Visité cette matinée le musée Albert Kahn à Boulogne Billancourt. Il y a longtemps que je voulais voir cet endroit qui vient d être entièrement rénové. C est une réussite absolue et, moi qui suis assez rapide dans les visites de musée j ai passé près de deux heures enthousiasmantes.
Ce blog est consacré à mes coups de coeur dans l'actualité, dans la littérature et dans mes voyages
mardi 23 août 2022
Le musée Albert Khan
samedi 20 août 2022
Yamen Manai: Bel âbime
Dans le train qui me transportait à Paris j'ai lu le roman d' Yamen Manai: "Bel abîme" publié aux Editions Elizad .C'est , en effet, un petit livre d'un peu plus de cent pages et commencé juste après Pau je l'ai terminé juste après Bordeaux. Ce jeune écrivain tunisien montre à travers ce livre le désarroi de la jeunesse tunisienne défavorisée et la régression de tout un pays après la révolution dite du Jasmin.
Ce petit roman m'a fait penser à l'Etranger d'Albert Camus à la fois par son style, direct, sec avec des phrases courtes mais aussi sur le fond car son héros est , à sa manière ,un étranger a sa famille et à son pays, la Tunisie. La différence est que là ,où le héros de Camus vit, au jour le jour, sans revendications, profitant des petits bonheurs que lui apporté son pays et en se s'intéressant guère aux autres, le héros de Bel abîme est un révolté contre sa société dont il vomit les comportements et qu'il est plein de rage.
Il y a , dans le roman , de nombreuses notations qui m'on rappeler la Tunisie que je connais comme cette façon ,très répandue de bétonner, de carreler les terrains autour des constructions ne laissant aucune place pour des plantes! Mais aussi cette description du massacre de la nature par l'absence totale de civisme et le déversement des ordures et des plastics partout .C 'est aussi un réquisitoire dure et justifié contre la classe politique tunisienne qui a montré sa nullité ces dix dernières années et contre une administration qui a régressé depuis dix ans au point que l'on se demande si elle existe encore.
Le roman s'ouvre sur l'histoire d'un jeune adolescent qui vient , avec un fusil de chasse, de blesser plusieurs personnes, un garde forestier, un Maire mais aussi son propre père et qui, dans l'attente de son jugement s'entretient du fond de sa prison avec son avocat et un psychologue après avoir été torturé par les policiers (pratique malheureusement assez fréquente dans ce pays). Dans ce cadre il évoque le desaroi des jeunes de ce pays ,sans éducation, sans avenir et qui n'ont qu'un but quitter cette terre aux risques de leurs vies. Il montre les effets désastreux d'une éducation familiale dans la violence et avec des principes d'un autre âge et notamment l'emprise des idées rétrogrades de la religion ,comme par exemple , en ce qui concernes les animaux de compagnie et plus spécialement des chiens qui seraient impurs et qui empêcheraient , par leur présence, aux anges d'entrer dans la maison!
Et de fait tout le drame est venu de Bella ,une petite chienne que le jeune héros a adopté alors qu'elle n'avait que quelques jours et qu'il aimé au point d'en être transformé.. et la description de ce drame est malheureusement tout à fait conforme à la triste réalité dans ce pays.
Je ne vous dirai pas, pour vous garder le plaisir de la découverte, la fin de ce roman et l'histoire si émouvante de Bella dont je me souviendrai longtemps et Bella rejoindra dans ma mémoire le chien de Rémi dans Sans famille, le chien de La Guerre et la Paix de Tolstoï et d'autres encore et le souvenir de mes propres chiens.
Vraiment lisez ce livre, ce beau livre dont beaucoup ,déjà ,ont dit tout le bien qu'ils en pensaient. Vous pourrez aussi entendre l'auteur en parler, vous pouvez voir les critiques sur le site Babelio et dans La croix et vous en garderez longtemps le souvenir.
vendredi 29 juillet 2022
André de Richaud: La douleur
Je connaissais le nom d'André de Richaud parce qu'il a été celui qui a convaincu Albert Camus d'écrire? C'est , en effet, après avoir lu la douleur le roman de cet écrivain paru en que Camus se dit qu'il était donc possible d'écrire sur la misère. Et voici ce qu'il écrit :
"Je le lus en une nuit, selon la règle et, au réveil, nanti d'une étrange et neuve liberté, j'avançais hésitant sur une terre inconnue. Je venais d'apprendre que le livres ne délivraient pas seulement l'oubli et la distraction. Il y avait une délivrance, un ordre de vérité où la pauvreté, par exemple, prenait tout à coup son vrai visage. La Douleur me fit entrevoir le monde de la création."
