vendredi 21 août 2026

Xavier Le Clerc : Le garçon ébloui.

Xavier Leclerc dont j'ai beaucoup aimé le premier roman : Un homme sans titre vient de publier "Le garçon ébloui" chez Gallimard. J'attendais avec impatience de le lire  et je ne suis pas déçu. Il y a , dans ce roman à la fois une histoire intime très émouvante et l'évocation de la recherche sur la bombe atomique et, ici, notamment en Algérie.

L'histoire de ces expériences dans le désert Algérien du côté de Reggane est longuement décrite et l'auteur nous montre la façon criminelle dont on traité les populations locales mais aussi les jeunes soldats appelés que l'on a pas tenu informé des dangers qu'ils couraient. Beaucoup sont morts jeunes de cancers causés par ces expériences nucléaires. Ce roman nous montre la folie des hommes et Xavier Le Clerc qui est un fin connaisseur de l'œuvre d'Albert Camus a raison de citer son éditorial après Hiroshima. Albert Camus a été l'un des seuls commentateurs a axé son propos sur l'horreur de cette invention plus tôt que sur la prouesse scientifique et technique.

Mais "Le garçon ébloui" est surtout une magnifique histoire humaine d'adoption et l'on ne peut qu'être ému lorsque le jeune garçon adopté très jeune dans les conditions que je laisse le lecteur découvrir revient sur les lieux de son enfance et du commencement de sa vie avec son père adoptif et revoit les lieux où son père, jeune soldat à l'époque, fut une victime parmi beaucoup d'autres de ces essais nucléaires.

Xavier Le Clerc continue son approche de cette période coloniale si marquée de crimes et il le fait avec une sensibilité magnifique qui vaut mieux que toutes les études historiques et toutes les discussions idéologiques. J'aime le ton de la lettre que Sébastien écrit à son fils adoptif peu avant son décès et dans laquelle il évoque le pardon en citant le cas de l'Allemagne qui m'est ,aussi, souvent venu à l'esprit. Et j'aime aussi la longue lettre que ce fils adoptif écrit à son père décédé à la fin du roman.

Et tout cela dans un style superbe.  Je recommande.


samedi 8 août 2026

Détestation d'Emmanuel Macron: Tentative d'analyse.

 

J’ai souhaité réfléchir au fait que Emmanuel Macron a été le président le plus détesté (beaucoup notamment sur les réseaux sociaux ont manifesté une véritable haine). Comment expliquer cette détestation qui, au passage, a fait écrire souvent n’importe quoi. Ceux qui par exemple ont mis en doute son intelligence n’ont pu que m’étonner. On peut, sans doute critiquer mais dire que cet homme manque d’intelligence est complétement absurde.

Ce qu’il y a de certains c’est que dans un premier temps il a enthousiasmé par sa volonté de changer le monde politique et de mettre fin à des luttes de postures en montrant bien qu’il n’y avait, au fond, pas grande différence entre la gauche de gouvernement, le centre et la droite républicaine. Tous ces partis exagéraient leurs différences mais si on veut bien réfléchir tous acceptaient l’économie de marché et refusaient donc toute politique collectiviste et étatique dont l’histoire avait montré la faillite. Sur le plan des mœurs la gauche sentait mieux les évolutions sociales mais centre et droite républicaine ne revenaient jamais sur les grandes réformes : l’avortement, le divorce par consentement, le pacs puis le mariage pour tous et l’abolition de la peine de mort !

Cette idée que les Français voulaient être gouvernés au centre et qu’ils rejetaient les extrêmes était vraie et est toujours vrai, mais j’ai, déjà en 2023 montré que ce en « même temps » était une idée qui avait ses limites car si le pouvoir est toujours au centre (gauche de gouvernement, centre et droite républicaine) alors il n’y a plus d’alternance possible alors que l’alternance est la respiration nécessaire de la démocratie.

 

Après cette analyse du système politique d’Emmanuel Macron passons en revue rapidement ses deux quinquennats.

Je dirais d’abord que nul ne peut contester le fait qu’il ait rempli très honorablement ses missions de représentation du pays tant en France qu’à l’étranger et qu’il n’a pas mesuré ses efforts.

Sur le plan international il s’est montré à la fois lucide et efficace et je crois que jamais la France n’a eu une action plus efficace, notamment en Europe ou depuis le début il s’est efforcé d’amener les autres pays à plus d’unité et d’indépendance. Il est vrai qu’il a été beaucoup aidé sur ce point par les dérives de Poutine et de Trump mais qu’il a su remuer les pays.

Dans le domaine militaire il a fait ce qui était nécessaire en présence de l’évolution des choses.

Sur le plan économique il a voulu d’un pays ouvert aux entreprises. Préfèrerait-on que les entreprises aillent ailleurs et que celles qui le peuvent quittent la France ? Peut-être peut-on lui reprocher sur ce terrain d’être allé un peu trop loin sur le plan fiscal.

Sur le plan des questions de sociétés il a sécurisé un certain nombre de textes en les intégrant à la Constitution (avortement, peine de mort...) et je pense que c’était sage : compte tenu des évolutions possibles du pouvoir.

Il a ouvert de nouveau droit et notamment celui de permettre à chacun de choisir de refuser les douleurs insupportables et les agonies cruelles et sans fin. D’autres pays en Europe avaient déjà fait ce pas et je lis que la droite si elle revient au pouvoir ne reviendra pas sur cette réforme qu’elle mettra simplement « sous contrôle » !

Dans ce pays chacun mesure que des reformes sont absolument nécessaires et qu’un rétablissement des comptes publiques est indispensable. Le coût des emprunts est aujourd’hui énorme et limite considérablement les marges de manœuvres. Il a échoué sur cette question pourtant fondamentale mais que pouvait-il faire avec la composition de l’Assemblée ? Certes on peut juger qu’il a eu tort de dissoudre mais les élus que les Français ont envoyé siéger à l’Assemblée ont rendu toute politique impossible. Est-ce sa faute ?

Ainsi quant on analyse cette période politique on a du mal à comprendre la détestation d’une partie des Français contre Macron et personnellement je n’arrive pas à la comprendre. Il est vrai que les populistes qui ont toujours des réponses péremptoires, simples et sans nuance aux problèmes pourtant complexes facilitent les jugements à l’emporte pièce et les commentaires de chacun sur les réseaux sociaux ne vont pas, non plus, c’est le moins que l’on puisse dire vers l’objectivité et la nuance.

Ceci dit Emmanuel Macron a terminé ses mandats. Peut-être viendra le jour où on le regrettera mais aujourd’hui les Français sont face à une situation difficile. S’ils vont vers la facilité, l’absence de nuance, le refus de voir la complexité des problèmes. S’ils suivent les partisans du « Ya qu’à » ils iront alors, peut -être, vers les extrêmes de droite ou de gauche et ils en paieront rapidement le prix.

En dehors de ces hypothèses absolument funestes il conviendrait que cette grande masse des gens de la gauche de gouvernement, du centre et de la droite républicaine prennent conscience du réel danger et dans un souci d’efficacité et de défense des intérêts du pays réussissent à s’unir et à présenter un front commun.

C’est difficile mais dans certaines circonstances tous ces politiques ne peuvent-ils réussir à se dépasser dans l’intérêt vital du pays ?