samedi 8 juillet 2017

François-Henri Soulié

Ma nièce vient de m'offrir deux romans de François-Henri Souliè, deux romans policiers parus dans la collection Le Masque.Je ne suis pas un grand lecteur de romans policiers même si j'ai aimé quelques Simenon ou certains livre d'Agatha Christie.
J'ai découvert avec plaisir cet auteur que je connaissais pas  et j'ai aimé sa façon d'écrire, son humour quelques fois un peu potache mais souvent amusant.
Cet auteur a crée son héros: l'apprenti journaliste Skander Corsaro et il a très bien réussi à la faire vivre tant et si bien que l'on finit par penser que ce héros est réel et que l'on aimerait le connaître avec son humour, son poisson non pas rouge mais doré, sa mère , son ami Tonio et sa moto Morini.
J'ai commencé par "Il n y a pas de passé simple" et je viens de finir "Un futur plus que parfait".
En dehors de ces deux romans cet auteur a aussi écrit , entre autre , une pièce de théâtre qui paraît intéressante: Une nuit à Grenade où il met en scène le musicien Manuel de Falla, lequel essaye de parlementer avec les sbires de Franco pour éviter que l'on tue le poète Garcia Llorca. Le thème m'a paru si intéressant que je l'ai fait connaître a un ami ,organisateur d'un petit festival de théâtre a Angaïs prés de Pau. On verra ce qu'il en advient!
Dans le premier roman toute une intrigue bien menée sur un trésor qui aurait été caché dans une ancienne abbaye.... il y a évidement des morts et des rebondissements que l'on suit avec intérêt.
Dans le second il s'agit pourrait on dire de l'histoire  bien mouvementée d'un petit village avec des personnages pittoresques et d'autres plus inquiétants puisque appartenant à une secte dirigée par un escroc qui sous couvert de foi na qu'un objectif soutirer leur argent aux pauvres crédules.
Mais je me contente ,ici, de généralités car le propre du roman policier est évidement le suspens.

jeudi 6 juillet 2017

Le bonheur chez Camus

Un ami Facebook, universitaire a Guelma m'annonce que cette université prévoit un colloque sur Camus et le bonheur. Cela me parait un thème très intéressant et il m' a inspiré, plume levée, le petit texte suivant:



Il est d'abord indiscutable qu'Albert Camus est né doué pour le bonheur et ce n'était pas évident. On connaît la misère de son milieu, la pauvreté, les humiliations qui sont racontées dans le Premier homme, la maladie qui le frappe tout jeune et qui le poursuivra toute sa vie et pourtant il fut un enfant puis un adolescent et un jeune homme et un homme heureux.
Mais ce bonheur qui lui était , dans le fond,donné ne la pas empêché de connaître et  d'être toute sa vie tourmenté (je crois que le mot n'est pas trop fort) par la finitude de l'homme et par le silence du ciel.
Autrement dit Camus était tout le contraire d'un "imbécile heureux" et il aurait pu faire sienne la phrase de Marguerite Yourcenar "Qu'il eut été fade d'être heureux!"
La question fondamentale est donc de savoir comment malgré sa conscience claire de l’absurdité du monde qui aurait dû le conduire au pessimisme et à la tristesse il a dominé cette conscience et a pu, non seulement être heureux mais donner des raisons de l'être.
Je serai assez d'avis que le bonheur de vivre tel qu'il l'a eu dans son Algérie natale était plus fort que toutes les philosophies et que dés lors il ne pouvait pas, honnête qu'il était sur le plan intellectuel se contenter de décrire l'absurdité du monde et qu'il lui fallait en rendant justice à sa terre natale et au bonheur qu'elle lui donnait, trouver dans ce monde même, dans l'homme et dans la beauté des choses des raisons de ne pas se livrer au désespoir.
Sur le plan personnel ce goût et cette aptitude au bonheur n'ont pas été sans obstacle que ce soit dans sa vie familiale que dans l'attitude de ses adversaires politiques et dans le drame de l'Algérie mais au milieu de ces drames "incessants" il a conservé l'idée que l'homme pouvait être heureux.
S’intéresser au bonheur chez Camus c'est aussi montrer son détachement de l'argent et de la propriété. Dans le fond le bonheur est lié à la simplicité, à la beauté des paysages et du climat et, pour lui, d'un certain pays et d'un certain climat. Il suffit de lire ce qu'il dit de ses voyages et de la façon dont il se retrouve lorsqu'il arrive vers la méditerranée !
Le bonheur chez lui c'est aussi l'amitié et le travail ou le jeu en équipe. Voir ce qu'il dit du foot, voir la façon dont il aimait travailler dans un journal avec les typographes et dans un théâtre ou le travail est toujours un travail d'équipe.La solidarité avec les hommes c'est ce qui ,pour lui, donne du sens à la vie.
Il y a dans un petit livre de Jean-François Mattéi "Citations de Camus expliquées" quelques citations consacrées au bonheur et en citer quelques unes donne une idée de ce que le bonheur était pour Camus.
"Les seuls paradis sont ceux qu'on a perdus." qui nous montre que chez Camus le bonheur est toujours le souvenir d'une perte. C'est la chute qui fait le paradis et la perte. Dans Caligula il fait dire : "Les hommes meurent et ils ne sont pas heureux." et encore :"Ce monde tel qu'il est fait n'est pas supportable.J'ai donc besoin de la lune,ou du bonheur,ou de l'immortalité, de quelque chose qui soit dément peut être,mais qui ne soit pas de ce monde."
Dans le "Mythe de Sisyphe  : La lutte elle-même suffit a remplir un coeur d'homme.Il faut imaginer Sisyphe heureux."
"Sentir ses liens avec une terre, son amour pour quelques hommes, savoir qu'il est toujours un lieu où le coeur trouvera son accord, voilà déjà beaucoup de certitudes pour une seule vie d'homme."
Il y a ,aussi, une belle entrée dans Le dictionnaire Albert Camus sous la direction de Jean Yves Guerin.
Et, pour compléter ces quelques réflexions voici l'introduction et le plan auquel j'ai songé.

Il serait possible de résumer la vie d’Albert Camus en insistant sur le fait que le malheur a rodé, depuis sa naissance  jusqu’à sa mort,autour de lui.
Le voilà arrivant dans notre monde en 1913 et dés 1914, cette date qui évoque tant de drames pour les français, son père va être appelé a combattre en France , dans ce pays qu’il ne connaît pas et où, très peu de temps après son arrivée, il sera blessé et mourra de ses blessures loin des siens et de son pays. Il sera enterré dans le cimetière de Saint Brieu.
Voilà le jeune Albert et son frère orphelin d’un père qu’il n’auront pas connu et dont personne, a vrai dire, ne leur parlera plus et élevés avec amour , certes, mais par deux femmes illettrées et très pauvres dans ce petit appartement de Belcourt ou seul l’oncle rapporte un petit salaire, la mère de Camus et sa grand mère faisant quelques ménages pour survivre.
La mort du père, la pauvreté sont là qui jettent une ombre sur le destin de cet enfant. Et comme si cela ne suffisait pas la maladie va le frapper dans sa jeunesse. La tuberculose qui, en ce temps là est une maladie qui reste mortelle lui fait ressentir dans sa chair la souffrance de la maladie, l’injustice du destin, la finitude de nos vies et qui l’écartera (certains pourront dire par la suite que ce fut ne chance) de la fonction publique de l’enseignement.
Cette maladie qui rodera toujours autour de lui et lui imposera des temps d’arrêt pour se soigner.
Il connaîtra aussi en dehors de la période de la Résistance en France a l’occupant allemand une autre grande blessure  ,morale celle là, qui est la guerre d’Algérie. Cette blessure, chacun le sait fut très vive et il déclara lui-même qu’il «avait mal à l’Algérie comme certains ont mal au poumon» et il savait de quoi il parlait. Cette période qui entraîna une véritable anxiété chez lui  et le conduisit a rompre, avec douleur, avec certains de ses amis.
Et enfin, alors que son pays , comme il le disait dans son discours de réception du Prix Nobel ,«vivait dans un malheur incessant» voilà que la mort l’emporta dans un accident sur une route de France alors qu’il était très jeune encore et que nous pouvions espérer beaucoup de lui.
Peut être faudrait il rajouter a ce sombre tableau qu’il eut , aussi,une vie familiale et affective certes riche mais qui ne pouvait qu’entraîner du malheur autour de lui et que cela ne pouvait le laisser indifférent et qu’il dût en souffrir.
Résumer ainsi la vie d’Albert Camus survolée en permanence par le malheur ne serait pas inexacte, mais ce serait cependant passer a côté de la vérité de l’homme et de son incroyable aptitude au bonheur. Car cet homme a le don du bonheur même si il est tout sauf un «imbécile heureux»!
Ce bonheur par nature fugace il le trouvera dans plusieurs élements qu’il nous faut évoquer maintenant et qui selon moi sont au nombre de trois:
-le pays d’abord ,son Algérie aimé
-la solidarité avec les hommes
-une sorte de recul par rapport à la richesse. (I.)
*

