lundi 6 novembre 2017

Vestiges du jour de Kazuo Ishiguro

L’attribution du prix Nobel de littérature à Kazuo Ishiguro m’a donné envie de lire son roman « Vestiges du jour » dont on a tiré un film magnifique avec Anthony Hopkins dans le rôle du majordome de Darlington Hall. Le film m’avait tellement plu que je craignais d’être déçu par le roman. Or c’est tout le contraire. Le style de cet écrivain, né au Japon, mais vivant en Angleterre depuis l’âge de cinq ans, m’a rappelé cet humour anglais que l’on trouve dans les romans qui mettent en scène le fameux Jeeves.
Dans le roman celui qui s’exprime et raconte l’histoire c’est le majordome de Lord Darrington et il nous dit, tout au long du roman comment il conçoit son rôle de majordome d’une grande maison, la « dignité » qu’il faut, selon lui, pour remplir cet emploi. Le lecteur ne peut qu’être partagé face à ces vies toutes entières consacrées au service des autres et l’on se prend de pitié pour ce majordome lorsque tout à la fin du roman il se rend compte qu’il a, peut-être, gâché sa vie.
Le roman est plus complet que le film et, notamment, sur la réunion politique secrète qui se tient au château et qui a pour objectif de rapprocher les points de vue anglais et allemand. Le majordome ne se pose pas de questions et ce n’est qu’à la fin qu’il se demande enfin s’il ne s’est pas trompé en fermant les yeux, en ne voulant rien voir ni rien juger.

Il y a, en creux, une critique de l’absence d’engagement qui a fait dire à une critique que le romancier pouvait, à certains égards, être rapproché de Camus. Une chose est certaine, après avoir vu le film et lu le roman on est pas prêt d’oublier M. Stevens le majordome de Darlington Hall.

Bernard Clavel: Les fruits de l'hiver

Je viens de découvrir un roman que j’avais dans ma bibliothèque et que je n’avais jamais lu : "Les fruits de l'hiver" de Bernard Clavel prix Goncourt 1968 édité cette année-là chez Robert Laffont. Beau roman qui nous raconte l’histoire d’un vieux couple dans les années de la guerre de 40 entre dénuement dû à la guerre et déchirement entre deux fils Alain et Julien né de deux mères différentes.
On y voit les conditions de vie dans cet après-guerre, une maison qui n’a ni l’eau courante ni l’électricité, où l’on chauffe au bois et où la corvée de bois devient pour le vieux une véritable obsession. Et pourtant ils ne sont pas pauvres. Il a été boulanger .Il cultive son jardin et il a poules et lapins.
On s’attache à la vie de ces deux vieux, à leur vie de labeur dans un petit village de France avec deux fils, très différents, l’un qui fricote avec la milice et l’autre, artiste qui penche du côté des résistants. Il y a des notations très justes sur l’évolution politique, sur l’engagement ou la volonté de ne pas s’en mêler comme le vieux et de continuer à vivre en paix tranquillement mais qui est évidement rattrapé par le conflit. Il y a ce conflit entre la mère de Julien et le vieux, partagé qu’il est entre ses deux fils et enfin il y a l’abandon dans lequel le vieux se retrouvera après la mort de sa femme, confronté à une forme d’ingratitude de son fils Paul qui a obtenu que son père lui laisse son petit patrimoine et qui n’attend pas la mort de son père pour tout chambouler. Le lecteur aura, sans doute,  une préférence pour Julien, moins intéressé que son frère mais qui, pour autant, abandonne-lui aussi son père en vivant loin de lui et ne venant pas souvent le voir. Voilà un roman sur la vieillesse, la fin de vie et c’est très bien vu.



jeudi 26 octobre 2017

Une BD pour le "Premier Homme" de Camus

Moi qui ne lit presque jamais de bandes dessinées je viens d’acheter et de lire immédiatement celle que vient de publier, chez Gallimard, Jacques Ferrandez et qui est consacrée au « Premier Homme » d’Albert Camus, ce roman inachevé que l’on a trouvé dans une sacoche lors de l’accident de la route dont il est mort.
J’appréhendai un peu cette découverte car j’avais un tel souvenir du livre, très émouvant et dont je me souviens de la plupart des épisodes, que je craignais qu’en dessin cela ne soit pas aussi prenant.
Je reste sur l’idée , que le dessinateur doit lui-même partagé, que rien ne peut remplacer la lecture du livre avec le style de Camus.
Mais il n’en reste pas moins que cette bande dessinée est très réussie d’abord parce qu’elle n’omet aucun des épisodes importants du livre et qu’elle utilise dans les bulles les propres phrases de l’écrivain, ce qui fait que l’on croit lire le livre et, enfin, parce que les planches dessinées sont absolument magnifiques à la fois par le dessin et les couleurs choisies qui en font autant de petits tableaux.
Le dessinateur qui, à ce que j’ai cru comprendre, connaît bien la ville d’Alger a montré la ville de manière remarquable. Moi qui vient d’y faire un séjour je retrouve totalement les rues, le port, les escaliers les bâtiments (comme le Lycée). C’est frappant d’exactitude et ces images qui me rappellent l’Alger ancien correspondent aussi à l’Alger d’aujourd’hui, le centre n’ayant vraiment pas changé, vieilli, peut être tout au plus.
Et c’est ainsi, par exemple, que je retrouve dans ces dessins le trajet que le jeune Albert faisait tous les matins pour aller de la rue de Lyon à Belcourt jusqu’à son Lycée à l’entrée de Bab el Oued. C’est le trajet que j’ai fait, moi-même, pendant quatre ans.
Au total un très beau livre et qui peut, peut-être, faire entrer quelques jeunes lecteurs adeptes de la bande dessinée dans l’œuvre d’Albert Camus, d’autant que je pense que le Premier Homme est une très belle voie d’accès à cette œuvre. Si elle parvient a ce résultat elle aura le grand mérite de faire aimer Camus à plus de jeunes.
J’ajoute que le livre est précédé d’une belle préface d’Alice Kaplan qui vient de publier une étude très fouillée sur la réception de l’Etranger, ouvrage que j’ai déjà évoqué, ici, dans ce blog.




La petite voleuse de livre

La voleuse de livres de Markus Suzak est un roman que l’on garde longtemps à l’esprit. On ne peut que s’attacher au sort de la petite héroïne Lisa Meminger et à la partie de sa vie (son enfance) qui nous est racontée par une étrange narratrice : la mort en personne !
On apprend à la fin du roman que Lisa Meminger a eu une longue vie, des enfants et petits-enfants et qu’elle a écrit l’histoire de son enfance dans un petit village d’Allemagne au temps du nazisme. On constate qu’elle a vécu des horreurs, qu’elle a vu mourir presque tous ceux qu’elle aimait, qu’elle a appris à lire et à écrire au fond d’un sous-sol avec l’aide de son père adoptif et de Max, un jeune juif caché par sa famille.  
Les portraits de Hans et de Rosa les parents adoptifs sont absolument touchants mais beaucoup d’autres protagonistes (le jeune Rudy et la femme du Maire) de cette longue histoire sombre tireront les larmes du lecteur. C’est le livre de la fureur des hommes en temps de guerre, une description de la vie sous le nazisme et l’emprise qu’il prend insidieusement sur les gens qui finissent par croire aux discours haineux et a y adhérer. Il montre comment ceux qui osent s’opposer sont broyés.
J’ai déjà évoqué ce roman en parlant du roman de Kamel Daoud : Zabor ou les psaumes car tous deux sont un éloge de la lecture et de l’écriture. Dans Zabor le jeune héros croit éloigner la mort en écrivant la vie de celui qu’elle menace et, ici, Lisa Meminger veut aussi arrêter la mort qui s’en prend à Max, le jeune juif, en lui faisant la lecture à haute voix des nuits durant.

J’ai eu envie de lire ce roman, après avoir vu le film qui en a été tiré. Le film est beau et mérite d’être vu mais le roman est inoubliable et bouleversant et il n’est pas étonnant qu’il ait connu un grand succès mondial.

jeudi 28 septembre 2017

Une enfance de Proust

Dans ce livre l'auteur part d'une recherche sur les albums de confession qui était édité au XIX° siècle a destination de la jeunesse et dans lesquels les jeunes gens et leurs amis répondaient a des questions de toutes sortes. C'est ainsi que le jeune Marcel Proust fut amené à répondre a un questionnaire dans l'album de confession d'Antoinette Faure ,une des filles du président Felix Faure  cet homme politique dont on ne sait presque rien sauf les conditions de sa mort dans les bras de sa maîtresse!
Depuis ces réponses de Marcel Proust ont été connues et utilisées par ses biographes et notamment par André Maurois et cela est devenu au fil du temps: le questionnaire Marcel Proust que l'on a soumis à tous les écrivains connus.
L'auteur a minutieusement recherché ce passage des confessions au questionnaire.
C'est ,pour elle,l'occasion de nous décrire les relations étroites qui existèrent entre la famille de Marcel Proust, notamment son père ,le professeur de médecine Adrien Proust, sa mère et les époux Faure.
Le livre nous donne, aussi, une excellente description de la vie de ces familles bourgeoises au XIX° siècle entre Paris et leurs villégiatures du Havre ou de Deauville , cette vie faîte de mondanités.
Il ya ,aussi, toute une analyse fort intéressante sur la vie des jeunes filles de l'époque et sur leur seul horizon: le mariage. L'auteur analyse finement les différentes figure de la jeune fille dans les romans de l'époque depuis Eugénie Grandet, Madame Bovary et l’héroïne d'une Vie de Guy de Maupassant, avant que George Sand puis Colette n'offre des portraits de femmes plus libérées.
L'auteur analyse enfin les réponses au fameux questionnaire et cela permet de dresser un portrait psychologique de ceux qui y ont répondu.
En définitive ce livre permet au lecteur de se faire une idée de l'environnement social dans lequel a grandi le jeune Marcel et nous donne a voir un monde disparu.

