vendredi 29 juillet 2022

André de Richaud: La douleur

 

                                              




Je connaissais le nom d'André de Richaud parce qu'il a été celui qui a convaincu Albert Camus d'écrire? C'est , en effet, après avoir lu la douleur le roman de cet écrivain paru en    que Camus se dit qu'il était donc possible d'écrire sur la misère. Et voici ce qu'il écrit :

 "Je le lus en une nuit, selon la règle et, au réveil, nanti d'une étrange et neuve liberté, j'avançais hésitant sur une terre inconnue. Je venais d'apprendre que le livres ne délivraient pas seulement l'oubli et la distraction. Il y avait une délivrance, un ordre de vérité où la pauvreté, par exemple, prenait tout à coup son vrai visage. La Douleur me fit entrevoir le monde de la création."

La Douleur fut très remarqué lors de sa parution et il obtint même un prix littéraire prestigieux puisqu'à son jury siégeaient des écrivains comme François Mauriac et Julien Green. Cependant le livre fit scandale et on ne permit pas que le prix lui fut accordé!

Il fit scandale -et l'on ne peut que s'en étonner aujourd'hui- parce qu'il évoquait une histoire d'adultère pendant la guerre par une femme qui avait perdu son mari dans cette guerre et qui vivait un amour avec un allemand.

Ce scandale ressemble un peu à celui que fit aussi , à l'époque, le roman de Radiguet: "Le blé en herbe".

Quoiqu'il en soit ce roman est toujours très agréable à lire, le style d'André de Richaud classique et peignant avec bonheur les paysages et la vie dans cette région que j'aime beaucoup et qui est le Lubéron.

L'auteur nous montre  les pensées et les désirs de Thérèse et ceux de son fils, à peine âgé d'une dizaine d'année. Comment vois t-il cela, que sait-il , comment réagit-il? Tout cela nous est dépeint subtilement.

Le lecteur pressent , dés le début, que  cela va virer au drame mais l'auteur sait nous le montrer par petites touches et il ménage une sorte de suspens jusqu'à la fin. Il montre aussi la médisance et la méchanceté au travail dans ce petit village.

Je terminerai en disant qu' André de Richaud continua un temps d'avoir du succès d'être connu dans le milieu littéraire de Paris et que des pièces de théâtres furent montées mais sa vie se termina mal, abimée par l'alcool ,dans un asile de vieillard alors qu'il était encore jeune.

Mort en 1961 il fut par la suite largement oublié et ne doit  d'être cité encore aujourd'hui qu'à Albert Camus à qui il donna l'envie d'écrire.





mercredi 8 juin 2022

Bernard de Fallois: Sept conférences sur Marcel Proust.

 Bernard de Fallois est connu comme éditeur mais il a été surtout un enseignant et un fin connaisseur de l'œuvre de Marcel Proust au sujet duquel il a fait sa thèse. A cette occasion il a eu la chance de rencontrer l'écrivain André Maurois qui avait publié un livre sur Proust et  André Maurois le mit en relation avec une parente de Marcel Proust ,Madame Mante-Proust  qui détenait des milliers de pages non exploitées de l'auteur de la Recherche. Il en fit son miel.

Ses sept conférences sont extrêmement intéressantes  et disons tout de suite qu'elle sont très abordables même pour qui n'est pas familier de la critique littéraire ni de l'œuvre de Proust.

Je mentionnerai ces thèmes intéressants.

Le premier c'est la chronologie de l'œuvre. Il est assez courant de dire que Marcel Proust, riche héritier qui pouvait vivre sans travailler, n'a commencé à écrire son œuvre que passé la trentaine et qu'il est mort à 52 ans avant de totalement la publier. Or, M. de Fallois montre que cela est inexact et que Marcel Proust a, en réalité, commencé a travailler dés sa vingtième année et qu'il a engrangé ainsi ce qui, par la suite , lui a permis d'écrire son chef d'œuvre.

