mardi 26 mai 2020

Albert Memmi: Portrait du colonisé


Comme je le fais souvent à l’occasion d’un décès je relis en ce moment l’ouvrage d’Albert Memmi : « Portrait du colonisé » dans l’édition Gallimard de 1985 avec une préface de Jean Paul Sartre et une préface de l’auteur datée de 1966.
Albert Memmi https://laregledujeu.org/2020/03/18/35765/albert-memmi-vie-et-oeuvre-de-lauteur-du-portrait-du-colonise/?fbclid=IwAR3XARndGYfgYwigx4zFrk6gqCtqt6sGs1kjvzZxgy60iJS58uqslP2oxp8  est un écrivain d’origine tunisienne qui a produit une œuvre considérable et qui a marqué son temps.
On y trouve des analyses à la fois brillantes et fortes et j’y découvre par exemple une excellente explication de la mauvaise conscience de la gauche, mauvaise conscience qui la conduit à accepter l’inacceptable comme c’est encore le cas aujourd’hui.
Cette phrase par exemple n’a pas pris une ride « Il soutiendra la libération inconditionnelle des colonisés, avec les moyens dont ils se servent (le terrorisme c’est moi qui ajoute), et l’avenir qu’ils semblent s’être choisi. Il finit par admettre que la condition humaine puisse signifier le Coran et la Ligue arabe. Le Coran soit ; mais la Ligue Arabe ! La juste cause d’un peuple doit-elle impliquer ses mystifications et ses erreurs ? Pour ne pas être exclu ou suspect, le colonisateur de gauche acceptera cependant tous les thèmes idéologiques des colonisés en lutte : il oubliera provisoirement qu’il est de gauche. » p. 63
Albert Memmi montre aussi et c’est ce qui est le plus cruel que même ce colonisateur de bonne volonté qui a œuvré pour la libération du peuple colonisé n’aura pas sa place dans le nouvel Etat.
« Il aura beau se rassurer. « J’ai été ceci ou cela avec les colonisés » il soupçonne, ne serait-il aucunement coupable comme individu, qu’il participe d’une responsabilité collective, en tant que membre d’un groupe national oppresseur. Opprimés en tant que groupe, les colonisés adoptent fatalement, une forme de libération nationale et ethnique d’où il ne peut qu’être exclu. »  (p.65)
Il y a aussi le pendant du portrait du colonisateur celui du colonisé et celui-là doit être diminué et on lui attribue des traits comme la paresse pour faciliter son exploitation, sa frugalité pour justifier de mal le paye !
Camus l’avait déjà dit dans ses articles « Misères en Kabylie ».
Ce qui fait aussi l’intérêt de ce livre qui a connu un succès mondial c’est qu’il est écrit dans un style élégant et loin du langage érudit. Il parle de ce que chacun peut comprendre et ressentir.
On lira cet hommage du Professeur Guy Dugas et la video d'un entretine d'Albert Memmi
https://algeriecultures.com/actualite-culturelle/albert-memmi-va-manquer-cruellement-au-monde-de-demain-guy-dugas-professeur-de-litterature/?fbclid=IwAR3WylNcX9tkM9_gt9HksOvuGw8vlj78LnyOoe-PrYnenyetP_4vrbziqFs