lundi 25 septembre 2017

Séjour à Uzes

Je viens de passer une semaine à Uzes chez une amie avec laquelle nous échangeons nos demeures. Nous nous sommes connus dans un échange en Suisse, où elle demeurait alors avant de venir s'installer prés d'Uzes dans un petit village réputé depuis des lustres pour ses potiers.
Nous avons donc arpenté ,à nouveau, la petite ville d'Uzes siège du premier duché de France et qui m'était surtout connu pour avoir été la ville des grands parents d'André Gide ,petite ville qu'il évoque dans Si le grain ne meurt.
Lors de mon dernier séjour j'avais recherché ses traces et visité le tout petit musée qui lui est consacré.
Racine aussi a connu Uzes ou son grand père maternelle était chanoine de la  Cathédrale. Son souvenir est évoqué sur la promenade qui fait le tour de la Cathédrale par une plaque commémorative sur laquelle se trouve une phrase tirée,probablement de sa correspondance et qui, depuis a été reprise pour titre d'un roman  "Et nous avons des nuits plus belles que vos jours..."Il devait évoquer les nuits d'été dans ce coin de Provence!,
La Place des Herbes est toujours aussi jolie, bordée par ses maisons du XVIII° siècle et agrémentée par sa belle fontaine et ses arbres


                                                   



                                         
.
Installé là nous avons fait une escapade dans le Lubéron ce coin que j'appelle, y ayant de nombreux souvenirs heureux: le quadrilatère bienheureux avec les villages de Bonnieux, au sortir de la Combe de Lourmarin, Lacoste , ce village presque entièrement acheté par Pierre Cardin  ,Goult, Joucas, Gordes, Roussillon et Menerbes.
Je ne ma lasse pas de parcourir ce petit coin où j'ai, jadis, envisagé de m'installer.

                                       





Nous avons aussi passé  une journée et une nuit à Lourmarin ,joli village qui fut le dernier domicile d'Albert Camus et où se trouve sa dernière demeure. En partant j'ai fait une halte au petit cimetière devant sa tombe si simple mais qui est encore très visitée et où, de manière touchante, des passants laisse des petits mots, des fleurs, des cailloux avec des inscriptions. Il y avait , ainsi, un petit galet sur lequel un japonais avait écrit quelque chose dans sa langue.


                                         










Nous avons aussi visité Nîmes qui a beaucoup changé et qui est devenu une jolie ville moderne et agréable alors que je l'avais connu il y a vingt ans ville provinciale et un peu morte. Nous avons déjeuné au Ciel de Nîmes un restaurant agréable, une terrasse sur le toit d'un bâtiment moderne face à la Maison Carrée de Nîmes ce beau temple romain en parfait état. Nous avons aussi compris pourquoi le crocodile était l emblème de Nîmes




Au retour nous avons fait une halte à Pezenas la ville de Molière et nous avons goûte la spécialité locale.







lundi 11 septembre 2017

Slimane Zeghidour: Sors,la route t'attend.

Par l'effet d'un heureux hasard une amie m'a offert le livre que vient de faire paraître Slimane Seghidour aux Editions les Arènes et qui est le récit de son enfance dans un village kabyle pendant la guerre d'Algérie. Heureux hasard car j' y retrouve des faits, des événements , une ambiance que j'ai trouvé également dans le beau roman de Zeniter: L'art de perdre.
Le livre de Slimane Zeghidour nous ramène donc dans une Kabylie pauvre, quelques années seulement après qu'Albert Camus en ait dressé un douloureux portrait dans ses reportages "Misères en Kabylie".A lire ce très beau récit on constate que pendant très longtemps (n'est-ce plus le cas aujourd'hui) cette région montagneuse, ingrate mais magnifique a été abandonnée. La France n'a commencé a s'en préoccuper, comme le montre l'auteur, que lorsqu'elle allait partir et qu'il était évidement trop tard.
Malgré ce dénuement , cette vie qui paraît exister avec des siècles de retard l'auteur raconte une jeunesse heureuse et on retrouve des échos, pas si lointain , de la jeunesse de Mouloud Feraoun telle qu'il nous l'a raconté dans"Le fils du pauvre" ou dans "Jours de Kabylie".
Puis c'est le temps de la guerre d'Algérie (l'auteur écrit qu'il est né avec la guerre) avec les relations compliquées qui étaient obligés de se nouer avec les français, les combattants du FLN, les comportements pas toujours nets et qui sont également si bien évoqués dans le roman d'Alice Zeniter.
Au total un livre sensible, émouvant souvent et qui donne à réfléchir une nouvelle fois sur les relations compliquées de la France et de l'Algérie, relations dominées par non par la raison mais le plus souvent par des sentiments nécessairement mêlés. Voici ce qu'en dit l'auteur

L'art de perdre d'Alice Zeniter

Décidément l'Algérie est bien au coeur de cette rentrée litteraire . Après avoir lu et beaucoup aimé le roman de Kaouther Adimi "Nos richesses" qui raconte l'histoire de la librairie créée à Alger par Edmond Charlot, voici un ample roman de plus de 500 pages qui évoque la vie d'une famille algérienne, kabyle en l’occurrence de 1930 à nos jours.
Cette famille à laquelle on s'attache très vite dans le roman va être confrontée, comme tant d'autres , à la guerre d'Algérie  qui commence un premier novembre 1954 et se posera à elle le problème du choix. Comment faire face à ces premiers combattants du FLN dont on ne sait rien mais qui très vite vont s'imposer par la terreur et les français que l'on n'aime pas en raison du caractère si injuste du système colonial.
Ce chef de famille, assez aisé dans son petit village kabyle ne sait que faire et l'on suit avec intérêt ses questionnements, ses doutes et sa volonté de vivre tout simplement en protégeant sa famille. Situation cruelle et difficile  vouée , quelque soit le choix, au drame de la guerre, à la violence des comportements des deux côtés.
Je suis sûr que chaque lecteur se posera la question ; "qu'aurais je fait?"
Quand on connaît la fin de l'histoire ( à la vérité assez prévisible) ce chef de famille aura fait le mauvais choix; celui d'une France qui ne saura où plutôt ne voudra pas protéger ceux qu'elle a poussé à ce choix. Ce roman montre sans excès, sans pathos le crime qu'a commis la France à l'égard des harkis, crime qui ne justifie pas et n'excuse pas les crimes commis aussi par les algériens contre ces mêmes harkis et contre deux pays qui ont instrumentalisé ce drame. La France n'a pas su les accueillir dignement ( il y a tout un chapitre sur l’horrible vie dans les camps) et l'Algérie n'a pas su, comme elle l'aurait dû, tourner la page. Curieusement elle a su le faire et , à mon avis , à tort avec les islamistes beaucoup plus dangereux et n'a pas su pardonner aux harkis qui, pourtant, pour beaucoup d'entre eux n'avaient rien commis d'irréparable et qui souhaitaient tous , au fond  de leur coeur , l'indépendance du pays!
Comme l'écrit justement l'auteur "Pour oublier ce pays entier, il aurait fallu qu'on lui en ait offert un nouveau. Or, on ne leur a pas ouvert les portes de la France, juste les clôtures d'un camp."
Mais ce roman en nous faisant revivre une cinquantaine d'années de l'histoire de l'Algérie et de la France montre bien comment les protagonistes s'enfoncent dans le silence et sont incapables de parler de cette période à leurs enfants et à quiconque et comment ils meure,t de ce silence.
Ce roman se termine par le retour en Algérie et dans la Kabylie de ses ancêtres de Neïma le petit fille d'Ali , celui qui est parti, et j' y ai retrouvé des sensations que j'ai moi-même éprouvé lors de mon retour au pays.
Au total une fresque , un rappel de cinquante d'une histoire douloureuse pour tous  et tout cela écrit dans u style agréable. Ce roman obtient le "Prix Goncourt des Lycéens et voici ce qu'elle en pense.

jeudi 31 août 2017

Kaouther Adimi: Nos richesses

J'ai lu avec un très grand plaisir le roman de Kaouther Adimi: Nos richesses. paru il y a moins d'une semaine aux Editions du Seuil et je me suis réjouis de le lire maintenant, après mon voyage en Algérie et à Alger l'an dernier car l'auteur évoque dés le début de son récit le centre d'Alger que j'ai parcouru.
L'histoire commence par  l'évocation émouvante d'Abdallah que l'administration a chargé quelques années auparavant de garder un petit local situé au 2 de l'ex rue Charasse qui en son temps fut la librairie créée par Edmond Charlot "Aux vraies richesses" et qui devint ensuite après l'indépendance et le départ de l'éditeur une annexe de la Faculté des Lettres. Abdallah qui n'avait pas été à l'école veillait sur ce lieu très peu fréquenté et voilà que l'administration, a son grand désespoir, a décidé de vendre ce local qui va désormais abriter un marchand de beignets.
Le livre est une alternance de chapitre, les uns consacrés à l'activité d'Edmond Charlot et de ses amis avec la création de cette librairie ,maison d'édition et de chapitres consacrés au présent de ce local, c'est à dire  a sa transformation en commerce de beignets.
Un jeune algérien, Ryad, qui fait ses études en France s'est engagé en guise de stage a vider la librairie de tous ses livres et a repeindre le local en blanc pour qu'il abrite ensuite le marchand de beignet et Riyad va faire face a Abdallah.
IL y a donc dans ce roman  l'évocation de cette jeunesse pleine d'énergie, de projets, de goût pour la littérature qui côtoie tous les grands noms de cette époque: Gide, Saint Exupery, Vercors, Jules Roy, Emmanuel Robles, d'autres encore et bien sûr Camus a ses débuts et jusqu’à a sa mort en 1960.
Le journal (fictif) d'Edmond Charlot nous fait aussi revivre la période de la guerre, les attentats de l'OAS contre sa librairie.
Le roman par quelques touches significatives nous montre aussi l'Algérie d'aujourd'hui.
Au total un très beau texte et je ne résiste pas a reproduire,ici, la dernière page émouvante.; et  sous ce lien vous pouvez entendre la romancière parler de son livre qui est un agréable mélange de fiction et d'histoire et vous lirez aussi une excellente critique de ce roman.