La seconde idée intéressante est la façon dont Marcel Proust envisagé la critique littéraire. Le XIX ° siècle avait vu le travail d'un critique très important en la personne de Sainte Beuve, lequel avait comme théorie que, pour bien connaître une œuvre et la comprendre, il fallait connaître la vie de son auteur. Or, Marcel Proust prend exactement le contrepied de cette théorie et estimant, lui, que l'œuvre d'un artiste se suffit à elle-même et que la vie de l'auteur, ce qu'il pensait, qui il voyait, les évènements petits et grands de sa vie sont sans importance. Marcel Proust élabore, à cette occasion , sa théorie des "deux moi" ,le moi du particulier et le moi de l'artiste.

On peut évidement discuter cette position de Marcel Proust et il aura été, sur ce point, très malheureux puisqu'"il est un des écrivains dont on la plus scruté les moindres détails de sa vie!

Dans une autre conférence Bernard de Fallois montre en citant de nombreux passages de la Recherche que Marcel Proust a le sens du comique et qu'il y a donc dans cette œuvre nombre de passages où le lecteur s'amuse, ce qu'a priori on aurait pas pensé d'une œuvre qui est placé si haut!

Enfin il aborde dans deux conférences distinctes les deux grands problèmes qui sont traités dans cette œuvre: la description du sentiment amoureux sous toute ses formes, sa naissance, son développement et sa mort et cela au travers de l'histoire de différents personnages: Schwan, Le Baron de Charlus etc..

Et enfin dominant et faisant de cette œuvre un chef d'œuvre très nouveau la notion du temps et de la mort.

Moi qui ait toujours été intéressé par la fuite du temps j'ai trouvé dans ce romans des aperçus  géniaux. Il commence à aborder cette notion du temps dans son analyse du sentiment amoureux en montrant comment lorsque l'amour s'est éteint on a peine à croire qu'il ait existé et donné tant de soucis. Il analyse aussi et c'est ce qui est connu par tous la différence entre les souvenirs qui reviennent à vous de manière, disons, intellectuel et qui sont extérieurs à la personne et ceux qui reviennent à l'occasion d'un détail (la fameuse madeleine trempé dans une tasse de thé ou la marche sur des pavés disjoints) qui font vraiment revivre le fait passé. Bien sûr il évoque la mort au travers du récit de la mort de sa grand mère, la mort de Bergotte l'écrivain foudroyé dans un musée en regardant une vue de Delft et il en vient à conclure que la mort n'est pas unique et que nous mourrons , d'une certaine façon, tous les jours, avec la disparition de ce qui faisait nos vies.

Enfin, dans le Temps retrouvé, Marcel Proust nous montre les effets dévastateurs du temps en décrivant une réception où se rend le narrateur prés de quarante après qu'il ait connu ces personnes et la description de tous ces gens qu'il a connu fringants et qui sont des vieillards est une scène dont on se rappelle  longtemps après l'avoir lu. 

Ces conférences donnent envie de lire ou de relire la Recherche du temps perdu et le temps retrouvé. 


                                                                       


mercredi 11 mai 2022

Julian Barnes: L'homme en rouge

 


                                                   


 


Je viens de passer d’agréables moment en lisant le livre de Julian Barnes : L’homme en rouge.  Dans ce livre il évoque le voyage en Angleterre à Londres que firent ensemble trois personnalités originales : Le Comte de Montesquiou , le fameux modèle du Baron Charlus de Proust, le Prince de Polignac et le Docteur Pozzi, très célèbre à l’époque.

Ce livre est captivant en ce qu’il évoque une époque disparue, des personnalités hautes en couleur et qu’il utilise à la fois des références littéraires et picturales.

On rencontre les écrivains de l’époque les frères Goncourt, Jean Lorrain, Flaubert, Oscar Wilde et d’autres encore et l’auteur nous fait partager son amour de la peinture à travers l’analyse des tableaux célèbres de John  Singer Sargent, de James Whistler, de James Tissot.

La couverture du livre dans la collection Folio reproduit une partie du portrait de Pozzi par Sargent et le livre contient des reproductions de tableaux, malheureusement de noir et blanc des autres peintres que j’ai cité.

