vendredi 2 septembre 2022

Hjalmar Söderberg: Docteur Glas




                                                





 Ce roman intitulé sobrement Docteur Glas a été publié en 1905 en Suède et a été édité en France par les éditions Libretto .Ce roman a eu un beau succès lors de sa parution et venant de le relire je le trouve d'une grande modernité.

Le Docteur Glas est médecin dans une banlieue assez campagnarde de Stockholm. C'est un homme bon mais solitaire et il n'a jamais eu de femme. Il rêve d'être marié mais se trouve laid et inadapté à cet usage. Le livre est son journal tenu au jour le jour et il a de belles pages sur la campagne , la beauté de la lune et des ciels de son pays. 

Il a dans sa clientèle le  Pasteur Gregorius et son épouse. Le Pasteur est le prototype de l'homme d'Eglise haïssable, la religion l'autorisant a des comportements pénibles et hypocrites et, au cours de ses visites le Docteur Glas  apprendra combien ce Pasteur maltraite sa femme. Il détestait d'instinct depuis le début ce Pasteur et il va le haïr et aider sa femme dans la mesure de ses possibilités.

Il y a des pages d'une grande modernité sur la morale et notamment sur l'euthanasie bien sûr interdite aux médecins mais il fait l'analyse de ces règles et se dit, en 1905 que , peut-être ces règles évolueront dans l'avenir et qu'on trouvera un jour possible qu'un médecin aide à mourir quelqu'un qui le veut vraiment en raison d'une maladie inguérissable et source de grandes souffrances. (p.48)

Or on y est. Des pays ont déjà légalisé l'euthanasie et d'autres y réfléchissent dont la France.

Le Docteur Glas a donc, à son usage, dans un tiroir de son secrétaire des pilules dont l'effet est de donner une mort rapide et à l'origine difficilement détectable.

Comme il aime secrètement la femme du Pasteur  et qu'il voudrait l'aider , vas t-il , utiliser ses pilules pour la débarrasser de son mari le Pasteur?

Le journal détaille ses états d'âme sur ce point mais je ne vous dirai rien de la solution qu'il adoptera et si, enfin , il trouvera le bonheur. Peut être est-il trop penseur pour être heureux. Il écrit : " Et depuis quelques temps, j'incline a croire qu'il n' y a sans doute aucune raison à ce que l'on comprenne la vie.

......... Ne pas  s'interroger ne pas penser. La pensée est un acide qui vous ronge. D'abord elle vous grignote à l'aveuglette, mais elle ne se contente pas de la proie qu'on lui réserve et tout finit par y passer." (p.110).

Ce journal est aussi une réflexion philosophique sur la vie.

Honfleur et les peintres

 Au cours d'un petit séjour à Honfleur j'ai appris que cette petite bourgade pleine de charme  avait été prisé par de nombreux peintres et l'on retrouve leurs noms affichés sur les façades des maisons qu'ils ont habité. Ils ont aussi beaucoup fréquenté la ferme Saint Siméon où les fermiers de l'époque leurs louaient des chambres. Cette ferme dominait un paysage magnifique sur l'estuaire et l'océan et est devenu un palace .

Honfleur dispose donc et c'est naturel d'un agréable musée ,très bien pourvu et qui a été édifié grâce à la générosité de Madame Jean Schlumberger.

Ce musée détient des oeuvres de Claude Monet mais aussi de nombreuses oeuvres des peintres locaux dont beaucoup ont atteint une grande notoriété: André Hambourg, Dubourg, Eugène Boudin et d'autres encore.

Au moment de ma visite le musée présentait aussi une exposition temporaire intitulé  un phare pour l'art consacrée aux élèves de l'Académie Julian et évoquait un moment intéressant de l'activité de cette Académie. Elle distribuait chaque année des prix dont certains consistait dans la possibilité offerte aux lauréats de séjourner à Honfleur. L'Académie avait, en effet, acquis en 1951, un ancien phare et elle y logeait pensant l'été les lauréats.

L'exposition temporaire donnait à voir les  oeuvres de certains de ces lauréats qui furent des peintres connus: René Décrion ,Lalanne et d'autres encore. Au total un beau musée et une intéressante exposition temporaire.

mardi 23 août 2022

Le musée Albert Khan

 Visité cette matinée le musée Albert Kahn à Boulogne Billancourt. Il y a longtemps que je voulais voir cet endroit qui vient d être entièrement rénové. C est une réussite absolue et, moi qui suis assez rapide dans les visites de musée j ai passé près de deux heures enthousiasmantes.