                                                            ALGER , 2017


"Vous irez aux Vraies richesses, n'est-ce pas? Vous prendrez les ruelles en pentes, les descendrez ou les monterez. Vous vous abriterez du soleil qui tape fort. Vous éviterez la rue Didouche Mourad, si pleine de monde, traversée par de nombreuses ruelles comme par une centaine d'histoires, a quelques pas d'un pont que se partagent suicidés et amoureux.
Vous vous arrêterez a la terrasse d'un café et vous n’hésiterez pas a vous y installer pour discuter avec les uns et les autres.On vous écoutera avec attention. Ici, nous ne faisons pas de différence entre ceux que nous connaissons et ceux que nous venons de rencontrer. et on vous accompagnera dans vos ballades. Vous ne serez plus seul. Vous grimperez les rues, pousserez les lourdes portes en bois, imaginerez ces hommes et ces femmes qui ont tenté de construire ou de détruire cette terre. Vous vous sentirez accablé. Et le bleu au dessus de vos têtes vous donnera le tournis. Vous vous dépêcherez , le coeur battant, vous irez rue Charras qui ne s’appelle plus comme ça et vous chercherez le 2 bis. Vous ne ferez pas attention à la Renault grise garée sur le côté. Ceux qui sont à l'intérieur n'ont aucun pouvoir. Vous vous retrouverez devant l'ancienne librairie des Vraies richesses dont j'ai imaginé la fermeture mais qui est toujours là. Vous essaierez de pousser la porte vitrée. Elle sera fermée. Le voisin qui gère un restaurant,juste a côté, vous dira :" Il est parti déjeuner,il a bien le droit de manger lui aussi! Mais ne partez pas, patientez,il va revenir. Tenez je vous offre une limonade."
Vous attendrez le gardien des lieux, assis sur la marche, a côté de la plante. Il se dépêchera lorsqu'il vous apercevra. Vous pénétrerez dans ce petit local qui fut le point de départ de tant d'histoires. Vous lèverez la tête pour voir le grand portrait de Charlot qui sourit, derrière ses lunettes noires. Oh, pas d'un grand sourire, c'est plutôt l'air de dire: "Bienvenue, entrez, prenez ce qui vous plaît." Vous penserez aux mots de Jules Roy dans ses Mémoires barbares: " De cette aventure, dont nous ne savions pas que nous la vivions, il reste pour moi une sorte de mirage. Charlot fut un peu notre créateur à tous, tout au moins notre médecin accoucheur. Il nous a inventés( peut être même Camus),engendrés, façonnés, cajolés, réprimandés parfois, encouragés toujours, complimentés au delà de ce que nous valions, frottés les uns aux autres, lissés, polis, soutenus, redressés, nourris souvent, élevés, inspirés....
Pour aucun d'entre nous, jamais un mot qui aurait pu laisser entendre que notre génie n'était pas seulement l'avenir de l'Algérie et de la France mais celui de la littérature mondiale. Nous étions les poètes les plus grands, les espoirs les plus fantastiques, nous marchions vers un avenir de légende, nous allions conférer la gloire a notre terre natale.... Nous fûmes son rêve. C'est là que le sort le trompa ,injustement, comme se lève une tempête sur une mer calme. A la bourrasque il tint tête tant qu'il put. Je ne l’entendis jamais protester contre l'injustice ni maudire l'infortune qui l'accablait. Par moments,il m'arrive de me demander si nous avons été assez dignes de lui."

Un jour, vous viendrez au 2 bis Rue Hamani, n'est-ce pas?"

Je regrette de ne pas avoir lu ce livre, non publié à l'époque, avant de revoir Alger. Oui,la prochaine fois j'irai voir le 2 bis de la Rue Hamani.

mercredi 30 août 2017

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur

J'ai aimé beaucoup de livres que j'ai lu récemment mais ce roman, mondialement connu et que je ne connaissais pas, d' Harper Lee m'a enthousiasmé. Certains se sont demandé s'il s'agissait d'un livre pour enfant ou pour adulte. Cela parce que le récit est conduit par les eux jeunes enfants d'Aticus Finch ,un avocat dans une petite ville (imaginée) du Sud des Etats Unis: Jeremy dit Jem (12 ans ) et Scout sa petite soeur de 6 ans quand commence ce roman.
Je dirai, pour ma part qu'il peut être lu et apprécié à la fois par les adultes et par les enfants et c'est un des livres les plus utilisé dans l'enseignement aux Etats Unis et ailleurs dans le monde.
Il ya d'abord une formidable évocation du monde de l'enfance réalisée avec humour, drôlerie et qui replonge le lecteur dans sa propre enfance et dans ses propres réactions à cette époque de sa vie.
Ces deux enfants ont la chance extraordinaire d'avoir un père remarquable d'intelligence, de sensibilité et de générosité et qui est donc pour eux (et c'est la meilleure forme d'éducation) un exemple qu'ils aspirent a suivre.
A côté de cette évocation de l'enfance il y a, dans ce roman, l'évocation du sud et de cette société raciste dans la quelle un blanc même mauvais vaut mieux que n'importe quel noir.
Atticus le père des deux enfants , avocat, est désigné d'office pour défendre un noir accusé d'avoir violé une jeune fille et il va assurer cette défense avec courage et détermination. Il va être de ce fait critiqué et montré du doigt par cette société ce que les enfants ne comprendront pas.
Il fera tout et fort bien pour obtenir la relaxe de ce noir visiblement innocent malheureusement sans succès.
Je ne raconte pas la fin mais ce roman est un très beau portrait d'un homme juste et il y a une belle scène émouvante. A la afin du procès et alors que son client a été condamné injustement la communauté noire salue tout de même l'attitude d'Aticus. Quand Aticus quitte la salle d'audience : " Je regardai autour de moi.Ils étaient debout. Tout autour de nous et dans la tribune d'en face, les Noirs se levaient. La voix du Révérend Sykes me parut aussi lointaine que celle du Juge Taylor:
-Miss Jean Louise,levez-vous, Votre père passe."

Ce roman fut le seul d'Harper Lee pendant plus de 50 ans  et ce n'est que quelques mois avant sa mort qu'elle publia un second livre qui eut moins de succès et qui ouvrit une polémique.
Il ya dans le roman ,comme souvent, une part d'autobiographie et la petite ville créée par la romancière ressemble beaucoup a celle ou elle vécut son enfance. Dill un des enfants n'est autre, semble t  il que le futur romancier Truman Capote qui toute sa vie fut ami avec Harper Lee

jeudi 24 août 2017

L'intérêt de l'enfant de Ian McEwan

En parcourant ma librairie habituelle je suis tombé sur ce roman publié par Gallimard en 2015 et dont la dernière de couverture m'a intéressé.(Comme quoi les dernières de couverture doivent être rédigées par l'auteur ou par l'éditeur avec grand soin pour donner envie).
Il s'agit d'un roman consacré à la vie mais aussi au métier d'une Juge, chargé des affaires familiales  et, à ce titre il ne pouvait que me rappeler ma vie professionnelle et aurait pu être évoqué dans mon petit livre : "Justice et littérature".
On suit la vie de My Lady comme elle est appelé dans son Tribunal au moment ou survient une crise dans son couple mais surtout au moment ou elle va être confronté à une affaire très difficile. Un jeune adolescent de 17 ans atteint de leucémie doit pour être soigné et éviter une mort certaine recevoir du sang.Or ce jeune et ses parents sont des "Témoins de Jéhovah" dont une des croyances est qu'il faut refuser toute transfusion sanguine.
On assiste au débat qui ont lieu dans l'urgence et My Lady se rend au chevet de ce jeune homme. Elle discute avec lui et veut se rendre compte de son aptitude a prendre lui-même une décision.
C'est un débat captivant et une réflexion sur la réelle autonomie des enfants et sur le rôle et l'influence des parents dans les croyances, débat toujours d'une grande actualité.
Je ne peux pas aller plus loin pour laisser aux lecteurs le plaisir de connaître les suites de cette affaire qui prend dans la vie du juge une place inhabituelle, mais j'en recommande la lecture pour réfléchir à la manière dont on doit éduquer les enfants pour préserver leur réelle liberté.

