samedi 28 février 2015

Le cousin de Bruegel

J’ai assisté le 27 février au Parvis à la présentation du roman que vient de publier Eric Le Bot sous le titre Le cousin de Bruegel aux Editions In8
Il m’était difficile de manquer cette présentation puisque Eric Le Bot est un de mes confrères et qu’il a même fait un court passage à mon cabinet. 
Je savais de lui qu’il aimait le théâtre et j’ai encore le souvenir de l’Antigone qu’il avait monté il y a quelques années. Je ne lui connaissais pas, par contre, son goût de l’écriture.

Marc Belit a fait une présentation passionnante. Il a montré son enthousiasme pour ce premier roman, il en a fait une lecture qui met en avant l’évocation de thèmes quasiment métaphysiques : la mort, la création artistique, le pacte faustien entre l’artiste et le diable. Ce faisant, il a donné à l’auditoire l’envie de se plonger dans le livre ce que j’ai fait aussitôt de retour chez moi.
Autant dire tout de suite que je ne connaissais Bruegel que de nom et que son œuvre m’était étrangère. Tant mieux, dans le fond, puisque je suis entré vierge, si je puis dire, dans ce roman.

Une seule chose m’est venue à l’esprit avant de le lire, le souvenir de ce que un de mes écrivains préférés, Marguerite Yourcenar aimait beaucoup la peinture flamande et notamment l’œuvre de Bosch et de Bruegel. 
Une exposition en 2013 a mis en évidence les rapports de l’œuvre de cet écrivain avec la peinture flamande et il en existe un magnifique catalogue

Mais venons-en au roman. Et d’abord le style car c’est là qu’est l’écrivain. Ce livre se lit bien et la réussite est d’abord dans le fait que l’auteur sait nous rendre la vie de cette époque, une vie qui ne nous paraîtrait aujourd’hui pas très propre, pas très saine avec ses maladies, une sorte d’humidité ambiante. On a guère de mal, grâce à l'écriture, à  imaginer cette Flandre et son climat, souvent difficile (il y a de très beaux passages sur ces temps de pluie et de boue); et l’atelier de l’artiste finit, à la lecture, par nous devenir familier. Ne serait-ce que pour cela, le roman serait réussi.

On se laisse prendre au récit de « l’espion » et on lit ses rapports à son maître avec intérêt en attendant la suite, il y a presque du suspens et c’est l’ensemble des informations qu’il donne qui restitue, par petites touches, à la manière d’un peintre, et l’époque et l’atmosphère de l’atelier.

Sur le fond le livre pose plus de questions qu’il n’en résout ou, plutôt, conduit le lecteur à se poser mille questions sur l’art, la création, cette sorte d’esclavage dans lequel se trouve tout artiste taraudé par une volonté de dire et de trouver. 
Il y a dans ce roman l’apparition de personnages énigmatiques dont on ne sait pas qui ils sont : le diable, la mort… Et la fin ajoute encore au questionnement. Je n’en dirai rien pour laisser au lecteur la découverte seulement ceci : tout artiste n’est-il pas un fou qui veut se confronter avec le sens de la vie, l’horreur du temps qui passe et la mort ?
Cette recherche par l'art du sens de la vie et ce constat accablant qu'il n'y a guère de sens (p.122), que tout finit et disparaît et que le monde continue de "tourner sans nous" (p.124).
Une évocation aussi, qui renvoie à aujourd'hui, de cette religion d'inquisition et de censure qui pousse l'artiste à "l'art du stratagème et aux paysages a énigmes." (p.32)
Un foisonnement de questions  et n'est-ce pas là la marque d'un bon livre?
Et puisque j’évoquais, en commençant,  Marguerite Yourcenar je dois dire que l’un de ses grands héros, Zénon est poursuivi par les même obsessions que le Bruegel de ce roman.