lundi 18 mai 2020

André Scwartz-Bart: Le dernier des Justes


Je découvre le roman d’'André Scwartz-Bart« Le dernier des Justes » qui fut Prix Goncourt 1959. On sort de la lecture de ce roman complétement bouleversé. C’est un roman difficile à résumer car il se déroule sur des siècles et nous raconte, à travers des chroniques anciennes, la vie d’une lignée de « justes » nés dans une famille Levy jusqu’à l’holocauste final, en passant par les milliers de pogroms, de persécutions en tous genre, de fuite d’un pays à l’autre, une vie toujours menacée. La fin du roman consacré à l’histoire du « dernier des justes » Ernie Levy est émouvante et nul n’y restera insensible.
Et ce roman se termine par la mort d’Ernie Levy à Auschwitz au milieu des enfants qui vont être gazés après avoir parcouru depuis Drancy des milliers de kilomètres dans un Wagon plombé, avec pendant le trajet des morts qui s’entassent dans un coin du wagon.
Chacun connaît l’horreur de la « solution finale » mais elle reste quelques fois abstraite. Elle ne le sera plus pour ceux qui liront ce magnifique roman. Quelqu’un qui a su écrire un tel roman a justifié sa vie et voici quel était son projet en écrivant ce roman : « … Je n’ai pas cherché (mon) héros parmi les révoltés du ghetto de Varsovie, ni parmi les résistants qui furent, eux aussi, la terrible exception. Je l’ai préféré désarmé de cœur, se gardant naïf devant le mal, et tel que furent nos lointains ascendants. Ce type de héros n’est pas spectaculaire. On le conteste volontiers aujourd’hui au nom d’une humanité plus martiale… On voudrait que mille ans d’histoire juive ne soit que la chronique dérisoire des victimes et de leurs bourreaux… je désire montrer un Juif de la vieille race, désarmé et sans haine, et qui pourtant soit homme, véritablement, selon une tradition aujourd’hui presque éteinte »
Ce roman a été critiqué par certains, des critiques que je ne comprends absolument pas (mais qui ont meurtris l’auteur) car ,pour moi, c’est indiscutablement un chef d’œuvre.
Et voilà les dernières lignes de ce roman :

« Ainsi donc, cette histoire ne s’achèvera pas sur quelque tombe à visiter en souvenir. Car la fumée qui sort des crématoires obéit tout comme une autre aux lois physiques : les particules s’assemblent et se dispersent au vent, qui les pousse. Le seul pèlerinage serait, estimable lecteur, de regarder parfois un ciel d’orage avec mélancolie.
Parfois il est vrai, le cœur veut crever de chagrin. Mais souvent aussi, le soir de préférence, je ne puis m’empêcher de penser qu’Ernie Levy, mort six millions de fois, est encore vivant, quelque part. je ne sais où…Hier, comme je tremblais de désespoir au milieu de la rue, cloué au sol, une goutte de pitié tomba d’en haut sur mon visage ; mais il n y avait nul souffle dans l’air, aucun nuage dans le ciel...il n’y avait qu’une présence. »
André Scwartz-Bart est surtout connu pour ce roman même s'il a écrit sur  la question noire aprés son mariage  et son installation en Guadeloupe.

samedi 16 mai 2020

Claro: La maison indigène




                                        






Vient de paraître aux Editions Actes Sud : » La maison indigène » de Claro. C’est un très beau livre au croisement de tout ce qui m’intéresse : l’Algérie, Albert Camus et Jean Sénac et aussi ce rapport que l’on a avec son passé, notamment quand on a été la victime d’un exil définitif. Caro, qui a déjà beaucoup écrit, est né à Paris d’un père pied-noir qui fut terriblement meurtri par la perte de son pays et qui mourut très jeune. Caro, celui qui écrit, s’était désintéressé complétement et de sa famille et de l’Algérie mais il a été rattrapé par ce passé et ce livre est en grande partie un retour dans ce passé qu’il croyait avoir définitivement oublié. Il y a un moment émouvant lorsqu’il reçoit une lettre d’un vieil homme qui a été un ami d’enfance de son père et qu’il va le voir à Marseille.
« C’est à Marseille que va devenir réel le sentiment d’être lié, ou relié, à un passé dont je n’ai pas voulu, comme on ne veut pas d’un vêtement dont on est sûr qu’il ne nous ira pas-sans l’avoir essayé- ou comme on s’interdit de goûter à un plat qu’on imagine empoisonné, alors même que c’est notre imagination qui est empoisonnée, par la peur, la peur de succomber à des saveurs qui peut être nous sauveraient de bien des famines. »
Cette recherche de son passé familial va le conduire à cette maison indigène qui fut construite par l’architecte Léon Claro son grand père qui construisit beaucoup d’autres bâtiments à Alger comme le Foyer       , l’immeuble de l’OFALAC et d’autres encore, comme le Collège du Champ de Manœuvre où le père de l’auteur fit ses études !
Cette maison mauresque construite à l’occasion du centenaire de la conquête fut visitée par un jeune homme de 20 ans, Albert Camus qui en tira l’un de ses premiers textes littéraires !
Ce récit évoque souvent Jean Sénac que les parents de Claro hébergèrent à Paris Rue d’Alésia.
J’en apprends aussi beaucoup sur le tournage de l’Etranger avec Marcello Mastroianni et les nombreuses questions qui apparurent au moment de la production de ce film.
Enfin comme le livre est touffu j’en apprends aussi sur la Franc Maçonnerie en Algérie qui milita pour une plus grande justice et pour l’assimilation sans être suivie. Cela est d’autant plus évocateur, pour moi, que mon arrière-grand-père, fut lui-même franc- maçon à Sétif et il me plait de penser qu’il ait soutenu, lui aussi, de telles idées de justice.
Enfin on en apprend beaucoup aussi sur Le Corbusier qui visita Alger, la Casbah et la Maison indigène avec Leon Claro.
Au total un livre foisonnant où l’auteur croise et recroise les fils d’un passé qu’il n’a pas connu, allant jusqu’à inventer une parenté très ancienne des deux familles, la sienne et celle de Camus toutes les deux issues de Minorque.  