La Douleur fut très remarqué lors de sa parution et il obtint même un prix littéraire prestigieux puisqu'à son jury siégeaient des écrivains comme François Mauriac et Julien Green. Cependant le livre fit scandale et on ne permit pas que le prix lui fut accordé!
Il fit scandale -et l'on ne peut que s'en étonner aujourd'hui- parce qu'il évoquait une histoire d'adultère pendant la guerre par une femme qui avait perdu son mari dans cette guerre et qui vivait un amour avec un allemand.
Ce scandale ressemble un peu à celui que fit aussi , à l'époque, le roman de Radiguet: "Le blé en herbe".
Quoiqu'il en soit ce roman est toujours très agréable à lire, le style d'André de Richaud classique et peignant avec bonheur les paysages et la vie dans cette région que j'aime beaucoup et qui est le Lubéron.
L'auteur nous montre les pensées et les désirs de Thérèse et ceux de son fils, à peine âgé d'une dizaine d'année. Comment vois t-il cela, que sait-il , comment réagit-il? Tout cela nous est dépeint subtilement.
Le lecteur pressent , dés le début, que cela va virer au drame mais l'auteur sait nous le montrer par petites touches et il ménage une sorte de suspens jusqu'à la fin. Il montre aussi la médisance et la méchanceté au travail dans ce petit village.
Je terminerai en disant qu' André de Richaud continua un temps d'avoir du succès d'être connu dans le milieu littéraire de Paris et que des pièces de théâtres furent montées mais sa vie se termina mal, abimée par l'alcool ,dans un asile de vieillard alors qu'il était encore jeune.
Mort en 1961 il fut par la suite largement oublié et ne doit d'être cité encore aujourd'hui qu'à Albert Camus à qui il donna l'envie d'écrire.
mercredi 8 juin 2022
Bernard de Fallois: Sept conférences sur Marcel Proust.
Bernard de Fallois est connu comme éditeur mais il a été surtout un enseignant et un fin connaisseur de l'œuvre de Marcel Proust au sujet duquel il a fait sa thèse. A cette occasion il a eu la chance de rencontrer l'écrivain André Maurois qui avait publié un livre sur Proust et André Maurois le mit en relation avec une parente de Marcel Proust ,Madame Mante-Proust qui détenait des milliers de pages non exploitées de l'auteur de la Recherche. Il en fit son miel.
Ses sept conférences sont extrêmement intéressantes et disons tout de suite qu'elle sont très abordables même pour qui n'est pas familier de la critique littéraire ni de l'œuvre de Proust.
Je mentionnerai ces thèmes intéressants.
Le premier c'est la chronologie de l'œuvre. Il est assez courant de dire que Marcel Proust, riche héritier qui pouvait vivre sans travailler, n'a commencé à écrire son œuvre que passé la trentaine et qu'il est mort à 52 ans avant de totalement la publier. Or, M. de Fallois montre que cela est inexact et que Marcel Proust a, en réalité, commencé a travailler dés sa vingtième année et qu'il a engrangé ainsi ce qui, par la suite , lui a permis d'écrire son chef d'œuvre.
La seconde idée intéressante est la façon dont Marcel Proust envisagé la critique littéraire. Le XIX ° siècle avait vu le travail d'un critique très important en la personne de Sainte Beuve, lequel avait comme théorie que, pour bien connaître une œuvre et la comprendre, il fallait connaître la vie de son auteur. Or, Marcel Proust prend exactement le contrepied de cette théorie et estimant, lui, que l'œuvre d'un artiste se suffit à elle-même et que la vie de l'auteur, ce qu'il pensait, qui il voyait, les évènements petits et grands de sa vie sont sans importance. Marcel Proust élabore, à cette occasion , sa théorie des "deux moi" ,le moi du particulier et le moi de l'artiste.
On peut évidement discuter cette position de Marcel Proust et il aura été, sur ce point, très malheureux puisqu'"il est un des écrivains dont on la plus scruté les moindres détails de sa vie!
Dans une autre conférence Bernard de Fallois montre en citant de nombreux passages de la Recherche que Marcel Proust a le sens du comique et qu'il y a donc dans cette œuvre nombre de passages où le lecteur s'amuse, ce qu'a priori on aurait pas pensé d'une œuvre qui est placé si haut!
Enfin il aborde dans deux conférences distinctes les deux grands problèmes qui sont traités dans cette œuvre: la description du sentiment amoureux sous toute ses formes, sa naissance, son développement et sa mort et cela au travers de l'histoire de différents personnages: Schwan, Le Baron de Charlus etc..
Et enfin dominant et faisant de cette œuvre un chef d'œuvre très nouveau la notion du temps et de la mort.