Après avoir évoqué ces élements il nous faudra réfléchir à la façon dont il a tenté de résoudre la cruelle opposition qu’il y a ,dans nos vies , entre l’aspiration au bonheur et la finitude de nos vies, autrement dit comment être heureux alors que l’on va mourir et que la vie est souvent éloigné de nos éspérances (II.)

vendredi 16 juin 2017

Divers écrits de Mouloud Feraoun

Les éditions du seuil ont publié dans la collection Points un petit livre intitulé :"L'anniversaire". Le titre est trompeur et , à mon avis,mal choisi. Il aurait dû plutôt être "Divers textes de Mouloud Feraoun" car il contient, en effet, des textes divers qui n'ont pas grand chose a voir entre eux. Le titre a été tiré du premier texte qui est un projet de roman auquel travaillait l'auteur en 1961 et qu'il n'a pu mener à bien en raison de son assassinat par les barbares imbéciles de l'OAS en mars 1962 quatre jours avant la déclaration de cessez- le feu. Pour le reste on trouve deux textes consacré à Albert Camus et à la guerre. Le premier est une lettre  adressée à l'écrivain en 1958, au moment où il venait de publier ses "Chroniques Algériennes" et que je lis dans la vidéo ci_dessous.
Lecture d'une lettre de Mouloud Feraoun adressée a Albert Camus en 1958 lors de la parution des "Chroniques Algériennes"
Le second texte consacré a Camus est écrit alors que Camus est mort.

Il y a aussi un très beau texte qui est la continuation de son premier livre "Le fils du pauvre" et dans lequel il évoque sa vie avec notamment la période qui fut la plus heureuse pour lui: ses trois ans d'école à l'Ecole Normale de la Bouzarea, là où il fit la connaissance d'une autre "juste" l'écrivain Emmanuel Robles sur lequel il écrit des pages émouvantes et qui demeura son ami jusqu'à la fin.



mercredi 14 juin 2017

Le fils du pauvre de Mouloud Feraoun

Je viens de terminer la lecture du "Fils du pauvre" de Mouloud Feraoun. Ce texte est paru en 1954 aux Editions du Seuil et c'est le premier livre de l'écrivain, celui qui l'a fait connaître et apprécié.C'est une sorte d'autobiographie consacrée a sa jeunesse dans le petit village Kabyle de son enfance  où il mène une vie pauvre mais dans une famille aimante et dans une nature qui apporte beaucoup à la jeunesse même si elle est dure.Il y a dans ce texte une belle évocation de l'enfance. Il a la chance d'être entouré par des parents aimants et par deux tantes qui ouvriront son imaginaire par le récit qu'elles font des légendes de l'endroit.
Il y a aussi l'évocation des drames que connaît cette famille avec la mort d'une tante et la folie de l'autre, le récit du départ du père en France pour travailler et subvenir aux besoins de sa famille, ce père qui sera accidenté et reviendra très vite dans son village.
Et puis, et c'est la partie qui m'a le plus touché il y a le récit de son parcours scolaire, de sa réussite au concours des bourses, son départ pour le collège à Alger et comment ne pas rapprocher ce parcours de celui du jeune Albert Camus "fils de pauvre" lui aussi?
Comme Albert Camus a connu M. Louis Germain qui l' a aidé a poursuivre ses études (Il faut lire Le Premier homme) l'auteur connaîtra aussi un missionnaire protestant qui l’hébergera et l'aidera.Comment ne pas aussi penser à l'autre "fils du pauvre" l'écrivain Emmanuel Robles que Mouloud Feraoun rencontra à l'école normale et qui devint son ami.
Le récit se termine par une page très émouvante. Il vient d'être reçu à l'école normale d'instituteur et il va quitter son petit village de Kabylie pour Alger. Il est a avec son père sur la route qui va le conduire a Alger:
"Tu vas à Alger, dit celui-ci. Vous serrez très nombreux là bas.On n'en choisira que quelques uns..  Le choix, c'est toujours le hasard qui le fait. Tu vas à Alger comme tes camarades.Nous,là haut, nous attendrons. Si tu échoues, tu reviendras à la maison. Dis-toi bien que nous t'aimons. Et puis ton instruction, on ne te l’enlèvera pas, hein? Elle est à toi. Maintenant je remonte au village. Ta mère saura que je t'ai parlé. Je dirai que tu n'as pas peur.
-Oui, tu diras là haut que je ne n'ai pas peur."
Mouloud Feraoun sera reçu, deviendra instituteur puis directeur puis inspecteur tout en continuant à écrire.
De ce premier livre il dira:
"J'ai écrit le Fils du pauvre pendant les années sombres de la guerre, à la lumière d'une lampe à pétrole. J'y ai mis le meilleur de mon être."

samedi 10 juin 2017

Mouloud Feraoun: "Jours de Kabylie"

Après son journal (voir article précédent) je lis :"Jours de Kabylie" dans la collection Points avec des gravures de Charles Brouty. Cela change de l'horrible climat du journal. Voilà des chroniques sur la vie de son petit village Tizi Hibel en haute Kabylie et cela me rappelle d'une certaine manière les "Lettres de mon moulin " de Daudet. Cette comparaison m'est venu directement a l'esprit et je la retrouve dans ce texte très documenté d'une universitaire sur la vie et l'oeuvre de Mouloud Feraoun C'est simple et touchant et l'on comprend cette vie pauvre, loin de tout mais avec ses règles, ses usages et l'attachement de ses habitants. Certains qui sont partis au loin pour gagner leur vie y reviennent avec plaisir et voilà comment Feraoun dont on aimerait citer toutes les phrases fait parler le vieux village:
"Mes ruelles vous les trouvez étroites et sales? Je n'ai pas besoin de m'en cacher. Je vous ai vus tout petits et bien contents d'y barboter comme des canetons malpropres. Passez ! Là c'est votre djemaâ. Bien entendu, elle vous semble grotesque et vaine. Ce n'est pas la place de l'Etoile! Savez vous comment je vous imagine place de l'Etoile? A peu prés comme ce petit chat craintif quand il traverse votre djemaâ remplie de garnements. Votre gourbi est trop petit? Vous oubliez qu'il est a vous, plein de toutes les présences passées, plein de votre nom, de vos anciens espoirs, témoin de vos rêves naïfs, de votre bêtise, de vos souffrances. Soyez modestes, voyons!Vous serrez très bien ici, vous verrez, c'est moi qui vous le dit...."
Dans ces chapitres courts l'auteur nous décrit la vie de ce village: le marabout, le marché, les vielles chargées de la corvée du bois, la fontaine et les jeunes filles du village, la chronique d'un monde dont je me demande s'il existe encore!
Mouloud Feraoun ,instituteur puis Directeur puis Inspecteur termine ce beau livre par un chapitre sur les instituteurs de son temps dans ces villages reculés et c'est un des passages les plus émouvant qui nous rappelle ces "hussards de la République" que tant de générations ont eu la chance d'avoir pour enseignants.
"Nous avons eu nos pionniers, nous sommes héritiers d'un passé que les montagnards n'oublient pas et qu'ils nous rappellent avec beaucoup de finesse lorsque ils constatent que  nous nous en écartons.
Certaine région de Kabylie eut des écoles primaires dés que les lois scolaires de la Troisième République furent appliquées. Les premiers maîtres furent des apôtres, tout le monde le sait. Sauf, peut être, les populations qui les reçurent. A l'époque, la vie du bled était difficile.Il fallait vaincre l'hostilité des gens et surmonter d'innombrables difficultés matérielles dont on commence, maintenant, à perdre le souvenir.".......... "Ainsi, chez nous, ceux qui ont connu ces vieux maîtres ne disent pas qu'ils furent des apôtres et des saints.Ils disent que ce furent d'honnêtes gens, toujours prêts a rendre service, des savants qui avaient bien vite gagné l'admiration, l'estime et le respect. Très souvent ils ajoutent : "Que Dieu leur réserve une place au paradis." Ce qui est touchant, malgré tout, car cette place au paradis, le Kabyle la souhaite rarement à qui ne la mérite pas. Surtout lorsqu'il s'agit d'un roumi. Or, fréquemment c'est ce qui arrive. Et le souhait est venu du fond du coeur."
Que dire d'autre de ce livre? Un sentiment de quelque chose qui aurait pu advenir et que la bêtise  et la cruauté des hommes n'a pas rendu possible.

