Une amie vient de m'offrir L'or de l'écrivain suisse Blaise Cendrars et j'ai commencé par la préface de Francis Lacassin qui est une réflexion sur les rapports de l'histoire et de la littérature, sur un travail universitaire et une oeuvre littéraire. C'est une question que j'avais déjà rencontré lors de mes lectures de Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar. Blaise Cendrars raconte, à sa manière, la vie du Général Sutter qui fut celui qui rattacha la Californie, autrefois dirigée par les Espagnols aux Etats Unis d'Amérique et qui très riche fut ensuite ruiné par la découverte de l'or dans cette contrée. Des universitaires ont raconté cette histoire et ont donné mille détails mais c'est Blaise Cendrars qui a fait revivre ce général tout en commettant mille petites erreurs factuels. Dans les travaux universitaires le Général Sutter succombe sous les détail et revit dans le roman de l'écrivain suisse.
Le roman quant à lui est une épopée et l'on suit ce Sutter venu de sa Suisse natale en Amérique et qui va conquérir la Californie. Quant on connaît un peu , ne serait-ce que par les photos la Californie d'aujourd'hui on a du mal a imaginer ce qu'était ce territoire lorsque Sutter l'aborde. On ne peut qu'admirer son énergie , son intelligence des situations et des hommes dans cette contrée où tout est à faire. L'amie qui m'a offert ce livre m'a dit en me le donnant qu'il évoquerait ,pour moi, les ancêtres Suisses partis aussi en Algérie un peu comme des pionniers et qui sont arrivés dans un Setif où tout était à construire. Lisant le roman de Blaise Cendras je mesure, en effet, ce qu'il leur a fallu de courage, de persévérance , de lutte permanente pour arriver a créer les domaines qui furent ceux de la Compagnie Genevoise des colonies Suisses de Sétif et encore dans ce lien une histoire plus complète
Mais dans le roman ce qu'il y a de tragique c'est que toute l'oeuvre accompli par Sutter allait lui être arrachée par la découverte sur ces terres de l'or. Aussitôt ce fut la ruée d'une foule innombrable.
Le roman revient sur les péripéties de cette vie extraordinaire, sur le procès qu'il intente pour faire reconnaître ses droits sur les terrains sur lesquels s'est bâtie la ville de San Francisco. Il gagne ce procès mais cela ne lui servira a rien car il ne sera jamais exécuté.
On assiste à ses dernières démarches auprés des autorités. C'est un viel homme qui a perdu toute sa famille et qui passe maintenant pour un fou.
Il meurt en 1830 et il ne lui reste absolument plus rien de la prodigieuse fortune qu'il avait réussi a se constituer.
Le roman est passionnant et peu importe si l'auteur a pris de nombreuses libertés avec la réalité. Je pense que l'on prend mieux la mesure de cet individu hors du commun dans ce roman que dans les biographies savantes qui lui ont été consacrées.
Ce blog est consacré à mes coups de coeur dans l'actualité, dans la littérature et dans mes voyages
samedi 25 août 2018
mardi 21 août 2018
La corrida
Deux entrées récentes sur Facebook m’ont fait réagir. La première évoque un entretien avec un « philosophe » dans un journal du midi dans lequel il défend la corrida et la rédaction lui fait dire que « supprimer la corrida serait un assassinat » rien de moins !
La seconde entrée évoque, photo à l’appui, la présence de l’évêque de Bayonne dans son habit de cérémonie à une corrida.
J’avoue que j’ai réagi, assez vivement, a ces entrées mais, dans le fond sur un mode émotionnel puisque je suis résolument hostile à la corrida depuis toujours.
J’ai voulu dépasser ces réaction spontanées et émotives et réfléchir, de nouveau , à la question et je dois avouer que je n’ai pas trouvé un seul argument qui puisse justifier ces cruautés infligés sans utilité à des animaux.
Reprenons les arguments des partisans de cette cruauté.
Il y a d’abord et toujours mise en avant le respect de la tradition et d’ailleurs la loi Gramont justifie la corrida dans quelques lieux en France au nom d’une « tradition durable ».
Pour moi cet appel à la tradition ne vaut absolument rien. La progrès moral des peuples et le progrès tout court s’est toujours fait en rompant avec les traditions anciennes héritées de temps d’ignorance. Dans la Rome antique et ailleurs les jeux du cirque qui mettaient en jeux la vie d’animaux mais aussi d’hommes constituaient une solide tradition. Elle a été heureusement mise à néant parle progrès des peuples. Qui le te contesterai aujourd’hui ?
Dans certains pays la tradition est d’exciser les petites filles. Doit-on au nom du respect dû à la tradition l’accepter ? Evidemment non.
Il n’ y a guère , dans nos campagnes ,la femme ne s’asseyait pas a table et servait le mari. Devait-on respecter cette belle tradition ancienne ?
Malgré l’absence de texte juridique aucune femme n’a été ,très longtemps, admise à l’Académie française au nom de la tradition. Aurait-il fallu continuer ?
Marguerite Yourcenar (qui au passage était résolument hostile à toute souffrance animale) qui fut la première a être admise à l’Académie a évoqué, avec une forme d’ironie ,la place de la tradition dans son magnifique discours de réception
« D’autre part j’ai trop le respect de la tradition, là, où elle est encore vivante, puissante et, si j’ose dire, susceptible, pour ne pas comprendre ceux qui résistent aux innovations vers lesquelles les pousse ce qu’on appelle l’esprit du temps , qui n’est souvent je le leur concède, que la mode du temps……. » et après avoir donné son coup de chapeau aux vieux académiciens elle s’attarde sur toutes les femmes qui auraient dû recevoir avant elles cet honneur !
Par conséquent ce premier argument de la tradition est absolument sans portée ,il n’est que le conservatisme, le dogmatisme semblable a celui des Eglises et qui a été, fort justement combattu.