Mais ce récit est aussi en dehors des questions littéraires et picturales une évocation du snobisme, du dandysme et certains des personnages évoqués tiennent des propos très souvent très spirituels mais aussi souvent très « vachards »

C’est la vie de Samuel Pozzi qui fait la trame de ce livre, vie professionnelle d’un célèbre chirurgien, titulaire de la première chaire de Gynécologie créée pour lui, vie amoureuse et mondaine.

Mais on y trouve aussi des développements sur la vie de beaucoup de personnes de son temps  du milieu littéraire et artistique et c’est donc toute cette partie du siècle qui défile dans ce livre et qui en fait l’intérêt.

Une anecdote qui donne le ton de ce livre:

"Quand Wilde réapparu à Paris en 1898 après sa sortie de prison, Fénéon fut un de ceux qui l'accueillirent ouvertement;;;mais Wilde avait souvent le moral au plus bas, et il avoua à Fénéon  qu'il avait été tenté par le suicide et avait voulu se noyer dans la Seine. Sur le Pont Neuf, il avait vu un homme d'aspect étrange penché sur l'eau. Le jugeant tout aussi désespéré que lui, Wilde lui avait demandé: "Êtes vous aussi un candidat au suicide? Non avait répondu l'homme, je suis coiffeur!" D'après Fénéon, ce coq-à-l'âne avait convaincu Wilde que la vie était encore assez comique pour être endurée."

 

lundi 18 avril 2022

René Fregni: Minuit dans la ville des songes



                                                                 




 Ce livre présenté comme un roman est en réalité une sorte d'autobiographie, une histoire de formation et surtout un magnifique éloge de la lecture. La vie de Renè Fregni , né à Marseille et y ayant vécu de nombreuses années est intéressante à plus d'un titre car c'est une sorte de roman d'éducation. Le héros a été un enfant turbulent, mauvais élève, rétif a toute forme d'autorité et qui a désolé une mère aimante et qu'il aimait pourtant beaucoup. 

Il ya de belles pages sur cet amour maternelle mais qui n'a pas réussi à l'empêcher de faire ,comme on le dit, des bêtises. Evidement faisant ses "bêtises" il les regrettait aussitôt et était malheureux de peiner sa mère et il a cette phrase à la fois belle et si vrai toujours. Il vient d'être exclu de l'école: " Tête basse, sans un mot, plus discrète que le silence, ma mère allait attendre son bus ,mon livret à la main. Fallait-il que mon coeur soit de pierre pour imposer à cette femme, si douce, et qui m'aimait tant, unetelle tristesse. Ce sont les seuls regrets de ma vie et ils ne servent à rien."

On le retrouve donc en cavale ou en prison très souvent mais là n'est pas l'essentiel de ce beau livre qui est un éloge de la lecture , de la littérature laquelle va le sauver.

Il a commencé à lire grâce à un aumonier dans un quartier disciplinaire et la lecture ne le lâchera plus, il y trouvera le dépaysement, le rêve, la réalité.IL lira les grands auteurs partout où il sera. Il y aura dans sa vie des moments de grâce, des moments lumineux comme ce séjour en Corse ,à Bastia après avoir déserté de l'armée. Il faut lire ces pages magnifiques magnifique hymne à la beauté de la Corse, de la mer, de la méditerranée et de la mentalité corse. 

"Je ne possédais rien, même pas un lit pour dormir, une table pour manger, une chaise pour m'asseoir. Deux chemises et mon blazer suspendus à une ficelle tendue dans la chambre. J'avais la lumière immense de la mer, l'odeur du maquis, l'eau fraîche d'une source, tous ces arbres qui allaient fleurir, des livres que je choisissais moi-même, que je comprenais maintenant. J'étais l'homme le plus riche du monde, ma liberté était sans limite....... Je vécus sur cette colline, au dessus de Bastia, dans ce dépouillement, entre la page d'un livre et celle de la mer, la plus belle année de ma vie."

