vendredi 14 janvier 2011

Le départ de Ben Ali

Le départ de ben Ali est un évènement extraordinaire et le peuple tunisien peut être très fier de son courage et de sa détermination. En un mois un régime qui paraissait invulnérable a été anéanti et une voie vers une réelle démocratie apaisée est ouverte. L’on ne peut que s’en réjouir pour les tunisiens qui le méritent bien.
Avant de réfléchir sur les jours qui viennent, rappelons quelques uns des enseignements de ce mois de révolte. Dans la forme d’abord il est à souligner la dignité des manifestants qui ont eu à la fois courage et détermination en revendiquant avant tout la liberté.
Le régime en effet, malgré les promesses de Ben Ali en 1987 était un régime policier et moi qui ait souvent séjourné dans ce pays j’étais indigné par l’indigence de la presse et c’est cette absence de presse libre qui, dans le fond, est à l’origine des dérives du clan qui gouvernait la Tunisie et qui mettait son économie en coupe réglée au préjudice des tunisiens. Si une presse libre avait réellement existé ce clan aurait agi avec plus de décence, pas par honnêteté mais par peur des réactions. Cela a été la grande faute de Ben Ali.
Les dérives « maffieuses » comme le soulignait l’ambassadeur des Etats-Unis lui-même, ont crées dans la population un sentiment d’exaspération absolu et cela s’est bien vu dans l’attaque des biens accumulés de manière scandaleuse par les Trabelsi, qui il faut le souhaiter, seront jugés pour l’ensemble de leurs détournements.
En évoquant une commission d’enquête sur la corruption Ben Ali n’était évidemment pas crédible un instant et le peuple tunisien, en effet, n’y a pas cru.
Ben Ali a signé son départ dans des conditions déshonorantes en autorisant le tir à balles réelles sur la jeunesse de son pays et la partie de son dernier discours sur ce point était lamentable et indécente.
Enfin le voilà parti grâce à un peuple mur , réfléchi et, contrairement à ce que beaucoup craignaient, étranger aux extrémismes. Ce peuple est bien celui du Président Bourguiba qui eut certes sa part d’ombre mais qui donna à ce pays l’égalité homme/femme et l’éducation et l’on a vu dans les manifestations de nombreuses femmes et de nombreux intellectuels.
Cette population a été aidée par les techniques de communications modernes et notamment par le réseau Facebook, dont j’ai moi-même mesuré la grande utilité et qui a permis à la parole de se libérer.
Il reste à l’essentiel à réaliser. Il ne faudrait pas que ce courage, cette lucidité laissent ce mouvement sombrer dans l’anarchie, le désordre ou l’extrêmisme. La période qui s’ouvre va être essentielle. Quant à moi et contrairement à beaucoup , je pense qu’il faut scrupuleusement accepter  que le Président par intérim mette en place la transition. Il est sous le contrôle de la population et ne pourra pas se permettre comme le craignent certains de vouloir préserver le régime. Il sait bien que cela ne sera pas toléré et il veut , sans doute, entrer dans l’histoire comme celui qui aura accompagné le peuple tunisien vers une véritable démocratie. Si j’avais un conseil à donner ce serait celui de lui donner un peu de temps tout en se montrant attentif. Les partis d’opposition, les syndicats, les forces vives de la cité ne se laisseront pas dépouiller de la victoire.
Nous entrons en tous cas dans une période captivante car si la Tunisie réussit – je le souhaite et je le crois-une transition démocratique dans le calme, elle donnera une très grande leçon au monde arabe et pas uniquement au monde arabe.Voici analyse pas très éloignée de celle que je viens de présenter.

mercredi 12 janvier 2011

La révolution Tunisienne

A ce stade qui semble être un mouvement profond en Tunisie, je voudrai, moi qui y séjourne si souvent, donner mon sentiment et mon analyse.
Je dois commencer par dire que pendant longtemps et c’est une analyse fort répandue, j’ai pensé que le régime du général Ben Ali dont je n’ignorais pas les défauts était un véritable rempart contre la prise de pouvoir par les islamistes, ce qui aurait constitué pour la Tunisie et notamment pour les femmes une très grave regression. Il suffit de voir ce qui s’est passé en Iran. Je n’insiste pas davantage.
Par ailleurs le Général Ben Ali avait lors de sa prise de pouvoir, dans des conditions que l’on ne pouvait qu’approuver, fait des déclarations qui donnaient confiance. Qu’il suffise de citer cette phrase de son discours de 1987 :
« l'époque que nous vivons ne peut plus souffrir ni présidence à vie ni succession automatique à la tête de l'État desquels le peuple se trouve exclu. Notre peuple est digne d'une vie politique évoluée et institutionnalisée, fondée réellement sur le multipartisme et la pluralité des organisations de masse ».
Malheureusement ce n’était que des paroles….