Albert Kahn est un banquier juif qui a été un mécène et dont la grande œuvre est ce qu il a appelé les archives de la planète.
Albert Kahn était conscient d assister à la fin d un monde et il a voulu garder une trace photographique de ce monde ancien. Il a donc constitué un ensemble unique de photos et le musée les présente de manière magnifique.
Il a été aussi un mécène qui voulait œuvrer pour la paix, l'éducation , la connaissance réciproque des nations. Il a été un des précurseurs d'Erasmus en fiançant des bourses pour des étudiants français et étrangers.
Dans une lettre a son ami le philosophe Henri Bergson il écrivait cette phrase qui dit tout " Ce n'est pas dans lé réussite de mes affaires que je place la réussite de ma vie et cette réussite il l'a , à coup sûr, placé dans son œuvre de collectionneur et de mecene.
Je place ici le lien de la biographie d Albert Kahn qui est mort en 1940. Il n'a pas connu le sort de ses coreligionnaires et l attitude criminelle du pouvoir français. Tous n ont pas eu cette chance et j ai pensé pendant ma visite à un autre banquier juif, mécène et collectionneur.
On peut visiter près du parc Monceau le beau musée Camondo et lire la fin tragique de cette famille dans le livre d Assouline: Le dernier des Camondo.
Ce qui fait aussi l intérêt de ce musée c est le parc d environ 4 ha dans lequel Albert Kahn à installé plusieurs jardins :un jardin japonais, un jardin anglais, un rappel des forêts vosgiennes de son enfance et u jardin français. Tout est magnifique et la rénovation est superbe.


samedi 20 août 2022

Yamen Manai: Bel âbime

                                                          


                                                                  







Dans le train qui me transportait à Paris j'ai lu le roman d' Yamen Manai: "Bel abîme" publié aux Editions   Elizad  .C'est , en effet, un petit livre d'un peu plus de cent pages et commencé juste après Pau je l'ai terminé juste après Bordeaux. Ce jeune écrivain tunisien montre à travers ce livre le désarroi de la jeunesse tunisienne défavorisée et la régression de tout un pays après la révolution dite du Jasmin.

Ce petit roman m'a fait penser à l'Etranger d'Albert Camus à la fois par son style, direct, sec avec des phrases courtes mais aussi sur le fond car son héros est , à sa manière ,un étranger a sa famille et à son pays, la Tunisie. La différence est que là ,où le héros de Camus vit, au jour le jour, sans revendications, profitant des petits bonheurs que lui apporté son pays et en se s'intéressant guère aux autres, le héros de Bel abîme est un révolté contre sa société dont il vomit les comportements et qu'il est plein de rage.

Il y a , dans le roman , de nombreuses notations qui m'on rappeler la Tunisie que je connais comme cette façon ,très répandue de bétonner, de carreler les terrains autour des constructions ne laissant aucune place pour des plantes! Mais aussi  cette description du massacre de la nature par l'absence totale de civisme et le déversement des ordures et des plastics partout .C 'est aussi un réquisitoire dure et justifié contre la classe politique tunisienne qui a montré sa nullité ces dix dernières années et contre une administration qui a régressé depuis dix ans au point que l'on se demande si elle existe encore.

Le roman s'ouvre sur l'histoire d'un jeune adolescent qui vient , avec un fusil de chasse, de blesser plusieurs personnes, un garde forestier, un Maire mais aussi son propre père et qui, dans l'attente de son jugement s'entretient du fond de sa prison avec son avocat et un psychologue après avoir été torturé par les policiers (pratique malheureusement assez fréquente dans ce pays). Dans ce cadre il évoque le desaroi des jeunes de ce pays ,sans éducation, sans avenir et qui n'ont qu'un but quitter cette terre aux risques de leurs vies. Il montre les effets désastreux d'une éducation familiale dans la violence et avec des principes d'un autre âge et notamment l'emprise des idées rétrogrades de la religion ,comme par exemple , en ce qui concernes les animaux de compagnie et plus spécialement des chiens qui seraient impurs et qui empêcheraient , par leur présence, aux anges d'entrer dans la maison!

Et de fait tout le drame est venu de Bella ,une petite chienne que le jeune héros a adopté alors qu'elle n'avait que quelques jours et qu'il aimé au point d'en être transformé.. et la description de ce drame est malheureusement tout à fait conforme à la triste réalité dans ce pays.

Je ne vous dirai pas, pour  vous garder le plaisir de la découverte, la fin de ce roman et l'histoire si émouvante de Bella dont je me souviendrai longtemps et Bella rejoindra dans ma mémoire le chien de Rémi dans Sans famille, le chien de La Guerre et la Paix de Tolstoï et d'autres encore et le souvenir de mes propres chiens.

Vraiment lisez ce livre, ce beau livre dont beaucoup ,déjà ,ont dit tout le bien qu'ils en pensaient. Vous pourrez aussi entendre  l'auteur  en parler, vous pouvez voir les critiques sur le site  Babelio et dans La croix et vous en garderez longtemps le souvenir.