mardi 22 août 2017

KamelDaoud: Zabor ou les psaumes

Après avoir lu avec beaucoup d'intérêt "Meursault contre enquête sorte de suite au roman célèbre de Camus L'étranger et son livre de chroniques  Mes indépendances          je viens de terminer son dernier livre,un roman Zabor ou les psaumes paru il y a quelques jours chez  Actes Sud comme les précédents.
Ce roman est dans une veine nouvelle et se présente comme une sorte de conte (mais on aimerait en connaître le côté autobiographique!) dans lequel un jeune, dans un village reculé d'Algérie mène une vie à part car il a un don, du moins le croit- il et le croit- on autour de lui, celui de faire reculer la mort en écrivant sur ceux autour desquels rode la faucheuse.
Ce jeune éloigné par son père remarié dés son plus jeune âge vit chez une tante célibataire et son vieux grand père dans un village aux portes du sud. Cette tante qui ne s'est jamais mariée  passe une partie de son temps devant des films de la télévision en noir et blanc et le jeune narrateur lui traduit les sous-titre en français comme le jeune Albert Camus traduisait a sa grand mère les sous titre des films muets de l'époque.... Ce village colonial avec un bas et un haut, avec ses maisons pas finies, avec son cimetière européen abandonné où se retrouvent quelques jeunes désœuvrés ou voulant boire en cachette, avec ses clôtures faites de figuiers de barbarie  vit dans une sorte de léthargie et seule l'imagination permet au jeune narrateur de s'en accommoder.
A cause de son don il se rend, à la demande de la famille, auprés de son père mourant, celui-là même qui l'a exilé dans la maison du bas avec sa tante pour qu'il tente d'éloigner la mort en écrivant.
Voilà le cadre mais l'essentiel est une réflexion sur la langue ou plutôt sur les langues et sur l'écriture. D'abord les deux langues de son enfance, l'arable littéraire de l'école et l'arable courant de la maison.En ce qui concerne l'arable littéraire il écrit "Jamais je ne parvins a en faire un rite; ce n'est ni sa faute ni la mienne mais celle de ceux qui la présentèrent comme un bâton et pas comme un voyage,comme un langage de Dieu à peine permis aux hommes, et cela me rebuta dés mon enfance. La vérité est qu'elle était mal enseignée, par des gens frustes aux regards durs. Rien qui puisse ouvrir la voie au désir."
Par ailleurs le concours avec l'arabe dialectal va ,aussi, l'écarter de ces langues. "D'un coup,parce que passibles d'être désignés par deux langues (dont l'une est celle de Hadjer,qui continue de dérouler sa parole derrière la porte), les arbres de la maison,les murs, la vigne, les cuillères et même le feu prirent un visage étranger. C'est de là que datent ma maladie et mes premiers tourments"
Il va ensuite lire de vieux livres laissés par les français et il fait dans ce roman un très bel éloge de la lecture qui, dans le fond l'a constitué.
"Pourquoi écrit-on et lit - on des livres? Pour s'amuser répond la foule, sans discernement.Erreur;la nécessité est plus ancienne,plus vitale.Parce qu'il y a la mort,il y a une fin, et donc un début qu'il nous appartient de restaurer en nous,une explication première et dernière"
Et ce qui va l'amener à écrire ce sont quelques livre et,en premier lieu Robinson Crusoé et son perroquet, un vieux livre  "La chair de l’orchidée" qui va l'éveiller a la sensualité, les Mille et une nuits à l'imagination mais aussi, peut être, un traumatisme né du mouton sacrifié sous ses yeux un Aïd Kebir, traumatisme qu'il décrit si fortement!
Ce don de l'écriture est aussi une prison pour lui :"Je savais que j'étais prisonnier de mon don et d' Aboukir ( L'Algérie!),que je ne pouvais pas quitter ni rester immobile et inactif. Voyageur par l'imaginaire je devais y demeurer pour maintenir en vie les miens, les façades des murs, les vielles maisons, les arbres et les enfants malades et les poteaux et même les cigognes et les objets incongrus." (N'est-ce pas là le destin de Kamel Daoud lui-même menacé mais demeurant dans son pays?)


Ce roman est foisonnant et il mérite d'être lu et relu et comme tous les grands textes on n'en épuise pas tout le sens. La critique (en voilà une première) et une seconde que j'attends va y trouver beaucoup de ce qu'est aujourd'hui Kamel Daoud cet intellectuel intellectuel courageux et engagé qui a réussi a s'extraire d'un milieu qui ne devait pas le conduire là où il est aujourd'hui et c'est cette métamorphose qu'il nous présente dans ce conte qui est aussi, selon moi, une sorte d'autobiographie, un roman de la formation, un peu les Mots de Jean Paul Sartre ou Si le grain ne meurt de Gide mais en moins direct.
Et, par un de ces hasards extraordinaire ,j'ai vu, ce soir un film magnifique tiré d'un roman de l’australien Markus Suzak  :"La voleuse de livres" qui, en évoquant ,lui aussi ,la force des mots, du langage et des livres entre en résonance avec le roman de Kamel Daoud. Il y a des scènes (celle ou l’héroïne lit à côté du jeune juif très malade) qui ressemblent beaucoup a des scènes du roman de Daoud.
Voici enfin un entretien de Kamel Daoud a propos de son livre sur France culture


mercredi 16 août 2017

Balzac: Les illusions perdues

Je met a profit ce temps d'été pour relire quelques grands noms de la littérature.J'ai donc repris Balzac, ce géant, dont j'ai apprécié : La cousine Bette, Le cousin Pons, Le colonel Chabert, Eugénie Grandet,Le curé de Tours et tant d'autres. Je n'avais ,par contre, jamais lu Les illusions perdues ce que je viens de faire.
Ce roman qui est le chemin vers l'enfer du jeune Lucien de Rubempré est,pour l'essentiel, une analyse du milieu journalistique et celui des critiques littéraires et de théâtres et  ce que nous en dit Balzac n'est pas très reluisant. On ne peut s'empêcher en lisant de se demander si de telles pratiques existent toujours aujourd'hui. Probablement.
J'ai aimé la première et la dernière partie du roman moins la deuxième qui m'a parue un peu longue et qui est le récit des premiers pas, hésitants de Lucien vers le journalisme, abandonnant ce qu'il rêvait de faire: écrire une oeuvre.
Par contre la première partie avec sa description d’Angoulême ,ville de province, sa petite noblesse qui croit tenir le haut du pavé,les relations de Lucien avec sa  soeur et son ami Sechard qui deviendra son beau frère, son entrée dans le monde de cette petite noblesse, sa relation avec Madame de Bargeton, tout cela est bien décrit et agréable à lire.
La dernière partie qui décrit la réussite puis la chute de Lucien, victime d'un monde sans moral est également captivante.

lundi 24 juillet 2017

Saint Germain ou la négociation.

Je viens de relire le roman de Francis Walder "Saint Germain ou la négociation qui obtint le prix Goncourt (qui s'en souvient?) en 1958. Ce roman nous raconte un épisode bien oublié de la guerre entre les protestants et les catholiques, celui de la négociation du Traité de Saint Germain. Le roman se présente comme une partie des mémoires de l'un des négociateurs pour le Roi, Monsieur de Malassise qui nous raconte par le menu les péripéties de cette négociation qui a pour objectif de parvenir a la paix entre protestants et catholiques. Donc du côté du Roi de France les négociateurs sont Monsieur de Biron et Monsieur de Malassise et du côté du représentant des protestants l’Amiral de Coligny.
Le roman est intéressant en ce qu'il nous dévoile les stratégies, les ruses , les détours que les deux parties utilisent pour parvenir à ce qu'ils estiment la meilleure solution. Dans le fond ce livre est une sorte de leçon de diplomatie et on voit apparaître au fur et à mesure les caractères des protagonistes,leurs affinités ou leurs oppositions.
La question qui se pose est celle ,pour le Roi, de savoir s'il doit accorder la liberté de culte aux protestants et dans quelle mesure. La question va passer par celle de savoir combien de villes on peut accorder aux protestants  cinq , quatre ou moins et lesquelles :La Rochelle, Montauban, Angoulême, Sancerre?
Ce traité sera finalement signé mais son effet sera peu durable et moins de deux ans parés ce sera la Saint Barthélemy! Cependant cette négociation et ce traité serviront d'exemple aux traités suivants et notamment à celui de l'Edit de Nantes.
Voilà donc une partie d'histoire ,vue de l'intérieure   et écrite dans un style superbe qui nous rafraîchit la mémoire et nous éclaire sur la psychologie des négociateurs.