Le second argument des partisans est le recours à l’esthétique, à la beauté du spectacle dans le sable, sous le ciel bleu et au milieu d’une musique a flonflon et dans le rouge et jaune des couleurs de l’Espagne ! Et cette beauté devrait selon eux faire oublier la cruauté non pas seulement de la mort qui n’est qu’un mauvais passage mais de tout ce qui précède : la cruauté des engins destinés a meurtrir la chair du taureau, a faire ne sorte de le stresser au maximum. Ah vraiment elles sont belles, en effet les piques semblables a d’horribles hameçons qui s’enfoncent dans les chairs mais qui, il est vrai sont si joliment surmontés de décorations rouges et jaunes
Ces mêmes qui admirent l’esthétique de la corrida s’offusquent, sans doute et pince le nez, quand on évoque Céline et son antisémitisme écœurant Mais la beauté du style ne devrait-elle pas justifier à leurs yeux les pires ignominies!
En conclusion je ne pense pas que la beauté ou la jouissance que donne un spectacle puisse justifier la cruauté et la souffrance animale. Une telle beauté est salie et n’est plus la beauté.
Je rappellerai que l’on connaît des assassins qui jouissent de la souffrance de leurs victimes et il ne viendrait à l’idée de personne de justifier leur crime par la jouissance qu’ils en obtiennent
Il y a, enfin, deux derniers arguments : l’argument économique et celui prétendument « écologique ».
L’argument économique est d’ailleurs celui qui a le plus de succès et notamment auprès des élus. La corrida est, en effet, une affaire à la fois pour ses divers participants et pour les endroits où elle se déroule. Cela est indéniable. Mais cet argument peut-il justifier la souffrance infligée ?
Je rappellerai seulement que l’esclavage des noirs d’Afrique a été une grande affaire économique, et qu’il a enrichi des familles et des villes a un point assez difficile a imaginer. Aurait t on dû maintenir l’esclavage pour autant ? Évidement les taureaux ne sont pas des hommes et ils ne peuvent ni se révolter ni se plaindre.
Enfin il y a le dernier argument hypocrite et cynique qui se voudrait écologique !
Faute de corridas on n’élèvera plus de taureaux de combats et ces magnifiques animaux n’existeront plus ! Et puis, pensez y ,certes il meurt dans l’arène mais auparavant ils ont eu une vie de rêve dans les prés verts. Mais que ne les laisse t on pas terminer leur vie dans les prés verts si on se soucie tant de leur bien être ? Et puis s’ils ne viennent pas au monde qu’elle importance et ne doivent-ils y venir ,dans ce monde, que pour justifier que quelques hommes se repaissent du spectacle de la cruauté et de la mort. Belle raison en vérité !
Enfin qu’un évêque assiste en grande tenue à une corrida cela peut , en effet ,choquer mais cela n’étonnera pas ceux qui savent que l’Eglise peut faire bien pire et n’a t on pas vu, en Espagne l’Eglise d’Espagne bénir les fusils qui allaient tuer les républicains !
En conclusion je dirai que j'adhère entièrement a cette phrase : "
"La tauromachie est l'art scélérat et vénal de torturer et de mettre à mort des animaux (...), elle est une fête de la douleur et de la mort.
La seconde entrée évoque, photo à l’appui, la présence de l’évêque de Bayonne dans son habit de cérémonie à une corrida.
J’avoue que j’ai réagi, assez vivement, a ces entrées mais, dans le fond sur un mode émotionnel puisque je suis résolument hostile à la corrida depuis toujours.
J’ai voulu dépasser ces réaction spontanées et émotives et réfléchir, de nouveau , à la question et je dois avouer que je n’ai pas trouvé un seul argument qui puisse justifier ces cruautés infligés sans utilité à des animaux.
Reprenons les arguments des partisans de cette cruauté.
Il y a d’abord et toujours mise en avant le respect de la tradition et d’ailleurs la loi Gramont justifie la corrida dans quelques lieux en France au nom d’une « tradition durable ».
Pour moi cet appel à la tradition ne vaut absolument rien. La progrès moral des peuples et le progrès tout court s’est toujours fait en rompant avec les traditions anciennes héritées de temps d’ignorance. Dans la Rome antique et ailleurs les jeux du cirque qui mettaient en jeux la vie d’animaux mais aussi d’hommes constituaient une solide tradition. Elle a été heureusement mise à néant parle progrès des peuples. Qui le te contesterai aujourd’hui ?
Dans certains pays la tradition est d’exciser les petites filles. Doit-on au nom du respect dû à la tradition l’accepter ? Evidemment non.
Il n’ y a guère , dans nos campagnes ,la femme ne s’asseyait pas a table et servait le mari. Devait-on respecter cette belle tradition ancienne ?
Malgré l’absence de texte juridique aucune femme n’a été ,très longtemps, admise à l’Académie française au nom de la tradition. Aurait-il fallu continuer ?
Marguerite Yourcenar (qui au passage était résolument hostile à toute souffrance animale) qui fut la première a être admise à l’Académie a évoqué, avec une forme d’ironie ,la place de la tradition dans son magnifique discours de réception
« D’autre part j’ai trop le respect de la tradition, là, où elle est encore vivante, puissante et, si j’ose dire, susceptible, pour ne pas comprendre ceux qui résistent aux innovations vers lesquelles les pousse ce qu’on appelle l’esprit du temps , qui n’est souvent je le leur concède, que la mode du temps……. » et après avoir donné son coup de chapeau aux vieux académiciens elle s’attarde sur toutes les femmes qui auraient dû recevoir avant elles cet honneur !
Par conséquent ce premier argument de la tradition est absolument sans portée ,il n’est que le conservatisme, le dogmatisme semblable a celui des Eglises et qui a été, fort justement combattu.
Le second argument des partisans est le recours à l’esthétique, à la beauté du spectacle dans le sable, sous le ciel bleu et au milieu d’une musique a flonflon et dans le rouge et jaune des couleurs de l’Espagne ! Et cette beauté devrait selon eux faire oublier la cruauté non pas seulement de la mort qui n’est qu’un mauvais passage mais de tout ce qui précède : la cruauté des engins destinés a meurtrir la chair du taureau, a faire ne sorte de le stresser au maximum. Ah vraiment elles sont belles, en effet les piques semblables a d’horribles hameçons qui s’enfoncent dans les chairs mais qui, il est vrai sont si joliment surmontés de décorations rouges et jaunes
Ces mêmes qui admirent l’esthétique de la corrida s’offusquent, sans doute et pince le nez, quand on évoque Céline et son antisémitisme écœurant Mais la beauté du style ne devrait-elle pas justifier à leurs yeux les pires ignominies!
