai beaucoup aimé "Le village de l'Allemand" qui est un récit très prenant qui revient sur ce que l'Allemagne hitlérienne a fait subir aux Juifs et à quelques catégories de population et il montre bien ce que ces faits ont d'unique, d'inimaginables et d'impardonnables. Le roman cite et prend appui sur le beau texte de Primo Levi Si c'est un homme.

Le roman nous décrit , ensuite , l'emprise de l'islamisme dans les banlieues et il en souligne la caractère insidieux et très grave. Comment- ne pas l'approuver et son parallèle entre le nazisme et l'islamisme pourra paraître excessif à certains mais je crois, qu'en réalité ces deux idéologies ont très exactement le même ressort, les mêmes mécanismes et le même danger.

Ce "Village de l'Allemand" devrait être lu et relu et notamment par tous les irresponsables qui ont des indulgences envers l'islamisme.


Dans « Rue Darwin » Boualem Sansal revient sur sur son enfance et sa jeunesse et ce roman, en grande partie autobiographique revient sur une enfance singulière, difficile à digérer et, il est probable, que cette partie de sa vie explique qu’il soit devenu un écrivain.

Le roman commence à la mort de son père, ce père riche, dandy qui jouissait de la vie, seul héritier d’une femme très riche (la plus riche d’Algérie) qui possédait des propriétés et des entreprises non seulement en Algérie mais aussi en France et en Suisse.

Le narrateur, seul héritier désormais de cette femme, est pris en charge par cette dernière qui l’enlève à sa mère.

Quelques années plus tard sa mère le reprendra et il ira vivre avec elle Rue Darwin dans le quartier Belcourt à Alger.

Là il mènera une vie très pauvre avec ses demi-frères et sœurs.

Plus tard au moment du décès de sa mère à Paris, entouré de ses frères et sœurs il ressent le besoin de revenir Rue Darwin et de comprendre la singularité de sa vie.

Il va apprendre et nous avec lui que la femme qui vient de mourir n’est pas sa mère et que sa vraie mère est une femme qui vivait chez sa grand-mère et , enfin qu’il a une frère, un enfant qu’il considérait comme un ami dans son enfance.

Vous voyez que tout cela était bien compliqué pour un jeune enfant qui ne savait pas mais qui devait sentir la singularité de la situation.

Dans ce roman l’auteur nous fait traverser l’histoire d’Alger à la période où il vécut Rue Darwin.

 

 

 

 

 


dimanche 8 décembre 2024

Albert Camus; Actuelles IV

Ce quatrième tome de la série des Actuelles d'Albert Camus a une histoire tout à fait singulière qui nous est racontée à la fois dans l'avant-propos de Catherine Camus et dans la très intéressante préface de Vincent Duclert un des meilleurs spécialistes de Camus, dont j'avais particulièrement  "Camus ,du pays des libertés".
Tout part d'un petit dossier trouvé à Lourmarin et qui était le plan et les textes que Camus souhaitait publier au moment de sa disparition. Il travaillait donc ,à ce moment, à la fois au Premier Homme qui paru longtemps après sa mort et à la réunion d'articles , de discours , de lettres qu'il souhaitait réunir et publier dans Actuelles IV.
Catherine Camus et ceux qui l'ont aidé font finalement paraître ce livre plus de soixante ans parés sa disparition et c'est une très heureuse initiative car beaucoup de la pensée de Camus se trouve là dans ce livre qui porte en sous-titre : " Face au tragique de l'histoire". On pourrait penser que ces textes sont dépassés, les temps ayant changé. Ce n'est pas du tout le cas et le lecteur y découvrira de nombreuses grilles de lectures pour les temps présents., dans ce style magnifique de l'auteur.
On y trouve de nombreux textes ( souvent des discours) concernant la guerre d'Espagne et la lutte contre les franquisme et ses crimes mais aussi concernant les crimes commis à l'Est et devant lesquels de trop nombreux intellectuels en France et en occident se montraient soit aveugles soit complaisants. IL est bon de relire ces textes au moment où le monde est , de nouveau, confronté au tragique et à la guerre.
Dans un texte intitulé Poznan il écrit : "Depuis quelques mois, un mythe s'écroule irrésistiblement devant nos yeux. Nous connaissons aujourd'hui ma tristesse d'avoir eu raison en refusant de considérer les régimes de l' Est comme révolutionnaires et prolétariens. Tristesse en effet; qui se réjouirait d'avoir eu raison en annonçant que des millions d'hommes souffraient véritablement de misère et d'oppression? Aujourd'hui la vérité, la terrible vérité éclate, le mythe vole en éclats. Mais nous savons que ce mythe pendant des années a perverti les consciences et les intelligences européennes. Même devant l'éclat du jour, ces aveugles diront encore qu'il fait nuit. Ils le diront plus malaisément aujourd'hui. Les ouvriers de Poznan viennent de porter le dernier coup à une mystification longtemps triomphante, longtemps cynique. Il ne peut plus y avoir d'aveugles, ou naïfs, aujourd'hui ,autour de cette déchéance. IUL ne peut plus y avoir que des complices."  ( p. 116).
On trouve aussi , dans ce livre trois lettres très émouvantes d'une jeune Hongroise qui écrit à Camus la façon dont il est lu dans ce pays par la jeunesse et le réconfort que l'écrivain apporte à cette jeunesse sous le joug soviétique dans ses efforts pour se libérer. Vous lirez aussi la réponse d'Albert Camus chaleureuse et forte à cette jeune fille.
Camus nous emmène à réfléchir sur le fait totalitaire, encore existant de nos jours en Russie par exemple, et il met en  garde: "  ..Il n' y a pas d'évolution possible dans une société totalitaire. La terreur n'évolue pas, sinon ,vers le pire, l'échafaud ne se libéralise pas, la potence n'est pas tolérante. Nulle part au monde on n'a pu voir un parti  ou un homme disposant du pouvoir absolu ne pas en abuser absolument.
Ce qui définit la société totalitaire, de droite ou de gauche, c'est d'abord le parti unique et le parti unique n'a aucune raison de se détruire lui-même." (p.140). Cela est toujours vrai.
Enfin une partie du livre est consacrée à sa réflexion sur l'engagement de l'intellectuel et ces articles démontrent son engagement permanent pour la liberté et la justice.
Il y a , enfin , dans cet ouvrage quelques lettres adressées ou reçues par Camus  dans le cadre de son engagement. Parmi elles quelques lettres de Gisèle Halimi, importantes , pour moi, car elle font justice de ce qu'a écrit Olivier Gloag dans son "Oublier Camus  et que j'avais déjà critiqué.
Nous avons là un livre qui nous montre l'essentiel de la pensée politique de Camus, l'illustration de ce qu'il a écrit un jour et qui me paraît la quintessence de sa pensée en ce domaine  "Si l'on échoue à réunir la justice et la liberté on échoue en tout."