Moi qui ait toujours été intéressé par la fuite du temps j'ai trouvé dans ce romans des aperçus géniaux. Il commence à aborder cette notion du temps dans son analyse du sentiment amoureux en montrant comment lorsque l'amour s'est éteint on a peine à croire qu'il ait existé et donné tant de soucis. Il analyse aussi et c'est ce qui est connu par tous la différence entre les souvenirs qui reviennent à vous de manière, disons, intellectuel et qui sont extérieurs à la personne et ceux qui reviennent à l'occasion d'un détail (la fameuse madeleine trempé dans une tasse de thé ou la marche sur des pavés disjoints) qui font vraiment revivre le fait passé. Bien sûr il évoque la mort au travers du récit de la mort de sa grand mère, la mort de Bergotte l'écrivain foudroyé dans un musée en regardant une vue de Delft et il en vient à conclure que la mort n'est pas unique et que nous mourrons , d'une certaine façon, tous les jours, avec la disparition de ce qui faisait nos vies.
Enfin, dans le Temps retrouvé, Marcel Proust nous montre les effets dévastateurs du temps en décrivant une réception où se rend le narrateur prés de quarante après qu'il ait connu ces personnes et la description de tous ces gens qu'il a connu fringants et qui sont des vieillards est une scène dont on se rappelle longtemps après l'avoir lu.
Ces conférences donnent envie de lire ou de relire la Recherche du temps perdu et le temps retrouvé.
mercredi 11 mai 2022
Julian Barnes: L'homme en rouge
Je viens de passer d’agréables moment en lisant le livre de
Julian Barnes : L’homme en rouge.
Dans ce livre il évoque le voyage en Angleterre à Londres que firent
ensemble trois personnalités originales : Le Comte de Montesquiou , le
fameux modèle du Baron Charlus de Proust, le Prince de Polignac et le Docteur
Pozzi, très célèbre à l’époque.
Ce livre est captivant en ce qu’il évoque une époque
disparue, des personnalités hautes en couleur et qu’il utilise à la fois des
références littéraires et picturales.
On rencontre les écrivains de l’époque les frères Goncourt,
Jean Lorrain, Flaubert, Oscar Wilde et d’autres encore et l’auteur nous fait partager son
amour de la peinture à travers l’analyse des tableaux célèbres de John Singer Sargent, de James Whistler, de James
Tissot.
La couverture du livre dans la collection Folio reproduit une
partie du portrait de Pozzi par Sargent et le livre contient des reproductions
de tableaux, malheureusement de noir et blanc des autres peintres que j’ai
cité.
Mais ce récit est aussi en dehors des questions littéraires
et picturales une évocation du snobisme, du dandysme et certains des
personnages évoqués tiennent des propos très souvent très spirituels mais aussi
souvent très « vachards »
C’est la vie de Samuel Pozzi qui fait la trame de ce livre,
vie professionnelle d’un célèbre chirurgien, titulaire de la première chaire de
Gynécologie créée pour lui, vie amoureuse et mondaine.
Mais on y trouve aussi des développements sur la vie de beaucoup
de personnes de son temps du milieu littéraire et artistique et c’est
donc toute cette partie du siècle qui défile dans ce livre et qui en fait l’intérêt.
Une anecdote qui donne le ton de ce livre:
"Quand Wilde réapparu à Paris en 1898 après sa sortie de prison, Fénéon fut un de ceux qui l'accueillirent ouvertement;;;mais Wilde avait souvent le moral au plus bas, et il avoua à Fénéon qu'il avait été tenté par le suicide et avait voulu se noyer dans la Seine. Sur le Pont Neuf, il avait vu un homme d'aspect étrange penché sur l'eau. Le jugeant tout aussi désespéré que lui, Wilde lui avait demandé: "Êtes vous aussi un candidat au suicide? Non avait répondu l'homme, je suis coiffeur!" D'après Fénéon, ce coq-à-l'âne avait convaincu Wilde que la vie était encore assez comique pour être endurée."
lundi 18 avril 2022
René Fregni: Minuit dans la ville des songes
Ce livre présenté comme un roman est en réalité une sorte d'autobiographie, une histoire de formation et surtout un magnifique éloge de la lecture. La vie de Renè Fregni , né à Marseille et y ayant vécu de nombreuses années est intéressante à plus d'un titre car c'est une sorte de roman d'éducation. Le héros a été un enfant turbulent, mauvais élève, rétif a toute forme d'autorité et qui a désolé une mère aimante et qu'il aimait pourtant beaucoup.