Roman réussi donc et dont je conseille la lecture  ainsi que le découverte ou la redécouverte de Peter Bruegel.

mercredi 4 février 2015

Lucien Jerphagnon

Fin d’hiver : Lettres à Lucien, ce livre de Thérèse Jerphagnon paru chez l’éditeur « Le passeur » est  très émouvant à lire. Lucien Jerphagnon, pour ceux qui ne le connaîtraient pas est un philosophe, spécialiste de la pensée antique, disciple de Jankélévitch. Mais ce livre est consacré non au philosophe et professeur mais à l’homme. Il s’agit de  courts billets écrits par sa femme après son décès alors qu’elle –même est atteinte d’un cancer. Ce sont les sentiments, les idées, les souvenirs qu’elle ressent dans son deuil après plus de cinquante ans de mariage. Dans un  style magnifique elle nous décrit le chemin qu’elle s’efforce de suivre malgré le manque, malgré cette présence-absence.
Une grande réflexion sur la mort, sur la fin de vie aussi, sur la douleur, l’euthanasie  (p.30) et sur les petits riens qui ont fait sa vie avec ce grand universitaire. Par exemple cet amour des  animaux, des chats particulièrement mais aussi des chiens. Je retrouve que ce couple employait des mots que j’emploie moi-même pour mon petit chien : « chat-chien ou chien –chat » ! En exergue de ce passage sur les animaux cette phrase d’Alphonse De Lamartine que je découvre et qui me paraît l’exacte vérité : « On n’a pas deux cœurs, l’un pour l’homme, l’autre pour l’animal. On a un cœur où on n’en a pas. »
Des pages intéressantes aussi sur cette question de la mort  qui taraude l’humanité et qui est à l’origine de bien des mythes et des religions. « Dés que l’homme s’est dressé sur ses pattes arrière, l’homo erectus dit-on, je crois, il a honoré ses morts. Il n’a pas supporté la néantisation des siens ni la sienne…. » (p.55 et 56)

Au total un beau portrait de Lucien Jerphagnon mais aussi de celle qui l’a accompagné si longtemps dans la vie.

lundi 10 novembre 2014

Pas pleurer de Lydie Salvayre

Pas pleurer de Lydie Salvayre, prix Goncourt 2014, que je viens de terminer est un excellent roman tant par le style (j’en dirai un mot) que par l’histoire  de cette femme de plus  de quatre-vingt ans qui raconte ce qui fut, pour elle, une partie essentielle de sa vie  en 1936 à l’ombre de  l’histoire de la guerre d’Espagne, une partie si essentielle ,qu’à l’heure du grand âge, elle ne se souvient bien que de cet été 36. Nous vivons avec elle et, dans un langage savoureux français mêlé d’espagnol avec des trouvailles de vocabulaire que seul ceux qui manient mal la langue savent trouver.
L’auteur en nous racontant cette partie de vie qui est celle de sa mère fait également parler le grand écrivain Georges Bernanos qui, tout en étant de la droite quelques fois extrême fut  a ce point choqué par les exactions, les crimes affreux des nationalistes de Franco qu’il écrivit un livre que son camp lui reprocha : « Les grands cimetières sous la lune » dont Lydie Salvayre utilise des phrases pour nous donner une idée de ce que furent ces années épouvantables.
Ces moments sont affreux mais on rit aussi grâce à la force de cette femme et  grâce a son langage imagé qui fait mouche.
Enfin j’ai retenu une condamnation sans appel de l’attitude choquante, scandaleuse, impardonnable de l’Eglise catholique espagnole, attitude qui choqua au plus haut point l’écrivain catholique qu’était Georges Bernanos.
Je me suis demandé ce q'Albert Camus qui s'est beaucoup intéressé à la guerre d'Espagne avait pensé de Bernanos. Comme d'habitude il ne m'a pas déçu et il a été un des seuls ,à gauche, a défendre l'écrivain de droite avec ce texte paru dans Alger républicain:

"Georges Bernanos est un écrivain deux fois trahi. Si les hommes de droite le répudient pour avoir écrit que les assassinats de Franco lui soulevaient le cœur, les partis de gauche l'acclament quand il ne veut point l'être par eux. Car Bernanos est monarchiste. Il l'est comme Péguy le fut et comme peu d'hommes savent l'être. Il garde à la fois l'amour vrai du peuple et le dégoût des formes démocratiques. Il faut croire que cela peut se concilier. Et dans tous les cas, cet écrivain de race mérite le respect et la gratitude de tous les hommes libres. Respecter un homme, c'est le respecter tout entier. Et la première marque de révérence qu'on puisse montrer à Bernanos consiste à ne point l'annexer et à savoir reconnaître son droit à être monarchiste. Je pense qu'il était nécessaire d'écrire cela dans un journal de gauche.
Albert Camus, Alger-Républicain, 4 juillet 1939.
On lira aussi avec intérêt ce ce beau texte de Camus qui complète parfaitement ce que l'on apprend dans le roman de Lydie Salvayre

Enfin et l’auteur le dit elle-même il y a dans la folie qui s’est emparée de l’Espagne à cette époque des enseignements pour aujourd’hui et pour nous mettre en garde contre le ravage que peuvent faire dans les esprits les idéologies criminelles.

mardi 14 octobre 2014

Marguerite Yourcenar et le souci de soi.