dimanche 17 novembre 2024

Remi Larue: Albert Camus face à la violence. A l'épreuve du "siècle de la peur"

 

Ce livre de Rémi Larue qui vient de paraitre aux Editions « Le bord de l’eau » et qui s’intitule : Albert Camus face à la violence » a pour objectif d’analyser les positions de Camus sur la violence et c’est, en effet, une analyse complète de l’évolution de la pensée de cet écrivain sur la violence.

On peut dire d’abord que Camus a toujours été préoccupé par la violence et notamment la violence politique mais ce livre démontre bien l’évolution de sa pensée et il cite, notamment, cet extrait datant de 1947 et qui cerne assez bien la position de Camus.

« Ce n’est pas me réfuter en effet que de réfuter la non-violence. Je n’ai jamais plaidé pour elle. Et c’est une attitude que l’on me prête pour la commodité d’une polémique. Je ne pense pas qu’il faille répondre aux coups par la bénédiction.

Je crois que la violence est inévitable, les années d’occupation me l’ont appris. Pour tout dire, il y eu, en ce temps-là, de terribles violences qui ne m’ont posé aucun problème. Je ne dirai donc point qu’il faut supprimer toute violence, ce qui serait souhaitable, mais utopique, en effet. Je dis seulement qu’il faut refuser toute légitimation de la violence, que cette légitimation lui vienne d’une raison d’Etat absolue, ou d’une philosophie totalitaire. LA violence est à la fois inévitable et injustifiable. Je crois qu’il faut lui garder son caractère exceptionnel et la resserrer dans les limites qu’on peut. »

Et ailleurs il écrit : « J’ai commencé la guerre de 1939 en pacifiste et je l’ai finie en résistant. »

Comme on le voit dans ces extraits Albert Camus est toujours dans la nuance et dans l’analyse de la complexité des situations.

L’auteur examine aussi l’expression souvent employé par Camus : « Ni victime ni bourreau. » et montre les liens qui se nouent entre ces deux attitudes et Camus nous montre qu’en réalité , bien souvent, celui qui a été bourreau devient victime et l’inverse est également vrai. Il conste qu’à la « haine des bourreaux a succédé la haine des victimes et c’est contre cet enchainement qu’il lutte.

Voici une citation très claire à cet égard.

« Eh bien, c’est de cela que nous devons triompher d’abord. Il faut guérir les cœurs empoisonnés. Et demain, la plus difficile victoire que nous ayons à remporter sur l’ennemi, c’est en nous-mêmes qu’elle doit se livrer, avec cet effort supérieur qui transformera notre appétit de haine en désir de justice. Ne pas céder à la haine, ne rien concéder à la violence, ne pas admettre que nos passions deviennent aveugles, voilà ce que nous pouvons faire encore pour l’amitié et contre l’hitlérisme. »

Cet essai revient évidement longuement sur la position de Camus au moment de la guerre d’Algérie qui montre aussi, très clairement, cette dialectique ente victimes et bourreaux.