lundi 11 mai 2020

Antoine Lilti: L'héritage des Lumières





                                                       




L’ouvrage d’Antoine Lilti : « L’héritage des Lumières » , publié par Les Hautes Etudes en sciences sociales avec Gallimard et Le Seuil en 2019, est une étude sur le concept des Lumières et sur ce qu’il en reste dans notre monde contemporain. C’est un ouvrage savant, universitaire qui creuse cette idée des Lumières dans l’histoire.
Les idées des lumières sont nées, chacun le sait, au XVIII° siècle avec les travaux des philosophes : Voltaire, Rousseau, Diderot, D’Alembert, Condorcet et d’autres encore et ces idées ont dominé le monde pendant deux siècles. Il faut cependant préciser que certains ont fait naître ces idées au XVII° siècle dans les Pays bas et dans l’environnement de la pensée de Spinoza. Nées en Europe elles ont été contestées d’abord par un certain nombre de philosophes marxistes avec leur distinction entre les droits formels et les droits réels, les lumières selon eux n’ayant soutenu que les droits formels.
Mais les attaques les plus rudes ont été portées par les études post-coloniales qui ont voulu montrer que les principes des lumières ont été les instruments de la domination coloniale de l’occident.
Ces attaques sont encore prégnantes dans une partie du monde où certains développent avec succès l’idée que l’Occident et ses valeurs (les idées des Lumières) est devenu décadent, consumériste, matérialiste et jusqu’à » immoral ». On reconnaitra là un des angles d’attaque des islamistes.
Que faut-il penser de tout cela ? Les Lumières sont-elles dépassées ?

Si l’on veut résumer la philosophie des Lumières on peut dire qu’elles ont mis en avant trois grands principes :
-La prédominance de la raison sur la foi. Il faut se souvenir qu’elles sont nées dans une époque où la religion dominait et voulait tout régenter (Monarchie de droit divin, enseignement religieux, volonté dominatrice des religions avec combat entre elles au moment du protestantisme)
-Volonté du progrès que l’on croyait sans fin avec le développement des sciences et des techniques
-Elaboration et développement des droits de l’homme, c’est-à-dire de l’individu par rapport à la famille et à la société.