Par ailleurs il n’est pas contestable, et j’en ai été moi-même régulièrement le témoin, la Tunisie connaissait un developpement économique certain avec le developpement d’une large classe moyenne. Le Général avait eu aussi l’intelligence de maintenir les acquis fondamentaux dûs au Président Bourguiba (developpement de l’instruction pour tous, égalité réelle des femmes et des hommes)
La seule chose qui me peinait chaque fois que j’allais en Tunisie était de constater l’absence totale de liberté de l’information et la véritable débilité mentale des organes de presse tous favorables de manière obséquieuse et ridicule au pouvoir en place.
Je dois reconnaître que j’ai eu le tort de croire que c’était quelque chose de secondaire. Car, en réalité cette absence de liberté d’information  a permis que s’installe petit à petit  les dérives qui ont entraînées à la longue les évenements d’aujourd’hui.
Une presse libre et informée aurait sans doute pu éviter que la famille du Président n’accapare de manière quasiment mafieuse les richesses du pays. Elle aurait rappelé cette famille à la décence  et si tout n’aurait pas été parfait- rien ne l’est nulle part- on aurait évité les abus très graves et répétés qui ont entraînés l’exaspération de la population.
Ma deuxième erreur est d’avoir cru que le reneversement du régime ferait le lit des islamistes. Je constate avec les manisfestations actuelles que rien de tel n’est souhaité par la population qui se montre en réalité très raisonnable.  Elle montre qu’elle mérite la liberté d’expression et de choix démocratique.
C’est, sans doute, si elle ne trouve pas de débouché démocratique et de réponse à son désir de liberté  qu’elle pourrait  se laisser alors convaincre par l’avanture islamiste.
Le régime a, à mon sens, mal agi car les tunisiens étaient prêts à lui faire confiance et à le maintenir au pouvoir s’il avait garanti les libertés publiques, ouvert l’information et s’il n’avait pas autorisé les abus scandaleux de la famille.
Je pense aujourd’hui que les erreurs commises l’ont définitivement discrédité et que la Commission, aujourd’hui envisagée, sur la corruption n’est absolument pas crédible. Qui peut croire sérieusement qu’elle s’attaquera à la famille ?Par ailleurs un régime qui fait tirer à balles réelles sur une population désarmée n'a plus aucune légitimité.
Pour moi, ce régime est donc en sursis et il faudrait que les tunisiens y compris ceux mêmes qui soutenaient le régime, fassent pression pour qu’un changement  vienne.
Je voudrai renvoyer pour compléter cette courte analyse à une tribune d’une intellectuelle tunisienne, tribune pleine de modération, et de bon sens et qui montre qu’il y a une élite dans ce pays capable de gérer ce pays et de faire face aux défis qui l’attendent. Et voici aussi  le texte clair de quelqu'un qui pourrait jouer un rôle dans l'avenir, le Docteur Marzouki.
Vous pouvez lire aussi cet entretien d'un specialiste du Maghreb.






samedi 8 janvier 2011

Tombeau pour mes chiens

Finalement je n'ai pas eu la patience d'attendre la réponse de mon éditeur habituel et je me suis lancé dans l'auto-édition. Il faut dire que le logiciel du site qui permet cette édition à la demande est très facile et agréable. Il y aura, sans doute, quelques imperfections mais cela n'est pas très grave.
On peut donc d'ores et déjà acheter le livre et dans quelques jours le télécharger ICI
Nous allons suivre maintenant la vie de ce nouveau livre lancé dans la nature

lundi 3 janvier 2011

Klaus Mann

Je viens de voir la série de téléfilm sur Thomas Mann et sa famille: remarquable travail mêlant la fiction et le témoignage de survivants. A cette occasion j'ai découvert la personnalité de Klaus Mann le fils, écrivain lui aussi, mais longtemps méconnu en raison de l'immense notoriété de son père et de son oncle Heinrich Mann.
Klaus Mann restera connu pour son opposition résolue au Nazisme qui le conduira à l'exil, à l'abandon de la langue allemande et à son enrôlement dans l'armée américaine.
Voici le texte d'une lettre qu'il adressa à la comédienne Sonneman  qu'il connaissait et qui avait épousé Goering. On ne peut être plus net. 