samedi 8 juillet 2017

François-Henri Soulié

Ma nièce vient de m'offrir deux romans de François-Henri Souliè, deux romans policiers parus dans la collection Le Masque.Je ne suis pas un grand lecteur de romans policiers même si j'ai aimé quelques Simenon ou certains livre d'Agatha Christie.
J'ai découvert avec plaisir cet auteur que je connaissais pas  et j'ai aimé sa façon d'écrire, son humour quelques fois un peu potache mais souvent amusant.
Cet auteur a crée son héros: l'apprenti journaliste Skander Corsaro et il a très bien réussi à la faire vivre tant et si bien que l'on finit par penser que ce héros est réel et que l'on aimerait le connaître avec son humour, son poisson non pas rouge mais doré, sa mère , son ami Tonio et sa moto Morini.
J'ai commencé par "Il n y a pas de passé simple" et je viens de finir "Un futur plus que parfait".
En dehors de ces deux romans cet auteur a aussi écrit , entre autre , une pièce de théâtre qui paraît intéressante: Une nuit à Grenade où il met en scène le musicien Manuel de Falla, lequel essaye de parlementer avec les sbires de Franco pour éviter que l'on tue le poète Garcia Llorca. Le thème m'a paru si intéressant que je l'ai fait connaître a un ami ,organisateur d'un petit festival de théâtre a Angaïs prés de Pau. On verra ce qu'il en advient!
Dans le premier roman toute une intrigue bien menée sur un trésor qui aurait été caché dans une ancienne abbaye.... il y a évidement des morts et des rebondissements que l'on suit avec intérêt.
Dans le second il s'agit pourrait on dire de l'histoire  bien mouvementée d'un petit village avec des personnages pittoresques et d'autres plus inquiétants puisque appartenant à une secte dirigée par un escroc qui sous couvert de foi na qu'un objectif soutirer leur argent aux pauvres crédules.
Mais je me contente ,ici, de généralités car le propre du roman policier est évidement le suspens.

jeudi 6 juillet 2017

Le bonheur chez Camus

Un ami Facebook, universitaire a Guelma m'annonce que cette université prévoit un colloque sur Camus et le bonheur. Cela me parait un thème très intéressant et il m' a inspiré, plume levée, le petit texte suivant:



Il est d'abord indiscutable qu'Albert Camus est né doué pour le bonheur et ce n'était pas évident. On connaît la misère de son milieu, la pauvreté, les humiliations qui sont racontées dans le Premier homme, la maladie qui le frappe tout jeune et qui le poursuivra toute sa vie et pourtant il fut un enfant puis un adolescent et un jeune homme et un homme heureux.
Mais ce bonheur qui lui était , dans le fond,donné ne la pas empêché de connaître et  d'être toute sa vie tourmenté (je crois que le mot n'est pas trop fort) par la finitude de l'homme et par le silence du ciel.
Autrement dit Camus était tout le contraire d'un "imbécile heureux" et il aurait pu faire sienne la phrase de Marguerite Yourcenar "Qu'il eut été fade d'être heureux!"
La question fondamentale est donc de savoir comment malgré sa conscience claire de l’absurdité du monde qui aurait dû le conduire au pessimisme et à la tristesse il a dominé cette conscience et a pu, non seulement être heureux mais donner des raisons de l'être.
Je serai assez d'avis que le bonheur de vivre tel qu'il l'a eu dans son Algérie natale était plus fort que toutes les philosophies et que dés lors il ne pouvait pas, honnête qu'il était sur le plan intellectuel se contenter de décrire l'absurdité du monde et qu'il lui fallait en rendant justice à sa terre natale et au bonheur qu'elle lui donnait, trouver dans ce monde même, dans l'homme et dans la beauté des choses des raisons de ne pas se livrer au désespoir.
Sur le plan personnel ce goût et cette aptitude au bonheur n'ont pas été sans obstacle que ce soit dans sa vie familiale que dans l'attitude de ses adversaires politiques et dans le drame de l'Algérie mais au milieu de ces drames "incessants" il a conservé l'idée que l'homme pouvait être heureux.
S’intéresser au bonheur chez Camus c'est aussi montrer son détachement de l'argent et de la propriété. Dans le fond le bonheur est lié à la simplicité, à la beauté des paysages et du climat et, pour lui, d'un certain pays et d'un certain climat. Il suffit de lire ce qu'il dit de ses voyages et de la façon dont il se retrouve lorsqu'il arrive vers la méditerranée !
Le bonheur chez lui c'est aussi l'amitié et le travail ou le jeu en équipe. Voir ce qu'il dit du foot, voir la façon dont il aimait travailler dans un journal avec les typographes et dans un théâtre ou le travail est toujours un travail d'équipe.La solidarité avec les hommes c'est ce qui ,pour lui, donne du sens à la vie.
Il y a dans un petit livre de Jean-François Mattéi "Citations de Camus expliquées" quelques citations consacrées au bonheur et en citer quelques unes donne une idée de ce que le bonheur était pour Camus.
"Les seuls paradis sont ceux qu'on a perdus." qui nous montre que chez Camus le bonheur est toujours le souvenir d'une perte. C'est la chute qui fait le paradis et la perte. Dans Caligula il fait dire : "Les hommes meurent et ils ne sont pas heureux." et encore :"Ce monde tel qu'il est fait n'est pas supportable.J'ai donc besoin de la lune,ou du bonheur,ou de l'immortalité, de quelque chose qui soit dément peut être,mais qui ne soit pas de ce monde."
Dans le "Mythe de Sisyphe  : La lutte elle-même suffit a remplir un coeur d'homme.Il faut imaginer Sisyphe heureux."
"Sentir ses liens avec une terre, son amour pour quelques hommes, savoir qu'il est toujours un lieu où le coeur trouvera son accord, voilà déjà beaucoup de certitudes pour une seule vie d'homme."
Il y a ,aussi, une belle entrée dans Le dictionnaire Albert Camus sous la direction de Jean Yves Guerin.
Et, pour compléter ces quelques réflexions voici l'introduction et le plan auquel j'ai songé.

Il serait possible de résumer la vie d’Albert Camus en insistant sur le fait que le malheur a rodé, depuis sa naissance  jusqu’à sa mort,autour de lui.
Le voilà arrivant dans notre monde en 1913 et dés 1914, cette date qui évoque tant de drames pour les français, son père va être appelé a combattre en France , dans ce pays qu’il ne connaît pas et où, très peu de temps après son arrivée, il sera blessé et mourra de ses blessures loin des siens et de son pays. Il sera enterré dans le cimetière de Saint Brieu.
Voilà le jeune Albert et son frère orphelin d’un père qu’il n’auront pas connu et dont personne, a vrai dire, ne leur parlera plus et élevés avec amour , certes, mais par deux femmes illettrées et très pauvres dans ce petit appartement de Belcourt ou seul l’oncle rapporte un petit salaire, la mère de Camus et sa grand mère faisant quelques ménages pour survivre.
La mort du père, la pauvreté sont là qui jettent une ombre sur le destin de cet enfant. Et comme si cela ne suffisait pas la maladie va le frapper dans sa jeunesse. La tuberculose qui, en ce temps là est une maladie qui reste mortelle lui fait ressentir dans sa chair la souffrance de la maladie, l’injustice du destin, la finitude de nos vies et qui l’écartera (certains pourront dire par la suite que ce fut ne chance) de la fonction publique de l’enseignement.
Cette maladie qui rodera toujours autour de lui et lui imposera des temps d’arrêt pour se soigner.
Il connaîtra aussi en dehors de la période de la Résistance en France a l’occupant allemand une autre grande blessure  ,morale celle là, qui est la guerre d’Algérie. Cette blessure, chacun le sait fut très vive et il déclara lui-même qu’il «avait mal à l’Algérie comme certains ont mal au poumon» et il savait de quoi il parlait.Le malade du poumon souffre de crise d'angoisse, de manque d'air, de l'impression que cela va finir. Eh bien c'est ce qu'il ressentait face à la guerre d'Algérie. Cette période qui entraîna une véritable anxiété chez lui  et le conduisit a rompre, avec douleur, avec certains de ses amis.
Et enfin, alors que son pays , comme il le disait dans son discours de réception du Prix Nobel ,«vivait dans un malheur incessant» voilà que la mort l’emporta dans un accident sur une route de France alors qu’il était très jeune encore et que nous pouvions espérer beaucoup de lui.
Peut être faudrait il rajouter a ce sombre tableau qu’il eut , aussi,une vie familiale et affective certes riche mais qui ne pouvait qu’entraîner du malheur autour de lui et que cela ne pouvait le laisser indifférent et qu’il dût en souffrir.
Résumer ainsi la vie d’Albert Camus survolée en permanence par le malheur ne serait pas inexacte, mais ce serait cependant passer a côté de la vérité de l’homme et de son incroyable aptitude au bonheur. Car cet homme a le don du bonheur même si il est tout sauf un «imbécile heureux»!
Ce bonheur par nature fugace il le trouvera dans plusieurs élements qu’il nous faut évoquer maintenant et qui selon moi sont au nombre de trois:
-le pays d’abord ,son Algérie aimé
-la solidarité avec les hommes
-une sorte de recul par rapport à la richesse. (I.)
*

Après avoir évoqué ces élements il nous faudra réfléchir à la façon dont il a tenté de résoudre la cruelle opposition qu’il y a ,dans nos vies , entre l’aspiration au bonheur et la finitude de nos vies, autrement dit comment être heureux alors que l’on va mourir et que la vie est souvent éloigné de nos éspérances (II.)

vendredi 16 juin 2017

Divers écrits de Mouloud Feraoun

Les éditions du seuil ont publié dans la collection Points un petit livre intitulé :"L'anniversaire". Le titre est trompeur et , à mon avis,mal choisi. Il aurait dû plutôt être "Divers textes de Mouloud Feraoun" car il contient, en effet, des textes divers qui n'ont pas grand chose a voir entre eux. Le titre a été tiré du premier texte qui est un projet de roman auquel travaillait l'auteur en 1961 et qu'il n'a pu mener à bien en raison de son assassinat par les barbares imbéciles de l'OAS en mars 1962 quatre jours avant la déclaration de cessez- le feu. Pour le reste on trouve deux textes consacré à Albert Camus et à la guerre. Le premier est une lettre  adressée à l'écrivain en 1958, au moment où il venait de publier ses "Chroniques Algériennes" et que je lis dans la vidéo ci_dessous.
Lecture d'une lettre de Mouloud Feraoun adressée a Albert Camus en 1958 lors de la parution des "Chroniques Algériennes"
Le second texte consacré a Camus est écrit alors que Camus est mort.

