Ce blog est consacré à mes coups de coeur dans l'actualité, dans la littérature et dans mes voyages
dimanche 26 janvier 2025
Les Baladins du Lac
jeudi 12 décembre 2024
Les romans de Boualem Sansal
Les éditions Gallimard ont publié dans la collection "Quarto" des romans de Boualem Sansal publiés par lui dans les années 1991-2011.
Je viens de relire deux de ces romans: "Le serment des barbares" et "Le village de l'Allemand" et je dois dire que les ayant lus il y a quelques années j'avais oublié leur force et les critiques féroces qu'ils portent sur l'Algérie Indépendante et sur l'Islamisme. IL est clair que ces livres ont dû faire du mal aux autorités Algériennes en montrant la dérive du pouvoir et aux islamistes dont il met clairement en évidence et de manière indiscutable l'idéologie criminelle qu'il rapproche dans son raisonnement du nazisme et de ces crimes.
Le pouvoir Algérien vient, en l'emprisonnant de manière totalement arbitraire et ne le privant d'une défense libre, de montrer que ce qu'écrit Boualem Sansal est la vérité.
Le "Serment des barbares" est un livre difficile, un peu trop touffus et si l'on voit bien la critique du pouvoir Algérien on a du mal à comprendre tout ce qui s'y passe.
Par contre j'ai beaucoup aimé "Le village de l'Allemand" qui est un récit très prenant qui revient sur ce que l'Allemagne hitlérienne a fait subir aux Juifs et à quelques catégories de population et il montre bien ce que ces faits ont d'unique, d'inimaginables et d'impardonnables. Le roman cite et prend appui sur le beau texte de Primo Levi Si c'est un homme.
Le roman nous décrit , ensuite , l'emprise de l'islamisme dans les banlieues et il en souligne la caractère insidieux et très grave. Comment- ne pas l'approuver et son parallèle entre le nazisme et l'islamisme pourra paraître excessif à certains mais je crois, qu'en réalité ces deux idéologies ont très exactement le même ressort, les mêmes mécanismes et le même danger.
Ce "Village de l'Allemand" devrait être lu et relu et notamment par tous les irresponsables qui ont des indulgences envers l'islamisme.
Dans « Rue Darwin »
Boualem Sansal revient sur sur son enfance et sa jeunesse et ce roman, en
grande partie autobiographique revient sur une enfance singulière, difficile à
digérer et, il est probable, que cette partie de sa vie explique qu’il soit devenu
un écrivain.
Le roman commence à la mort de
son père, ce père riche, dandy qui jouissait de la vie, seul héritier d’une
femme très riche (la plus riche d’Algérie) qui possédait des propriétés et des
entreprises non seulement en Algérie mais aussi en France et en Suisse.
Le narrateur, seul héritier
désormais de cette femme, est pris en charge par cette dernière qui l’enlève à
sa mère.
Quelques années plus tard sa
mère le reprendra et il ira vivre avec elle Rue Darwin dans le quartier
Belcourt à Alger.
Là il mènera une vie très
pauvre avec ses demi-frères et sœurs.
Plus tard au moment du décès
de sa mère à Paris, entouré de ses frères et sœurs il ressent le besoin de
revenir Rue Darwin et de comprendre la singularité de sa vie.
Il va apprendre et nous avec
lui que la femme qui vient de mourir n’est pas sa mère et que sa vraie mère est
une femme qui vivait chez sa grand-mère et , enfin qu’il a une frère, un enfant
qu’il considérait comme un ami dans son enfance.
Vous voyez que tout cela était
bien compliqué pour un jeune enfant qui ne savait pas mais qui devait sentir la
singularité de la situation.
Dans ce roman l’auteur nous
fait traverser l’histoire d’Alger à la période où il vécut Rue Darwin.
dimanche 8 décembre 2024
Albert Camus; Actuelles IV
dimanche 17 novembre 2024
Remi Larue: Albert Camus face à la violence. A l'épreuve du "siècle de la peur"
Ce
livre de Rémi Larue qui vient de paraitre aux Editions « Le bord de
l’eau » et qui s’intitule : Albert Camus face à la violence » a
pour objectif d’analyser les positions de Camus sur la violence et c’est, en
effet, une analyse complète de l’évolution de la pensée de cet écrivain sur la
violence.