Il ya de belles pages sur cet amour maternelle mais qui n'a pas réussi à l'empêcher de faire ,comme on le dit, des bêtises. Evidement faisant ses "bêtises" il les regrettait aussitôt et était malheureux de peiner sa mère et il a cette phrase à la fois belle et si vrai toujours. Il vient d'être exclu de l'école: " Tête basse, sans un mot, plus discrète que le silence, ma mère allait attendre son bus ,mon livret à la main. Fallait-il que mon coeur soit de pierre pour imposer à cette femme, si douce, et qui m'aimait tant, unetelle tristesse. Ce sont les seuls regrets de ma vie et ils ne servent à rien."
On le retrouve donc en cavale ou en prison très souvent mais là n'est pas l'essentiel de ce beau livre qui est un éloge de la lecture , de la littérature laquelle va le sauver.
Il a commencé à lire grâce à un aumonier dans un quartier disciplinaire et la lecture ne le lâchera plus, il y trouvera le dépaysement, le rêve, la réalité.IL lira les grands auteurs partout où il sera. Il y aura dans sa vie des moments de grâce, des moments lumineux comme ce séjour en Corse ,à Bastia après avoir déserté de l'armée. Il faut lire ces pages magnifiques magnifique hymne à la beauté de la Corse, de la mer, de la méditerranée et de la mentalité corse.
"Je ne possédais rien, même pas un lit pour dormir, une table pour manger, une chaise pour m'asseoir. Deux chemises et mon blazer suspendus à une ficelle tendue dans la chambre. J'avais la lumière immense de la mer, l'odeur du maquis, l'eau fraîche d'une source, tous ces arbres qui allaient fleurir, des livres que je choisissais moi-même, que je comprenais maintenant. J'étais l'homme le plus riche du monde, ma liberté était sans limite....... Je vécus sur cette colline, au dessus de Bastia, dans ce dépouillement, entre la page d'un livre et celle de la mer, la plus belle année de ma vie."
De là il errera en Grèce puis en Turquie et reviendra dans a région natale à Manosque où il tentera de faire oublier qu'il est déserteur.
Puis ce sera Aix où il vivra une vie d'étudiant sans l'être vraiment et deviendra un soignant apprécié dans un hôpital psychiatrique, passera des diplômes et finira par se faire rattraper pour purger sa condamnation a trois ans d'emprisonnement pour désertion et deviendra écrivain.
En racontant ces pérégrinations il pense et évoque les livres qu'il a lu: Dostoïevski, Albert Camus et l'Etranger et Giono pour lequel il a une très grande admiration parce qu'il sait, comme personne , évoquer cette région autour de Marseille mais aussi Céline et d'autres encore.
Lire c'est aussi pour lui entendre la voix de sa mère qui, lorsqu'il était enfant, assis sur ses genoux lui lisait d'une voix tendre Les Misérables ou Sans famille.
Magnifique livre évoquant des paysages somptueux , des livres, une littérature qui l'a sauvé. En terminant ce beau roman, on se dit que ce jeune si rétif à l'autorité et qui a fait tant et tant de bêtises avait cependant un bon fond puisque la pensée de sa mère et la littérature ont réussi à lui éviter le pire et il donne à penser que même chez le délinquant apparemment le plus compromis il y a un fond positif qu'il faut savoir trouver. Ici la clé a été la littérature.
Et je ne peux pas terminer sans citer cette conclusion si émouvante de son livre:
"Je n'ai pas de bibliothèque. Les livres, je les ai ramassés partout, laissés partout. Je suis un fugitif. J'ai lu Giono dans un cachot glacé, Camus face à des champs de tabac, Dostoïevski sur les rochers de Bastia, devant la mer. J'ai découvert Jim Harrison dans la chambre d'une étudiante, Carson Mac Cullers dans un train qui longeait le Rhin.
J'ai lu sur tous les chemins, au sommet des collines, enfermé dans les cabinets de l'hôpital, adossé à tous les talus. j'ai lu dans des gares, des bus, je ne sais plus où sont tous ces livres, ils vibrent en moi, à la pointe de chaque nerf, dans chacune de mes cellules.
Je suis devenu en lisant Meursault, Raskolnikov, le Grand Meaulnes. J'aime les vagabonds, les errants, tous les picaros, Don Quichotte, Bardamu... Je marche la nuit avec Jean Genet, sur toutes les routes poussiéreuses d'Europe. Je fais partie de ce peuple anonyme des lecteurs. Chacun de nous est assis dans sa chambre, un livre à la main, et nous voyageons dans un immense rain qui n'existe pas." (p. 252)
On peut écouter, René Fregni parler de son livre dans la Grande Librairie
mercredi 13 avril 2022
Un occident décadent?
Un occident décadent ?