Il y a aussi un très beau texte qui est la continuation de son premier livre "Le fils du pauvre" et dans lequel il évoque sa vie avec notamment la période qui fut la plus heureuse pour lui: ses trois ans d'école à l'Ecole Normale de la Bouzarea, là où il fit la connaissance d'une autre "juste" l'écrivain Emmanuel Robles sur lequel il écrit des pages émouvantes et qui demeura son ami jusqu'à la fin.



mercredi 14 juin 2017

Le fils du pauvre de Mouloud Feraoun

Je viens de terminer la lecture du "Fils du pauvre" de Mouloud Feraoun. Ce texte est paru en 1954 aux Editions du Seuil et c'est le premier livre de l'écrivain, celui qui l'a fait connaître et apprécié.C'est une sorte d'autobiographie consacrée a sa jeunesse dans le petit village Kabyle de son enfance  où il mène une vie pauvre mais dans une famille aimante et dans une nature qui apporte beaucoup à la jeunesse même si elle est dure.Il y a dans ce texte une belle évocation de l'enfance. Il a la chance d'être entouré par des parents aimants et par deux tantes qui ouvriront son imaginaire par le récit qu'elles font des légendes de l'endroit.
Il y a aussi l'évocation des drames que connaît cette famille avec la mort d'une tante et la folie de l'autre, le récit du départ du père en France pour travailler et subvenir aux besoins de sa famille, ce père qui sera accidenté et reviendra très vite dans son village.
Et puis, et c'est la partie qui m'a le plus touché il y a le récit de son parcours scolaire, de sa réussite au concours des bourses, son départ pour le collège à Alger et comment ne pas rapprocher ce parcours de celui du jeune Albert Camus "fils de pauvre" lui aussi?
Comme Albert Camus a connu M. Louis Germain qui l' a aidé a poursuivre ses études (Il faut lire Le Premier homme) l'auteur connaîtra aussi un missionnaire protestant qui l’hébergera et l'aidera.Comment ne pas aussi penser à l'autre "fils du pauvre" l'écrivain Emmanuel Robles que Mouloud Feraoun rencontra à l'école normale et qui devint son ami.
Le récit se termine par une page très émouvante. Il vient d'être reçu à l'école normale d'instituteur et il va quitter son petit village de Kabylie pour Alger. Il est a avec son père sur la route qui va le conduire a Alger:
"Tu vas à Alger, dit celui-ci. Vous serrez très nombreux là bas.On n'en choisira que quelques uns..  Le choix, c'est toujours le hasard qui le fait. Tu vas à Alger comme tes camarades.Nous,là haut, nous attendrons. Si tu échoues, tu reviendras à la maison. Dis-toi bien que nous t'aimons. Et puis ton instruction, on ne te l’enlèvera pas, hein? Elle est à toi. Maintenant je remonte au village. Ta mère saura que je t'ai parlé. Je dirai que tu n'as pas peur.
-Oui, tu diras là haut que je ne n'ai pas peur."
Mouloud Feraoun sera reçu, deviendra instituteur puis directeur puis inspecteur tout en continuant à écrire.
De ce premier livre il dira:
"J'ai écrit le Fils du pauvre pendant les années sombres de la guerre, à la lumière d'une lampe à pétrole. J'y ai mis le meilleur de mon être."

samedi 10 juin 2017

Mouloud Feraoun: "Jours de Kabylie"

Après son journal (voir article précédent) je lis :"Jours de Kabylie" dans la collection Points avec des gravures de Charles Brouty. Cela change de l'horrible climat du journal. Voilà des chroniques sur la vie de son petit village Tizi Hibel en haute Kabylie et cela me rappelle d'une certaine manière les "Lettres de mon moulin " de Daudet. Cette comparaison m'est venu directement a l'esprit et je la retrouve dans ce texte très documenté d'une universitaire sur la vie et l'oeuvre de Mouloud Feraoun C'est simple et touchant et l'on comprend cette vie pauvre, loin de tout mais avec ses règles, ses usages et l'attachement de ses habitants. Certains qui sont partis au loin pour gagner leur vie y reviennent avec plaisir et voilà comment Feraoun dont on aimerait citer toutes les phrases fait parler le vieux village:
"Mes ruelles vous les trouvez étroites et sales? Je n'ai pas besoin de m'en cacher. Je vous ai vus tout petits et bien contents d'y barboter comme des canetons malpropres. Passez ! Là c'est votre djemaâ. Bien entendu, elle vous semble grotesque et vaine. Ce n'est pas la place de l'Etoile! Savez vous comment je vous imagine place de l'Etoile? A peu prés comme ce petit chat craintif quand il traverse votre djemaâ remplie de garnements. Votre gourbi est trop petit? Vous oubliez qu'il est a vous, plein de toutes les présences passées, plein de votre nom, de vos anciens espoirs, témoin de vos rêves naïfs, de votre bêtise, de vos souffrances. Soyez modestes, voyons!Vous serrez très bien ici, vous verrez, c'est moi qui vous le dit...."
Dans ces chapitres courts l'auteur nous décrit la vie de ce village: le marabout, le marché, les vielles chargées de la corvée du bois, la fontaine et les jeunes filles du village, la chronique d'un monde dont je me demande s'il existe encore!
Mouloud Feraoun ,instituteur puis Directeur puis Inspecteur termine ce beau livre par un chapitre sur les instituteurs de son temps dans ces villages reculés et c'est un des passages les plus émouvant qui nous rappelle ces "hussards de la République" que tant de générations ont eu la chance d'avoir pour enseignants.
"Nous avons eu nos pionniers, nous sommes héritiers d'un passé que les montagnards n'oublient pas et qu'ils nous rappellent avec beaucoup de finesse lorsque ils constatent que  nous nous en écartons.
Certaine région de Kabylie eut des écoles primaires dés que les lois scolaires de la Troisième République furent appliquées. Les premiers maîtres furent des apôtres, tout le monde le sait. Sauf, peut être, les populations qui les reçurent. A l'époque, la vie du bled était difficile.Il fallait vaincre l'hostilité des gens et surmonter d'innombrables difficultés matérielles dont on commence, maintenant, à perdre le souvenir.".......... "Ainsi, chez nous, ceux qui ont connu ces vieux maîtres ne disent pas qu'ils furent des apôtres et des saints.Ils disent que ce furent d'honnêtes gens, toujours prêts a rendre service, des savants qui avaient bien vite gagné l'admiration, l'estime et le respect. Très souvent ils ajoutent : "Que Dieu leur réserve une place au paradis." Ce qui est touchant, malgré tout, car cette place au paradis, le Kabyle la souhaite rarement à qui ne la mérite pas. Surtout lorsqu'il s'agit d'un roumi. Or, fréquemment c'est ce qui arrive. Et le souhait est venu du fond du coeur."
Que dire d'autre de ce livre? Un sentiment de quelque chose qui aurait pu advenir et que la bêtise  et la cruauté des hommes n'a pas rendu possible.

vendredi 9 juin 2017

Le Journal de Mouloud Feraoun

Je lis ,en ce moment, le journal de Mouloud Feraoun paru aux Editions du Deuil en 1962 et qui couvre la période de 1955 à 1962, période de guerre et de tristesse et qui se termine d'ailleurs par l'affreux assassinat de l'auteur par l'OAS criminelle .Assia Djebar dans son beau livre "Les blancs de l'Algérie" est longuement revenu sur cet assassinat.
Le journal est précédé par une préface émouvante d'Emmanuel Robles, écrivain connu d' Algérie et ami de Mouloud Feraoun et par une lettre du fils de Feraoun à Robles.
Je connaissais de nom de Feraoun depuis longtemps mais je dois confesser que je n'avais rien lu de lui et je le regrette tant les réflexions et le style de son journal donne a voir un intellectuel brillant et surtout un homme épris de justice. Mouloud Feraoun très ami avec Emmanuel Robles était également un ami d'Albert Camus
Mouloud Feraoun né dans un tout petit village pauvre  de Kabylie est devenu instituteur puis formateur et le début du journal pose bien le problème de l'enseignement , des écoles dans cette Kabylie en période de guerre avec les difficultés qui  naissent entre population kabyle et européenne. Il rend très bien ce climat de suspicion généralisée qui naît de la guerre et qui rend les échanges, autrefois spontanées et directs, de plus en plus insignifiant comme si désormais aucun dialogue vrai n'était plus possible et qui sépare deux communautés qui arrivaient tout de même a se parler.
Il montre aussi très bien combien toute la population kabyle a très rapidement adhéré à la guerre de libération et a exécuté les ordres du FLN: plus de tabac, plus d'alcool, versement de contribution, démission des organes électifs.....et il explique très bien pourquoi cette adhésion: le comportement injuste de la France depuis toujours. A le lire on ressent sous sa plume le climat qui règne alors dans tous ces petits villages face aux actes des membres du FLN et fasse aux exactions des soldats français. Éclairant!
Des pages très dures aussi sur la torture pratiquée dans la police, la gendarmerie et les militaires, sur les assassinats, la violence qui appelle la violence. C'est une question connue mais relire sous sa plume cette triste réalité est une épreuve et il décrit son mal être , une forme de dépression qui lui tombe dessus face à toutes ces formes de violence contre laquelle il se sent totalement impuissant. Il est clairement pour la résistance algérienne mais il en voit les dérives et il a de la sympathie pour certains amis français d’Algérie comme Emmanuel Robles, Camus et d'autres.Il est déchiré et à le lire on se souvient des mêmes tourments vécus par Albert Camus.
Il décrit aussi ,très bien, les derniers soubresauts: De Gaulle, l'OAS, les barricades.
Il se trompe parfois comme lorsqu'il pense que la belle attitude des femmes leur vaudra  l’accès à l'égalité!On sait ce qu'il est advenu.
Il est lucide aussi et se demande ce que le pouvoir va devenir et si il ne vas pas être accaparé par les petits ambitieux, les corrompus.On sait aussi ce qui est advenu.
Comme le dit la très belle et émouvante préface d'Emmanuel Robles: "Le voici tel qu'il était, patient, généreux, tout imprégné des vertus de ce ces montagnards de Kabylie épris d'honneur et de justice."
On sort de cette lecture déprimé par l'ensemble de ces actes affreux, de ce climat épouvantable dont la France est indiscutablement responsable.C'est l'histoire dans sa face la plus laide. Je conseille vivement la lecture de cet article très documenté sur la vie te l'oeuvre de Mouloud Feraoun
Si je reviens en Algérie il faudra que j'aille voir le petit cimetière de Tizi Hibel son village natal et sa dernière demeure dont il écrivait dans "Jours de Kabylie" :Une petite tombe qui se confondra avec toutes les autres parce qu’elle ne portera aucune inscription et que, dés le premier printemps,elle se couvrira aussi de graminées toutes frêles et de pâquerettes toutes blanches" (p.17) Voici ce que disait Max Pol Fouchet du journal de Mouloud Feraoun
Je vais maintenant commencer la lecture de "Jours de Kabylie".