Les critiques des Lumières nous ont d’abord dit que les droits humains soutenus par les Lumières étaient le plus souvent des droits formels et que dans la réalité, c’est-à-dire dans les droits réels ils n’étaient pas appliqués. Il y a du vrai dans cette critique et l’on sait bien que même de nos jours les droits de l’homme sont toujours à gagner et que c’’est un combat. Mais ce n’est pas parce qu’une philosophie n’est pas appliquée qu’il faut la condamner.
La critique venue des « post coloniaux » est plus importante. Elle consiste à montrer que les Lumières ont été un instrument de domination des Européens sur certaines parties du monde. C’est à travers l’idée de civilisation que certains ont pu à la fois dénigrer certaines cultures et vouloir imposer la leur.
Ces critiques sont cependant contestables pour plusieurs raisons :
-D’abord parce qu’il est faux que les créateurs des Lumières aient été partisans de la colonisation ou de l’’esclavage. L’ouvrage de M. Lilti cite un certain nombre de textes d’auteur du XVIII° siècle et non des moindres qui condamnent avec une force rarement vue la colonisation et ses crimes, l’esclavage et appellent même à la révolte les populations soumises à ces crimes. (p.63-68-74)
-Ensuite parce que les Lumières ont été pour de nombreux acteurs de la décolonisation une arme intellectuel par laquelle ils s’armaient contre l’occupant le renvoyant à sa propre philosophie. Un homme comme Bourguiba combattant de la décolonisation tunisienne utilisait les droits de l’homme et les idées des Lumières pour lutter contre les français et il demeura fidèle à ces idées. Il ne fut pas le seul dans ce cas.
En réalité il me semble que l’on peut reprocher aux « post coloniaux » qui critiquent les Lumières de jeter le bébé avec l’eau du bain !
Est-ce à dire que les idées des Lumières telles que nous les avons résumés plus haut doivent être abandonnées ?  Evidement non car elles conservent une valeur universelle pour peu qu’on veuille bien les nuancer.
Ainsi la prédominance de la raison sur la foi me paraît une nécessité absolue à condition toutefois de respecter le désir de croire qui est très fort chez l’homme. On a d’ailleurs vu, à travers l’expérience désastreuse du communisme que l’interdiction des Eglises et de la religion n’avait jamais réussi à éteindre la foi et le besoin de religion et que dès la fin du communisme les Eglises se sont, à nouveau, développées.
La solution née du régime de laïcité me paraît la bonne solution car elle réunit les deux nécessités : lutter contre la volonté totalitaire des religions et cependant assurer la liberté de la foi.
De même l’idée de progrès et la nécessité de développer les connaissances et les sciences me semblent nécessaires mais il ne faut pas que cette idée de progrès permanent donne aux hommes l’idée qu’ils sont tout puissants et les meilleurs de l’Univers. Le développement des idées écologiques, la pensée selon laquelle après la pandémie de corona virus il fallait revoir notre mode de vie à la baisse, l’idée d’une consommation plus raisonnable et plus durable, la protection de la nature et des animaux sont des idées utiles et qui doivent assagir cette idée de progrès. Nous devons considérer que quel que soit la puissance de la pensée humaine, l’homme n’est qu’un élément de l’ensemble et qu’il ne doit pas accaparer des richesses du monde à son seul profit.

Enfin les droits de l’homme sont de toute évidence à développer et à faire respecter partout car il me semble évident qu’ils correspondent à un désir de tout homme sur la terre : pouvoir penser et s’exprimer librement, pouvoir croire ou ne pas croire, pouvoir aller et venir librement. Et d’ailleurs si les droits de l’homme ne sont pas respectés partout dans le monde (loin de là !) il faut remarquer que même les dictateurs font souvent référence dans leurs Constitution aux droits de l’homme en une sorte d’hommage qui ne les engage pas plus avant !
L’ouvrage se poursuit par l’étude d’une question qui a captivé les intellectuels du XVIII° siècle : Peut-on éduquer le peuple, comment le faire et faut-il des dirigeants qui impulsent les idées de progrès ?
Les écrivains s’adressent-ils a tout le peuple ou à une élite ? Quel est le rôle de l’éducation, question sur laquelle s’est penché Condorcet ? Faut-il des despotes éclairés ?
Au total un livre savant mais qui permet de donner à l’idée des Lumières une consistance alors que l’on se contente trop souvent de les évoquer sans savoir vraiment a quoi elles correspondent.
Je garde la conviction que cette élaboration des idées des Lumières a été un moment crucial de la pensée et que les grands principes qui ont alors été élaborés restent parfaitement valables et nécessaires pour assurer autant que faire se peut le bonheur des peuples.