De là il errera en Grèce puis en Turquie et reviendra dans a région natale à Manosque où il tentera de faire oublier qu'il est déserteur.

Puis ce sera Aix où il vivra une vie d'étudiant sans l'être vraiment et deviendra un soignant  apprécié dans un hôpital psychiatrique, passera des diplômes et finira par se faire rattraper pour purger sa condamnation a trois ans d'emprisonnement pour désertion et deviendra écrivain.

En racontant ces pérégrinations il pense et évoque les livres qu'il a lu: Dostoïevski, Albert Camus et l'Etranger et Giono pour lequel il a une très grande admiration parce qu'il sait, comme personne , évoquer cette région autour de Marseille mais aussi Céline et d'autres encore.

Lire c'est aussi pour lui entendre la voix de sa mère qui, lorsqu'il était enfant, assis sur ses genoux lui lisait d'une voix tendre Les Misérables ou Sans famille.

Magnifique livre évoquant des paysages somptueux , des livres, une littérature qui l'a sauvé.  En terminant ce beau roman, on se dit que ce jeune si rétif à l'autorité et qui a fait tant et tant de bêtises avait cependant un bon fond puisque la pensée de sa mère et la littérature ont réussi à lui éviter le pire et il donne à penser que même chez le délinquant apparemment le plus compromis il y a un fond positif qu'il faut savoir trouver. Ici la clé a été la littérature.

Et je ne peux pas terminer sans citer cette conclusion si émouvante de son livre:

"Je n'ai pas de bibliothèque. Les livres, je les ai ramassés partout, laissés partout. Je suis un fugitif. J'ai lu Giono dans un cachot glacé, Camus face à des champs de tabac, Dostoïevski sur les rochers de Bastia, devant la mer. J'ai découvert Jim Harrison dans la chambre d'une étudiante, Carson Mac Cullers dans un train qui longeait le Rhin.

J'ai lu sur tous les chemins, au sommet des collines, enfermé dans les cabinets de l'hôpital, adossé à tous les talus. j'ai lu dans des gares, des bus, je ne sais plus où sont tous ces livres, ils vibrent en moi, à la pointe de chaque nerf, dans chacune de mes cellules.

Je suis devenu en lisant Meursault, Raskolnikov, le Grand Meaulnes. J'aime les vagabonds, les errants, tous les picaros, Don Quichotte, Bardamu... Je marche la nuit avec Jean Genet, sur toutes les routes poussiéreuses d'Europe. Je fais partie de ce peuple anonyme des lecteurs. Chacun de nous est assis dans sa chambre, un livre à la main, et nous voyageons dans un immense rain qui n'existe pas." (p. 252)

On peut écouter,  René Fregni parler de son livre dans la Grande Librairie




mercredi 13 avril 2022

Un occident décadent?

 Un occident décadent ?