mercredi 31 mai 2017

Moralisation de la vie politique

L'élection présidentielle et maintenant les élections législatives sont dominées par cette volonté populaire de "moraliser" la vie politique.
Que des comportements anormaux et même choquants aient été commis , depuis longtemps par les politiques mais sans doute aussi par certains industriels ou commerçants est une réalité et que ces situations aient entraîné une suspicion chez les citoyens , une désaffection pour le politique et, de manière d'ailleurs assez illogique, un renforcement des extrêmes, des populistes "dégagistes" cela n'est pas douteux.
On ne peut cependant qu'être un peu inquiet devant ces attaques médiatiques fortes, répétées en boucle et se saisissant des faits anciens pour  attaquer non seulement les auteurs des actes mais pour affaiblir le pouvoir Que la presse révèle les faits et en fasse l'analyse une fois ou deux cela serait normal mais cette information mille fois répétée sur pratiquement toutes les télés et mobilisant des heures durant des journalistes et de prétendus "sachant" a quelque chose de malsain et d'abusif..Le Président Macron en est conscient qui tente de remettre la presse sa vraie place  qui n'est pas celle d'un juge et qui devrait réfléchir a sa manière de fonctionner car les français vont vite en avoir marre et ne pas comprendre ces acharnements successifs. Ils sont assez grands pour prendre connaissance des faits et se faire un point de vue sans entendre chaque fois qu'ils ouvrent leur radio ou leur télé ces ressassements.
Je pense qu'il y a là un danger celui de voir naître dans les rédactions et chez le peuple de petits Saint Just prêts a toutes les inquisitions et donneurs de leçon a peu de frais.Certains chroniqueurs ne sont pas loin de penser la même chose et certains citoyens critiquent la façon dont la presse traite cette affaire.
Il faut rapidement sortir de  cette espèce de volonté de n'avoir a faire au pouvoir qu' a des saints car on voit ou cela a souvent conduit les révolutions!
Est-ce a dire qu'il faut tolérer n'importe quoi? Bien sûr que non. Mais il faut impérativement se donner un cadre de réflexion et de jugement clair, ferme et sur lequel on sera ensuite intraitable.
Pour moi l’appel à la morale et à l'éthique n'est pas satisfaisant car ou devra  t on s'arrêter?
Prenons un exemple : celui de la rémunération et notamment celui des acteurs, des joueurs de foot ou des grands patrons. Selon la morale qui est la votre vous pourrez penser que gagner des millions et avoir d'u autre côté des travailleurs faisant un travail pénible gagner a peine de quoi survivre est injuste et contraire à une forme de morale.
Je pense donc que la seule règle qui doive s'appliquer est la loi, toute la loi rien que la loi.Chacun a le droit de faire ce qui n'est pas interdit et sanctionné par la loi et il appartient au législateur, poussé par les citoyens, de faire des lois strictes et de faire ensuite appliquer la sanction.
Tout cela aura le mérite de la clarté, de la prévisibilité et de la sanction. Cela ne laissera pas la place aux analyses plus ou moins vagues sur la morale et l'éthique utilisées, pas toujours sans arrière pensée, par ceux qui mettent ces critères en avant.
Désormais il faut que la grille de lecture soit la loi et quand la loi tolère des comportements choquants elle doit être changée ce qui est en passe d'être fait.
Appliquez maintenant cette grille et l'on verra que tout est beaucoup plus clair et que l'on évitera des dérives graves.
Dans l'affaire Fillon même si l'emploi de son épouse et de ses enfants peuvent choquer cela n'était pas interdit par la loi et donc il faut critiquer la loi, la reformer mais il n ' ya sur ce point rien a reprocher a Fillon. Par contre si les emplois ont été fictifs alors la loi  a été violée et cela doit être sanctionné.
Même chose dans le cas Ferrand. On peut penser ce que l'on veut de son comportement mais si la loi n'a pas été violée alors il n y a rien a faire.
Enfin dans ces affaires dans lesquelles on soupçonne une violation de la loi je suis contre cette règle qui a été mise en avant et appliquée à plusieurs reprises selon laquelle un ministre mis en examen doit démissionner.
C'est une règle qui a été adoptée par faiblesse, par opportunisme pour complaire au peuple mais qui, à mon sens est contraire à tous les principes et d'abord a celui de la présomption d'innocence qui est un grand principe protecteur des libertés individuelles. Il faut ajouter que la mise en examen est une règle fondamentale destinée précisément à protéger la présomption d'innocence et a permettre à la personne mise en examen d'accéder au dossier et de se défendre.
De très nombreuse personnes mises en examen ont, par la suite , été innocentées.
Dans ces conditions faire démissionner quelqu'un parce qu’il a été mis en examen est une atteinte à la présomption d'innocence et rien ne justifie un tel traitement.
Ensuite il faut deux choses:
Améliorer le fonctionnement de la justice et le rendre plus rapide car ce statut de mis en examen,préjudiciable, ne doit pas durer.Il faut savoir le plus rapidement possible si le mis en examen est coupable ou non.
D'autre part il faut que lorsque la culpabilité est avérée la sanction soit forte et que l'inéligibilité pour les politiques soit très souvent appliquée et pour des durées significatives.Il n'est pas acceptable qu’après avoir été condamné des politiques, comme cela est arrivé très souvent, soient réélus.
J’espère que la loi promise qui ne s’appellera pas loi de "moralisation" prendra en compte ces analyses. et que alors les choses seront claires et ne permettront plus cette atmosphère de chasse à la morale avec tout ce qu'elle comporte d'hypocrisie et de malsain .

mercredi 24 mai 2017

Dostoievski

Je me décide a relire Dostoïevski que je connais depuis longtemps et d'une manière étonnante. En classe de philo au Lycée Bugeaud à Alger je m'étais proposé pour un exposé et j'avais choisi comme sujet "Souvenirs de la maison des morts " de Dostoïevski.Pourquoi ce choix d'un auteur assez sombre a 17 ans? Tout simplement parce que mon père venait de recevoir dans la collection des Editions Suisses Rencontre ce livre de l'écrivain russe qui était précédé par une préface intéressante que j'avais , sans doute , abondamment copiée! Depuis je me suis toujours intéressé à la vie tourmentée et à l'oeuvre de cet écrivain tellement différent de Tolstoï. Je l'ai retrouvé en étudiant l'oeuvre et la vie d'André Gide, lequel a donné des conférences sur l'écrivain russe qui a aussi intéressé Freud. J'ai lu également ce que Stefan Zweig a écrit de lui et plus récemment le livre de Michel del Castillo " Mon frère l'Idiot". En un mot une fréquentation  épisodique mais sur une longue durée.
Je viens de relire l'Idiot justement ce livre qui évoque la vie du Prince Mychkine et son caractère si particulier. Si l'analyse de ce caractère est réussi le roman est tout de même un peu décevant car les histoires qu'il raconte sont assez peu vraisemblable même si l'on veut bien admettre le caractère particulier de l'âme russe. J'ai eu du mal a adhérer.
Le livre de Michel del Castillo qui se présente comme une lettre qu'il adresse a Fedor Dostoïevski est émouvant. Il faut dire qu'il a commencé par lire les Souvenirs de la maison des morts qui sont le récit des années de bagne alors qu'il était lui-même, tout jeune, dans un camp en Espagne. Une sorte de pion malade, amaigri ,buveur "Maestro" lui avait donné à lire des oeuvres de l'auteur Russe et il avait été bouleversé par ces lectures et il s'était senti une sorte d'affinité avec Dostoïevski.
Il faut dire que la vie de Dostoïevski est un roman et d'ailleurs beaucoup considèrent que  toutes les oeuvres de l'auteur russe sont un même roman et constituent une sorte de biographie au moins sentimentale de l'écrivain.
Sa vie et son oeuvre sont ,à l'opposé , de celle de Tolstoï . Tolstoï c'est l'histoire de la grande aristocratie avec ses serfs, ses bals, sa vie mondaine alors que Dostoïevski c'est la vie des "Pauvres gens", des "Humiliés et offensés" des malades et des joueurs!  Dostoïevski c'est la descente dans les sous terrain de l'âme humaine avec une confrontation permanente au mal.
Je relis aussi dans la Pléiade les conférences données par André Gide sur Dostoïevski avec toujours des analyses intelligentes dans un style magnifique.