On
peut dire d’abord que Camus a toujours été préoccupé par la violence et
notamment la violence politique mais ce livre démontre bien l’évolution de sa
pensée et il cite, notamment, cet extrait datant de 1947 et qui cerne assez
bien la position de Camus.
« Ce
n’est pas me réfuter en effet que de réfuter la non-violence. Je n’ai jamais
plaidé pour elle. Et c’est une attitude que l’on me prête pour la commodité
d’une polémique. Je ne pense pas qu’il faille répondre aux coups par la
bénédiction.
Je
crois que la violence est inévitable, les années d’occupation me l’ont appris.
Pour tout dire, il y eu, en ce temps-là, de terribles violences qui ne m’ont
posé aucun problème. Je ne dirai donc point qu’il faut supprimer toute
violence, ce qui serait souhaitable, mais utopique, en effet. Je dis seulement
qu’il faut refuser toute légitimation de la violence, que cette légitimation
lui vienne d’une raison d’Etat absolue, ou d’une philosophie totalitaire. LA
violence est à la fois inévitable et injustifiable. Je crois qu’il faut lui
garder son caractère exceptionnel et la resserrer dans les limites qu’on
peut. »
Et
ailleurs il écrit : « J’ai commencé la guerre de 1939 en pacifiste et
je l’ai finie en résistant. »
Comme
on le voit dans ces extraits Albert Camus est toujours dans la nuance et dans
l’analyse de la complexité des situations.
L’auteur
examine aussi l’expression souvent employé par Camus : « Ni victime
ni bourreau. » et montre les liens qui se nouent entre ces deux attitudes
et Camus nous montre qu’en réalité , bien souvent, celui qui a été bourreau
devient victime et l’inverse est également vrai. Il conste qu’à la « haine
des bourreaux a succédé la haine des victimes et c’est contre cet enchainement
qu’il lutte.
Voici
une citation très claire à cet égard.
« Eh
bien, c’est de cela que nous devons triompher d’abord. Il faut guérir les cœurs
empoisonnés. Et demain, la plus difficile victoire que nous ayons à remporter
sur l’ennemi, c’est en nous-mêmes qu’elle doit se livrer, avec cet effort
supérieur qui transformera notre appétit de haine en désir de justice. Ne pas
céder à la haine, ne rien concéder à la violence, ne pas admettre que nos
passions deviennent aveugles, voilà ce que nous pouvons faire encore pour
l’amitié et contre l’hitlérisme. »
Cet
essai revient évidement longuement sur la position de Camus au moment de la guerre
d’Algérie qui montre aussi, très clairement, cette dialectique ente victimes et
bourreaux.
Je
cite, ici, pour terminer cette phrase qui montre bien sa position :
« Le
silence, la misère, l’absence d’avenir et d’espoir, le sentiment aigu d’une
humiliation particulière au moment où les peuples arabes prenaient la parole, tout
a contribué à faire peser sur les masses une sorte de nuit désespérée d’où
fatalement devaient sortir des combattants. Alors a commencé à fonctionner une
dialectique irrésistible dont nous devons comprendre l’origine et le mortel
mécanisme si nous voulons lui échapper. »
Camus
confronté à la violence du siècle et des totalitarismes a tout fait pour
limiter cette violence et faire qu’elle épargne ,au moins, les innocents.
Ce livre nous donne une clé de lecture des évènements actuels.
En Ukraine il n'est pas douteux que les règles voulues par Camus entrainent la condamnation ferme de la Russie et pour deux raisons. D'abord cette utilisation de la violence par la Russie est illégitime car elle n'a pas de raisons acceptables. L'Ukraine n'a jamais attaqué ni voulu attaqué la Russie.
En second lieu les moyens utilisés par la Russie qui ne s'attaque pas uniquement aux soldats mais aux civils innocents et qui commet des crimes de guerre doit être condamnée selon ces analyses.
En Palestine nul doute que Camus (qui aimait beaucoup Israël et qui l'a dit à plusieurs reprises) aurait cependant pensé que les Palestiniens en raison de la façon dont ils sont traités à Gaza, prison à ciel ouvert et en Cisjordanie ou le pouvoir Israélien , contrairement au droit international développe sa colonisation, ont des raisons de se révolter. Dans le même temps il aurait clairement et d'une voix forte condamner les attaques du Hamas contre des civils innocents et avec des moyens d'une grande barbarie.