Que ce soit du côté des islamistes (mais aussi de certains musulmans), du côté de la Turquie d’Erdogan, du côté de la Russie de Poutine, dans quelques monarchies dictatoriales ou militaires ou encore dans quelques pays européens de l’Est comme la Pologne de Monsieur Orban ou la Hongrie on entend ce refrain, mille fois répétés, selon lequel l’occident et ses valeurs seraient la preuve d’une décadence qu’il faut combattre.
Cette idée on la retrouve chez beaucoup de musulmans soit dans leur pays soit en France dans les quartiers et ce rejet de « l’ occident » est ,à nouveau réapparu au grand jour à l’occasion de la guerre menée par la Russie en Ukraine où l’on a pu constater , en Tunisie par exemple, une forme de soutient à Poutine par rejet de l’occident !
Cette affirmation sur la décadence de l’occident est à la fois complétement fausse et très dangereuse car elle conduit souvent ceux qui la portent à l’extrémisme et à la violence et entrainent des pouvoirs autoritaires et liberticides et ce n’est pas parce qu’ils répètent cette affirmation quelle est vraie !
Non content de refuser ces valeurs ils affirment souvent qu’il faut les combattre au besoin par la violence pour échapper à cette prétendue décadence !
Examinons d’abord quels sont les signes de ces valeurs décadentes ?
De manière générale c’est la liberté qui est visée : liberté d’expression , de manifestation, de discussion car pour ces idéologies ultra conservatrices la discussion libre et l’appel à la raison est déjà le premier signe de la décadence.
Plus précisément des principes comme l’égalité des hommes et des femmes, le fait que les femmes puissent librement mener leur vie, s’habiller librement, travailler , vivre de la façon dont elle le souhaite, ne pas être soumises aux hommes et ne pas se contenter d’être des mères et des femmes au foyer, éloignées de l’éducation est l’objet de critiques et de restrictions dans ces idéologies à la manière des talibans ou de façon plus subtile mais tout aussi dangereuse. Les islamistes en sont évidemment les premiers tenant et ceux qui briment le plus ce principe, mais les autres suivent aussi ces analyses.
Autre critique des valeurs concernant le droit de chacun de vivre sa sexualité comme il l’entend. Dans les idéologies que j’évoque seul le modèle un homme/une femme et dans le mariage serait admis et le reste la démonstration de la décadence !
Cette affirmation passe même quelques fois par la négation, contre toute évidence, de l’inexistence dans ces pays de l’homosexualité par exemple, ce qui est à la fois évidement faux et complétement ridicule, l’histoire millénaire étant là pour le démontrer.
Inutile de dire que dans ces pays se développe une hypocrisie absolue ,les gens vivant cachés, honteux. Que ce soit les homosexuels ou les femmes des comportements complétement hypocrites se mettent en place dans tous les milieux y compris dans ceux qui développent les condamnations et ils osent appeler cela la morale!
Ces pays et ces idéologies condamnent donc ces comportements et ces libertés en les déclarant immorales alors que d’une part ils favorisent l’hypocrisie bien plus immorale et que d’autre part ces pays sont, souvent et même, disons le toujours, ceux où règnent la corruption et les passe droits les plus honteux qui, eux ,sont sans doute des comportements moraux !
Ceux qui prétendent penser nous disent que l'explication de cette prétendue décadence serait l'absence de "spiritualité" de cet occident préoccupé seulement de consommation!
Je note seulement que c'est en occident et beaucoup moins ailleurs qu'il y a le plus de créativité, d'inventions scientifiques et techniques et de création de littérature et d arts et si la "spiritualité" dont on parle est dans ces pratiques de la religion qui confirment, le plus souvent, à de la bigoterie et de l'hypocrisie je pense qu'il vaut mieux s'en passer.
J'ajoute que l'attraction des pays occidentaux est nettement supérieur à celle des autres et cela devrait questionner les partisans de cette thèse de la décadence du monde occidental!
Notons, en effet, que les religions ont, hélas, une immense part de responsabilité devant ces attitudes partout où ces idées se développent, que ce soit l’Islam mais aussi les Orthodoxes et les intégristes chrétiens.
Il faut donc lutter de manière permanente pour mettre ces pays et ces idéologues face à leur hypocrisie et à leur aveuglement.
Non les valeurs dites occidentales n’ont rien de décadentes et favorisent, au contraire, la marche de l’humanité vers plus de liberté, plus de responsabilité et moins de cette hypocrisie sociale qui a fait tant de mal depuis si longtemps en empêchant de vivre heureux tant de gens qui n’étaient une menace pour personne.
Les régimes ,le plus souvent autoritaires qui soutiennent cette thèse sont parmi les plus corrompus et ceux qui maltraitent le plus leur peuple et qui sont dans le déni de la réalité. Ils veulent avoir à faire-en tous cas c’est ce qu’ils disent- à une humanité qui n’a jamais existé et ils se refusent à laisser vivre des citoyens qui n’ont pas choisi leur façon d’être et de se comporter en les rabaissant et en les brimant. Ils ont perdu face à l’histoire et ils faut le leur dire et le leur répéter, même s’il est illusoire de penser que l’on parviendra à secouer des millénaires d’obscurantisme et que l’on fera certains réfléchir par eux-mêmes. !

mardi 15 mars 2022

Histoire de la guerre d'Algérie: Les documentaires

 

Pour le soixantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie Arte et France 2 ont diffusé deux documentaires.