En conclusion je ne pense pas que la beauté ou la jouissance que donne un spectacle puisse justifier la cruauté et la souffrance animale. Une telle beauté est salie et n’est plus la beauté.
Je rappellerai que l’on connaît des assassins qui jouissent de la souffrance de leurs victimes et il ne viendrait à l’idée de personne de justifier leur crime par la jouissance qu’ils en obtiennent
Il y a, enfin, deux derniers arguments : l’argument économique et celui prétendument « écologique ».
L’argument économique est d’ailleurs celui qui a le plus de succès et notamment auprès des élus. La corrida est, en effet, une affaire à la fois pour ses divers participants et pour les endroits où elle se déroule. Cela est indéniable. Mais cet argument peut-il justifier la souffrance infligée ?
Je rappellerai seulement que l’esclavage des noirs d’Afrique a été une grande affaire économique, et qu’il a enrichi des familles et des villes a un point assez difficile a imaginer. Aurait t on dû maintenir l’esclavage pour autant ? Évidement les taureaux ne sont pas des hommes et ils ne peuvent ni se révolter ni se plaindre.
Enfin il y a le dernier argument hypocrite et cynique qui se voudrait écologique !
Faute de corridas on n’élèvera plus de taureaux de combats et ces magnifiques animaux n’existeront plus ! Et puis, pensez y ,certes il meurt dans l’arène mais auparavant ils ont eu une vie de rêve dans les prés verts. Mais que ne les laisse t on pas terminer leur vie dans les prés verts si on se soucie tant de leur bien être ? Et puis s’ils ne viennent pas au monde qu’elle importance et ne doivent-ils y venir ,dans ce monde, que pour justifier que quelques hommes se repaissent du spectacle de la cruauté et de la mort. Belle raison en vérité !
Enfin qu’un évêque assiste en grande tenue à une corrida cela peut , en effet ,choquer mais cela n’étonnera pas ceux qui savent que l’Eglise peut faire bien pire et n’a t on pas vu, en Espagne l’Eglise d’Espagne bénir les fusils qui allaient tuer les républicains !
En conclusion je dirai que j'adhère entièrement a cette phrase : "
"La tauromachie est l'art scélérat et vénal de torturer et de mettre à mort des animaux (...), elle est une fête de la douleur et de la mort.
En cela, la tauromachie constitue un défi majeur à la morale, à l'éducation, à la science et à la culture."
Alfred Kastler
vendredi 10 août 2018
Fatrasies de Jacques Rouviere
Des amis m'on prêté un petit livre édité par Jacques Rouviere aux éditions de la Société des écrivains. Ils me l'on prêté parce que c'est une forme d'édition qui pouvait m’intéresser mais je dois dire que j'ai pris plaisir à lire ce livre.
D'abord j'ai appris ce que signifiait "Fatrasies" car je dois bien avouer que je n'avais jamais rencontré ce mot et j'en ignorais ,évidement, le sens. Au moyen-âge nous dit l'auteur les "fatrasies" comme les "fatras" étaient des poèmes en vers rigidement codifiés dans la forme, par opposition avec le fond, volontiers plus libre.
Le livre se compose de petits récits très variés mais qui tous sont écrits avec humour. On s'amuse mais on apprend aussi et le mérite de ce genre d'ouvrage c'est que vous pouvez le prendre à tous moments et n'importe où.
Il y a de nombreuses petites pièces charmantes comme par exemple "Les funérailles de l’Évêque de la Garenne-Bezons (p.13), "Esprit es-tu là?!" (p.15) ou encore "Lettres de noblesse" (p.41) et enfin " La preuve de l'existence de Dieu" (p.61) de petits morceaux ciselés et qu'on lit en riant.
Enfin je noterai ce "Sonnet a quatre mains" où chaque vers est d'un poète différent et qui donne un ensemble très homogène. Le lecteur aurait du mal, sans la solution que donne l'auteur a reconnaître des poètes différents a chaque vers! (p.31)
Au total ce livre fait passer un bon moment et il est de ceux que l'on devrait emporter pour un voyage en train ou en avion ou pour se distraire en vacances au bord de sa piscine.
D'abord j'ai appris ce que signifiait "Fatrasies" car je dois bien avouer que je n'avais jamais rencontré ce mot et j'en ignorais ,évidement, le sens. Au moyen-âge nous dit l'auteur les "fatrasies" comme les "fatras" étaient des poèmes en vers rigidement codifiés dans la forme, par opposition avec le fond, volontiers plus libre.
Le livre se compose de petits récits très variés mais qui tous sont écrits avec humour. On s'amuse mais on apprend aussi et le mérite de ce genre d'ouvrage c'est que vous pouvez le prendre à tous moments et n'importe où.
Il y a de nombreuses petites pièces charmantes comme par exemple "Les funérailles de l’Évêque de la Garenne-Bezons (p.13), "Esprit es-tu là?!" (p.15) ou encore "Lettres de noblesse" (p.41) et enfin " La preuve de l'existence de Dieu" (p.61) de petits morceaux ciselés et qu'on lit en riant.
Enfin je noterai ce "Sonnet a quatre mains" où chaque vers est d'un poète différent et qui donne un ensemble très homogène. Le lecteur aurait du mal, sans la solution que donne l'auteur a reconnaître des poètes différents a chaque vers! (p.31)
Au total ce livre fait passer un bon moment et il est de ceux que l'on devrait emporter pour un voyage en train ou en avion ou pour se distraire en vacances au bord de sa piscine.
mardi 24 juillet 2018
Théorie d'Alger de Sébastien Lapaque
Je viens de découvrir un petit livre (une centaine de page) publié en chez Actes Sud et les éditions Barzach par Sébastien Lapaque: "Théorie d'Alger" qui est un chant d'amour pour la ville d'Alger et j' y ai retrouvé beaucoup de mes propres sensations lors de mon voyage en 2016.