                                                     



vendredi 8 mai 2020

"J'ai tant vu le soleil" d'Emmanuel de Waresquiel


« J’ai tant vu le soleil » est un essai que vient de publier Emmanuel de Waresquiel consacré à Stendhal. Cet éminent historien auteur de nombreux ouvrages d’histoire se livre là à ce quelqu’un a appelé « une lecture buissonnière de Stendhal ». Ce livre écrit au cours d’un été nous présente la vie de Stendhal, son caractère. On y apprend qu’il a perdu sa mère très jeune et qu’il ne s’est pas entendu avec son père et qu’il a eu, dés sa prime jeunesse une horreur de la religion et surtout des religieux
« Avec ma mère finit toute la joie de mon enfance » et plus loin : « Je haïssais l’abbé, je haïssais mon père source des pouvoirs de l’abbé, je haïssais encore plus la religion au nom de laquelle ils me tyrannisaient »
Il est ambitieux tout en ayant parfaitement conscience des petitesses de l’ambition et il aura une carrière, militaire et civile, sous l’Empire grâce à la protection de la famille Daru mais s’il a beaucoup aimé le Bonaparte du début il sera assez critique sur les dérives autoritaires de l’Empire.
Mais évidemment ce que l’on a beaucoup retenu de cette vie c’est son amour pour l’Italie, pour Milan, Venise et Rome. Il écrira beaucoup à la fois sur les paysages et sur l’histoire de ce pays qui le ramène à la Renaissance et il terminera sa carrière, un peu en disgrâce, comme Consul à Civitavecchia non loin de Rome.
Stendhal n’était pas beau mais il fut tout sa vie, amoureux, peut être plus amoureux de l’amour que des femmes qu’il fréquenta mais cela le conduisit à écrire les plus beaux romans français : La Chartreuse de Parme et Le Rouge et le Noir.
J’ai tant vu le soleil est un petit livre qui , en quelques pages, vous permet de mieux connaître Stendhal au caractère pourtant difficile a cerner.


jeudi 7 mai 2020











                                                       



Le Ghetto intérieur  de SantiagoH.Amigorena paru en 2019 aux Editions P.O.L. Cet écrivain et aussi un cinéaste comme vous pourrez le voir dans sa biographie.
Le Ghetto intérieur est un récit poignant. Le heros, Vincent a quitté la Pologne et son antisémitisme juste avant la seconde guerre mondiale et a trouvé refuge à Buenos Aires où il devient marchand de meubles après avoir épousé Rosita  fille de deux parents qui , eux-même, ont fui l'Europe de l'Est pour éviter la persécution des juifs.
Vincent s'es bien adapté a sa nouvelle vie et a son nouveau pays. Marié il devient père de famille et a a tout pour être un homme heureux et il l'est pendant un certain temps.
Il a laissé en Pologne , à Varsovie sa mère, une soeur et son frère aîné. Il correspond avec eux , tente même de convaincre sa mère de venir le rejoindre en Argentine, mais, comme il en prend conscience, il le fait sans réelle conviction , sans faire tout ce qui aurait été nécessaire pour réussir. Et c'est alors qu'il va apprendre petit à petit ce qui est en train de se passer en Pologne, dans ce pays pour lequel ,jeune homme il a combattu dans l'armée,le développement des mesures antisémites puis, aprés l'arrivée des Allemands la répression, le ghetto de Varsovie, et enfin les mesures prises par Hitler et ses hommes pour ce qu'ils ont appelé "la solution finale". Il l'apprend par la lecture des journaux, même si cette lecture ne dit pas tout de l'horreur,et des lettres ,rares, reçues de sa mère. Il va  culpabiliser mais surtout il va se trouver impuissant et va , à partir de ce moment ne plus pouvoir exprimer sa douleur,il va devenir quasiment muet ne parlant plus ni a sa femme ni a ses enfants ni a ses amis.
On a beaucoup évoqué le fait que ceux qui revenaient des camps ne disaient rien même à leur famille. Ce traumatisme face à l'indicible est fort bien raconté par ce récit poignant et l'on comprend bien que rien ni personne ,dans ce cas , ne peut  venir en aide.
C'est finalement un de ces romans qui en disent plus long sur la Shoah que beaucoup de livres d'histoire.

jeudi 30 avril 2020

Jean Giono: Roman. Tome 1 de la Pléiade.