Sur Arte le documentaire réalisé par Raphaëlle Blanche  

et sur France 2 celui de M.Benhamou et Stora.

 J’ai évidemment regardé les deux avec intérêt et je dois dire que, pour moi, il n  y a pas photo : celui de Benhamou et Stora est beaucoup plus intéressant et complet que celui d’Arte.

En ce qui concerne celui d’Arte voici ce que j’écrivais aussitôt après sa diffusion. C’est un documentaire intéressant en raison de ces nombreux témoignages qui donnent une vision humaine à ce conflit.

Je lui reprocherai cependant de ne pas donner suffisamment de cadre large qui permette de se faire une idée générale de la période.

Ma première réaction est que ce documentaire est assez peu documenté et- je pense que ce n’est pas faute d’avoir la documentation- sur le terrorisme algérien.

On nous présente des actions de guerre contre l’armée française et contre les administrations et cela est normal mais on oublie -où en tous cas l’on minimise beaucoup trop, les actes terroristes contre les populations civiles et donc contre des innocents, terrorisme qui a été important, et théorisé.

Terrorisme qui a touché aussi une partie des algériens qui n’obéissaient pas aux mots d’ordre du FLN ou qui faisaient partie d’autres organisations. Le massacre de Melouza n’est pratiquement pas évoqué ! Terrorisme contre les civils relancé régulièrement pour attiser la haine dès que le FLN était en difficulté.

Or cet aspect d’abord de l’instauration d’un parti unique par la force du terrorisme et du terrorisme contre les civils donne à cet guerre sa véritable nature et a, d’ailleurs été à la source de toutes les dérives du pouvoir après la guerre, dérives dont souffre encore l’Algérie d’aujourd’hui.

Dès lors faire l’impasse sur ces questions c’est ne rien comprendre ni au passé ni au présent.

Tout cela je ne le dis absolument pas pour diminuer les fautes gravissimes du pouvoir français, sa violence , son rejet de ses propres valeurs, l’utilisation de la torture et sa faute initiale de l’invasion d’un pays et de son assujettissement par la force brutale, l’accaparement de ses terres, sur l’attitude criminelle de l’OAS, de la bêtise des petits européens qui ont soutenu le pire mais je considère que tout doit être dit et, minimiser d’un côté, c’est ne pas faire la réelle histoire tragique de cette guerre.

Au total ce documentaire reste intéressant par le côté humain des témoignages mais n’est pas d’une grande utilité pour comprendre historiquement cette histoire complexe.

Je vais maintenant regarder le documentaire de Stora et Benhamou et j’en dirai aussi mon analyse.

 

Le documentaire de Benhamou et Stora a le mérite (très important) de reprendre toute la période coloniale donnant ainsi à voir toute l’histoire et non sa dernière séquence et d’aborder clairement, sans commentaires inutiles, les actions de toutes les parties à cette guerre.

On quitte ce documentaire complétement atterré, confondu par l’attitude du pouvoir , celle des européens d’Algérie. Toutes ces parties se sont comportés de manière à la fois totalement imbécile, inintelligente et injuste, tournant le dos, dés le début et tout au long de la longue période, aux valeurs de la France et  avec une violence et une injustice condamnable qui ne pouvaient que conduire à l’échec et à la solution que l’on a connue.

Tous les partis politiques se sont déshonorés dans cette entreprise de colonisation et dans la façon dont elle a été menée : Que les socialistes (F. Mitterrand, Robert Lacoste , Guy Mollet) se soient comportés ainsi en dit long sur la dérive, déjà ,à l’époque des socialistes !

 Le seul qui sauve l’honneur des politiques est Mendes-France mais il est vite écarter !