Voici une petite video dans laquelle l'auteur nous explique comment lui est venu l'idée d'écrire ce livre.
Ce petit livre évoque l'Alger d'aujourd'hui qu'arpente l'auteur et l'Alger d'hier à l'histoire mouvementée.Il nous fait connaître le petit peuple d'Alger et évoque des rencontres avec des algériens âgés qui lui racontent l'histoire de cette ville que ce soit des "taxistes" d'un certain âge (car les jeunes sont de plus en plus barbus et muets) ou des rencontres de bar, notamment dans le seul bar où il est possible en dehors des hôtels de luxe de consommer de l'alcool!
IL a des discussions passionnées avec des algériens sur le cas de Camus qui n'est pas encore totalement réglé!
Il parcourt les lieux emblématiques de la ville, le jardin d'Essai, le Musée des beaux arts avec ses magnifiques orientalistes( notamment Dinet), les rues si connues l'ex rue Michelet, l'ex rue d'Isly!
Il y a , aussi, un passage émouvant lorsque l'auteur est à la recherche de la tombe de la mère de Camus la veuve Sintes. Il va d'abord, sur une fausse information à Marengo (Hadjout) le village de l'Etranger puis au cimetière de l'ancien Boulevard Bru sur les hauteurs de Bellecourt, le cimetière d'El Madania et c'est l'occasion de pages émouvantes que je recopie ici.
"Il revint au cimetière chrétien d'El-Madania en avril, sous un ciel bleu et un soleil superbe. C'était très tôt, un dimanche matin,dans un calme absolu à peine troublé par le roucoulement des pigeons. A cette heure de la journée,la vue sur la mer dorée, qui se confondait avec le ciel,était somptueuse. Prêtre de la Mission de France et directeur du centre d'études diocésain Les Glycines à Alger, le père Guillaume, habitué à guider les chercheurs venus du monde entier en pèlerinage sur les traces de Camus, lui avait enfin indiqué où se trouvait la tombe de sa mère. Sûr de son fait cette fois-ci, il avait à nouveau acheté un rosier en pot.
La tombe de mère de Camus est tout en bas du cimetière contre le mur d'enceinte, au milieu de la rangée",lui avait indiqué le père Guillaume. En descendant vers l'endroit indiqué,il observa la différence entre les monuments édifiés à l'entrée de la nécropole, sur les hauteurs ,et la modestie des tomes aux noms souvent effacés qu'on découvrait en bas. Pour trouver la tombe de la mère de Camus,il se fraya un chemin au milieu des herbes folles et arracha les plantes qui poussaient entre les stèles. Il était absolument seul dans le cimetière. Par delà le mur d'enceinte, la vue sur le port était grandiose, avec le quartier de Belcourt en bas sur sa droite et à gauche l'hôtel Aurassi,la place des Martyrs et à la Casbah.
Il trouva enfin ce qu'il cherchait. Une plaque de béton grise, ornée d'une croix, brisée en deux, avec une plaque de marbre portant ces simples mots:
Veuve Lucien Camus
Née Catherine Sintes
1882-1960
La mère d'Albert Camus était donc morte avant l'indépendance de l'Algérie, la même année que son fils, huit mois après ainsi qu'il l'apprendrait en consultant les registres. "C'est trop jeune" avait-elle dit en apprenant l'accident de la route qui avait coûté la vie à l'écrivain. Elle ne lui avait pas survécu très longtemps. Il déposa délicatement son rosier su sa sépulture abandonnée et dit une prière en songeant a tous ceux qui , de l'autre côté de la Méditerranée,continuaient,de vivre grâce à l'oeuvre de Camus
ses ayants droits, son éditeur, sans jamais s'être souciés d'honorer la mémoire de la femme qui lui avait donné le jour en entretenant sa tombe. (p 87-88 )"
L'auteur avoue qu'il aime se promener dans les cimetières et je m 'y retrouve tout a fait moi qui ait raconté plusieurs fois mes promenades dans de nombreux cimetières ,ici où là.
Il y a ,aussi, un très bel éloge d'Etienne Dinet et, enfin ,j'ai beaucoup aimé les dernières pages et sa manière de remercier tous les algériens qui l'ont si bien accueilli.
A lire par tous ceux qui connaissent et sont nostalgiques d'Alger et aussi par ceux qui ne connaissent pas cette ville.
Voici une petite video dans laquelle l'auteur nous explique comment lui est venu l'idée d'écrire ce livre.
Ce petit livre évoque l'Alger d'aujourd'hui qu'arpente l'auteur et l'Alger d'hier à l'histoire mouvementée.Il nous fait connaître le petit peuple d'Alger et évoque des rencontres avec des algériens âgés qui lui racontent l'histoire de cette ville que ce soit des "taxistes" d'un certain âge (car les jeunes sont de plus en plus barbus et muets) ou des rencontres de bar, notamment dans le seul bar où il est possible en dehors des hôtels de luxe de consommer de l'alcool!
IL a des discussions passionnées avec des algériens sur le cas de Camus qui n'est pas encore totalement réglé!
Il parcourt les lieux emblématiques de la ville, le jardin d'Essai, le Musée des beaux arts avec ses magnifiques orientalistes( notamment Dinet), les rues si connues l'ex rue Michelet, l'ex rue d'Isly!
Il y a , aussi, un passage émouvant lorsque l'auteur est à la recherche de la tombe de la mère de Camus la veuve Sintes. Il va d'abord, sur une fausse information à Marengo (Hadjout) le village de l'Etranger puis au cimetière de l'ancien Boulevard Bru sur les hauteurs de Bellecourt, le cimetière d'El Madania et c'est l'occasion de pages émouvantes que je recopie ici.
"Il revint au cimetière chrétien d'El-Madania en avril, sous un ciel bleu et un soleil superbe. C'était très tôt, un dimanche matin,dans un calme absolu à peine troublé par le roucoulement des pigeons. A cette heure de la journée,la vue sur la mer dorée, qui se confondait avec le ciel,était somptueuse. Prêtre de la Mission de France et directeur du centre d'études diocésain Les Glycines à Alger, le père Guillaume, habitué à guider les chercheurs venus du monde entier en pèlerinage sur les traces de Camus, lui avait enfin indiqué où se trouvait la tombe de sa mère. Sûr de son fait cette fois-ci, il avait à nouveau acheté un rosier en pot.