  







 





vendredi 29 juillet 2022

André de Richaud: La douleur

 

                                              




Je connaissais le nom d'André de Richaud parce qu'il a été celui qui a convaincu Albert Camus d'écrire? C'est , en effet, après avoir lu la douleur le roman de cet écrivain paru en    que Camus se dit qu'il était donc possible d'écrire sur la misère. Et voici ce qu'il écrit :

 "Je le lus en une nuit, selon la règle et, au réveil, nanti d'une étrange et neuve liberté, j'avançais hésitant sur une terre inconnue. Je venais d'apprendre que le livres ne délivraient pas seulement l'oubli et la distraction. Il y avait une délivrance, un ordre de vérité où la pauvreté, par exemple, prenait tout à coup son vrai visage. La Douleur me fit entrevoir le monde de la création."

La Douleur fut très remarqué lors de sa parution et il obtint même un prix littéraire prestigieux puisqu'à son jury siégeaient des écrivains comme François Mauriac et Julien Green. Cependant le livre fit scandale et on ne permit pas que le prix lui fut accordé!

Il fit scandale -et l'on ne peut que s'en étonner aujourd'hui- parce qu'il évoquait une histoire d'adultère pendant la guerre par une femme qui avait perdu son mari dans cette guerre et qui vivait un amour avec un allemand.

Ce scandale ressemble un peu à celui que fit aussi , à l'époque, le roman de Radiguet: "Le blé en herbe".

Quoiqu'il en soit ce roman est toujours très agréable à lire, le style d'André de Richaud classique et peignant avec bonheur les paysages et la vie dans cette région que j'aime beaucoup et qui est le Lubéron.

L'auteur nous montre  les pensées et les désirs de Thérèse et ceux de son fils, à peine âgé d'une dizaine d'année. Comment vois t-il cela, que sait-il , comment réagit-il? Tout cela nous est dépeint subtilement.

Le lecteur pressent , dés le début, que  cela va virer au drame mais l'auteur sait nous le montrer par petites touches et il ménage une sorte de suspens jusqu'à la fin. Il montre aussi la médisance et la méchanceté au travail dans ce petit village.

Je terminerai en disant qu' André de Richaud continua un temps d'avoir du succès d'être connu dans le milieu littéraire de Paris et que des pièces de théâtres furent montées mais sa vie se termina mal, abimée par l'alcool ,dans un asile de vieillard alors qu'il était encore jeune.

Mort en 1961 il fut par la suite largement oublié et ne doit  d'être cité encore aujourd'hui qu'à Albert Camus à qui il donna l'envie d'écrire.





mercredi 8 juin 2022

Bernard de Fallois: Sept conférences sur Marcel Proust.

 Bernard de Fallois est connu comme éditeur mais il a été surtout un enseignant et un fin connaisseur de l'œuvre de Marcel Proust au sujet duquel il a fait sa thèse. A cette occasion il a eu la chance de rencontrer l'écrivain André Maurois qui avait publié un livre sur Proust et  André Maurois le mit en relation avec une parente de Marcel Proust ,Madame Mante-Proust  qui détenait des milliers de pages non exploitées de l'auteur de la Recherche. Il en fit son miel.

Ses sept conférences sont extrêmement intéressantes  et disons tout de suite qu'elle sont très abordables même pour qui n'est pas familier de la critique littéraire ni de l'œuvre de Proust.

Je mentionnerai ces thèmes intéressants.

Le premier c'est la chronologie de l'œuvre. Il est assez courant de dire que Marcel Proust, riche héritier qui pouvait vivre sans travailler, n'a commencé à écrire son œuvre que passé la trentaine et qu'il est mort à 52 ans avant de totalement la publier. Or, M. de Fallois montre que cela est inexact et que Marcel Proust a, en réalité, commencé a travailler dés sa vingtième année et qu'il a engrangé ainsi ce qui, par la suite , lui a permis d'écrire son chef d'œuvre.

La seconde idée intéressante est la façon dont Marcel Proust envisagé la critique littéraire. Le XIX ° siècle avait vu le travail d'un critique très important en la personne de Sainte Beuve, lequel avait comme théorie que, pour bien connaître une œuvre et la comprendre, il fallait connaître la vie de son auteur. Or, Marcel Proust prend exactement le contrepied de cette théorie et estimant, lui, que l'œuvre d'un artiste se suffit à elle-même et que la vie de l'auteur, ce qu'il pensait, qui il voyait, les évènements petits et grands de sa vie sont sans importance. Marcel Proust élabore, à cette occasion , sa théorie des "deux moi" ,le moi du particulier et le moi de l'artiste.

On peut évidement discuter cette position de Marcel Proust et il aura été, sur ce point, très malheureux puisqu'"il est un des écrivains dont on la plus scruté les moindres détails de sa vie!