En relisant récemment;"La recherche du bonheur" de Jean Giono, une série de chroniques j'ai pris goût à cet écrivain et je me suis offert , en cette période de confinement son oeuvre romanesque dans la belle collection de la Pléiade.
Giono a vécu toute sa vie  à Manosque, résistant aux sirènes de Paris et il connaît cette région comme personne. on est là dans une Provence rude, rude dans ses paysages , rude dans son climat et rude dans cette vie au début du siècle. On a , aussi , ces villages abandonnés et qui tombent peu à peu en ruine, ces sources qui tarissent et ce petit peuple ignorant pense à des forces obscures pour expliquer une nature ,quelques fois violente et qu'ils ne savent expliquer.  On est loin de la Provence riante  du Lubéron.
On y rencontre encore cette paysannerie frugale et ses ouvriers qui louaient leur force de travail à la semaine ou à la saison et qui erraient dans toute la région.
C'est ce milieu et ces gens que nous retrouvons dans des romans comme Colline où un hameau ,loin de tout, va se croire maudit et penser que la malédiction vient d'un viel homme du village au point que tous voudront le tuer pour faire cesser la malédiction.
Dans : "Un de Baumugne"c'est l'histoire cruelle et émouvante d'Angèle la fille de deux propriétaires d'une ferme isolée qui a été victime d'un salaud qui l'a trompé et lui a fait un enfant. Nous sommes dans un temps où cela ne pardonne pas et où c'est le déshonneur des familles. Les parents enfermeront Angèle et son fils, les déroberont aux yeux de tous jusqu'au jour où Albin, un de Baumugne ,aidé par un vieil ami délivrera Angèle, se mariera avec elle en adoptant son enfant. Il faut lire la fin émouvante de ce roman.
Regain beaucoup connaisse ce roman grâce au film de Marcel Pagnol avec ce couple de rémouleur qui traverse une campagne aride et venteuse e ton se souvient de la scène où Angèle  voit dans le lointain une forme qui bouge qui fait "hop" C'est la Mamèche une vielle femme , italienne installée a Aubignane et qui a perdu son mari, tombé au fond d'un puit qu'il creusait et son enfant. A Aubignane tout le monde est parti et il ne reste qu'elle , la Mamèche et Panturle jusqu'au jour où Panturle rencontre Angèle et s'unit à elle. Alors la vie repart.
La solitude de la pitié est un recueil de nouvelles et Giono ,lui-même disait qu'il n'était pas à l'aise dans ce format. Il y a cependant de très belles nouvelles et surtout une unité entre tous ces récits.Ils évoquent tous la solitude fondamentale des hommes qui ne se connaissent pas entre eux et Giono décrit avec vérité et cruauté les égoïsmes, les petitesses.Le titre est enigmatique mais il semble que Giono ait voulu mettre l'accent sur la fraternité des hommes
Le grand troupeau  est un beau roman sur la guerre de 14-18 vue de cette terre de Provence , de ses villages de ses fermes que quittèrent tant de jeunes hommes pour n'y plus revenir , tués par cette horrible guerre. Il y a là des scènes poignantes comme ces annonces de la mort dans ces mas reculés, ses veillées mortuaires "corps absent" que décrit si bien Jean Giono. Le roman alterne les scènes au front, du côté de Verdun et en haute provence où sont demeurés les vieux et les femmes.
Il y a des pages horribles où Giono dépeint les horreurs de la guerre dans les tranchées, les bléssés , les morts et les cadavres attaqués par les rats et les corbeaux. Mais ce roman tout plein d'histoires douloureuses se termine,comme toujours chez Giono, par une note d'épèrance.
Je voudrai ajouter que dans tous ces romans , sans exception, il y a des pages magnifiques consacrées à l'amour des animaux qu'avaient ces paysans, un amour rustre mais très fort et le grand troupeau se tremine aussi avec la présence d'un animal aimé.