vendredi 9 juin 2017

Le Journal de Mouloud Feraoun

Je lis ,en ce moment, le journal de Mouloud Feraoun paru aux Editions du Deuil en 1962 et qui couvre la période de 1955 à 1962, période de guerre et de tristesse et qui se termine d'ailleurs par l'affreux assassinat de l'auteur par l'OAS criminelle .Assia Djebar dans son beau livre "Les blancs de l'Algérie" est longuement revenu sur cet assassinat.
Le journal est précédé par une préface émouvante d'Emmanuel Robles, écrivain connu d' Algérie et ami de Mouloud Feraoun et par une lettre du fils de Feraoun à Robles.
Je connaissais de nom de Feraoun depuis longtemps mais je dois confesser que je n'avais rien lu de lui et je le regrette tant les réflexions et le style de son journal donne a voir un intellectuel brillant et surtout un homme épris de justice. Mouloud Feraoun très ami avec Emmanuel Robles était également un ami d'Albert Camus
Mouloud Feraoun né dans un tout petit village pauvre  de Kabylie est devenu instituteur puis formateur et le début du journal pose bien le problème de l'enseignement , des écoles dans cette Kabylie en période de guerre avec les difficultés qui  naissent entre population kabyle et européenne. Il rend très bien ce climat de suspicion généralisée qui naît de la guerre et qui rend les échanges, autrefois spontanées et directs, de plus en plus insignifiant comme si désormais aucun dialogue vrai n'était plus possible et qui sépare deux communautés qui arrivaient tout de même a se parler.
Il montre aussi très bien combien toute la population kabyle a très rapidement adhéré à la guerre de libération et a exécuté les ordres du FLN: plus de tabac, plus d'alcool, versement de contribution, démission des organes électifs.....et il explique très bien pourquoi cette adhésion: le comportement injuste de la France depuis toujours. A le lire on ressent sous sa plume le climat qui règne alors dans tous ces petits villages face aux actes des membres du FLN et fasse aux exactions des soldats français. Éclairant!
Des pages très dures aussi sur la torture pratiquée dans la police, la gendarmerie et les militaires, sur les assassinats, la violence qui appelle la violence. C'est une question connue mais relire sous sa plume cette triste réalité est une épreuve et il décrit son mal être , une forme de dépression qui lui tombe dessus face à toutes ces formes de violence contre laquelle il se sent totalement impuissant. Il est clairement pour la résistance algérienne mais il en voit les dérives et il a de la sympathie pour certains amis français d’Algérie comme Emmanuel Robles, Camus et d'autres.Il est déchiré et à le lire on se souvient des mêmes tourments vécus par Albert Camus.
Il décrit aussi ,très bien, les derniers soubresauts: De Gaulle, l'OAS, les barricades.
Il se trompe parfois comme lorsqu'il pense que la belle attitude des femmes leur vaudra  l’accès à l'égalité!On sait ce qu'il est advenu.
Il est lucide aussi et se demande ce que le pouvoir va devenir et si il ne vas pas être accaparé par les petits ambitieux, les corrompus.On sait aussi ce qui est advenu.
Comme le dit la très belle et émouvante préface d'Emmanuel Robles: "Le voici tel qu'il était, patient, généreux, tout imprégné des vertus de ce ces montagnards de Kabylie épris d'honneur et de justice."
On sort de cette lecture déprimé par l'ensemble de ces actes affreux, de ce climat épouvantable dont la France est indiscutablement responsable.C'est l'histoire dans sa face la plus laide. Je conseille vivement la lecture de cet article très documenté sur la vie te l'oeuvre de Mouloud Feraoun
Si je reviens en Algérie il faudra que j'aille voir le petit cimetière de Tizi Hibel son village natal et sa dernière demeure dont il écrivait dans "Jours de Kabylie" :Une petite tombe qui se confondra avec toutes les autres parce qu’elle ne portera aucune inscription et que, dés le premier printemps,elle se couvrira aussi de graminées toutes frêles et de pâquerettes toutes blanches" (p.17) Voici ce que disait Max Pol Fouchet du journal de Mouloud Feraoun
Je vais maintenant commencer la lecture de "Jours de Kabylie".

mercredi 31 mai 2017

Moralisation de la vie politique

L'élection présidentielle et maintenant les élections législatives sont dominées par cette volonté populaire de "moraliser" la vie politique.
Que des comportements anormaux et même choquants aient été commis , depuis longtemps par les politiques mais sans doute aussi par certains industriels ou commerçants est une réalité et que ces situations aient entraîné une suspicion chez les citoyens , une désaffection pour le politique et, de manière d'ailleurs assez illogique, un renforcement des extrêmes, des populistes "dégagistes" cela n'est pas douteux.
On ne peut cependant qu'être un peu inquiet devant ces attaques médiatiques fortes, répétées en boucle et se saisissant des faits anciens pour  attaquer non seulement les auteurs des actes mais pour affaiblir le pouvoir Que la presse révèle les faits et en fasse l'analyse une fois ou deux cela serait normal mais cette information mille fois répétée sur pratiquement toutes les télés et mobilisant des heures durant des journalistes et de prétendus "sachant" a quelque chose de malsain et d'abusif..Le Président Macron en est conscient qui tente de remettre la presse sa vraie place  qui n'est pas celle d'un juge et qui devrait réfléchir a sa manière de fonctionner car les français vont vite en avoir marre et ne pas comprendre ces acharnements successifs. Ils sont assez grands pour prendre connaissance des faits et se faire un point de vue sans entendre chaque fois qu'ils ouvrent leur radio ou leur télé ces ressassements.
Je pense qu'il y a là un danger celui de voir naître dans les rédactions et chez le peuple de petits Saint Just prêts a toutes les inquisitions et donneurs de leçon a peu de frais.Certains chroniqueurs ne sont pas loin de penser la même chose et certains citoyens critiquent la façon dont la presse traite cette affaire.
Il faut rapidement sortir de  cette espèce de volonté de n'avoir a faire au pouvoir qu' a des saints car on voit ou cela a souvent conduit les révolutions!
Est-ce a dire qu'il faut tolérer n'importe quoi? Bien sûr que non. Mais il faut impérativement se donner un cadre de réflexion et de jugement clair, ferme et sur lequel on sera ensuite intraitable.
Pour moi l’appel à la morale et à l'éthique n'est pas satisfaisant car ou devra  t on s'arrêter?
Prenons un exemple : celui de la rémunération et notamment celui des acteurs, des joueurs de foot ou des grands patrons. Selon la morale qui est la votre vous pourrez penser que gagner des millions et avoir d'u autre côté des travailleurs faisant un travail pénible gagner a peine de quoi survivre est injuste et contraire à une forme de morale.
Je pense donc que la seule règle qui doive s'appliquer est la loi, toute la loi rien que la loi.Chacun a le droit de faire ce qui n'est pas interdit et sanctionné par la loi et il appartient au législateur, poussé par les citoyens, de faire des lois strictes et de faire ensuite appliquer la sanction.
Tout cela aura le mérite de la clarté, de la prévisibilité et de la sanction. Cela ne laissera pas la place aux analyses plus ou moins vagues sur la morale et l'éthique utilisées, pas toujours sans arrière pensée, par ceux qui mettent ces critères en avant.
Désormais il faut que la grille de lecture soit la loi et quand la loi tolère des comportements choquants elle doit être changée ce qui est en passe d'être fait.
Appliquez maintenant cette grille et l'on verra que tout est beaucoup plus clair et que l'on évitera des dérives graves.
Dans l'affaire Fillon même si l'emploi de son épouse et de ses enfants peuvent choquer cela n'était pas interdit par la loi et donc il faut critiquer la loi, la reformer mais il n ' ya sur ce point rien a reprocher a Fillon. Par contre si les emplois ont été fictifs alors la loi  a été violée et cela doit être sanctionné.
Même chose dans le cas Ferrand. On peut penser ce que l'on veut de son comportement mais si la loi n'a pas été violée alors il n y a rien a faire.
Enfin dans ces affaires dans lesquelles on soupçonne une violation de la loi je suis contre cette règle qui a été mise en avant et appliquée à plusieurs reprises selon laquelle un ministre mis en examen doit démissionner.
C'est une règle qui a été adoptée par faiblesse, par opportunisme pour complaire au peuple mais qui, à mon sens est contraire à tous les principes et d'abord a celui de la présomption d'innocence qui est un grand principe protecteur des libertés individuelles. Il faut ajouter que la mise en examen est une règle fondamentale destinée précisément à protéger la présomption d'innocence et a permettre à la personne mise en examen d'accéder au dossier et de se défendre.
De très nombreuse personnes mises en examen ont, par la suite , été innocentées.
Dans ces conditions faire démissionner quelqu'un parce qu’il a été mis en examen est une atteinte à la présomption d'innocence et rien ne justifie un tel traitement.
Ensuite il faut deux choses:
Améliorer le fonctionnement de la justice et le rendre plus rapide car ce statut de mis en examen,préjudiciable, ne doit pas durer.Il faut savoir le plus rapidement possible si le mis en examen est coupable ou non.
D'autre part il faut que lorsque la culpabilité est avérée la sanction soit forte et que l'inéligibilité pour les politiques soit très souvent appliquée et pour des durées significatives.Il n'est pas acceptable qu’après avoir été condamné des politiques, comme cela est arrivé très souvent, soient réélus.
J’espère que la loi promise qui ne s’appellera pas loi de "moralisation" prendra en compte ces analyses. et que alors les choses seront claires et ne permettront plus cette atmosphère de chasse à la morale avec tout ce qu'elle comporte d'hypocrisie et de malsain .

