samedi 26 juin 2021

Alger: Sur les pas de Camus et de ses amis

 Est paru en octobre 2019 aux Editions Arak un petit livre très intéressant qui est un guide d'Alger. Ce livre retrace l'ensemble des lieux qu'ont fréquenté Albert Camus et ses amis à Alger pendant les années 1920-1960. Il s'agit d'un guide sous forme d'itinéraires dans la ville et tous ces itinéraires partent de la Grande Poste au Centre ville. Les auteurs Christian Phéline et Agnès Spiquel; tous deux spécialistes de Camus, ont pris soin de donner a toutes les rues, chemins, rampes à la fois leur nom actuel et le nom qu'ils portaient avant 1962.

A propos de chacun des endroits qu'ils font visiter sur l'itinéraire ils donnent des citations tirées de l'œuvre d'Albert Camus ou de documents émanant de ses amis et fournissent un éclairage historique.

Je ne peux que recommander ce livre qui l'aurait été bien utile lors de mon voyage en 2016. Il est clair que si je retourne à Alger, ce que j'espère faire, ce livre sera ,pour moi, un bréviaire très utile.

J'ai toujours pensé qu'une Algérie ouverte au tourisme se devrait de créer des itinéraires Camus. Voilà un bon point de départ. Je lis l'introduction de ce petit livre dans la vidéo qui suit.

                                         


samedi 12 juin 2021

Martine Mathieu-Job: Mon cher Albert. Lettre à Camus

 Voilà un beau livre que je viens de lire d'une traite dans le train qui m'amenait à Paris. C'est un petit format édité par une maison d'édition en Tunisie (Elyzad) et son auteur est une universitaire née, comme Camus en Algérie, mais qui donne là un essai qui n'a rien d'universitaire et qui est , tout au long, dans l'émotion et dans un style fort agréable.

Elle nous dit et cela je l'ai souvent pensé que Camus est un auteur qui appelle sur lui une forme de tendresse. C'est quelqu'un qu'on aurait aimé avoir pour frère ou pour ami et il avait l'amitié fidèle. Je me suis souvent demandé si j'éprouvai un même sentiment à l'égard d'autres écrivains que j'admire. Et bien non. J'ai pourtant un panthéon assez fourni de Gide à Mauriac en passant par Julien Green , Marguerite Yourcenar, Michel Del Castillo, entre autres mais pour aucun de ceux que je viens de citer je ne nourris ce sentiment de tendresse. Sans doute est-ce parce que le destin d'Albert Camus, mort si jeune, est émouvant de sa jeunesse pauvre à sa célébrité mondiale avec ,toujours, cette forme d'humilité qui le caractérise.

En tous cas je ne peux que recommander ce petit livre qui se lit bien et qui dit tout de la vie et de la pensée de Camus, qui n'apprend rien mais qui exprime tout cela de manière neuve et émouvante.

Il y a de nombreuses citations, toutes très bien choisies et parmi elles, celles émouvantes des écrits des écrivains algériens qui furent ses amis dans le déchirement. Le livre contient une belle analyse du "Premier homme" et l'auteur se désole avec beaucoup d'autres que Camus n'ait pas pu dire tout ce qu'il avait à dire et dont elle donne des pistes en citant des extraits des carnets.

Elle écrit cela qui est à la fois surprenant et intéressant: "Mais l'une de vos notes programmatiques résonne comme une terrible prémonition: "Le roman doit être inachevé" Il me semble entrevoir dans votre décision d'inachèvement le consentement à ce que le récit de l'Algérie se poursuive sans vous, sur un avenir ouvert. Vous aviez quant à vous réalisé votre part de l'élaboration de ce récit en refermant la boucle d'un parcours personnel qui vous ramenait auprés de ceux qui vous étaient chers."

L'auteur, originaire ,elle aussi, d'Algérie (elle est née à Blida) essaye d'expliquer ce qui a conduit Camus à ne pas croire à l'indépendance, croyant à une utopie d'Algérie plurielle.


