samedi 21 octobre 2023

Sorj Chalandon: L'Enragé

 

                                       

                                               


     



Je veux vous parler du très beau roman de Sorj Chalandon : « Les enragés ». C’est un roman mais tiré d’une histoire vraie, hélas ! Dans ce très bel endroit qu’est Belle Ile en mer a été installé il y a plus d’un siècle ce que l’on appelait une Maison de correction pour enfants et qui n’était qu’un véritable bagne où ces jeunes enfants (de 9 à 16 ans} étaient mal traités, violentés, abusés et cela se voulait « éducatif » ! On se demande comment une telle horreur a pu être possible et que des humains aient pu se comporter de la sorte. Sorj Chalandon nous décrit ce quotidien d’horreur et se concentre sur l’histoire d’un jeune garçon, révolté, au passé familial triste et que l’on appelle la « Teigne » ce qui veut tout dire !

Quand le roman commence une évasion spectaculaire a lieu près de trente de ces garçons réussissent à s’évader et, alors la traque commence à laquelle participe les habitants du lieu qui montrent un visage hideux de l’humanité.

Tous sont rattrapés sauf la Teigne qui va bénéficier du soutien de tout un groupe de pêcheurs, humains, ceux-là et notamment du chef d’un petit bateau de pêche et sa femme, infirmière à la Maison de correction.

Alors on a là le portrait de personnes modestes mais dignes et humaines qui comprennent bien le malheur de ce jeune évadé et les traitements indignes dont il a été victime. On s’attache à ces gens qui ne crient pas avec les loups et il y a, dans le roman des passages très émouvants.

Malheureusement ce jeune sauvé cette fois-là sera poursuivi par un triste sort. Il sera fait prisonnier par les Allemands et fusillés à 26 ans.

Si vous voulez voir à la fois la pire et la meilleure image de l’homme lisez ce livre

On pourra voir dans les liens qui suivent quelques critiques de ce livre et l'histoire du poème de Jacques Prévert :La chasse aux enfants et aussi ce poème mis en musique et chanté et, enfin quelques critiques ici et 


 

 

Christian Phèline: L'Etranger en trois questions restées obscures

 

                                                       





Je viens de terminer la lecture du dernier livre de Christian Phèline : L’Etranger en trois questions restées obscures paru en 2023 aux Editions Domens. Comme l’auteur se pose lui-même la question : « Comment peut-on encore écrire sur l’Etranger » ?

Et pourtant ce livre a le mérite de poser trois questions pertinentes qui ont parfois reçu des réponses insatisfaisantes.

Ces trois questions sont :

-D’abord celle de l’emplacement exact où se situe la scène du crime et l’auteur fait la synthèse des recherches qui ont déjà été faites et montre qu’en réalité la fameuse plage est une création littéraire de Camus faite du souvenir de plusieurs endroits précis. On sait que le crime a lieu sur une plage située près d’Oran et le fait divers lui-même a eu une réalité et a fait l’objet d’un compte rendu dans la Presse de l’époque.

Mais dans le roman cette plage n’est pas située près d’Oran mais près d’Alger et qu’elle emprunte pour sa description des images que Camus a déjà utilisé pour d’autres plages et notamment pour celle de Tipaza. Ce faisant l’auteur montre le mécanisme de la création littéraire à l’œuvre.

-Ensuite celle de la motivation de Meursault : Est-ce un crime prémédité ou un crime de circonstances ? La psychologie du personnage est analysée finement et l’on est tenté de pencher vers l’idée d’un « accident » c’est-à-dire d’un meurtre non prémédité. Il y a dans cette partie du livre une étude approfondie de la situation et l’évocation que je n’avais lu nulle part d’une attirance homophile de Meursault envers l’arabe qu’il va tuer. Difficile de se faire une idée claire même si Luchino Visconti avait eu, aussi, cette lecture.

-Enfin l’auteur se demande pourquoi Camus a conduit Meursault à la condamnation à mort alors que cette situation est totalement invraisemblable dans la situation de l’Algérie coloniale. L’auteur s’est penché sur les divers crimes commis à l’époque en Algérie. Beaucoup peuvent évoquer le crime de Meursault mais aucun des auteurs de ces crimes n’a été condamné à mort.

Un livre qu’il faut lire en parallèle d’une lecture de l’Etranger.

Enfin j’ai amé ce livre parce qu’il fait justice de certaines accusations qui ont été portées contre Camus et encore récemment.

L’auteur écrit ainsi : « A l’inverse, trop souvent dans sa reprise depuis prés d’un demi-siècle, la dénonciation « post-coloniale » néglige donc, pour l’essentiel, ce qui sépare un romancier, des actes, des pensées ou des dires de ses personnages, et que l’objet d’une fiction est de figurer dans sa complexité contradictoire la réalité dont elle s’inspire, et non pas de porter sur elle un jugement explicite. »

Bonne réponse a ces lecteurs et universitaires idéologues qui maltraitent le travail du romancier pour alimenter leurs thèses.

dimanche 8 octobre 2023

Jean Senac : Un cri que le soleil dévore. 1942-1973 Carnets, notes et réfléxions.

 Ce livre vient d'être publié conjointement par les Editions El Kalima en Algérie et du Seuil en France. Cette édition a été établie, présentée et annotée par le Professeur Dugas.