mercredi 24 mai 2017

Dostoievski

Je me décide a relire Dostoïevski que je connais depuis longtemps et d'une manière étonnante. En classe de philo au Lycée Bugeaud à Alger je m'étais proposé pour un exposé et j'avais choisi comme sujet "Souvenirs de la maison des morts " de Dostoïevski.Pourquoi ce choix d'un auteur assez sombre a 17 ans? Tout simplement parce que mon père venait de recevoir dans la collection des Editions Suisses Rencontre ce livre de l'écrivain russe qui était précédé par une préface intéressante que j'avais , sans doute , abondamment copiée! Depuis je me suis toujours intéressé à la vie tourmentée et à l'oeuvre de cet écrivain tellement différent de Tolstoï. Je l'ai retrouvé en étudiant l'oeuvre et la vie d'André Gide, lequel a donné des conférences sur l'écrivain russe qui a aussi intéressé Freud. J'ai lu également ce que Stefan Zweig a écrit de lui et plus récemment le livre de Michel del Castillo " Mon frère l'Idiot". En un mot une fréquentation  épisodique mais sur une longue durée.
Je viens de relire l'Idiot justement ce livre qui évoque la vie du Prince Mychkine et son caractère si particulier. Si l'analyse de ce caractère est réussi le roman est tout de même un peu décevant car les histoires qu'il raconte sont assez peu vraisemblable même si l'on veut bien admettre le caractère particulier de l'âme russe. J'ai eu du mal a adhérer.
Le livre de Michel del Castillo qui se présente comme une lettre qu'il adresse a Fedor Dostoïevski est émouvant. Il faut dire qu'il a commencé par lire les Souvenirs de la maison des morts qui sont le récit des années de bagne alors qu'il était lui-même, tout jeune, dans un camp en Espagne. Une sorte de pion malade, amaigri ,buveur "Maestro" lui avait donné à lire des oeuvres de l'auteur Russe et il avait été bouleversé par ces lectures et il s'était senti une sorte d'affinité avec Dostoïevski.
Il faut dire que la vie de Dostoïevski est un roman et d'ailleurs beaucoup considèrent que  toutes les oeuvres de l'auteur russe sont un même roman et constituent une sorte de biographie au moins sentimentale de l'écrivain.
Sa vie et son oeuvre sont ,à l'opposé , de celle de Tolstoï . Tolstoï c'est l'histoire de la grande aristocratie avec ses serfs, ses bals, sa vie mondaine alors que Dostoïevski c'est la vie des "Pauvres gens", des "Humiliés et offensés" des malades et des joueurs!  Dostoïevski c'est la descente dans les sous terrain de l'âme humaine avec une confrontation permanente au mal.
Je relis aussi dans la Pléiade les conférences données par André Gide sur Dostoïevski avec toujours des analyses intelligentes dans un style magnifique.

dimanche 21 mai 2017

Un été avec Machiavel

Je connaissais déjà dans cette collection :un été avec Proust et un été avec Baudelaire. Ce nouveau titre :un été avec Machiavel sous la plume de Patrick Boucheron aux Editions des Equateurs   se lit, comme les deux autres agréablement et il nous permet de mieux connaître la pensée de Nicolas Machiavel qui a été bien souvent caricaturée.
L'auteur nous rappelle opportunément les définitions que donnait Flaubert dans son "Dictionnaire des idées reçues" de Machiavel et du machiavélisme.
"Machiavélisme mot que l'on ne doit prononcer qu'en frémissant"
"Machiavel . Ne pas l'avoir lu mais le regarder comme un scélérat."
Traîtrise, duplicité ce sont les mots qui reviennent mais l'auteur nous montre que dans le fond ce procès depuis toujours tient au fait que l'on ne sait pas comment le lire.
"Pour qui écrit Machiavel ?Pour les princes ou pour ceux qui veulent leur résister? (p.54)
Le livre le plus connu de Machiavel :"Le Prince" ( On apprend en lisant ce livre qu'il a écrit beaucoup d'autres choses: des lettres, des pièces de théâtre, des poèmes) s' intitulait en réalité :"Des principautés" et il est souvent perçu comme un mode d'emploi pour conquérir et garder le pouvoir.
Il y a tout un chapitre, très intéressant dont le titre dit tout "Le mal en politique" (p.61) et pose la question le Prince doit il être bon ou méchant, doit il être craint ou aimer? Vaste débat!
En tous cas ce petit livre fait justice de la maxime que l'on a souvent et à tort attribué a Machiavel:"La fin justifie les moyens"
"Machiavel ne l'a jamais écrite, mais IL N'AURAIT JAMAIS PU L'ECRIRE. Sa philosophie de la nécessité repose sur le principe de l'indécision des temps et de l'imprévisibilité de l'action politique:on ne saurait justifier la fin par les moyens puisque, au moment où l'on agit, la fin nous est inconnue;elle arrivera toujours trop tard pour justifier les moyens de l'action." (p.107)
J'ai aussi apprécié cette partie du livre où est évoquée une période qu'a connu Machiavel celle de Savonarole (chapitre 6) qui n'est pas sans évoquer fortement la question des islamistes de notre temps.
Enfin l'auteur termine en rappelant comment Machiavel a inspiré de nombreux penseurs politiques dans les siècles qui ont suivi sa mort en 1527.
Au total un livre qui est une nécessité pour tous ceux qui ne veulent pas demeurer dans une vision tronquée et erronée de Machiavel et du machiavélisme.

vendredi 19 mai 2017

La guerre et la paix: Abdelkader et la France

Ahmed Bouyerdene , universitaire connu et spécialiste de l’Émir Abdel Kader après avoir publié en 2008 Abdel Kader;l'harmonie des contraires nous donne aux Editions Vendémiaire un nouvel ouvrage sur les relations d'Abdel Kader avec la France. C'est d'abord un ouvrage très documenté et il suffit, pour s'en convaincre, de parcourir en fin d'ouvrage la bibliographie et les références aux documents d'archives.
Mais cette rigueur scientifique s'accompagne d'un style agréable et le tout est parfaitement lisible, accessible et évocateur. En un mot ce n'est pas un livre qui n'est destiné qu'aux historiens mais qui s'adresse a tous.
Je l'ai lu avec  beaucoup d'intérêt et bien que connaissant assez bien la vie de l’Émir pour avoir donné des conférences j'ai encore appris.
L'ouvrage comprend deux parties. dans la première l'auteur revient en détail sur la lutte qui a opposé l’Émir Abdel Kader à l'armée coloniale de la France en Algérie. Dans cette partie est mis en évidence sa grande capacité militaire mais aussi,les nombreux crimes de l'armée coloniale et la valse hésitation du pouvoir politique concernant l'Algérie. A l'heure ou un candidat à la Présidence de la République, devenu Président a évoqué les crimes contre l'humanité commis en Algérie les lecteurs se rendront compte que si l'on peut discuter la notion de crime contre l'humanité de nombreux et très graves crimes de guerre ont indiscutablement été commis. Les français seraient bien avisés de lire cette partie pour connaître la réalité et éviter de de se voiler la face.
Cette partie se termine par la reddition de l’Émir, victime à la fois des forces françaises mais aussi et surtout du manque de soutient (c'est un euphémisme) du Maroc voisin et d'un certain nombre de tribus. A l'occasion de cette reddition une promesse , qui fut la condition de cette reddition, fut faite de manière claire et nette a l’Émir par le Général Lamoricière et par le fils du Roi de France, celle de lui permettre une installation de lui-me^me et de sa famille à Alexandrie pour ensuite s'installer à la Mecque.
Or cette promesse ne fut pas tenu par le gouvernement français qui, se déshonorant, fit emprisonner l’Émir en violant la promesse faîte.
La deuxième partie de l'ouvrage , très intéressante nous montre les conditions de captivité de l’Émir à Toulon puis à Pau et enfin a Ambroise
Est également rapportée de manière très précise l'ensemble des débats politiques qui, tout au long de cette période d’emprisonnement n'ont cessé de se tenir autour de la question de la libération de ce prisonnier.L'auteur étudie aussi l'action de diverses personnalités qui, outrées par la violation de la promesse faite, ont œuvré pour parvenir à la libération de ce détenu.
C'est finalement Napoléon III qui fit liberer l’Émir dont le sort évoquait, pour lui l'emprisonnement de son oncle Napoléon a Sainte Hélène et sa propre détention.
Le livre se termine par l'attitude de l’Émir qui, magnanime, pardonna le parure et eut un comportement irréprochable à l'égard de la France  et on rappellera ,pour mémoire, l'attitude de l’Émir en Syrie qui réussit a sauver de très nombreux chrétiens ce qui lui valut des distinctions dans le monde entier et notamment du Pape.
Il faut absolument lire ce livre qui fera mieux connaître cette partie de l'histoire de France et qui vous fera connaître un personnage très particulier qui disait lui-m^me qu'avant d'être chef de guerre il était avant tout un religieux et un penseur. J'ajoute qu'à l'heure de l’islamisme politique  et de ces ravages la connaissance des idées de l’Émir serait très utile au oint qu'il serait intéréssant de l'enseigner dans les écoles.