Dans une autre conférence Bernard de Fallois montre en citant de nombreux passages de la Recherche que Marcel Proust a le sens du comique et qu'il y a donc dans cette œuvre nombre de passages où le lecteur s'amuse, ce qu'a priori on aurait pas pensé d'une œuvre qui est placé si haut!

Enfin il aborde dans deux conférences distinctes les deux grands problèmes qui sont traités dans cette œuvre: la description du sentiment amoureux sous toute ses formes, sa naissance, son développement et sa mort et cela au travers de l'histoire de différents personnages: Schwan, Le Baron de Charlus etc..

Et enfin dominant et faisant de cette œuvre un chef d'œuvre très nouveau la notion du temps et de la mort.

Moi qui ait toujours été intéressé par la fuite du temps j'ai trouvé dans ce romans des aperçus  géniaux. Il commence à aborder cette notion du temps dans son analyse du sentiment amoureux en montrant comment lorsque l'amour s'est éteint on a peine à croire qu'il ait existé et donné tant de soucis. Il analyse aussi et c'est ce qui est connu par tous la différence entre les souvenirs qui reviennent à vous de manière, disons, intellectuel et qui sont extérieurs à la personne et ceux qui reviennent à l'occasion d'un détail (la fameuse madeleine trempé dans une tasse de thé ou la marche sur des pavés disjoints) qui font vraiment revivre le fait passé. Bien sûr il évoque la mort au travers du récit de la mort de sa grand mère, la mort de Bergotte l'écrivain foudroyé dans un musée en regardant une vue de Delft et il en vient à conclure que la mort n'est pas unique et que nous mourrons , d'une certaine façon, tous les jours, avec la disparition de ce qui faisait nos vies.

Enfin, dans le Temps retrouvé, Marcel Proust nous montre les effets dévastateurs du temps en décrivant une réception où se rend le narrateur prés de quarante après qu'il ait connu ces personnes et la description de tous ces gens qu'il a connu fringants et qui sont des vieillards est une scène dont on se rappelle  longtemps après l'avoir lu. 

Ces conférences donnent envie de lire ou de relire la Recherche du temps perdu et le temps retrouvé. 


                                                                       


mercredi 11 mai 2022

Julian Barnes: L'homme en rouge

 


                                                   


 


Je viens de passer d’agréables moment en lisant le livre de Julian Barnes : L’homme en rouge.  Dans ce livre il évoque le voyage en Angleterre à Londres que firent ensemble trois personnalités originales : Le Comte de Montesquiou , le fameux modèle du Baron Charlus de Proust, le Prince de Polignac et le Docteur Pozzi, très célèbre à l’époque.

Ce livre est captivant en ce qu’il évoque une époque disparue, des personnalités hautes en couleur et qu’il utilise à la fois des références littéraires et picturales.

On rencontre les écrivains de l’époque les frères Goncourt, Jean Lorrain, Flaubert, Oscar Wilde et d’autres encore et l’auteur nous fait partager son amour de la peinture à travers l’analyse des tableaux célèbres de John  Singer Sargent, de James Whistler, de James Tissot.

La couverture du livre dans la collection Folio reproduit une partie du portrait de Pozzi par Sargent et le livre contient des reproductions de tableaux, malheureusement de noir et blanc des autres peintres que j’ai cité.

Mais ce récit est aussi en dehors des questions littéraires et picturales une évocation du snobisme, du dandysme et certains des personnages évoqués tiennent des propos très souvent très spirituels mais aussi souvent très « vachards »

C’est la vie de Samuel Pozzi qui fait la trame de ce livre, vie professionnelle d’un célèbre chirurgien, titulaire de la première chaire de Gynécologie créée pour lui, vie amoureuse et mondaine.

Mais on y trouve aussi des développements sur la vie de beaucoup de personnes de son temps  du milieu littéraire et artistique et c’est donc toute cette partie du siècle qui défile dans ce livre et qui en fait l’intérêt.

Une anecdote qui donne le ton de ce livre:

"Quand Wilde réapparu à Paris en 1898 après sa sortie de prison, Fénéon fut un de ceux qui l'accueillirent ouvertement;;;mais Wilde avait souvent le moral au plus bas, et il avoua à Fénéon  qu'il avait été tenté par le suicide et avait voulu se noyer dans la Seine. Sur le Pont Neuf, il avait vu un homme d'aspect étrange penché sur l'eau. Le jugeant tout aussi désespéré que lui, Wilde lui avait demandé: "Êtes vous aussi un candidat au suicide? Non avait répondu l'homme, je suis coiffeur!" D'après Fénéon, ce coq-à-l'âne avait convaincu Wilde que la vie était encore assez comique pour être endurée."