dimanche 21 mai 2017

Un été avec Machiavel

Je connaissais déjà dans cette collection :un été avec Proust et un été avec Baudelaire. Ce nouveau titre :un été avec Machiavel sous la plume de Patrick Boucheron aux Editions des Equateurs   se lit, comme les deux autres agréablement et il nous permet de mieux connaître la pensée de Nicolas Machiavel qui a été bien souvent caricaturée.
L'auteur nous rappelle opportunément les définitions que donnait Flaubert dans son "Dictionnaire des idées reçues" de Machiavel et du machiavélisme.
"Machiavélisme mot que l'on ne doit prononcer qu'en frémissant"
"Machiavel . Ne pas l'avoir lu mais le regarder comme un scélérat."
Traîtrise, duplicité ce sont les mots qui reviennent mais l'auteur nous montre que dans le fond ce procès depuis toujours tient au fait que l'on ne sait pas comment le lire.
"Pour qui écrit Machiavel ?Pour les princes ou pour ceux qui veulent leur résister? (p.54)
Le livre le plus connu de Machiavel :"Le Prince" ( On apprend en lisant ce livre qu'il a écrit beaucoup d'autres choses: des lettres, des pièces de théâtre, des poèmes) s' intitulait en réalité :"Des principautés" et il est souvent perçu comme un mode d'emploi pour conquérir et garder le pouvoir.
Il y a tout un chapitre, très intéressant dont le titre dit tout "Le mal en politique" (p.61) et pose la question le Prince doit il être bon ou méchant, doit il être craint ou aimer? Vaste débat!
En tous cas ce petit livre fait justice de la maxime que l'on a souvent et à tort attribué a Machiavel:"La fin justifie les moyens"
"Machiavel ne l'a jamais écrite, mais IL N'AURAIT JAMAIS PU L'ECRIRE. Sa philosophie de la nécessité repose sur le principe de l'indécision des temps et de l'imprévisibilité de l'action politique:on ne saurait justifier la fin par les moyens puisque, au moment où l'on agit, la fin nous est inconnue;elle arrivera toujours trop tard pour justifier les moyens de l'action." (p.107)
J'ai aussi apprécié cette partie du livre où est évoquée une période qu'a connu Machiavel celle de Savonarole (chapitre 6) qui n'est pas sans évoquer fortement la question des islamistes de notre temps.
Enfin l'auteur termine en rappelant comment Machiavel a inspiré de nombreux penseurs politiques dans les siècles qui ont suivi sa mort en 1527.
Au total un livre qui est une nécessité pour tous ceux qui ne veulent pas demeurer dans une vision tronquée et erronée de Machiavel et du machiavélisme.

vendredi 19 mai 2017

La guerre et la paix: Abdelkader et la France

Ahmed Bouyerdene , universitaire connu et spécialiste de l’Émir Abdel Kader après avoir publié en 2008 Abdel Kader;l'harmonie des contraires nous donne aux Editions Vendémiaire un nouvel ouvrage sur les relations d'Abdel Kader avec la France. C'est d'abord un ouvrage très documenté et il suffit, pour s'en convaincre, de parcourir en fin d'ouvrage la bibliographie et les références aux documents d'archives.
Mais cette rigueur scientifique s'accompagne d'un style agréable et le tout est parfaitement lisible, accessible et évocateur. En un mot ce n'est pas un livre qui n'est destiné qu'aux historiens mais qui s'adresse a tous.
Je l'ai lu avec  beaucoup d'intérêt et bien que connaissant assez bien la vie de l’Émir pour avoir donné des conférences j'ai encore appris.
L'ouvrage comprend deux parties. dans la première l'auteur revient en détail sur la lutte qui a opposé l’Émir Abdel Kader à l'armée coloniale de la France en Algérie. Dans cette partie est mis en évidence sa grande capacité militaire mais aussi,les nombreux crimes de l'armée coloniale et la valse hésitation du pouvoir politique concernant l'Algérie. A l'heure ou un candidat à la Présidence de la République, devenu Président a évoqué les crimes contre l'humanité commis en Algérie les lecteurs se rendront compte que si l'on peut discuter la notion de crime contre l'humanité de nombreux et très graves crimes de guerre ont indiscutablement été commis. Les français seraient bien avisés de lire cette partie pour connaître la réalité et éviter de de se voiler la face.
Cette partie se termine par la reddition de l’Émir, victime à la fois des forces françaises mais aussi et surtout du manque de soutient (c'est un euphémisme) du Maroc voisin et d'un certain nombre de tribus. A l'occasion de cette reddition une promesse , qui fut la condition de cette reddition, fut faite de manière claire et nette a l’Émir par le Général Lamoricière et par le fils du Roi de France, celle de lui permettre une installation de lui-me^me et de sa famille à Alexandrie pour ensuite s'installer à la Mecque.
Or cette promesse ne fut pas tenu par le gouvernement français qui, se déshonorant, fit emprisonner l’Émir en violant la promesse faîte.
La deuxième partie de l'ouvrage , très intéressante nous montre les conditions de captivité de l’Émir à Toulon puis à Pau et enfin a Ambroise
Est également rapportée de manière très précise l'ensemble des débats politiques qui, tout au long de cette période d’emprisonnement n'ont cessé de se tenir autour de la question de la libération de ce prisonnier.L'auteur étudie aussi l'action de diverses personnalités qui, outrées par la violation de la promesse faite, ont œuvré pour parvenir à la libération de ce détenu.
C'est finalement Napoléon III qui fit liberer l’Émir dont le sort évoquait, pour lui l'emprisonnement de son oncle Napoléon a Sainte Hélène et sa propre détention.
Le livre se termine par l'attitude de l’Émir qui, magnanime, pardonna le parure et eut un comportement irréprochable à l'égard de la France  et on rappellera ,pour mémoire, l'attitude de l’Émir en Syrie qui réussit a sauver de très nombreux chrétiens ce qui lui valut des distinctions dans le monde entier et notamment du Pape.
Il faut absolument lire ce livre qui fera mieux connaître cette partie de l'histoire de France et qui vous fera connaître un personnage très particulier qui disait lui-m^me qu'avant d'être chef de guerre il était avant tout un religieux et un penseur. J'ajoute qu'à l'heure de l’islamisme politique  et de ces ravages la connaissance des idées de l’Émir serait très utile au oint qu'il serait intéréssant de l'enseigner dans les écoles.

mercredi 3 mai 2017

Les écrivains et le fait divers

Minh Tran Huy vient de publier aux éditions Flammarion un essai :"Les écrivains et le fait divers. Une autre histoire de la littérature. Je ne pouvais pas passer a côté de ce livre qui fait écho à celui que j'ai moi-même publié en 2004 aux Editions Atlantica: "Justice et littérature" et dans lequel j'examinai le rapport  que les écrivains ont entretenu depuis toujours avec les affaires judiciaires. Mon plan consistait a examiner dans une première partie comment la Justice pouvait être amené a juger les écrivains et dans l'autre comment les écrivains , de leur côté, avaient depuis toujours utilisé les affaires judiciaires comme source d'inspiration.
Dans le présent livre le propos est plus large puisqu'il est question du fait divers q'il fasse ou non l'objet d'une procédure judiciaire. Les développements sur la façon dont les faits divers depuis très longtemps ont passionné et le public et les écrivains est très fournies et très intéressantes.Elle analyse la manière dont le journalisme a utilisé ces faits divers pour faire du sensationnel et vendre mais aussi comment les écrivains ont tenté ,avec plus ou moins de succès, d'expliquer le fond de ces faits en les analysant sous l'angle économique et social. On retiendra notamment les tentatives d'explication par la lutte des classes du crime des soeurs Papin qui tuèrent sauvagement leur employeur. Affaire qui donna également naissance à la pièce de Jean Genet "Les bonnes".
On relira avec consternation les élucubrations de Marguerite Duras sur le crime du petit Villemin ou elle accusa sans aucune preuve la mère de l'enfant! "Sublime, forcement sublime!
Dans un chapitre, en réalité à mon sens le plus faible de cet essai et intitulé: "La Cour d'Assises comme laboratoire"l'auteur analyse le travail d'André Gide "Souvenirs de la Cour d'Assises" et le roman de Camus, l'Etranger avec sa vision de la Justice et de la peine de mort. On y apprend rien de nouveau.
L'auteur monte aussi comment les écrivains se documentent, examinent les pièces du dossier judiciaire pour ensuite écrire leur roman. J'a pratiqué exactement de la même façon lorsque j'ai écrit : "Retour au pays" publié en 2004 chez Atlantica. Un fait divers rapporté par le journal Libération avait attiré mon attention: un tunisien avait usurpé un nom de français pour demeurer en France, pris par la police il avait été jugé, condamné et s'était suicidé en prison. J'avais été consulté le dossier au palais de Justice de Montpellier.