"Franchement, chère Générale, êtes-vous une femme heureuse ? (…) Votre bedonnant mari n’est pas à la maison -il est peut-être dans son bureau en train de signer des arrêts de mort ou d’inspecter des bombardiers. La nuit est tombée, vous êtes seule dans votre beau palais. N’est-ce pas l’heure des fantômes ? Ne voyez-vous surgir de derrière les lourdes tentures ceux que l’on a assassinés dans les camps de concentration, ceux que l’on a tués à la tâche, les fuyards que l’on a abattus, les suicidés (…) Vos pensées -qui devraient être formées à l’école des classiques 
250px-klaus_mann.1237334361.jpgallemands, mais qui sont sans doute déjà perverties par la nouvelle éthique allemande-, vos pensées parviennent-elles à se mettre à distance de tout cela ? (…) Et à supposer que vous ne soyez pas insensible aux terrifiantes grimaces des fantômes -n’imaginez-vous pas parfois qu’un jour des vivants pourraient envahir des pièces de votre château ? Et croyez-moi, ceux-là ne plaisanteront pas. Que répondrez-vous, Madame Sonnemann, quand on vous demandera des comptes -oui, à vous aussi, puisque vous vous faites complice de ces gens (…) Vous avez drôlement bien joué la comédie, Madame l’actrice, vous ressemblez à s’y méprendre à l’une de ces femmes du répertoire classique dépourvues de toute conscience morale : pour une poignée de pierres précieuses, pour un beau nom et une belle robe, vous oubliez tout, vous ne voulez rien voir, vous acceptez le pire - et finalement vous n’êtes pas mieux que votre criminel de mari et serez autant détestée que lui”.

J'ai extrait cette lettre d'une chronique  paru dans  un blog que je lis régulièrement et que vous pouvez trouver avec le lien suivant:




dimanche 2 janvier 2011

La Compagnie Genevoise à Setif: le miracle de l'internet!

Il y a quelques semaines j'ai posté un message sur un forum de Sétif et notamment sur la partie alimentée par un photographe amateur à Sétif et j'ai demandé à avoir une photo des locaux de la Compagnie Genevoise qui a été dirigée pendant de longues années par mon arrière Grand père Gotlieb Ryf puis par mon Grand Père Arnold.Ce petit moment de l'histoire est l'objet de mon premier livre: "Algérie, Algérie Que me veux-tu?" paru en 1999 aux Editions Atlantica.
Et voici que je découvre ce jour sur le même forum une  belle photo des bâtiments de la Compagnie. La voici