Marguerite Yourcenar et le souci de soi est un livre que vient de publier Madame Anne-Yvonne Julien, universitaire et spécialiste de l’écrivain. Ce livre est un livre érudit mais il se lit, cependant, avec plaisir et a le mérite de vous faire revisiter l’œuvre entière de Marguerite Yourcenar en faisant apparaître les sources et les éléments venus de la propre personnalité de l’auteur. Bien entendu il serait préférable de lire ce livre lorsque l’on a déjà lu tout ou partie de l’œuvre mais pour ceux qui n’auraient jamais lu l’écrivain ce livre peut être une incitation à la découverte puisque, évidement, rien ne vaut l’œuvre elle-même.
Ce livre est fait d’une analyse successive de tous les écrits de Marguerite Yourcenar et l’on peut donc lire les parties  qui intéressent plus particulièrement le livre que l’on préfère.
Pour ma part admirateur depuis longtemps de Marguerite Yourcenar j’ai, notamment, apprécié les développements consacrés aux livres qui ont ma préférence ! Alexis ou le traité du vain combat, Mémoires d’Hadrien et les trois livres consacrés par l’auteur à l’histoire de sa famille : Archives du Nord, Souvenirs pieux et Quoi ? L’éternité.
L’ouvrage met bien en évidence les rapports complexes de l’écrivain avec le temps et sa façon, bien à elle, de faire revivre ce passé. Dans cette reconstitution du passé lointain pour Les Mémoires d’Hadrien, plus proche lorsqu’elle évoque le passé de sa famille Marguerite Yourcenar excelle car elle fait appel ,non seulement aux données historiques mais elle essaye et parvient  a faire revivre l’homme du passé avec ses goûts, ses sentiments, ses connaissance d’alors. C’est une particulière réussite dans les Mémoires d’Hadrien qui est le livre que j’emmènerai sur une île déserte.






mercredi 17 septembre 2014

Séjour venitien

Nous revoilà installés à Venise dans le même appartement que l'an dernier dans la Giudecca au pied de la station de vaporeto Palenca.Voilà une photo de notre "palais".
Nous avons donc repris nos marques avec bonheur, cette ville étant, à chaque séjour, aussi envoûtante. Nos journées sont calibrées de manière à sortir régulièrement notre petit chien et à ne pas le laisser trop longtemps seul : matinée, après sa promenade, une première déambulation dans la ville, l'après midi, après une sieste réparatrice et après une longue ballade du chien, nouvelle déambulation dans un nouveau quartier et voici l'heure du spritz.
On ne se lasse jamais car la beauté est partout, le ciel changeant et la lumière sur les vielles façades absolument merveilleuse. Comment s'étonner que tant de peintres soient devenus amoureux de la ville ?
Je ne vais pas donner le détail de nos pérégrinations car, sur un mois de séjour, il y aura nécessairement des répétitions. Je ne noterai que les découvertes que je ferai. Elles seront rares depuis la dizaine d'années que je séjourne dans cette ville mais il y en aura certainement comme la découverte, ce matin, par hasard, du  Collège d'une fondation arménienne au bord d’un petit canal : un palais majestueux avec une immense façade de pierre, assez délabrée, mais, passée l'entrée, un péristyle immense donnant sur un grand parc, invisible de la rue !
Découvert aussi les usines Fortuny devant lesquelles nous passions depuis des années. Des tissus de toute beauté.
Un matin nous avons été découvrir l'île de la Certosa que l'on avait repérée et qui porte un projet de port de plaisance et de parc d’agrément. C'est en cours.

En fin d’après midi bu un verre sur la terrasse du Molino Stucky avec une vue magnifique sur toute la ville au moment du coucher du soleil.