                                           


samedi 29 mai 2021

Les nouveaux prétendus intellectuels

 



Un texte de Nathalie Heinich dans la collection "Tracts" chez Gallimard : "Ce que le militantisme fait à la recherche" et qui s'attaque aux dérives que connaît aujourd'hui l'université, notamment dans les études (si on peut appeler cela des études) de genre ou racialisée ou intersectionnelles! L'auteur montre à la fois la pauvreté, la bêtise souvent de ces études qui découvrent la "lune"! Elle montre qu'il s'agit non pas de science mais bien de militantisme politique de bas niveau et que ces prétendus "chercheurs" veulent, comme elle le dit le beurre d'une situation universitaire et l'argent du beurre du militantisme.

Elle évoque à très juste titre les trois glaciations successives qui ont saisis un certain nombre de dits "intellectuels": la glaciation sovièto-marxiste; la glaciation maoïste des années 1970 et la glaciation actuelle des islamo-gauchistes"
Ces études finiront comme les précédentes dans les poubelles de l'histoire déjà passablement remplies .Les jeunes étudiants en sociologie devraient lire ce texte avant de se laisser embrigader par nos nouveaux intellectuels et ne pas faire comme leurs aînés qui ont frayé avec les bêtises de ceux qui , comme Sartre et bien d'autres ne voulaient pas voir les crimes du communisme. Ils ont perdu face à un Albert Camus qui , lui étaient dans la nuance et dans la défense des valeurs humaines.
Citons cette phrase de Raymond Aron qui dit tout de la bêtise de ces intellectuels de l'époque à qui les nouveaux ressemblent furieusement!
"Cherchant à expliquer l'attitude des intellectuels, impitoyables aux défaillances des démocraties, indulgents aux plus grands crimes, pourvu qu'ils soient commis au nom des bonnes doctrines, je rencontrai d'abord les mots sacrés: gauche, Révolution, prolétariat"
"Aujourd'hui nous ne cessons de buter sur d'autres mots sacrés: "dé colonialisme" , "intersectionnalité" , "racisés".

mardi 25 mai 2021

Alexandre Soljenitsyne Le Pavillon des cancéreux.

 Ce livre trainait dans ma bibliothèque depuis de nombreuses années sans que j'ai eu l'envie de l'ouvrir. Sans doute ce titre, cet évocation du cancer m' a telle consciemment ou inconsciemment éloigné de ce roman. Je connaissais ,bien sûr, Alexandre Soljenitsyne ce dissident célèbre, ce critique féroce du communisme soviétique mais je n'avais rien lu de lui. Le Pavillon des cancéreux se passe dans un centre de traitement du cancer dans la Russie profonde ,à 3000 kilomètres de Moscou. Il y a ,là, dans un centre vieillot et dans des salles communes une cinquantaine de malades atteints plus ou moins gravement de cette maladie et une équipe soignante, médecins ,radiologues, chirurgiens, infirmières, une communauté et c'est la vie de cette communauté que nous raconte Alexandre Soljenitsyne tout au long de ses 400 pages.

On finit par s'attacher a tous ces gens, les malades dont on suit les traitements, l'évolution de leur mal, leurs espoirs, car l'espoir, une petite lumière reste vivant même au plus mal. On s'attache aussi a ces médecins  dont on mesure le dévouement mais aussi les difficultés, leurs rapports tendus quelques fois avec les malades. Parmi ces médecins, beaucoup de femmes et l'une d'elles Dontsova va se rendre compote qu'elle aussi est atteinte par le mal. C'est un passage captivant car l'on voit, sous la plume de l'écrivain son comportement , ses idées, ses convictions changer tout à coup et, elle , celle qui savait , qui connaissait la maladie veut ignorer le diagnostic et elle est saisie par la peur. Elle comprend alors beaucoup mieux ses malades et à la veille de partir se faire soigner à Moscou, elle fait ,comme d'habitude un tour de ses malades et elle va être plus humaine , plus compréhensive, elle ava vouloir leur apporter une nouvelle forme de réconfort.

Quant aux malades ils changent eux aussi et leurs certitudes disparaissent, mais rien ne peut leur enlever cet espoir de guérison même aux moments les plus sérieux.

On apprend a connaître la vie , le destin de chacun des membres malades ou médecins de cette communauté et il y a quelques pages très fortes comme celle où l'on voit Vera une femme médecin qui se fait passer pour veuve alors qu'elle n'a jamais été mariée et qui noue un line avec un malade. Elle passe alors une journée merveilleuse, elle semble ne plus toucher terre.....