mercredi 3 mai 2017

Les écrivains et le fait divers

Minh Tran Huy vient de publier aux éditions Flammarion un essai :"Les écrivains et le fait divers. Une autre histoire de la littérature. Je ne pouvais pas passer a côté de ce livre qui fait écho à celui que j'ai moi-même publié en 2004 aux Editions Atlantica: "Justice et littérature" et dans lequel j'examinai le rapport  que les écrivains ont entretenu depuis toujours avec les affaires judiciaires. Mon plan consistait a examiner dans une première partie comment la Justice pouvait être amené a juger les écrivains et dans l'autre comment les écrivains , de leur côté, avaient depuis toujours utilisé les affaires judiciaires comme source d'inspiration.
Dans le présent livre le propos est plus large puisqu'il est question du fait divers q'il fasse ou non l'objet d'une procédure judiciaire. Les développements sur la façon dont les faits divers depuis très longtemps ont passionné et le public et les écrivains est très fournies et très intéressantes.Elle analyse la manière dont le journalisme a utilisé ces faits divers pour faire du sensationnel et vendre mais aussi comment les écrivains ont tenté ,avec plus ou moins de succès, d'expliquer le fond de ces faits en les analysant sous l'angle économique et social. On retiendra notamment les tentatives d'explication par la lutte des classes du crime des soeurs Papin qui tuèrent sauvagement leur employeur. Affaire qui donna également naissance à la pièce de Jean Genet "Les bonnes".
On relira avec consternation les élucubrations de Marguerite Duras sur le crime du petit Villemin ou elle accusa sans aucune preuve la mère de l'enfant! "Sublime, forcement sublime!
Dans un chapitre, en réalité à mon sens le plus faible de cet essai et intitulé: "La Cour d'Assises comme laboratoire"l'auteur analyse le travail d'André Gide "Souvenirs de la Cour d'Assises" et le roman de Camus, l'Etranger avec sa vision de la Justice et de la peine de mort. On y apprend rien de nouveau.
L'auteur monte aussi comment les écrivains se documentent, examinent les pièces du dossier judiciaire pour ensuite écrire leur roman. J'a pratiqué exactement de la même façon lorsque j'ai écrit : "Retour au pays" publié en 2004 chez Atlantica. Un fait divers rapporté par le journal Libération avait attiré mon attention: un tunisien avait usurpé un nom de français pour demeurer en France, pris par la police il avait été jugé, condamné et s'était suicidé en prison. J'avais été consulté le dossier au palais de Justice de Montpellier.

samedi 29 avril 2017

Une honte! Et une défaite de la pensée

Que des citoyens votent pour le FN je n'ai rien a dire. C'est leur choix. Je le crois très mauvais et pour les libertés et pour l'économie mais encore une fois c'est leur liberté et malheureusement la démocratie permet cela.Sur les dangers il n y a pas a remonter aux élections qui ont porté les adorateurs d’Hitler au pouvoir ( et on a vu ce qu'il a fait une fois élu!) puisqu'il ya à peine  quelques semaines les turcs ont démocratiquement mis fin à la démocratie!
Les pays ont les majorités et les hommes politiques qu'ils méritent.
Par contre ce que je trouve scandaleux, choquant, honteux, inacceptable c'est que le FN et quelques uns qui s y rallient se déclarent pro-européen et gaulliste! On touche ,ici, le fond de la démagogie la plus odieuse et qui devrait interpeller les partisans de la droite extrême.
Se dire européenne comme Marine Le Pen a l'audace de le prétende meeting après meeting alors que toute sa propagande politique est en réalité une attaque délibérée, forte, permanente contre l’Europe qui serait , selon elle, la responsable de tous nos maux est une tromperie grossière et je ne comprends pas que certains s'y laissent prendre.
Maintenant se prétendre gaulliste et faire admettre cette idée à une Marie France Garraud et à un Dupont-Aignan me laisse perplexe.
Voilà un parti dont l'histoire s'est clairement déterminée sur les anciens collaborateurs, les anciens admirateurs de Pétain, dont le dirigeant et , encore récemment, ont tenus des propos révisionnistes, qui n'ont pas hésité à utiliser les bases de la propagande anti-juif contre Macron banquier au cigare et au nez crochu, qui en 1960 était le réceptacle des OAS et de tous les nostalgiques de l’Algérie française, dont le Président a torturé en Algérie, qui, enfin a fait de la xénophobie ,de la haine de l'étranger sa base politique et on voudrait  nous dire qu'il est compatible avec le Gaullisme!
Le ralliement de certains gaullistes, les "pudeurs de gazelle" de certains électeurs et dirigeants de la campagne de Fillon sont un naufrage de la pensée et comme l'a dit avec clarté Bayrou mais aussi Juppe et beaucoup d'autres une honte.Le ralliement de Dupont-Aignan est une défaite de la pensée et il suffit de reprendre ce qu'il disait ,il y a encore qelques mois, du FN  pour s'en rendre compte

vendredi 28 avril 2017

Enfance, dernier chapitre de René de Ceccaty

Je lis en ce moment le livre que René de Ceccaty a consacré a son enfance: "Enfance, dernier chapitre" (Gallimard 2017). Il est en train d'accompagner sa mère qui perd sa mémoire et qui , dans sa maison de retraite s'en va petit a petit vers la mort et il croise les sentiments qui l'étreignent avec le surgissements de ses souvenirs, éclatés, partiels, quelques fois vifs, quelques fois vagues de son enfance commencée en Tunisie et poursuivi du côté de Montpellier.
J'ai trouvé dans ce livre beaucoup de ce que j'ai ressenti en retournant,il n y a guère, en Algérie pays de mon enfance. Il montre bien comment la visite, à nouveau, des lieux de l'enfance transforme et pollue le souvenir que l'on en avait. Il montre bien aussi comment les souvenirs sont très personnels et dans son cas il nous dit qu'il n'a pas le même ressenti de ce passé que son frère Jean de quelques années plus âgé.
Par petites touches nous voyons resurgir son passé lointain et en quoi il a eu des conséquences sur ce qu'il a été dans la vie.Il écrit d'ailleurs que c'est d'une certaine façon  une réflexion sur la naissance d'un écrivain, de la nécessité d'écrire.
Il y a donc des souvenirs d'enfance mais l'essentiel ,me semble t il, est une réflexion sur la façon dont se forme les souvenirs et sur la manière dont ils reviennent à l'esprit.C'est aussi une étude sur la façon dont se forme dés l'enfance la sensibilité d'un homme.
J'en ai profité pour mieux connaître cet écrivain traducteur d'italien (admirateur de Pasolini) et de Japonais. le Japon où il a vécu plusieurs années.
J'ai aussi écouté émission de radio intéressante qu'il a consacré à Jean Senac, le poète assassiné en Algérie. Pasolini et Senac qu'il évoque dans ces pages. Et puis le livre se termine par une évocation émouvante de la mort de sa mère.