Je cite, ici, pour terminer cette phrase qui montre bien sa position :

« Le silence, la misère, l’absence d’avenir et d’espoir, le sentiment aigu d’une humiliation particulière au moment où les peuples arabes prenaient la parole, tout a contribué à faire peser sur les masses une sorte de nuit désespérée d’où fatalement devaient sortir des combattants. Alors a commencé à fonctionner une dialectique irrésistible dont nous devons comprendre l’origine et le mortel mécanisme si nous voulons lui échapper. »

Camus confronté à la violence du siècle et des totalitarismes a tout fait pour limiter cette violence et faire qu’elle épargne ,au moins, les innocents.

Ce livre nous donne une clé de lecture des évènements actuels.

En Ukraine il n'est pas douteux que les règles voulues par Camus entrainent la condamnation ferme de la Russie et pour deux raisons. D'abord cette utilisation de la violence par la Russie est illégitime car elle n'a pas de raisons acceptables. L'Ukraine n'a jamais attaqué ni voulu attaqué la Russie.

En second lieu les moyens utilisés par la Russie qui ne s'attaque pas uniquement aux soldats mais aux civils innocents et qui  commet des crimes de guerre doit être condamnée selon ces analyses.

En Palestine nul doute que Camus (qui aimait beaucoup Israël et qui l'a dit à plusieurs reprises) aurait cependant pensé que les Palestiniens en  raison de la façon dont ils sont traités à Gaza, prison à ciel ouvert et en Cisjordanie ou le pouvoir Israélien , contrairement au droit international développe sa colonisation, ont des raisons de se révolter. Dans le même temps il aurait clairement et d'une voix forte condamner les attaques du Hamas contre des civils innocents et avec des moyens d'une grande barbarie.

D'un autre côté Israël a des raisons d'utiliser la violence pour se défendre mais, là encore,  une condamnation aurait été porté contre l'attaque de milliers de civils innocents et par des pratiques (déplacement de population et limite à l'aide humanitaire) qui ne peuvent se justifier. Quand on a , ainsi, des milliers de morts civils il est impossible de parler sérieusement de dommages collatéraux.

Mais,  bien entendu , de la même façon que Camus n'avait pas été compris ,  à l'époque ,ni par les Algériens ni par les Européens d'Algérie, dans le feu de l'action il ne serait pas compris ni des Palestiniens ni des Israéliens et c'est à désespérer de l'humanité.

 

 

 

 

dimanche 3 novembre 2024

Christophe Bigot: Un autre m'attends ailleurs.

 

Parmi mes écrivains préférés il y a Marguerite Yourcenar dont j’ai pratiquement tout lu. Ses « mémoires d’Hadrien » sont un des très grands livres de la littérature. Je ne pouvais donc pas passer à côté de ce livre de Christophe Bigot : Un autre m’attend ailleurs. C’est un roman mais nourri de beaucoup d’éléments biographiques.

On est presque à la fin de la vie de l’écrivain. Elle vit dans sa maison dans l’île de Mont Désert avec sa compagne de 40 ans, Grace Frick qui est sa traductrice et qui tient sa maison. Grace Frick est atteinte d’un cancer et proche de la phase terminale.

C’est alors qu’à l’occasion de la venue d’une équipe de télévision qui veut faire un documentaire sur Marguerite Yourcenar elle fait la connaissance de Jerry Wilson, un jeune homme, d’une trentaine d’année, assistant du réalisateur et pour lequel elle éprouve une sorte de coup de foudre malgré les nombreuses années qui les séparent.

On assite à l’agonie et à la mort de Grace Frick et très vite après sa disparition, trop vite penseront certains, elle part ave Jerry Wilson pour un long voyage à travers les Etats Unis et pour une croisière. Elle fait ainsi de très longs voyages, toujours en bateau car elle ne veut pas prendre l’avion. Elle revoit, ainsi, des lieux qu’elle a connus et aimés dans sa jeunesse en compagnie de Grace : L’Egypte et le Nil à la recherche d’Antinoüs un des héros des Mémoires d’Hadrien. Elle revoit l’Angleterre, la Belgique de sa naissance, le Maroc, le Japon. Elle revit et étonne par son énergie.

Mais la fin sera une véritable tragédie. Les relations entre Marguerite Yourcenar et Jerry Wilson se dégrade. Jerry a un comportement de plus en plus violent dû à la drogue et à des relations toxiques et on voit cette femme âgée, très célèbre pardonner l’impardonnable.

On a du mal à comprendre comment Marguerite Yourcenar a pu accepter d’être ainsi traitée. L’explication se trouve, sans doute, dans cet amour singulier qu’elle a eu pour ce jeune homme.

Jerry Wilson meurt du Sida en 1986 et Marguerite Yourcenar disparaît à son tour en 1987.

Ce livre est absolument captivant en nous dévoilant la dernière partie, singulière de sa vie et en nous dépeignant une femme indépendante, éloignée des convenances sociales. La soirée où elle se rend, dans le Marais à Paris, après sa réception à l’Académie Française où elle quitte la réception officielle laissant en plan tous les invités est le trait d’une indépendance totale.

C’est un éclairage sur le caractère de cette femme et c’est captivant pour ceux qui l’ont lu. Voici un lien d'une émission dans laquelle s'exprime l'auteur du livre:  Marguerite Yourcenar : mystères et génie d'une écrivaine inclassable