La tombe de mère de Camus est tout en bas du cimetière contre le mur d'enceinte, au milieu de la rangée",lui avait indiqué le père Guillaume. En descendant vers l'endroit indiqué,il observa la différence entre les monuments édifiés à l'entrée de la nécropole, sur les hauteurs ,et la modestie des tomes aux noms souvent effacés qu'on découvrait en bas. Pour trouver la tombe de la mère de Camus,il se fraya un chemin au milieu des herbes folles et arracha les plantes qui poussaient entre les stèles. Il était absolument seul dans le cimetière. Par delà le mur d'enceinte, la vue sur le port était grandiose, avec le quartier de Belcourt en bas sur sa droite et à gauche l'hôtel Aurassi,la place des Martyrs et à la Casbah.
Il trouva enfin ce qu'il cherchait. Une plaque de béton grise, ornée d'une croix, brisée en deux, avec une plaque de marbre portant ces simples mots:
Veuve Lucien Camus
Née Catherine Sintes
1882-1960
La mère d'Albert Camus était donc morte avant l'indépendance de l'Algérie, la même année que son fils, huit mois après ainsi qu'il l'apprendrait en consultant les registres. "C'est trop jeune" avait-elle dit en apprenant l'accident de la route qui avait coûté la vie à l'écrivain. Elle ne lui avait pas survécu très longtemps. Il déposa délicatement son rosier su sa sépulture abandonnée et dit une prière en songeant a tous ceux qui , de l'autre côté de la Méditerranée,continuaient,de vivre grâce à l'oeuvre de Camus
ses ayants droits, son éditeur, sans jamais s'être souciés d'honorer la mémoire de la femme qui lui avait donné le jour en entretenant sa tombe. (p 87-88 )"
L'auteur avoue qu'il aime se promener dans les cimetières et je m 'y retrouve tout a fait moi qui ait raconté plusieurs fois mes promenades dans de nombreux cimetières ,ici où là.
Il y a ,aussi, un très bel éloge d'Etienne Dinet et, enfin ,j'ai beaucoup aimé les dernières pages et sa manière de remercier tous les algériens qui l'ont si bien accueilli.
mercredi 11 juillet 2018
Philosophie de Camus
PHILOSOPHIE DE CAMUS
On sait que l’un des procès qui ont été fait à Albert Camus
dans les années 50 par l’intelligentsia parisienne était celui de ne pas être
un véritable philosophe et l’on se souvient de l’imbécile apostrophe « philosophe
pour classe terminale » qui voulait dire le mépris des intellectuels de
l’époque pour cet écrivain venu d’Algérie.
Alors il est vrai que Camus a une faible formation
universitaire en philosophie et qu’il n’a pas fait « Normale Sup ».
Ila un simple diplôme d’études supérieures obtenu à Alger sur un mémoire
consacré au relation de Saint Augustin le père de L’Eglise , ancien évêque
d’Hippone l’actuel Annaba et de Plotin philosophe grec.
Peu de choses au yeux de ces intellectuels bardés de diplômes !
Par ailleurs il est vrai qu’Albert Camus est d’abord et avant
tout un écrivain, une plume qui évite de jargonner comme certains de ses
détracteurs.
Et , enfin, sa pensée que nous allons analyser se méfie avant
tout des systèmes, des théories, des analyses abstraites faites dans un
langage souvent difficile d’accès.
Alors oui, Albert Camus n’est pas un philosophe de système et
on ne lui doit aucune théorie voulant expliquer la totalité du monde mais
est-ce a dire ,pour autant, qu’il n’est pas philosophe au sens de celui qui
questionne le monde et donne son point de vue sur les grandes questions qui se
posent a l’humanité ,je ne le pense pas et je suis même sur du contraire.
Et c’est à cette recherche de la philosophie de Camus que je veux
en venir maintenant.
Comme ,précisément il n’élabore pas vraiment un système
totalisant, expliquent le monde il est
préférable de commencer par souligner ce qu’il n’est pas, d’analyser les
théories qu’il rejette clairement pour tenter ensuite de voir sa propre pensée.
I. L’incroyance
La première chose à souligner ,car elle sous-tend l’ensemble
de sa pensée , c’est son incroyance, son refus de Dieu et des religions, car ce
refus premier qui le conduit à sa thèse de l’absurde. Le monde , en effet ,ne
peut être absurde pour ceux qui croient a une vie ultérieur ,à un monde autre
que notre monde terrestre. Pour eux la vie a un sens.
Or Camus n’a jamais pu entrer dans cette foi. Il le dit a de
très nombreuses reprises lorsqu’il évoque l’horreur de la mort.
Cela ne l’empêche pas de respecter les croyants et même
pourrait on dire de les envier. Il faut lire à cet égard la conférence qu’il
donna devant des religieux au couvent des dominicains de Latour-Maubourg en
1948 ( La Pléiade-Essais-p.371 et s)
Ce texte est important car il nous montre clairement la façon
de faire d’Albert Camus et d’abord son respect de l’interlocuteur.
Il faut citer ici , cette partie du texte :
« En second lieu,
je veux déclarer encore que, ne me
sentant en possession d’aucune vérité absolue et d’aucun message, je ne
partirai jamais du principe que la vérité chrétienne est illusoire, mais
seulement de ce fait que je n’ai pu y entrer. » et plus loin :
« Ceci dit, il me
sera plus facile de poser mon troisième et dernier principe. Il est simple et
clair. Je n’essaierai pas de modifier rien de ce que je pense ni rien de ce que vous pensez ( pour autant que je puisse en juger) afin
d’obtenir une conciliation qui nous serait agréable à tous. Au contraire ce que
j’ai envie de vous dire aujourd’hui c’est que le monde a besoin de vrai dialogue, que le contraire du
dialogue est aussi bien le mensonge que le silence, et qu’il y a donc de
dialogue possible qu’entre des gens qui restent ce qu’ils sont et qui parlent
vrai. »
Ce texte montre un grand respect de l’interlocuteur a qui on
va dire clairement et sans détour son point de vue mais on dont on va respecter
la pensée.