lundi 24 avril 2017

Victoire de Macron

Emmanuel Macron est donc arrivé en tête et il est très probable qu'il sera le prochain Président de la République. En ce qui me concerne je m'en réjouis car avec cette élection c'est une clarification sans précédent du paysage politique français qui était devenu, au fil des années complètement incompréhensible et donc dangereux.
En ce qui concerne la parti socialiste il fallait être aveugle pour ne pas constater qu'il s'agissait d'un parti fourre tout et qui depuis François Mitterrand et son congrès d'Epinay essayait avec plus ou moins de succès d'unir des positions en réalité incompatibles.
Ma thèse en ce qui concerne le parti socialiste était qu'il avait atteint en grande partie ses objectifs fondamentaux et qu'il lui était difficile sauf a être dans la posture de proposer des choses très nouvelles. On pourra lire sur ce point mon analyse.
Le quinquennat de François Hollande a fait éclater cette prétendue unité des gauches en mettant clairement la focale sur d'une part une gauche réformiste,admettant comme absolument inévitable la liberté en économie , voulant simplement permettre de la redistribution de la richesse créée et ouverte sur le plan des questions sociétales et , d'autre part, une gauche "révolutionnaire" refusant dans le fond la liberté économique pour prétendre à une sorte d'économie dirigée ou , en tous cas, tellement contrainte qu'elle serait vouée à l'impuissance.
Ces deux gauches ne pouvaient ,sauf hypocrisie totale demeurer plus longtemps unies.
Dés lors les frondeurs, les écolos gauchistes ne pouvaient demeurer lier a des gens qui acceptaient le libéralisme.
L'apport considérable de Macron c'est d'avoir en quittant les appareils mis un terme  a ces "unions de la gauche"  a ces "gauches plurielles" qui étaient des tromperies et qui ont entraînées, années après années des déceptions grandissantes.
Mon reproche a Hollande et à Vals c'est qu'ils n'ont pas eu le courage de porter le fer et de dire clairement les choses en laissant entendre que l'on pouvait encore "unir" les gauches. Voilà ou cela les a mené.
Quant à la droite elle a aussi volé en éclat entre une droite dure pas très éloignée en réalité du Front National et une droite soucieuse de justice et d'ouverture.
Dés lors tout sera désormais beaucoup plus clair:
-D'un côté tout ceux a droite et à gauche qui acceptent le libéralisme en matière économique  seul système capable de vraiment créer de la richesse mais qui veulent aussi un pouvoir juste et une redistribution des fruits de la richesse créée.
-De l'autre a droite les extrêmes qui certes veulent du libéralisme économique mais sans régulation et sans justice et qui  sur le plan sociétal sont dans la régression, dans le soutient des veilles valeurs dépassées qui sont pour une identité étriquée et fantasmée.
-Enfin la gauche extrême qui lutte contre le libéralisme et qui voudrait instaurer une économie régentée, c'est à dire une économie qui n'a jamais dans l'histoire réussi et qui a vite vu venir les dictatures et la pauvreté.
Je pense donc que ces nouveaux clivages vont avoir une longue vie et une grande efficacité et ce ne sera pas le moindre mérite d'Emmanuel Macron.

samedi 22 avril 2017

Alain Moreau

Texte prononcé après la messe lors des obsèques de mon ami Alain à l'Eglise Sainte Bernadette le 25 avril 2017




Nous sommes réunis pour adresser un adieu à Alain.

Je n'ai pas de qualité particulière pour vous parler d'Alain. D'autres auraient sans doute mieux retracer son parcours professionnel. Ma seule qualité est une amitié solide et ancienne.

Alain que nous entourons en ce triste jour est, en effet, mon ami le plus ancien à Pau. Je l'ai connu en 1962 lors de la rentrée universitaire dans cette villa Lawrence qui servait  d'Institut d'Etudes Juridiques.
Il y commençait ses études de droit et moi aussi.
J'arrivai directement de mon Algérie natal et je ne connaissais strictement personne à Pau. Les bancs de l'Institut nous ont réuni et je ne l'ai plus jamais perdu de vue.
 A l'époque nous avions cours toute la journée,les professeurs venant de Bordeaux et je garde le souvenir de ces moments entre deux cours ou nous nous promenions en discutant dans le magnifique Parc Lawrence. Heureux temps!
Je souviens qu'il s'est marié très jeune avec Pascale alors qu'il était encore étudiant et Pascale et lui  m'ont si souvent accueilli ,à l'époque, chez eux dans l'intimité de leur jeune foyer.

J'ai toujours gardé de très bonnes relations avec Alain tout au long de ces longues années, prés de 60 ans  et ce n'est pas très étonnant car nos caractère se ressemblait. Alain était sérieux et très réservé, sans doute même plus que moi mais il n'était jamais dans la superficialité et quand il faisait quelque chose il le faisait avec sérieux et application.
Juriste il a eu une belle carrière au sein de ce qui était à l'époque la SNPA et je me souviens qu' à ces débuts il a été amené a voyager beaucoup et fort loin pour négocier et rédiger les contrats pétroliers que ce grand groupe négociait dans de nombreux pays.
Je dois dire qu' à l'époque cela me faisait rêver, moi qui aime beaucoup les voyages et qui, en tant qu'avocat, était astreint a demeurer à Pau.
Avocat j'ai eu quelques fois a travailler avec lui et son service et j'ai toujours apprécié sa méticulosité, sa rigueur intellectuelle qui ne laissait rien au hasard et à l'improvisation.
C'est ce sens de la rigueur intellectuelle qui faisait que souvent, au cours de nos conversations, 'il était  assez dur pour les politiques de tout bord et disons, leur souplesse, pour ne pas être désobligeant!
J'avais de mon côté un peu plus d'indulgence et un peu plus d’intérêt pour la politique et c'était un objet de discussion entre nous.

Je suis d'origine et de culture protestante mais je dois dire qu'Alain aurait pu très bien pu faire partie de la confrérie et être protestant car il en avait l'austérité et la rigueur. Voilà encore ce qui nous rapprochait.Et je crois qu' à heure de œcuménisme je peux prononcer ce genre de propos ,ici, dans une Eglise et je suis sûr qu'Alain n'en aurait pas été choqué!
Il aimait les belles voitures et surtout la voile et c'est vrai que c'est un loisir qui correspondait bien a son caractère: la solitude face à l'immensité de l'océan,l'affrontement avec le vent et la mer,la contemplation de la beauté de la nature. Et c'est cet amour de l'océan qui l'a conduit a résider beaucoup dans les Landes ces dernières années ou il se trouvait heureux au milieu de cette belle nature.

Son caractère précis et persévérant l'avait aussi entraîné vers la généalogie et il  avait réussi a reconstituer une grande partie de son arbre généalogique. Comme on le voit Alain était un esprit ouvert.
Alain a eu la chance d'avoir une vie familiale harmonieuse avec une femme Pascale, ma chère amie,qui par son ouverture aux autres,sa curiosité,son amour de la discussion compensait un peu le côté un peu sauvage d'Alain.
Elle était le ministre des relations étrangères du couple!

Il a été un très jeune papa et Jean Alain lui a donné deux petites filles qui étaient sa fierté et son plaisir et a qui, après sa retraite , il a pu consacré du temps.J'ai la conviction que l'essentiel de l'éducation est dans l'exemple et il a été pour ces deux petites filles , j'en suis sûr, un très bel exemple de droiture et de travail.
C'est quand le grand départ survient que l'on se met à regretter et mon regret est de ne pas avoir assez profité de cette amitié, d'avoir laissé la vie nous éloigner.

La vie avec son côté trépidant, le travail, les loisirs, les obligations familiales font que nous ne nous voyons nos amis que  trop peu et après c'est le regret même si dans mon cas notre relation a été espacée mais toujours fidèle et chaleureuse.Nous n'avions dans le fond pas besoin de mots et nous pensions l'un a l'autre.
Parce que c'était lui parce que c'était moi !

Face au deuil, à la tristesse je songe souvent à cette phrase que Jean Louis Trintignant a prononcé, bouleversé, aux obsèques de sa fille et que je reprends a mon compte car je la crois très vrai:

"Ne pleurez pas. Réjouissez vous de l'avoir connu"

En ce qui me concerne je ne peux m'empêcher de pleurer Alain, cet ami qui reste associé pour moi et à jamais à mon arrivée à Pau, qui a été d'une certaine façon avec Mimi et Janine Cazendres avec Annie l'image de la France et de son accueil mais en le pleurant aujourd'hui je me réjouis de l'avoir connu, d'avoir pu profiter de son amicale fidélité et ,pour tout dire avec lui me quitte une partie heureuse de ma jeunesse.
Et maintenant quelque soit la vérité.
Ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n'y croyait pas.
Alain a trouvé la paix et il nous laisse dans le désarroi. Le jour viendra où nous pourrons tranquillement ,dans l'apaisement, penser a cette partie de nous qu'il a emporté avec lui.
Et enfin comme nous le dit Paul Eluard :

                                       
J'adresse à Pascale son épouse,mon amie, à Jean Alain son fils a ses petites filles et a toute sa famille l'expression de ma sympathie dans cette épreuve douloureuse et venue trop tôt.