Et pourtant quelques hommes et notamment Albert Camus ont alerté de manière forte, claire, convaincante sur les dérives inacceptables et sur les solutions. Tout au long du documentaire on se réfère à ce qu’a dit et écrit Camus et il est clair qu’à chaque grande étape il a donné un point de vue juste qui malheureusement n’a pas été suivi, loin de là.

1939 dans Misères en Kabylie il attire l’attention sur l’injuste traitement infligé aux algériens. Il n’a que 22 ans ! et déjà , relisez ces textes il dit tout.

1939 il  adhère au parti communiste non pas parce qu’il est communiste mais parce que c’est le seul parti qui soutient la cause des algériens. Il quitte ce parti le jour où , sur ordre de Moscou, le parti s’éloigne des algériens.

1945 il condamne la répression qui a eu lieu à Sétif et en montre les horreurs et les excès et cela après que les algériens se soient battus pour la France !

Il soutient clairement les mouvements celui de Messali Hadj, les idées de Ferhat Abbas et s’insurge contre le traitement qui est fait à ces personnages politiques, alors modérés, montrant que la répression contre eux ne fait que les grandir aux yeux de leur peuple !

Il soutient le projet Blum-Violette qui aurait pu faire évoluer la question et qui sera enterré par les politiques sous la pression des ultras.

Il montre comment ces gens ont refusé les appels du pied des nazis et pour certains ont combattu avec la France sans en recevoir la reconnaissance.

On peut dire qu’Albert Camus est le révélateur des toutes les occasions perdues, qu’il a été une grande voix qui disait la vérité et préconisait ce qu’il aurait fallu faire et, dans ce documentaire il est comme un fil rouge ,le contrepoint de toute la bêtise.

Et même là encore , alors que peut être une solution négociée aurait pu être trouvée, le détournement d’un avion avec les dirigeants de la guerre a été une autre faute considérable commise par les ultras , entrainant un regain de tension et la condamnation de la communauté internationale. Beau résultat en vérité !

Le documentaire montre aussi et c'est la différence avec celui d'Arte le terrorisme du FLN contre les civils, sa vocation totalitaire lorsqu'il fait assassiner en nombre les partisans de Messali Hadj et là encore Camus dans un texte pointe ce totalitarisme en marche. Il ne s'est pas trompe et la suite l'a amplement démontré.

Enfin pour finir la bêtise criminelle de l’OAS que certains encore aujourd’hui essayent de justifier et qui est injustifiable et qui a commis des crimes odieux .

Enfin il montre la manière choquante dont la France et De Gaule ont accueilli les européens d’Algérie et l’attitude déshonorante de la France et de de Gaule en ce qui concerne les harkis., attitude qui constitue une indiscutable tâche sur celui qu'aujourd'hui tout le monde honore.

On sort de ce documentaire en se disant que outre la violence et la spoliation ce qui a été le plus dommageable dans tout cela c’est l’infini bêtise d’une majorité de pieds noirs et du pouvoir politique qui ont tourné le dos au bon sens et à la justice. Voilà où tout cela les a mené ! Une véritable tragédie grecque où l’on voit le malheur en marche de manière inexorable. Mais ici ce ne sont pas les Dieux ou le destin qui sont en cause mais les hommes qui se refusent à appliquer leurs propres valeurs et qui gèrent tout cela sans intelligence et sans cœur.

Là encore Albert Camus avait, semble-t-il compris cela et après son appel pour une trêve civile en 1956 il s’est arrêté d’écrire car disait-il a son maître Jean Grenier : «  on écrit pas pour dire que tout est fichu…. » On ne l'a pas écouté quand il était temps.

Ce documentaire restera , à n’en pas douter, un document essentiel pour désormais évoquer l’Algérie et la guerre d’indépendance.

 

mercredi 9 février 2022

Alain Vircondelet: Albert Camus et la guerre d'Algérie. Histoire d'un malentendu.