D'un autre côté Israël a des raisons d'utiliser la violence pour se défendre mais, là encore, une condamnation aurait été porté contre l'attaque de milliers de civils innocents et par des pratiques (déplacement de population et limite à l'aide humanitaire) qui ne peuvent se justifier. Quand on a , ainsi, des milliers de morts civils il est impossible de parler sérieusement de dommages collatéraux.
Mais, bien entendu , de la même façon que Camus n'avait pas été compris , à l'époque ,ni par les Algériens ni par les Européens d'Algérie, dans le feu de l'action il ne serait pas compris ni des Palestiniens ni des Israéliens et c'est à désespérer de l'humanité.
dimanche 3 novembre 2024
Christophe Bigot: Un autre m'attends ailleurs.
Parmi mes écrivains
préférés il y a Marguerite Yourcenar dont j’ai pratiquement tout lu. Ses « mémoires
d’Hadrien » sont un des très grands livres de la littérature. Je ne
pouvais donc pas passer à côté de ce livre de Christophe Bigot : Un autre
m’attend ailleurs. C’est un roman mais nourri de beaucoup d’éléments
biographiques.
On est presque à la fin
de la vie de l’écrivain. Elle vit dans sa maison dans l’île de Mont Désert avec
sa compagne de 40 ans, Grace Frick qui est sa traductrice et qui tient sa
maison. Grace Frick est atteinte d’un cancer et proche de la phase terminale.
C’est alors qu’à l’occasion
de la venue d’une équipe de télévision qui veut faire un documentaire sur Marguerite
Yourcenar elle fait la connaissance de Jerry Wilson, un jeune homme, d’une
trentaine d’année, assistant du réalisateur et pour lequel elle éprouve une
sorte de coup de foudre malgré les nombreuses années qui les séparent.
On assite à l’agonie et à
la mort de Grace Frick et très vite après sa disparition, trop vite penseront
certains, elle part ave Jerry Wilson pour un long voyage à travers les Etats
Unis et pour une croisière. Elle fait ainsi de très longs voyages, toujours en
bateau car elle ne veut pas prendre l’avion. Elle revoit, ainsi, des lieux qu’elle
a connus et aimés dans sa jeunesse en compagnie de Grace : L’Egypte et le Nil
à la recherche d’Antinoüs un des héros des Mémoires d’Hadrien. Elle revoit l’Angleterre,
la Belgique de sa naissance, le Maroc, le Japon. Elle revit et étonne par son
énergie.
Mais la fin sera une
véritable tragédie. Les relations entre Marguerite Yourcenar et Jerry Wilson se
dégrade. Jerry a un comportement de plus en plus violent dû à la drogue et à
des relations toxiques et on voit cette femme âgée, très célèbre pardonner l’impardonnable.
On a du mal à comprendre
comment Marguerite Yourcenar a pu accepter d’être ainsi traitée. L’explication
se trouve, sans doute, dans cet amour singulier qu’elle a eu pour ce jeune
homme.
Jerry Wilson meurt du
Sida en 1986 et Marguerite Yourcenar disparaît à son tour en 1987.
Ce livre est absolument
captivant en nous dévoilant la dernière partie, singulière de sa vie et en nous
dépeignant une femme indépendante, éloignée des convenances sociales. La soirée
où elle se rend, dans le Marais à Paris, après sa réception à l’Académie
Française où elle quitte la réception officielle laissant en plan tous les
invités est le trait d’une indépendance totale.
C’est un éclairage sur le caractère de cette femme et c’est captivant pour ceux qui l’ont lu. Voici un lien d'une émission dans laquelle s'exprime l'auteur du livre: Marguerite Yourcenar : mystères et génie d'une écrivaine inclassable
samedi 2 novembre 2024
Kamel Daoud : Houris
Je viens de terminer la
lecture du dernier roman de Kamel Daoud : « Houris » Ce livre
figure parmi les finalistes pour le prix Goncourt et cela me paraît tout à fait
justifié.
Ce roman est l’histoire d’Aube,
une jeune femme qui a été victime d’une très grave attaque des islamistes
pendant la décennie noire en Algérie dans les années 90.
Victime d’une tentative d’égorgement
ne peut plus parler, elle ne peut respirer que grâce à une canule installée
dans sa gorge et elle a une horrible trace de sa blessure sur la gorge qui fait
peur aux enfants et détourne le regard des adultes.