Voici un texte et un dessin que la filleule d'Alain a fait en cette triste occasion





lundi 17 avril 2017

Guy Ebrard


J'apprends à l'instant le le décés de Guy Ebard et je veux lui rendre hommage. 

J'ai eu la chance de faire sa connaissance il y a une dizaine d'années. Il a eu à mon égard, des gestes d'amitié nombreux et sincères. C'est lui qui a présenté en 1999 mon premier livre : "Algérie, Algérie. Que me veux tu ?" et il l'a fait (je conserve son discours) avec chaleur et sensibilité. C'est lui qui en 2000 m'a remis les insignes de Chevalier de la légion d'Honneur avec là encore un discours chaleureux. Il est vrai qu'il était un  très bon orateur, toujours agréable à entendre et dont les discours étaient toujours nourris d'une grande culture et d'une grande philosophie de la vie. 
Depuis je lui adressai tout ce que j'écrivais car son avis comptait pour moi.

Médecin de formation (il avait suivi un cursus de dermatologie à l'Hôpital Saint Louis prés de chez moi à Paris). Il avait ensuite fait de la politique et avait été très jeune à la Commission des Finances. Député-Maire d'Oloron Sainte Marie pendant plusieurs années, il s'était ensuite détaché de la politique pour se consacrer à ses importantes affaires dans le Thermalisme. 
Ce retrait de la politique m'a toujours posé question car il avait l'envergure, le talent et l'énergie pour devenir un important homme politique. Mon explication est qu'il était beaucoup trop honnête intellectuellement pour se prêter aux contorsions nécessaires dans l'activité politique. Guy Ebrard ne savait pas manier la langue de bois, ne savait probablement pas se livrer aux tromperies quelques fois nécessaires pour parvenir à un but .

J'aimai aussi son positionnement politique. Je ne crois pas me tromper en disant qu'il était favorable, lui le grand entrepreneur, à la liberté économique mais qu'il était aussi très sensible à la justice sociale. Tous les hommes politiques de la région le considéraient comme un sage dont ils appréciaient les avis. André Labarrére qui fut un grand maire de Pau, ne dédaignait pas ses avis.

Guy Ebrard connut une réussite éclatante dans ses affaires dans le domaine du Thermalisme où il était une autorité reconnue. Plusieurs gouvernements lui demandèrent des rapports sur le développement du Thermalisme. Il fut Président de la Fédération internationale du Thermalisme.

Connaissant mon amour de la Tunisie, il me raconta plusieurs fois et c'était chaque fois un régal de l'entendre, sa réception par le Président Bourguiba lors d'un Congrès de sa Fédération en Tunisie.

J'ai souvent regretté de ne l'avoir connu que tard; et par des pudeurs, de ne pas l'avoir davantage fréquenté. Il me reste quelques discours qu'il fut amené à présenter à l'Académie de Béarn dont il fut Président et qui sont toujours des morceaux d'esprit, d'humour et de sagesse bienveillante.

Il connut dans les années récentes un grand malheur en perdant un des ses fils Francis Ebrard et je ne peux qu'exprimer à toute sa famille l'expression de mes sentiments très attristés.












mardi 11 avril 2017

Les filles du calvaire de Pierre Combescot

Je relis ce roman , déjà lu lors de sa parution en 1991 et le plaisir est toujours intact. D'abord parce que c'est une histoire foisonnante qui nous conduit d'un quartier de Paris que je connais bien  autour du Cirque d'Hiver à quelques lieux de Tunisie que je connais aussi parfaitement:La Goulette, Carthage, Le Kram , la Petite Sicile.....
Pierre Combescot fait revivre un monde disparu tant dans ce quartier de Paris qu'en Tunisie, un monde haut en couleur,un monde de marginaux avec leurs codes et surtout leur langage. Car ce qui fait le miel de ce roman c'est le style, c'est la façon dont l'auteur fait parler ses personnages dans un argot riche et imagé.
L'histoire est souvent cruelle mais on rit du début à la fin même si on sent bien qu'il y a dans ce temps qui passe une forme de tristesse profonde.L'histoire court sur la période qui va d'avant guerre, à l'occupation puis à la Liberation et l'on suit sur cette période les tribulations marginales de la fille d'Emma , une  juive haute en couleur, belle et qui a été considérée par sa mére comme une enfnat du diable!
Il y a une évocation haute en couleur des juifs de la Goulette et d'un milieu interlope, marginal, avec ses habitudes et son langage, un rappel de la période de l'occupation avec ses collaborateurs qui profitent des temps troublés
C'est un monde spécial mais ce qui rend le roman très agréable à lire c'est évidement le style fait de l'utilisation de l'argot de ces milieux.
J'ai lu,plus tard les "Petites Mazarines" du même Pierre Combescot et là encore l’histoire,la petite, était revisitée  avec un grand bonheur et toujours ce style éloigné du classique tout en étant parfait.On lira avec intérêt ce portrait publié à l'occasion de son décès.

dimanche 2 avril 2017

Pièces détachées de Colette Fellous

Colette Fellous est un écrivain, producteur à la radio qui est né et a vécu en Tunisie jusqu'à ses 17 ans et qui y passe encore du temps dans sa maison de Sidi-Bou Saïd. Voilà qu'un jour, sur sa terrasse qui donne sur la baie de Tunis et sur le Boukornine, cette petite montagne tant peinte par les artistes tunisiens et qui est pour la Tunisie ce qu'est le Chenoua pour Camus et Tipaza, elle apprend par un coup de téléphone la mort de son ami Alain Nadaud, écrivain, sur son bateau, d'une crise cardiaque prés d'une île grecque. (Alain Nadaud dont j'ai aimé le livre: "Dieu est une fiction" dont j'ai parlé ici C'est aussi l'époque des attentats meurtriers en France , au musée du Bardo et sur la plage de Sousse.
Voilà que tout a coup son monde est ébranlé,bouleversé et elle se met a songer à sa vie, a ses parents, aux amis et à cette vie dans la Tunisie paisible d'autrefois. Des souvenirs remontent en pièces détachées, en fragments dans cette maison qu'elle songe à quitter.
Il y a de belles pages sur son père,sur sa mère bi-polaire, sur de nombreuses femmes rencontrées, sur des visages tels celui de cette petite fille dans la ville cimetière du Caire et dont les destins lui reviennent en mémoire.
Et il y a pardessus tout, une évocation, dans un style superbe avec une émotion poignante qui court sur les lignes, de la Tunisie d'autrefois et d'aujourd'hui, sur le départ des européens qui fut un drame même si son père n'en parlai jamais. "Face à cette mer qui a été la sienne, j'écris mon adieu au pays, et cet adieu je le lui offre,pour tenir ma promesse. Je l'offre aussi à tous ceux qui, comme lui, se sont tus, croyant protéger leurs enfants. Tous ceux qui ont caché en eux-même leur souffrance, qui ont fait comme si ce n'était rien de partir et de laisser ce qu'on avait construit lentement, de génération en génération."
Elle a été la seule de la famille a revenir s'installer  dans ce pays et elle dit magnifiquement pourquoi en évoquant sa vie à Sidi Bou Said et sa maison devant la mer.
Toute cette partie ne pouvait qu'éveiller des échos en moi en remplaçant la Tunisie par l'Algérie.
Et le livre se termine avec son départ qu'elle pense définitif mais elle rajoute cependant et ce sont les derniers mots du livre: "On y reviens toujours""Je savais que je ne pourrais pas, c'était plus fort que moi, j'y reviendrais toujours."
Enfin il y a dans ce livre sa crainte devant l'évolution de la Tunisie, une crainte partagée par tant et tant d'amoureux de,ce pays.

vendredi 31 mars 2017

L'affaire Arnolfini

Une amie m'a offert le livre (roman d'investigation) de Jean Philippe Postel :"L'affaire Arnolfini paru aux éditions Actes Sud en janvier avec une préface de Daniel Penac. Je dois dire que j'ai lu ce livre d'une traite dans le train qui me ramenait de Paris et je n'ai pu le lâcher qu'arrivée à la fin.Il est tout simplement passionnant!
De quoi s'agit il? L'auteur nous raconte un tableau célèbre de Van Eyck connu sous le nom "Les époux Arnolfini" et qui se trouve à la National Gallery de Londres. Le tableau est beau mais tout un livre sur un tableau me direz vous?