Et cela ne l’empêche pas de dire des choses fortes et même
dures. C’est ainsi qu’il va dire a ces religieux qu’il n’a pas compris le
silence du Pape pendant la période nazis. Il fait référence ici à un problème
souvent soulevé sur le silence du Pape Pie XII face aux crimes nazis. Cette
affaire a donné lieu après le décès de Camus a une pièce de théâtre qui a fait
scandale a son époque et qui s’intitule Le Vicaire de
Rolf Hochhut en 1963 et, plus tard encore, au film de
Costa-Gavras : « Amen. »
Je trouve que c’est Camus qui a le mieux posé cette question :
« Et pourquoi ici
ne le dirais-je pas comme je l’ai écrit ailleurs ? J’ai longtemps attendu
pendant ces années épouvantables qu’ne grande voix s’élevât de Rome. Moi incroyant ? Justement. Car je savais
que l’esprit se perdrait s’il ne poussait pas devant la force le cri de la
condamnation. Il paraît que cette voix s’est élevée. Mais je vous jure que des
millions d’hommes avec moi ne l’avons pas entendu et qu’il y avait alors dans
tous les cœurs, croyants ou incroyants, une solitude qui n’a pas cessé de
s’étendre à mesure que les jours passaient et que les bourreaux se
multipliaient.
On m’a expliqué depuis
que la condamnation avait été bel et bien portée. Mais qu’elle l’avait été dans
le langage des encycliques qui n’est point clair. La condamnation avait été
portée et elle n’avait pas été comprise ! Qui ne sentirait ici où est la
vraie condamnation et qui ne verrait que cet exemple apporte en lui-même un des
éléments de la réponse…..Ce que le monde attend des chrétiens est que les
chrétiens parlent a haute et claire voix, et qu’ils portent leur condamnation
de telle façon que jamais le doute, jamais un seul doute, ne puisse se lever
dans le cœur de l’homme le plus
simple. »
Il ne croit donc pas mais respecte ceux qui croient et cela
on le verra aussi dans ses romans et notamment l’étranger et La Peste.
Dans l’Etranger on se souvient qu’après sa condamnation à
mort Meursault va avoir un long
entretien avec l’aumonier venu lui proposer son aide, aide qu’il refusera.
C’est un dialogue puissant dans lequel et à plusieurs reprises Meursault
confirme à l’aumonier qu’il ne croit pas et que cela ne l’intéresse pas et il
va jusqu’à la colère face a l’insistance du prêtre.
Dans La Peste Camus met aussi en scène un dialogue entre un
athée et un croyant ,un prêtre et c’est alors pour montrer que face a un fléau
comme la peste il n’est pas nécessaire de croire pour agir et qu’au contraire
là où l’homme d’Eglise agit en priant celui qui ne croit pas est plus pratique
et il agit ici et maintenant, sur cette terre avec ses moyens pour lutter
contre le fléau et aider ses frères humains.
Il y a donc dans cette attitude une mise en place d’une
philosophie de la solidarité humaine sans avoir besoin de ce je n sais quelle
croyance.
II. L’amour du monde et
de la vie
Il est donc incroyant mais il aime le monde et la vie. Chacun
connaît ,plus ou moins la vie de Camus qui , d’une certaine manière n’a pas été
épargné par le malheur (perte du père juste après sa naissance- pauvreté- sa
vie dans une famille illettrée- la maladie grave qui l’atteint jeune encore et
qui le poursuivra toute sa vie- difficultés dans sa vie familiale et, enfin ,
drame de l’Algérie son pays natal) et malgré cela Camus est doué pour le
bonheur et il aime le monde qu’il
glorifie comme on glorifie un Dieu.
Il suffit de lire son « Noces a Tipaza » pour comprendre
une autre partie de sa philosophie l’accord de l’homme avec le monde, la
jouissance des plaisirs simples que donne le soleil et la mer et d’ailleurs il
nous dit clairement : a quoi bon les Dieux quand on peut jouir des
plaisirs de la vie, de la nature du ciel et de la mer. Ne pourrait-on pas dire
qu’il est panthéistes et que pour lui les dieux sont partout et surtout dans la
nature ?
Ainsi ce très beau texte :
« Bien pauvres
sont ceux qui ont besoin de mythes. Ici les dieux servent de lits ou de repères
dans la course des journées. Je décris et je dis : « Voici qui est
rouge, qui est bleu, qui est vert. Ceci est la mer, la montagne, les
fleurs » Et qu’ai-je besoin de parler de Dionysos pour dire que j’aime
écraser les boules de lentisques sous mon nez ? Est-il même a Demeter ce
vieil hymne à quoi plus tard je songerai
sans contrainte : « Heureux celui des vivants sur la terre qui a vu
ces choses. » Voir rte voir sur cette terre, comment oublier la
leçon ? »
Il y a là un deuxième aspect très important de la philosophie
de Camus. Le monde est beau, vivre est souvent agréable et il faut savoir
profiter de ce don.
III. L’absurde
Et finalement ce que l’on a retenu de la philosophie de Camus
la notion de l’absurde qu’il a développé dans le mythe de Sisyphe c’est
précisément le rapprochement qu’il fait entre cet amour de la vie, de la beauté
, de la jouissance et la mort.
Vivre est merveilleux mais l’on va mourir. Cela le heurte, le
choque, lui fait mal. Il déteste cette idée de ne plus jouir de la vie et cette
interrogation qui est d’ailleurs la question fondamentale qui interroge le
monde depuis l’origine est celle qui a conduit les peuples de la terre a
recherché Dieu, pour Camus à l’inventer car il est choqué par cet appel a un
sens face « au silence
déraisonnable du monde ». Oui, il s’interroge sur la finitude de l’homme
et personne ne lui répond
IV La solidarité et l’action
En présence de l’absurde et de l’appel à la jouissance des
beautés du monde il aurait pu s’orienter vers une sorte de philosophie de
l’égoïsme. Puisque il n’ y a rien après la mort et que le monde est beau alors
contentons-nous d’en jouir et, pour ce faire, ne nous occupons que de nous,
dégageons nous de toutes obligations et servitudes. Par ailleurs puisqu’il n’ y
a rien après la mort et surtout pas de jugement alors tout est permis d’une
certaine façon.