C’est, cependant une
femme libre. Elle n’est pas mariée et subvient a ses besoins en tenant un salon
de coiffure. Elle est , ce faisant , une anomalie pour les milieux
conservateurs en Algérie.
Au moment où débute le
roman, Aube est enceinte. Elle ne l’annonce à personne pas même à sa mère mais
s’adresse à son futur bébé à qui elle raconte ce qu’elle a vécu et comme ce
futur bébé est une fille elle lui montre qu’elle sera sa place dans ce pays.
Rien ne nous est épargné
de la barbarie des islamistes et leur incommensurable bêtise. La scène chez le
gynécologue serait très drôle si elle n’était aussi le reflet de la bêtise
absolue qui se donne des airs de religion !
On va suivre un long
périple de cette jeune femme qui veut retourner sur les lieux de son malheur et
ce sera l’occasion pour l’auteur de revenir sur l’ensemble des drames du pays à
cette époque. Aube pense à avorter car, comme elle l’explique a son futur bébé
elle ne veut le laisser venir dans un tel monde et elle lui explique et à nous
par là même pourquoi.
Tout au long de son
périple elle fait des rencontres. Ces destins ont été, eux-aussi, bouleversés
par les islamistes et c’est une façon, pour l’auteur ,de protester contre la
décision du pouvoir d’effacer cette guerre, de passer l’éponge sur ces crimes,
sans jugement, sans récit comme si cela n’avait pas existé
Le lecteur est amené à
réfléchir sur cet oubli volontaire, sur l’absence de tous récits historiques
dans un pays, par ailleurs si soucieux d’histoire dans sa guerre contre la France !
Ce roman est fort et il revient,
en détail sur cette période historique. Il fera date et il amène le lecteur à
affronter des questions essentielles sur la place des femmes, sur l’idéologie
islamiste, sur le rôle de la mémoire et de l’histoire.
mercredi 25 septembre 2024
Thomas Clerc: Le dix-huitième arreondissement.
On vient de m'offrir un livre volumineux (plus de 500 pages) de Thomas Clerc ,publié aux Editions de Minuit et qui fait partie d'un projet plus vaste intitulé: "Paris musée du XXI siècle."
L'auteur a déjà publié un livre consacré au X° arrondissement et celui que je lis est consacré au XVIII ° .
C'est un travail assez particulier dans lequel l'auteur qui vient d'emménager dans cet arrondissement le parcours dans tous les sens, explorant rues après rues et livrant des descriptions des lieux, les rencontres qu'il y fait, les pensées qui lui viennent dans cette déambulation.
Quand on en commence la lecture on se demande si tout cela ne vas pas être un peu fastidieux et très répétitif (ce qui est le cas) mais on se laisse prendre et on continue avec l'auteur rue après rue, bâtiments après bâtiments, commerce après commerces. Dans le fond j'aime moi-même déambuler dans cette ville mais l'idée de décrire mes sensations sur des vues minuscules tout au long des rues et places parcourues ne me serait pas venu à l'esprit.
Quant au XVIII ° arrondissement il comporte nombre d'endroits sordides, de population dans la misère et dans les différents trafics qu'elle engendre. C'est une véritable cour des miracles et l'auteur reconnaît qu'il lui arrive d'avoir un peu peur! L'auteur reconnaît qu' "il doit avoir une sorte d'attirance pour les quartiers à problèmes".
Tout cet étalage de la misère, de la drogue de la délinquance m'ennuie. Je sais que cela existe mais à quoi bon le rappeler sans cesse?
Il y a donc dans ce livre des milliers de petits histoires, des histoires minuscules, imaginées, incomplètes mais qui donnent assez bien une image de cet arrondissement.
Il y a un côté un peu fastidieux dans ces descriptions minutieuses et dans le rappel de quelques moments de vie que le romancier expose .
Ce roman me pose problème. Avec ce que je viens d'en dire comment expliquer que j'en ai poursuivi la lecture jusqu'au bout?
Le lecteur est attiré tout de même par cette répétition et il espère toujours découvrir quelque chose de nouveaux et d'intéressant à la page suivante, à la rue suivante , à la rencontre suivante et il poursuit sa lecture en se lassant quelques fois de ce sentiment de déjà lu. Ce livre n'aborde pas l'histoire de Paris avec un grand H et ne ressemble pas au travail de Loran Deutch avec son Metronome.