Le roman se termine. Oleg un déporté quitte le Pavillon des cancéreux, il passe une journée merveilleuse a se promener dans la ville et l'on peut lire ceci: "Il y avait encore bien des joies qui l'attendaient aujourd'hui.  

C'était le soleil de ce printemps qu'il pensait ne plus revoir, et bien qu'autour de lui il n ' y eut personne pour se réjouir du retour d'Oleg à la vie, personne même pour le savoir, le soleil, lui, le savait, et c'est à lui qu'Oleg souriait. Quand bien même il n' y aurait plus jamais de printemps à venir, quand bien même ce serait le dernier, c'était pourtant un printemps supplémentaire et rien que pour cela Oleg disait merci!"

Il est invité à passer la nuit avant son départ à la fois par Vera et par Zoé. Il n'ira pas. Une histoire qui aurait pu naître ne naîtra pas. Il n'offrira pas à Vera les deux petits bouquets de violette qu'il a acheté avec son maigre pécule et il les distribuera a deux jeunes filles qui passent. Cela m'a rappelé la dernière scène bouleversante du film russe :"Quand passent es cigognes" Une jeune fille va à la gare pour accueillir son fiancé qui doit rentrer de la guerre. Elle apprend sur le quai qu'il ne reviendra pas. On l'a voit, alors, distribuer ses fleurs, une à une, aux soldats qui arrivent et à leur famille en liesse.


,Il y a aussi dans ce roman une critique très nette du régime, de ses atteintes aux libertés, des passes droit de sa nomenklatura, de ses échecs dans de nombreux domaines et dans son mensonge et c'est pourquoi cet écrivain fut persécuté.

Je vais maintenant lire aussi les deux récits qui ont fait connaître Alexandre Soljenitsyne dans le monde: Une journée d'Ivan Denissovitch et la maison de Matriona. Cet écrivain est un grand écrivain russe plus proche sans doute de Dostoïevski que de Tolstoï mais aussi grand.

dimanche 25 avril 2021

Michel Field: Paris émois

                                                                               

Michel Field publie aux Editions Mialet-Barrault « Paris émois » un essai, un récit dans lequel il évoque au long des pages des quartiers et des rues de Paris où s’est déroulé une grande partie de sa vie. Le livre débute par l’évocation de l’incendie de Notre Dame de Paris en avril 2019 et se termine par le premier confinement et la vision tout a fait inhabituelle de Paris quasiment désert.

J’aime beaucoup la couverture de ce livre qui reproduit le magnifique tableau de Gustave Caillebotte : Rue de Paris un jour de pluie.

Quant au livre lui-même on y trouve l’évocation de très nombreux endroits avec des rappels historiques et l’auteur nous donne les souvenirs personnels que ces lieux évoquent pour lui.

Je dois dire que j’ai été un peu déçu car dans les rappels historiques je n’y ai pas appris grand-chose, beaucoup des éléments qui y figurent ne sont pas originaux et, quant aux souvenirs de l’auteur, il y en a assez peu qui sortent de l’ordinaire des vies d’aujourd’hui. J'ai préféré et de beaucoup le livre ayant le même objet qu'a publié par Laurent  Gaudé: "Paris mille vies". Un passage m’a, cependant ému, celui où l’auteur évoque une employé de l’Etat civil de la Mairie du XII° arrondissement. Je n’en dis pas plus, le lecteur s’y reportera.

lundi 19 avril 2021

Docteur Jivago

 Je n'avais encore jamais lu le roman de Boris Pasternak :Docteur Jivago. J'avais vu le magnifique film avec l'acteur Omar Sharif dans le rôle de Youri Jivago et j'avais aussi lu un certain nombre de textes et récemment un essai sur la façon dont ce livre , condamné par les autorités soviétiques, avaient été publié en occident (un véritable roman du roman!) mais je n'avais donc pas lu le roman lui-même. C'est chose faîte. C'est un roman touffu dont l'histoire se situe à cette période capitale de l'histoire russe, celle où s'est préparé et réalisé la révolution communiste. C'est une période de désordre , de violence et de misère qui s'est ouverte  et le roman donne bien à voir la cruauté et le désordre de tous ces changements. Les péripéties sont nombreuses et il arrive que l'on se perde un peu. Moi qui lit assez rapidement j'ai dû prendre mon temps pour lire les quelques  700 pages de ce roman qui , comme beaucoup de romans des grands écrivains russes (Tolstoï, Dostoïevski) est foisonnant, complexe comme l'âme russe mais cela vaut la peine et on voit bien pourquoi ce roman a déplu aux autorités: il montre les erreurs, les crimes , les illusions de la révolution, qui finalement n'a apporté que du malheur.