Et bien pour Albert Camus c’est le contraire. Il insiste sur
la nécessité de se créer une morale à l’échelle de l’homme. L’homme doit faire
son travail, il doit essayer d’améliorer ce qui peut l’être, il doit être
solidaire des autres hommes. La solidarité c’est, je pense, un des grands
principes d’action de cet écrivain. Et dans le fond ,nous dit-il, c’est dans
l’action, dans l’amélioration de la vie que l’homme peut trouver sa joie.
Certes c’est à la fois modeste et toujours à recommencer mais il n’ y a pas
d’autres solutions et alors on peut imaginer « Sisyphe
heureux » »
Cet exigence de la solidarité elle est enfouie profondément
dans le caractère même d’Albert Camus qui a toujours aimé l’amitié sincère, la
camaraderie. On se souvient que ces moments de bonheur sont ceux qu’il a passé
avec des équipes que ce soit les comédiens quand il s’adonne au théâtre ou des
ouvriers typographes quand il est journaliste et qu’il aime descendre au
marbre. Et, enfin, ne nous a-t-il pas dit que tout ce qu’il avait appris de
sérieux c’est en jouant au foot ?
Camus n’est pas un penseur solitaire et c’est pourquoi il a
souffert lorsque le milieu parisien après l’avoir accueilli lui a battu froid.
Et dans son discours de réception du Prix Nobel il est encore
revenu sur cette solidarité nécessaire et notamment avec les personnes
persécutées injustement.
« Je ne puis vivre
personnellement sans mon art. Mais je n’ai jamais placé cet art au-dessus de
tout. S’il l’est nécessaire au contraire, c’est qu’il ne se sépare de personne
et me permet de vivre, tel que je suis, au niveau de tous. L’art n’est pas à
mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d’émouvoir le plus grand
nombre d’hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des
joies communes. Il oblige donc l’artiste à ne pas s’isoler ; il le soumet
à la vérité la plus humble et la plus universelle. Et celui qui, souvent, a
choisi un destin d’artiste parce qu’il se sentait diffèrent, apprend bien vite
qu’il ne nourrira de son art, et sa
différence, qu’en avouant sa ressemblance avec tous. L’artiste se forge dans
cet aller-retour perpétuel de lui aux autre, à mi-chemin de la beauté dont il
ne peut se passer et de la communauté à laquelle il ne peut s’arracher. C’est
pourquoi les vrais artistes ne méprisent rien ;ils s’obligent à comprendre
au lieu de juger. Et s’ils ont un parti
à prendre en ce monde, ce ne peut être que celui d’une société où, selon le
grand mot de Nietzsche, ne règnera plus le juge mais le créateur qu’il soit
travailleur ou intellectuel. »
V. Le rejet des
idéologies
On voit déjà se dessiner la pensée de Camus mais il faut
absolument compléter ces idées par l’une de celle qui, a mon sens, domine sa philosophie :
le rejet des idéologies, des systèmes complet qui veulent décrire la totalité
du monde. Il ne serait pas loin de
penser avec Shakespeare qu’ ‘il y a plus
de choses dans le monde et sur la terre que dans toute la philosophie »
N’ a-t-il pas dit ce rejet des systèmes lorsqu’il écrit
« Si
j’avais à écrire ici un livre de morale, il aurait cent pages et
quatre-vingt-dix-neuf seraient blanches. Sur la dernière j’écrirais : Je ne
connais qu’un seul devoir, et c’est celui d’aimer . Et pour le reste, je dis
non. Je dis non, de toutes mes forces. »
Une grande partie de ses écrits sont une condamnation du
totalitarisme et de la violence qui lui est nécessaire. Bien sûr le
totalitarisme nazi cela va sans dire qu’il condamne tout en respectant le
peuple, allemand dans ses Lettres a un ami allemand, mais aussi et c’est , à
l’époque assez peu répandu, le totalitarisme communiste.
Dans l’Homme révolté il analyse les mécanismes du totalitarisme et les condamne fermement.
Cela lui a valu, on le sait , le mépris et le rejet d’une grande partie de
l’intelligentsia et des sartriens en premier lieu. Mais c’est à lui que l’avenir a donné raison et il a été
d’ailleurs la raison d’espérer de beaucoup dans les pays touché par le
communisme. Dans le fond il a approfondi les idées qu’avait déjà exprimé André
Gide dans son « Retour d’URSS ».
Mais ne soyons pas dupe. Il n’est pas pour autant fervent défenseur
du libéralisme et quand la droite veut se l’approprier comme c’est le cas de
nos jours elle se trompe car si Camus refuse le communisme parce qu’il porte
atteinte aux libertés et qu’il est amené à user de violence, il ne soutient
pas, pour autant le libéralisme et c’est ce qui a fait que les libertaires, les
anarchistes ont retrouvé chez Camus des idées à eux.
Comme on le voit il n’ y a pas chez Albert Camus de grandes
théories car il est bien conscient de la complexité du monde qui ne peut se
laisser renfermer dans une idéologie, mais il y a des principes qui permettent
aux hommes de faire face au monde : absurdité de notre destin, solidarité nécessaire
entre les hommes, nécessité de préserver la liberté et rejet de la violence.
C’est peu diront certains . Je crois que c’est au contraire beaucoup et la
popularité qu’il connaît de nos jours est la preuve que les lecteurs ont
compris son message et y adhérent.
Face a toutes les tentations totalitaires qui veulent faire
le bonheur des hommes en créant nous disent ces idéologies « un nouvel
homme » il insiste pour que l’homme soit respecté et que sa liberté de
jouir du monde lui reste acquise.
mardi 3 juillet 2018
La confusion des sentiments de Stefan Zweig au Théâtre de la Grange d'Angaïs
J'ai assisté, hier soir, à un spectacle du théâtre de la Grange a Angaïs comme je le fais tous les ans depuis une quinzaine d'année. C'est toujours un plaisir tant ce lieu est charmant avec sa grange transformé en petit théâtre et la possibilité qui est donné de dîner ensuite permettant aux spectateurs de discuter du spectacle qu'ils viennent de voir.