Un matin nous sommes allés revoir, car nous le connaissions, un charmant quartier là où se trouve la première cathédrale de Venise San Pietro. C'est aujourd'hui un quartier populaire tranquille avec cette belle église San Pietro, son campanile en pierres blanches qui penche et son parvis en vielles pierres entouré d'une pelouse mal tondue qui donne à l'ensemble un air de campagne.


Pour nous rendre dans ce quartier nous avons, à nouveau, parcouru la Via Garibaldi, une des plus larges de Venise.(Ce monsieur en chemise blanche accoudé au pont:il lui arrive de chanter le bel canto! Nous n'avons pas eu cette chance cette fois-ci.



Hier soir en rentrant d'une longue promenade du côté du Pont Rialto j'ai assisté, pour le première fois, à un phénomène météorologique impressionnant : une averse de grêle pendant un bon moment alors que nous étions sur un vaporetto. Moi qui ai toujours souhaité voir Venise sous la neige j'ai été presque exhaussé puisqu'au bout d'un moment les quais étaient blancs de cette grêle tombée en grande quantité. Un vent fort s'est aussi levé et nous avons été bien contents de retrouver notre appartement !

Autre événement de ce séjour. Nous avions une amie avec nous pour une semaine mais elle a été bloquée par la grève d'Air France et n'est partie qu'aujourd'hui par la Compagnie Iberia en passant par Madrid pour rentrer sur Toulouse ! Les voyages forment la jeunesse !

Ce matin nous avons redécouvert un quartier agréable, pas loin de chez nous. Il a suffit de "passer un pont" ! Attablés à la terrasse d'un café, fréquenté surtout par des étudiants, nous étions assis à côté d'une dame qui comprenait le français et avec qui nous avons engagé la conversation. Cette dame est belge et vient passer, comme nous, un mois à Venise chaque année pour apprendre l'italien. Nous avons pu ainsi échangé nos impressions.
Nous avons aussi été promener tranquillement le petit chien dans le square, à l'arrière de la Giudecca d'où l'on a une vue magnifique sur la lagune devant le Lido avec de nombreuses îles dont je n'arrive jamais a me souvenir des noms.

Ce weck end nous n'avons pu échapper à la frénésie qui s'est emparée de Venise pour le mariage de Georges Clouney! Nous avons aussi fait les badauds et nous sommes allés nous asseoir au bout de la Giudecca sur un banc sous les fenêtres de la maison d'Elton John et nous avons assisté au ballet des bateaux taxis venant de Venise pour déposer les invités au Cipriani!
Découvert un peu plus le quartier San Polo et notamment le campo San Polo. Par d'étroites rues nous nous sommes avancés jusqu'au Rialto et de là nous avons pris la ligne 2 du Vaporetto qui nous a conduit à Palenca notre station d'arrivée en passant par la seconde moitié du grand Canal, la station Roma et un peu de la lagune avant d'entrer dans le Canal de la Giudecca. Agréable promenade.
Voici un lien vers un blog que j'aime beaucoup et qui évoque quelques endroits que nous connaissons sur la Giudecca.

Au hasard des rencontres nous avons fait la connaissance d'une voisine dans notre vieux palais. C'est une anglaise (qui parle très bien le français) qui a acheté avec son mari son appartement en octobre dernier et elle est très intéressée par des échanges réguliers et d'une durée assez longue avec Paris.
Si cela se fait, voilà notre résidence à Venise toute trouvée ! C'est la formule que je souhaitai.
Cette personne vient à Venise depuis son enfance. Elle y venait avec sa mère, artiste comme elle, et, maintenant avec son mari médecin à Londres.
Revu le musée Peggy Gougenheim avec le tableau que je préfère: la nuit de Magritte et la stèle aux chiens de Peggy!

Découvert le quartier qui est juste derrière le quai des Zattere avec le restaurant La Locanda Montin qui a une très belle cour  et une magnifique tonnelle, très agréable quand il fait chaud.Nous avons enfin déjeuné à la Terrazza sur le quai des Zattere sur la terrasse directement sur le Canal de la Giudecca et très exactement en face de "notre Palais"!