                                                                 

                                                          

                                                

J’attendais le livre d’Alain Vircondelet : « Albert Camus et la guerre d’Algérie. Histoire d’un malentendu » avec un grand intérêt. Je connaissais ses livres sur l’ Algérie : Alger l’amour , Maman la blanche et Albert Camus fils d’Alger et j’ai toujours apprécié à la fois son style littéraire et ce qu’il disait de l’amour de son pays, de sa nostalgie, sentiment que j’éprouvais moi-même et qu’il savait écrire.

Concernant ce rapport de Camus avec la guerre d’Algérie c’est , évidemment , une question absolument centrale et elle a été tout a fait  centrale pour Albert Camus  comme il le montre bien.

 Je dirai d’abord que ce livre est écrit par un écrivain et le lecteur aimera la façon dont Alain Vircondelet se saisit de  cette question mêlant des faits historiques, les analyses de Camus et sa propre analyse dont la dominante me semble littéraire plus que politique. Ce n’est donc pas un livre d’historien même si l’histoire n’est pas du tout négligée et qu'elle est, au contraire décrite dans le détail.

Ce mélange d’histoire et d’analyse littéraire rend le livre parfois complexe mais permet de voir, si je puis dire, se créer et évoluer la pensée de Camus sur cette guerre. Alain Vircondelet cherche à aller au plus profond de ce que ressent Albert Camus.

Il analyse évidement la position de Camus en face de la question de l’indépendance du pays. Comme beaucoup il montre que Camus ne pouvait envisager de quitter ce pays mais il le fait de manière très approfondi en remontant à toute l’histoire personnelle de cet écrivain. 

C’est presque à une psychanalyse qu’il se livre en insistant , par exemple, sur tout ce qu’il a vécu à Tipaza, sur les leçons de Tipaza et sur  les leçons de son père avec sa maxime : « un homme ça s’empêche » leçons qui sont  à la source de sa position si controversée.

Il montre longuement comment Camus dès ses débuts, très jeune encore critique fortement les méthodes du pouvoir colonial.

Amour de cette terre : oui, lutte contre le pouvoir colonial :oui.

Mais par contre Albert Camus ne peut accepter le terrorisme qui s’attaque aux victimes innocentes. 

Alain Vircondelet montre très bien ce terrorisme du FLN, il décrit ces actes odieux comme les attentats dans les bars du Centre d’Alger (p.155)  et il montre comme d’autres l’ont fait avant lui les positions opposées de Sartre (et sa phrase odieuse) et  de Camus sur ce thème du terrorisme qu’il ne peut absolument pas accepter.  

D’ailleurs en ouverture du livre Alain Vircondelet rappelle cette phrase de Camus :  « Ghandi a prouvé qu’on pouvait lutter pour son peuple et vaincre, sans cesser, un seul jour de rester estimable. Quelle que soit la cause que l’on défend, elle restera toujours déshonorée par le massacre aveugle d’une foule innocente où le tuer sait d’avance qu’il atteindra la femme et l’enfant. » Chroniques Algériennes. Avant-propos.

Le livre nous montre cette violence aveugle et complétement barbare et, évidemment, l’enchaînement de violence qui s’en suit. (p 179 et s.)

Camus voit aussi au delà il :  « voit au contraire l’ombre inquiétante de la Russie soviétique recouvrir lentement sa terre natale. A qui, en effet, sinon à elle, les nouveaux chefs de l’Algérie nouvelle vont-ils se livrer eux-mêmes ne serait-ce que pour reconstruire le pays et l’administrer autrement ? » (p. 223)

Je trouve Alain Vircondelet un peu sévère à l’égard de Macron et ses tentatives d’apaiser le climat franco-algérien ainsi qu’à l’égard de Benjamin Stora mais je suis d’accord sur le fait que le pouvoir Algérien et une partie des élites liés à ce pouvoir continuent de  ne voir qu’un côté des crimes !

En définitive un livre dense, complet, qui va au fond des questions , qui le fait, non pas en universitaire, mais en écrivain et qui rend justice à Albert Camus à un moment où l’on peut dire que sa pensée a triomphé et commence même à être apprécié en Algérie.