                                                     Les Époux Arnolfini
Et bien oui car ce tableau a une histoire et il a connu divers propriétaires mais surtout il a conduit de nombreux critiques a se demander ce que disait ce tableau, ce qu'il montrait et ce qu'il cachait.
Le livre est donc une enquête "policière" menée à partir de l'examen du tableau et c'est très étonnant.
En ce qui me concerne j'aurai pu passer des heures devant cette toile et je n'y aurai vu qu'un couple un peu distant mais qui ne m'aurait pas étonné outre mesure sachant que c'était des gens du nord!
Or s'il y a bien un couple c'est un couple bien particulier qui nous est montré par l'auteur. Je ne peux pas en dire plus car tout le mérite de ce livre est de nous faire découvrir petit à petit une vérité étonnante et la révéler enlèverait beaucoup de plaisir a ceux que mon billet incitera à lire cet ouvrage.
Je peux dire cependant que l'on en apprend beaucoup sur les conceptions qu'avaient a cette époque les contemporains de l'enfer et du purgatoire et nous ne pouvons que rire aujourd'hui de ces analyses sur le sort des âmes défuntes et en lisant , par exemple,un canon prononcé lors du Concile de Florence en 1439
Ne riez pas! Voici ce que nous dit ce Canon ecclésiastique:
"Nous déclarons que les âmes des véritables pénitents,morts dans la charité de Dieu avant que d'avoir fait de dignes fruits de pénitence pour expier leurs péchés de commission ou d'omission, sont purifiés après leurs morts par les peines du Purgatoire, et qu'elles sont soulagées de ces peines par les suffrages des fidèles vivants, comme sont le sacrifice de la messe, les prières, les aumônes et les autres oeuvres de piété que les fidèles font pour les autres fidèles suivant les règles de l'Eglise, et que les âmes de ceux qui n'ont point péché, depuis leur baptême ou celles de  ceux qui,étant tombés dans les péchés, en ont été purifiés dans leurs corps, après en être sorties comme nous venons de dire, entrent aussitôt dans le Ciel et voient purement la Trinité, les uns plus parfaitement que les autres selon la différence de leurs mérites; enfin que les âmes de ceux qui sont morts, actuel ,u dans le seul péché originel, descendent en enfer pour y être toutes punies, quoi qu’inégalement."
Qu'elle imagination!
Et bien pour revenir au tableau et au livre toutes ces balivernes ont inspirées le peintre et l'auteur nous le dévoile à partir de l'analyse de détails que vous n'auriez pas vu même en regardant attentivement le tableau ou qu'en tous cas vous n'auriez pas compris.
Lecture jubilatoire même si certains doutent de la vérité de ce que nous révèle l'auteur, mais aprés tout qu'elle importance puisque le récit nous apprend a mieux voir une telle oeuvre.


dimanche 26 mars 2017

Petit séjour Parisien

Départ vendredi en fin d’après midi pour  quelques jours à Paris à l'occasion de mon anniversaire. Pour une fois depuis de nombreuses années nous avons pris le TGV et c'est bien agréable: cinq heures qui passent vite entre lecture et paysages.
Le lendemain samedi nous avons  visité la chapelle du nouveau Centre Orthodoxe russe qui a fait bouger avec ses coupoles argentées a deux pas de la Tour Eiffel.En réalité il y a une partie de bâtiments très moderne et ces coupoles ne jurent pas, au contraire. La chapelle est de petite dimension mais belle avec des icônes et un lustre superbe. Puis nous avons visité  le musée Jacques Chirac du Quai Branly. C'est magnifique à la fois sur le plan architecture , des jardins très beaux en ce début de printemps et de la mise en scène de ce musée Il y a là des objets de diverses origines qui sont de véritables œuvres d'art et qui montrent que l'ingéniosité, la créativité, l'imagination des hommes est foisonnante et diverses.Je ferai une entrée sur mon blog avec des photos mais je peux d'ors et déjà dire aussi que cette visite m'a confirmé dans l'idée que les religions, toutes les religions sont bien des créations humaines et rien qu'humaines. Beaucoup d'objet, de masques évoquent des croyances religieuses c'est à dire l'invention par ces hommes de récit pour tenter de comprendre le mystère de l'homme et de la mort.En quoi ces idées et ces comportements seraient ils moins vrais que ce que nous pensons?
Et si un prétendu Dieu a parlé comme voudrez nous le faire croire les religions du Livre, comment expliquer qu'il n'a parlé qu' à quelques uns et a laissé beaucoup d'autres avec leurs croyances?
Les photos montrent beaucoup d'objets liés a des rites funéraires et notamment de nombreux mats funéraires sculptés magnifiquement dans toute sorte de bois.

                                                                 






                                                                     

                                                                      

Dimanche nous avions réservé des entrées au Louvre à l’occasion de l'exposition Johanes Vermeer et je craignais ,un peu ,l'affluence car l'exposition a un très grand succès. En réalité ce musée magnifique est parfaitement organisé et l'on déambule assez facilement. L'exposition Vermeer est un peu décevante car elle est situé dans un endroit assez exigu et s'il y a , évidement des Vermeer ils sont en petit nombre entourés de tableaux d'autres peintres Hollandais qui ont peint des situations  semblables à celles peintes par Vermeer. On voit bien sûr les principaux tableaux de Vermeer: la laitière, la dentellière , l'astronome et le géographe.
Au sortir de cette exposition temporaire nous avons été visité l'emplacement des  sculptures françaises dans la magnifique cour Marly et autour. Il y a là des Houdon, Piaget, Puget comme le montre ces quelques photos.
Nous avons terminé notre visite par la partie consacrée aux Arts islamiques que je voulai visiter car elle est dans un endroit ou une architecture originale a été réalisée, évoquant les tentes bédouines. On trouve des belles poteries, des cuivres magnifiques ,des tapis , des menuiseries et des mosaïques.
Sur ce plan j'en ai vu de beaucoup plus belles et plus nombreuses au Musée du Bardo à Tunis.
Par contre j'ai vu le travail réalisé en son temps par les français sur les mosaïques qui ornaient les murs de la Grande mosquée de Damas. Une photo montre ce qu'il en est.

                                                         



Lundi matin nous avons pris le bus 75 au pied de notre immeuble et nous sommes descendus 5 stations plus loin à l'Hôtel de Ville. De là après avoir traversé la Seine nous avons rejoint la Rue Soufflot et le Pantheon. J'ai visité ce monument, ancienne Eglise devenu lieu d'hommage aux "grands hommes". C'est une visite très instructive et tous les élèves et étudiants devaient étudier ce monument et ce qu'il représente.  Toute l'histoire de France après la Révolution est là en commençant par les écrivains des Lumières :Voltaire et Rousseau qui ne s’aimaient pas et qui se font face a face. Il est émouvant  de retrouver les sépultures de Victor Hugo, de Jaurès, de Gambetta mais aussi plus proche de nous celle de Jean Moulin, d'André Malraux, de Pierre Brossolette , de Germaine Tillon et de Geneviève Anthonioz De Gaulle. Les tombeaux sont sobres et tous les même. Le seul parmi ces tombeaux qui est fleuri et couvert de petits messages sur des papiers, des tickets de métro, des cartes c'est celui de Marie Curie. Il y a dans une salle de la crypte un espace ou l'on peut voir des films plus ou moins anciens retraçant les différentes entrées au Pantheon et bien sûr j'ai songé au discours de Malraux lors de l'entrée au Panthéon de Jean Moulin : "Entre ici Jean Moulin avec les cendres ,de Victor Hugo et ses Misérables, celles de....." Admirable discours. J'ai pensé aussi au projet de faire entrer Albert Camus. Il y aurait toute sa place Il est seulement dommage que ce soit une idée de Sarkozy et je me demande si sa famille s'y serait opposé si l'idée était venue d'un autre.
Après cette visite et dans un soleil éblouissant après la crypte nous sommes allé déjeuner à  la Brasserie Balzar  une des plus ancienne de Paris.









Soirée à l’Opéra Bastille où nous allons voir un ballet Le Songe d'une nuit d'été sur une chorégraphie de Balanchine. C'est une histoire très compliquée de chassé croisé amoureux dont une sorte de diable tire les ficelles. Je n' y ai strictement rien compris et je n'ai pas cherché a comprendre. Je me suis contenté d'écouter la musique de Mendelssohn avec sa fameuse marche nuptiale, d'admirer les décors et les costumes haut en couleurs de Christian Lacroix et de voir les danseurs et danseuses évoluer gracieusement. Une belle soirée.

Et le 28 pour fêter mes 20 ans ! déjeuner au Ciel de Paris au 56° étage de la Tour Montparnasse. Une vue depuis notre table absolument époustouflante et un repas délicieux. Vivement l'année prochaine!