Hier 8 octobre au hasard de nos déambulations nous avons découvert dans le Ghetto un atelier-galerie d'un peintre américain,Tony Green, qui vit depuis dix huit ans entre la Nouvelle Orléans et Venise. Il est à la fois jazzman et peintre et nous avons pu discuter longuement avec lui. Ses peintures de Venise et de la Nouvelle Orléans que l'on trouve sur son site sont particulièrement belles et il sait rendre les couleurs de Venise. Nous souhaitions revenir avant notre départ mais il sera fermé. Ce sera donc pour un prochain voyage.
Ce matin nous sommes dans la Giudecca comme dans une île au miliue de nulle part. Un très fort brouillard nous interdit de voir le quai d'en face.....
Aujourd'hui 11 octobre pour un de mes derniers jours ici et, au moment de la première sortie du petit chien, une belle récompense pour cette sortie matinale: un magnifique voilier en bois de cinq mats a parcouru lentement le canal de la Giudecca. Magnifique.

jeudi 4 septembre 2014

séjour romain

Nous voilà, à nouveau, pour une semaine à Rome dans le cadre de un échange. 
Nous sommes cette fois encore logés dans le Trastevere mais au bord du Tibre à hauteur de l'île Tiberina.

C'est un endroit idéal pour visiter la ville car nous avons presque pas à utiliser métro et bus.
L'appartement est petit mais récemment restauré et très fonctionnel. De là nous sommes à deux pas de l'église Santa Maria in Trastevere et de son quartier de bars et de restaurants sympathiques.

Hier nous voulions visiter la Basilique Saint Pierre mais une cérémonie avec gardes suisses en tenue de Michel Ange et écrans géants avait lieu sur l'immense parvis entre les colonnades du Bénin et nous n' avons pas pu entrer.
Nous nous sommes alors dirigés, à pied, jusqu'à la Place del Popolo puis jusqu'au parc Borghese où nous avons profité de la belle vue sur Rome et de la fraîcheur du parc.

Hier matin visite du musée du Vatican. Je l'avais déjà visité il y a une quinzaine d'années mais vraiment on ne s'en lasse pas. De très belles oeuvres dans un cadre somptueux. Bien sûr mention spéciale pour les pièces peintes à fresque par Raphaël et ses élèves et, évidement, pour la Chapelle Sixtine.
Beaucoup de monde mais une fluidité acceptable sauf dans la chapelle Sixtine où il y a vraiment trop de monde.




Ce matin visite de la Basilique Saint Pierre que je revois, avec plaisir, pour la troisième fois au moins. C'est toujours impressionnant et l'on ne peut qu'admirer l'édifice, l'autel du Bernin, édifié sur le tombeau de Pierre, les nombreux tombeaux des Papes et la Pieta de Michel Ange.





L'après midi autres chefs d'oeuvre à la Gallérie Borghese où l'on admire la collection initiée par le Cardinal Scipion Borghese,  neveu du Pape Paul V qui fit de ce neveu le Cardinal Nepote, sorte de secrétaire d'État .. d’où vient le mot népotisme. En tous cas cet homme avait un goût très sûr avec de magnifiques statues du Bernin et quelques Caravage.




Samedi matin déambulation dans la ville vers des endroits très connus mais à travers de petites rues.Voici une idée du périple : Île Tiberina, ancien ghetto juif avec la belle fontaine des tortues et le palais Mattei, Largo Argentina, Piazza Navone et ses trois belles fontaines, via des Coronari ( rue des antiquaires) jusqu'au bout de la rue qui donne sur le château Saint Ange, puis Piazza de la Rotonda et visite du Panthéon.


Le soir à 22 h spectacle son et lumière au forum d'Auguste. Une belle évocation de ce forum avec une reconstruction en trois dimensions et le rappel de la vie à Rome d'il y a 2000 ans. En attendant nous avons parcouru la via Fori imperiali qui va de la Piazza de Venise au Colisée, après être arrivés par la Place du Capitole due à Michel Ange.

Dimanche pris un tramway jusqu'à la Piazza Barberini et de là, déambulation vers la fontaine de Trevi,  hélas encore en restauration,  puis le Quirinal, la via Veneto.
Ce lundi matin , veille de notre départ nous avons, a nouveau traversé le Tibre au Pont Palatino et de là nous avons fait un parcours intéressant avec vue sur de nombreux monuments: Santa Maria in Cosmedin, le circo Maximus qui longe un bel ensemble de murs romains, ceux qui entourent les forums, puis Via Aquilina jusqu'à la pyramide de Celtius.