12 Juillet 2022

Passe une journée agréable dans la vallée du Barousse chez M. Roger Vetillard qui m à remis un exemplaire du livre qu il vient de faire paraître sur la Compagnie Genevoise des colonies suisses de Setif en partant du mémoire de Mlle Magneville et en y ajoutant notes et commentaires très intéressants. Je publie ci dessous la préface que j ai donnée avec mon cousin Patrick et qui, je l espère, vous donnera l envie d en savoir plus sur cette épisode de la colonisation en Algérie.
Préface
Ce livre est l’édition du travail de Mademoiselle Suzanne Magneville en 1951 sur la Compagnie Genevoise des Colonies Suisses de Sétif augmenté d’un important appareil critique ,notes, commentaires, annexes dû à Monsieur Roger Vétillard, né à Sétif et historien reconnu de la période coloniale et qui a écrit notamment des livres sur les évènements de 1945 dans cette ville.
Pour les signataires de cette préface avec l’évocation de la Compagnie Genevoise c’est tout un pan de la vie de leur famille qui revient en mémoire et, dans les réunions de famille, encore aujourd’hui, il n’est pas rare que le nom de cette compagnie ne soit, à un moment ou à un autre, évoqué.
Par ailleurs l’un des signataires de cette préface a connu Mademoiselle Magneville dans une circonstance étonnante et fortuite. Ecrivant son premier livre : Algérie, Algérie Que me veux-tu ? , il rencontra l’auteur de ce travail le premier jour de ses recherches aux Archives d’Afrique du Nord à Aix en Provence, discuta avec elle de la Compagnie et reçut de sa part un exemplaire de ce mémoire !
Mais tout cela n’est qu’anecdotique et me mériterait pas d’être publié alors que le travail universitaire de Mademoiselle Magneville tel qu’il est aujourd’hui ,augmenté et complété, est un document pour l’histoire.
Il nous montre une partie du peuplement de la région de Sétif par des Suisses et l’appareil de note complète bien l’information sur ce point et il décrit également un mode de colonisation originale par des financiers Suisses qui, sur ce point , ne manquaient pas d’imagination créatrice !
Il montre aussi que la Compagnie Genevoise et, en particulier sous la direction de l‘aïeul des signataires, a favorisé et permis le progrès de l’agriculture dans la région de Sétif.
Les signataires ne pouvaient qu’être sensible à la longue et louangeuse description du travail de Gottlieb Ryf à laquelle s’est livré Mademoiselle Magneville.
Il montre enfin que la Compagnie Genevoise a fait l’objet de critiques depuis son origine et jusqu’à la fin, à la fois par l’administration coloniale qui n’appréciait pas les faveurs que lui accordait Napoléon III, par ses métayers qui se trouvaient injustement traités et même par la population et les élus locaux comme cela est montré, notamment, par les innombrables procès qu’a engagé ou subi la Compagnie.
Enfin ce travail et notamment l’appareil critique de M Roger Vétillard montre que ces capitalistes suisses furent satisfait de se séparer de la Compagnie aux meilleurs conditions possibles dès que l’horizon se noircit et cela sans état d’âme !
En définitive ce livre est véritablement un travail pour l’histoire et il est particulièrement bienvenu à un moment où en France et en Algérie cette question de la mémoire est particulièrement sensible. Les signataires pensent que seul le travail des historiens réalisés avec objectivité et sérénité peut faire progresser ce problème en évitant, le plus possible, les destructrices passions nostalgiques".
Jean Pierre Ryf Patrick Ryf





Venise toujours

Voici , en ce début d'année, un texte que je m'approprie totalement et j'éspère bien aller , de nouveau retrouver ces sensations vénitiennes


.J'ai souvent réfléchi à cet étrange ascendant, à cet attrait singulier qu'exercent sur moi ces lieux auxquels m'attache une tendre fascination. Venise est une ville admirable, d'une beauté unique, et elle a suscité bien des ardentes curiosités et bien des fidelités passionnées.[...]
...Ce n'est pas par mode et par imitation que j'ai aimé Venise et ma passion pour elle n'est pas plus d'origine sentimentale que de provenance esthétique. Certes l'art vénitien en ses manifestations architecturales, picturales ou décoratives m'a charmé. J'ai goûté les merveilles de ses artisans, leurs verreries délicates comme des dentelles et qui s'irisent de toutes les nuances de son ciel et de sa Lagune, mais ce n'est pas par ces voies que Venise m'a conduit jusqu'à son coeur. Mon envoûtement vient d'ailleurs. Je cherche en vain la clé qui m'a ouvert ses portes secrètes et les a refermées sur moi.
Que de fois ai-je poursuivi en moi-même et en elle le mot de cette tendre enigme ! Pourquoi, dès que je respire l'air vénitien, éprouvé-je ce plaisir à vivre où les actes les plus insignifiants et les pensées les plus quotidiennes prennent une valeur particulière, un sens exceptionnel et me communiquent un bien-être inaccoutumé ? Pourquoi m'y sens-je si intimement adapté aux choses, si près d'elles et si à elles, en une sorte de convenance profonde ? Pourquoi le son des cloches dans le ciel, le bruit d'un pas sur les dalles me font-ils battre le coeur d'une certaine façon ? De quelle prédisposition me vient cet accord avec tout ce qui m'entoure ? De quelque lointaine influence atavique peut-être ? N'ai-je pas dans mon ascendance deux aïeules qui portaient un nom à consonanace italienne et qui m'auraient transmis d'obscures affinités ?
[...]Ce sont de longues heures d'intimité passionnée dont j'essaie de fixer le souvenir, les heures où, errant de calle en calle, de campo en campo, voguant sur la solitude lumineuse de la Lagune, balancé aux coussins d'une gondole ou accoudé à la rampe de bois d'une altana, Venise m'a confié, en échange de mon attentive tendresse, quelques-uns des secrets de son silence et de sa beauté.
Henri de Régnier, l'Altana ou la vie vénitienne.