Hier soir le public, nombreux, était absolument ravi et chacun soulignait la performance réalisée par Boy Demazières, l'organisateur de ce festival qui a tenu une heure trente seul en scène a nous dire ce texte sans que jamais le public ne ressente la moindre monotonie.
J'avais lu le livre de Stefan Zweig il y a de nombreuses années et je l'avais oublié. Je l'ai redécouvert avec beaucoup de plaisir et même mieux que lors de ma première lecture.
Le recit débute le jour où un vieux professeur reçoit de ses collègues et de ses élèves des "Melanges" recueil qui est offert à un professeur d'université qui quitte ses fonctions et qui comprend des contributions de ses collègues et un recensement des ses propres écrits. Ce jour là, ce vieux professeur, se dit que tout n'est pas dans ces mélanges et qu'il y manque un événement essentiel, fondateur, qui a eu lieu dans a jeunesse.
Tout le livre est le récit de cet événement. Jeune étudiant à Berlin il était un garçon dissipé, il rejetait par une sorte d'opposition adolescente à son père la littérature et le travail de l'esprit. Son père, voyant qu'il se perdait à Berlin lui conseilla d'aller étudier dans une petite Université et c'est là qu'il fit la connaissance de celui qu'il appellera, tout au long du recit, "son maître", un professeur qui, dés le premier contact, va l'éblouir par sa passion de transmettre , par ses connaissances et par ce feu sacré qu'il met a faire ses cours. Il y a, au passage, un bel éloge de l'enseignant qui se doit d'être plus qu'un simple pédagogue, formule dont on mesure encore aujourd'hui la grande actualité.
Devenu l'intime de ce professeur et de sa femme on sent , tout au long du déroulement du récit que les rapports a entre ce professeur et lui sont particulier., fait d'élans et de rebuffades, d'admiration et de questionnement et ce sont ces relations que Stefan Zweig analyse avec beaucoup de finesse ( Freud admirait beaucoup cette oeuvre) et l'on apprendra, à la fin, que le professeur a aimé son élève et que l'élève, devenu ce vieux professeur, a aussi, d'une certaine manière aimé ce maître sans que jamais les sentiments ne soient exprimés et qu'ils demeurent dans la confusion.
Cette chute est amené par Zweig par petites touches tout au long et à la fin , on se dit, mais bien sûr, c'est évident!
Ce spectacle m'a t-on dit va se poursuivre dans le pays basque et finir en octobre a Biarritz et je ne peux que conseiller d'y aller.
Je viens aussi de constater qu'il y a eu film tiré de ce roman et qui a l'air réussi.
Hier soir le public, nombreux, était absolument ravi et chacun soulignait la performance réalisée par Boy Demazières, l'organisateur de ce festival qui a tenu une heure trente seul en scène a nous dire ce texte sans que jamais le public ne ressente la moindre monotonie.
J'avais lu le livre de Stefan Zweig il y a de nombreuses années et je l'avais oublié. Je l'ai redécouvert avec beaucoup de plaisir et même mieux que lors de ma première lecture.
Le recit débute le jour où un vieux professeur reçoit de ses collègues et de ses élèves des "Melanges" recueil qui est offert à un professeur d'université qui quitte ses fonctions et qui comprend des contributions de ses collègues et un recensement des ses propres écrits. Ce jour là, ce vieux professeur, se dit que tout n'est pas dans ces mélanges et qu'il y manque un événement essentiel, fondateur, qui a eu lieu dans a jeunesse.
Tout le livre est le récit de cet événement. Jeune étudiant à Berlin il était un garçon dissipé, il rejetait par une sorte d'opposition adolescente à son père la littérature et le travail de l'esprit. Son père, voyant qu'il se perdait à Berlin lui conseilla d'aller étudier dans une petite Université et c'est là qu'il fit la connaissance de celui qu'il appellera, tout au long du recit, "son maître", un professeur qui, dés le premier contact, va l'éblouir par sa passion de transmettre , par ses connaissances et par ce feu sacré qu'il met a faire ses cours. Il y a, au passage, un bel éloge de l'enseignant qui se doit d'être plus qu'un simple pédagogue, formule dont on mesure encore aujourd'hui la grande actualité.
Devenu l'intime de ce professeur et de sa femme on sent , tout au long du déroulement du récit que les rapports a entre ce professeur et lui sont particulier., fait d'élans et de rebuffades, d'admiration et de questionnement et ce sont ces relations que Stefan Zweig analyse avec beaucoup de finesse ( Freud admirait beaucoup cette oeuvre) et l'on apprendra, à la fin, que le professeur a aimé son élève et que l'élève, devenu ce vieux professeur, a aussi, d'une certaine manière aimé ce maître sans que jamais les sentiments ne soient exprimés et qu'ils demeurent dans la confusion.
Cette chute est amené par Zweig par petites touches tout au long et à la fin , on se dit, mais bien sûr, c'est évident!
Ce spectacle m'a t-on dit va se poursuivre dans le pays basque et finir en octobre a Biarritz et je ne peux que conseiller d'y aller.
Je viens aussi de constater qu'il y a eu film tiré de ce roman et qui a l'air réussi.
jeudi 14 juin 2018
Jules Gervais Courtellemont.
L'intérêt d'une bibliothèque importante est que l'on peut redécouvrir , par hasard, des livres que l'on avait perdu de vue.C'est ce qui vient de m'arriver. J'ai redécouvert un livre de photographie qui l'avait été offert,il y a longtemps, par une amie et consacré au photographe Jules Gervais Courtellemont et à ses photos d'Algérie.
On verra en lisant l'entrée qui lui est consacrée dans Wikipedia qu'il a eu une vie très riche, qu'il a beaucoup voyagé et qu'il était fasciné par l'Orient.
On pourra lire aussi cet article sur photographie au Maghreb paru récemment.
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