Là nous avons passé un long moment fort agréable a nous balader dans le Cimetière a catolico ( ceux qui ne sont pas catholiques) où se trouvent les tombes du poète anglais Yeats et celle de son ami Shelley.C'est un cimetière où l'on enterre plus aujourd'hui et qui est, en réalité , un merveilleux parc avec une végétation très bien entretenue: ciprés, pins , lauriers roses, jasmin et autres fleurs...on déambule avec plaisir , à l'ombre, dans cette verdure au milieu de vielles tombes.

L'après midi promenade dans notre quartier, tout prés de  notre appartement et trois belles découvertes: La Villa Farnesina, le Palais Corsini et le jardin botanique. Comme il était tard nous n'avons pas visité. Ce sera pour le prochain séjour.

dimanche 17 août 2014

Jean Sénac, poète et martyr

Jean Sénac, poète et martyr est le titre d’une belle biographie de Bernard Mazo paru aux Editions du Seuil en 2013    . Quelle vie ! Une jeunesse dans l’Algérie coloniale à Oran auprès d’une mère aimante et un peu envahissante, une jeunesse joyeuse mais dans  une grande pauvreté et  surtout une blessure fondatrice : l’absence du père, dès lors recherché et idéalisé. Une vie en marge, un amour pour son pays et son peuple, un combat de tous les jours pour la liberté et l’indépendance de ce pays et puis, la déception, l’abandon et la mort. Assassiné comme Pier Paolo Pasolini, dans cette cave qui lui servait de logement les dernières années de sa vie. Quelle tristesse qu’un être de ce talent, reconnu comme un grand poète, connaisse un tel destin. Mais, sans doute, ces malheurs sont ils à l’origine de son talent poétique. Il est de la race des poètes maudits.
Jean Sénac fut ami et admiré par deux grands esprits : Albert Camus et  René Char. Son amitié tumultueuse avec Albert Camus est très bien décrite dans ce livre depuis le premier échange de lettres jusqu’à la rupture et à la mort de Camus. Il est vrai que leur jeunesse, dans cette Algérie coloniale, se ressemble beaucoup : orphelin de père, pauvreté, mère faisant des ménages pour survivre, mais il y a en plus, si l’on peut dire, chez Sénac la bâtardise, le père inconnu alors que Camus a perdu  son père à la guerre.
Est-ce cette semblable jeunesse qui a fait que Camus s’est attaché à Jean Sénac qu’il appelait familièrement Mi Hijo (mon fils) qu’il l’a aidé a de très nombreuses reprises ? Sans doute mais aussi le talent incontestable  de ce poète qu’Albert Camus a su immédiatement reconnaître.
Que dire encore ? La brouille avec Camus qu’il ne pourra oublier et avec qui il souhaitera, plusieurs fois renouer comme lorsqu’il écrivit ces lignes :
« Malgré les ruptures, malgré les crimes des Maîtres du Sarment, la terrible colère de mes frères, malgré la nuit du sang où nous sommes plongés, je sais que nous retrouverons un jour, ensemble, la paix fraternelle de Fiesole que j’avais aimée avant de la vivre dans les pages de Noces. »
Dire aussi,  le combat de Sénac pour une Algérie indépendante, son retour en Algérie après 1962, ses fonctions quasi officielles dans le nouveau pays et, peu à peu, la désillusion devant les dérives de ceux qui avaient fait la guerre, la rupture avec éclat, l’isolement , son assassinat tragique et l’attitude indigne de certains dignitaires du FLN dont il avait été pourtant le compagnon et qui n’ont pas fait, à ce moment là, honneur à l’Algérie.
Mais évoquant, ici, un poète il est nécessaire de renvoyer a son œuvre et  de citer quelques vers.

Seigneur, pourquoi m’avez-Vous fait
D’une aussi peu commune argile ?
Mais vous m’avez voulu poète
Et frappé d’un Mal sans recours :
Trop de Rêve et trop peu d’Amour
Pour satisfaire en moi la Quête.

Et aussi
Belle peau de douce orange
Et ces dents de matin frais !
La misère donne le change
Ne vous fiez pas à tant de beauté.
Ici on meurt en silence,
Sans trace au matin frais.

Et enfin

Je dis que la mer est aussi bleue que les blés
Je dis que le vin chante au menton mal rasé
Je dis que la serviette a l’odeur de tes songes
Si le mot était de pain
Il passerait mieux la gorge

Nous pourrions enfin être heureux.