Lecteur ayez la patience de lire jusqu'au bout et vous serez bouleversé par les dernières pages: la mort de Youri Jivago et la douleur de son grand amour :Lara.

vendredi 9 avril 2021

Jean Birnbaum: Le courage de la nuance

 

 

Jean Birnbaum vient de publier au Seuil un essai intitulé : « Le courage de la nuance » dans lequel , après avoir constaté que, notamment sur les réseaux sociaux, les discussions étaient tout sauf nuancées et qu’elles relevaient plus de l’anathème et de l’exclusion que d’un réel dialogue, étudie un certain  nombres d’écrivains et intellectuels qui, selon lui, ont été des personnes de dialogue et de nuance.

Le livre s’ouvre sur le cas d’Albert Camus dont on cite souvent deux phrases qui caractériseraient sa pensée :

-« Si il y avait un parti des gens qui doutent j’en ferai partie » et « Mal nommer une chose c’est ajouter au malheur du monde ».

Et il est vrai qu’Albert Camus a souvent été critiqué parce qu’il n’était dans aucun moule et qu’il refusait les simplifications idéologiques outrancières. Si on l’a si mal compris sur l’Algérie c’est bien qu’il était, en effet, dans la nuance. Il condamnait la colonisation et la façon dont le pouvoir traitait les algériens (et il l’a fait dés sa jeunesse avec courage) mais d’un autre côté il ne comprenait pas que les européens d’Algérie, souvent assez pauvres comme l’était sa mère, ne puisse pas trouver une place dans ce pays. Mais ces nuances qu’il apportait sur la question algérienne il les avait, aussi, sur l’Allemagne après la guerre.

L’auteur évoque aussi un grand écrivain, peut-être un peu oublié Georges Bernanos. Voilà un écrivain monarchiste actif, antisémite qui va , au début admirer l’action de Franco en Espagne mais qui, très vite va accepter de voir les crimes odieux commis par les militaires et par l’Eglise. Dans ses « Grands cimetières sous la lune » il va condamner sans ambiguïté cette action de la droite espagnole, acceptant  nous dit l’auteur de voir et ne se contentant pas de slogan et d’idéologie.

Les pages consacrées a Germaine Tillon sont également très belles et nous montre un esprit éclairé refusant ,elle aussi, les idéologies meurtrières avec sur la question algérienne la même analyse que celle de Camus.

 

 

Je ne suis pas sûr que le titre sois bien choisi et que la nuance soit vraiment ce qui caractérise ces différents intellectuels. J’y vois plus une grande lucidité liée à des valeurs solides qui leur permettent de d’y « voir clair », de ne pas se laisser embrigader par des idéologies. Mais quand ils ont vu clair ils ne sont pas dans la nuance et défendent avec force leurs valeurs.  Et d’ailleurs l’auteur ne cite-t-il pas cette phrase de Raymond Aron selon laquelle « la lucidité est la première loi de l’esprit. » ?

L’auteur nous amène aussi à réfléchir sur cette attitude très dangereuse pour la pensée qui consiste à dire : « Vous ne pouvez pas dire cela car vous faites le jeu de l’ennemi »Ne pas faire « le jeu de l’ennemi » conduit souvent , en effet, à ne pas voir ou à ne pas dire ce qu’il faudrait voir ou dire.

Les intellectuels qu’il évoque n’ont pas eu peur de « faire le jeu de l’ennemi » ils ont fait primer leurs valeurs.

Il y a un lien évident entre tous ces intellectuels et cela les oppose à toute cette intelligentsia qui s’est si gravement trompé sur le communisme puis sur la maoïsme. Pas étonnant qu’Anah Arendt ait clairement dit qu’elle admirait Albert Camus et qu’elle n’avait rien appris de Sartre !

                                                

On écoutera aussi cet intéressante analyse de la pensée nuancée