J’ai souhaité réfléchir au fait que Emmanuel Macron a été
le président le plus détesté (beaucoup notamment sur les réseaux sociaux ont
manifesté une véritable haine). Comment expliquer cette détestation qui, au
passage, a fait écrire souvent n’importe quoi. Ceux qui par exemple ont mis en
doute son intelligence n’ont pu que m’étonner. On peut, sans doute critiquer
mais dire que cet homme manque d’intelligence est complétement absurde.
Ce qu’il y a de certains c’est que dans un premier temps il
a enthousiasmé par sa volonté de changer le monde politique et de mettre fin à
des luttes de postures en montrant bien qu’il n’y avait, au fond, pas grande
différence entre la gauche de gouvernement, le centre et la droite
républicaine. Tous ces partis exagéraient leurs différences mais si on veut
bien réfléchir tous acceptaient l’économie de marché et refusaient donc toute
politique collectiviste et étatique dont l’histoire avait montré la faillite.
Sur le plan des mœurs la gauche sentait mieux les évolutions sociales mais
centre et droite républicaine ne revenaient jamais sur les grandes réformes :
l’avortement, le divorce par consentement, le pacs puis le mariage pour tous et
l’abolition de la peine de mort !
Cette idée que les Français voulaient être gouvernés au
centre et qu’ils rejetaient les extrêmes était vraie et est toujours vrai, mais
j’ai, déjà en 2023 montré que ce en « même temps » était une idée qui
avait ses limites car si le pouvoir est toujours au centre (gauche de
gouvernement, centre et droite républicaine) alors il n’y a plus d’alternance
possible alors que l’alternance est la respiration nécessaire de la démocratie.
Après cette analyse du système politique d’Emmanuel Macron
passons en revue rapidement ses deux quinquennats.
Je dirais d’abord que nul ne peut contester le fait qu’il
ait rempli très honorablement ses missions de représentation du pays tant en France
qu’à l’étranger et qu’il n’a pas mesuré ses efforts.
Sur le plan international il s’est montré à la fois lucide
et efficace et je crois que jamais la France n’a eu une action plus efficace,
notamment en Europe ou depuis le début il s’est efforcé d’amener les autres
pays à plus d’unité et d’indépendance. Il est vrai qu’il a été beaucoup aidé
sur ce point par les dérives de Poutine et de Trump mais qu’il a su remuer les
pays.
Dans le domaine militaire il a fait ce qui était nécessaire
en présence de l’évolution des choses.
Sur le plan économique il a voulu d’un pays ouvert aux
entreprises. Préfèrerait-on que les entreprises aillent ailleurs et que celles
qui le peuvent quittent la France ? Peut-être peut-on lui reprocher sur ce
terrain d’être allé un peu trop loin sur le plan fiscal.
Sur le plan des questions de sociétés il a sécurisé un
certain nombre de textes en les intégrant à la Constitution (avortement, peine
de mort...) et je pense que c’était sage : compte tenu des évolutions possibles
du pouvoir.
Il a ouvert de nouveau droit et notamment celui de
permettre à chacun de choisir de refuser les douleurs insupportables et les
agonies cruelles et sans fin. D’autres pays en Europe avaient déjà fait ce pas
et je lis que la droite si elle revient au pouvoir ne reviendra pas sur cette
réforme qu’elle mettra simplement « sous contrôle » !
Dans ce pays chacun mesure que des reformes sont absolument
nécessaires et qu’un rétablissement des comptes publiques est indispensable. Le
coût des emprunts est aujourd’hui énorme et limite considérablement les marges
de manœuvres. Il a échoué sur cette question pourtant fondamentale mais que
pouvait-il faire avec la composition de l’Assemblée ? Certes on peut juger
qu’il a eu tort de dissoudre mais les élus que les Français ont envoyé siéger à
l’Assemblée ont rendu toute politique impossible. Est-ce sa faute ?
Ainsi quant on analyse cette période politique on a du mal
à comprendre la détestation d’une partie des Français contre Macron et
personnellement je n’arrive pas à la comprendre. Il est vrai que les populistes
qui ont toujours des réponses péremptoires, simples et sans nuance aux
problèmes pourtant complexes facilitent les jugements à l’emporte pièce et les
commentaires de chacun sur les réseaux sociaux ne vont pas, non plus, c’est le
moins que l’on puisse dire vers l’objectivité et la nuance.
Ceci dit Emmanuel Macron a terminé ses mandats. Peut-être
viendra le jour où on le regrettera mais aujourd’hui les Français sont face à
une situation difficile. S’ils vont vers la facilité, l’absence de nuance, le
refus de voir la complexité des problèmes. S’ils suivent les partisans du « Ya
qu’à » ils iront alors, peut -être, vers les extrêmes de droite ou de
gauche et ils en paieront rapidement le prix.
En dehors de ces hypothèses absolument funestes il
conviendrait que cette grande masse des gens de la gauche de gouvernement, du
centre et de la droite républicaine prennent conscience du réel danger et dans
un souci d’efficacité et de défense des intérêts du pays réussissent à s’unir
et à présenter un front commun.
C’est difficile mais dans certaines circonstances tous ces politiques
ne peuvent-ils réussir à se dépasser dans l’intérêt vital du pays ?