C'est un gros livre de plus de huit cent pages qui devrait passionner tous ceux qui aiment le poète Jean Senac qui étudient son œuvre et qui seront heureux d'en savoir plus sur sa vie. On trouve dans ce livre, pour l'essentiel, des inédits qui avaient été déposés aux Archives à Alger et à Marseille. On verra dans 


d'une conférence du Professeur Dugas les difficultés rencontrées et le cheminement de ce travail.

C'est , en la forme, un livre qui contient des textes très variés, plus ou moins longs, quelques fois de petits bouts de papier car Jean Senac avait l'habitude noter tout et sur n'importe quel support. On y trouve aussi des ébauches de poèmes et bien entendu des observations politiques car, comme chacun le sait, Jean Senac s'est grandement impliqué dans la guerre d'Indépendance des Algériens, au point qu'il est souvent décrit comme le poète de cette guerre.

Le gros est constitué par des carnets qui couvre la période allant de son adolescence dans les années 1920 jusqu' à son assassinat en 1973.

Cette diversité un peu brouillonne pourrait décourager le lecteur qui pourtant permet de vois vivre Jean Senac si l'on peut dire au jour le jour.

On le voit adolescent plein de projets, de doutes bien sûr mais très convaincu déjà qu'il serait poète, conviction que ne le quittera pas.

On apprend ce que beaucoup ignoraient  que Jean Senac adolescent et jeune adulte soutient de manière un peu naïve et un peu gênante le Maréchal Pétain et sa politique. Erreur de jeunesse! Et il en commettra bien d'autres. Mais peut-on demander à un poète d'être un fin politique?

On le voit aussi adolescent très croyant et invoquant à tous moment Jésus, Marie et tous les saints. Cela revient tous les jours dans ses carnets d'adolescence.

A dix sept ans il lit beaucoup et obtiens un poste d'enseignement dans une école catholique prés d'Oran.

Il aime l'enseignement dont il a songé , à plusieurs reprises, à en faire son métier. Le journal permet de le voir à l'œuvre avec ses jeunes élèves.

On le voit en relation avec de nombreux écrivains et artistes d'Algérie, Brua notamment et il se fait une place ,très jeune dans le milieu littéraire.

Intéressante aussi son évolution aussi avec une crise de sa foi et la découverte de son homosexualité qu'il cachera d'abord mais qu'il étalera ,plus tard, en Algérie ce qui est une des raisons des problèmes qu'il a connu.

Bien sûr le livre est également passionnant et très instructif sur la relation de Senac à l'Algérie. Son combat aux côtés des Algériens. Il est le poète de la guerre d'Indépendance. Il fait des analyses assez lucides. (Lire p. 424 par exemple). Ces positions extrêmes le conduiront à se fâcher avec certains de ses amis et notamment Camus.

Au total, Jean Senac , un poète au destin tragique qui finira dans la misère la plus totale abandonné par le pouvoir Algérien et assassiné dans la cave de la Rue Elysée Reclus qui constituait son logement!

Ce destin a conduit certains a rapprocher son destin de celui de Pier Paolo Pasolini ou de Frederico Garcia Llorca.

Je conclurai a disant que j'aime beaucoup le titre donné à ce livre car, oui Senac a poussé des cris que le soleil a dévoré. 

Il complète, par ailleurs la publication il y a quelques années de l'Anthologie des poésies de Jean Sénac dont je rends compte, ici en lisant aussi quelques poèmes de Senac.

samedi 7 octobre 2023

Mouloud Feraoun : L' Anniversaire

 J'ai connu l'écrivain Mouloud Feraoun par mes lectures de Camus et sur Camus. Les deux écrivains, nés ka même année en 1913 s'appréciaient et Mouloud Feraoun a exprimé , à plusieurs reprises son admiration pour Camus.

De cet écrivain Algérien d'expression française j'ai lu Le Fils du pauvre et surtout son Journal. Cet ouvrage l'Anniversaire est composé de divers écrits inédits publiés après  sa mort en 1960 .

Dans une première partie qui donne son titre au livre sont publiées quelques pages d'un roman auquel Mouloud Feraoun travaillait encore quelques jours avant qu'il ne soit lâchement assassiné, à la veille de l'Indépendance par les criminels de l'OAS.

A lire ces quelques pages on comprend quel était le projet de l'écrivain: écrire sur le climat de cette guerre, les drames des deux communautés domlnées par la violence , la difficulté  de ceux qui comme Feraoun étaient avant tout Algérien et souhaitaient l'indépendance de leur pays mais qui avaient été élevés dans la culture, notamment littéraire française et se trouvaient déchirés entre les deux camps. LA violence imbécile de l'OAS n'aura pas permis que l'on puisse lire ce roman mais ces quelques pages en donneront une bonne idée.

Sont également publiés deux textes de Feraoun sur Albert Camus et Emmanuel Robles . Conçernant Camus il s'agit de la critique des textes de Camus sur la situation en Algérie parus dans Actuelles III en 1958. Le texte de Feraoun tout en nuance est trés lucide et très émouvant car Feraoun qui connaît Camus comprend ses déchirements.

Emouvant aussi le trés  bel hommage , en forme de souvenirs qu'il rend a Emmanuel Robles autre écrivain. Feraoun avait fait la connaissance d'Emmanuel Robles lorsque tous deux furent éleves   à l'école normale d'Instituteurs de la Bouzarea  à Alger.