Et voilà des images du pays de Giono et notamment du plateau de Valensole

samedi 25 avril 2020

François Mauriac Les romans

J'ai profité du confinement pour extraire des rayons de ma bibliothèque un gros volume édité par Flammarion et qui contient en deux tomes tous les romans de François Mauriac. Ces deux gros volumes avait été acheté par mon père et je ne les avais jamais lu. je ne connaissais de François Mauriac que son "Bloc-note" passionnant et au style vif et ses souvenirs d'enfance écrits dans la dernière partie de sa vie "Mémoires intérieurs".
J'avais lu également la dernière biographie parue publiée par Jean Luc Barré et qui a été remarquée car elle fait état de "l'homosexualité" cachée de François Mauriac.
L'ensemble de son oeuvre romanesque (une vingtaine de romans) se lit avec intérêt et elle se situe à la fois dans le milieu bordelais dont est issu la famille Mauriac et dans les Landes dont François Mauriac décrit très bien le climat.
On sait qu'il avait le dent dure et cela se confirme dans ces romans où ,notamment , il décrit avec férocité ce milieu bordelais du négoce de vin , ces familles enrichies et qui se croient sortie de la "cuisse de Jupiter"! Un roman comme "Préséances" par exemple décrit ce snobisme du statut social avec une cruauté magnifique.
En ce qui concerne les Landes il décrit les paysages , le climat, la solitude dans ces propriétés au milieu des pins, les occupations de ces terriens qui ne connaissent que la terre , la chasse et qui , eux aussi, ont cette attachement au nom , à la propriété et qui ne se marient entre eux que pour étendre leurs domaines.
Ces milieux et cette époque c'est aussi un attachement à la religion et l'on rencontre nombre de jeunes gens déchirés entre les appels de la vie et une religiosité étriquée.
Les femmes sont souvent des êtres mauvais, des mères abusives comme dans "Genitrix" ,des belles mères très dures avec leurs belles filles où des femmes compliquées comme cette Thérèse Desquyroux qu'il a décrite dans deux romans : "Thérèse Desqueyrous et "La fin de la nuit" ou encore dans Noeud de vipères ou  La pahrisienne Ces romans ont tous un peu vieillis car ils dépeignent une époque qui n'existe plus, des sentiments passés de mode mais on s'attache cependant a ces personnages et à leurs psychologie compliquée.

mercredi 22 avril 2020

Leïla Menchari: La Reine Mage

Je connaissais de loin la vie et le parcours de Leila Menchari depuis que j'avais lu , il y a une quinzaine d'année le très beau roman de Catherine Hermary-Vielle: Le jardin des Henderson. Leïla Menchari née d'une famille tunisienne de la bonne bourgeoisie, son père était avocat, sa mère descendante d'un des derniers rois de Touggourt en Algérie, avait fait la connaissance de Jean et de Violet Henson , des américains qui s'étaient installés à Hammmet dans les années 1920 et avait , ensuite fait un magnifique parcours artistique et était devenu la décoratrice de la Maison Hermes.
Leila Menchari vient de mourir et , à cette occasion , j'ai commandé le beau livre édité conjointement par Actes Sud et par Hermes et qui retrace sous la plusme de Michèle Gazier la vie de cette artiste.
Le livre comprend du texte et de très belles photos, toutes consacrées aux vitrines d''Hermès , avenue Saint Honoré à Paris, vitrine qu' a crée Leila Menchari pendant des années et quatre fois par an, une pour chaque saison.
Les photos sont magnifiques et le texte évoque  cette vie extraordinaire de la jeune tunisoise qui, depuis son "adoption" par Violet et Jean Henson a fait des rencontres enrichissantes tout au long de sa vie.
J'ai ainsi appris qu'elle avait pendant des années partagé la vie de Jean Claude Pascal qui,on le sait avait une magnifique maison dans les remparts d'Hammamet. Elle fut aussi la grande ami d'Azedine Alaia ce couturier cèlèbre qui lui aussi est mort il y a peu.
Je retrouve dans ce récit toutes les célébrités qui résidèrent a Hammamet et furent souvent les invités des Henson puis de Laila Menchari dans la très belle maison qui n'est pas très loin de celle de Seabstian avec son parc magnifique. C'est toute une époque , bien sûr révolue qui renaît avec ce récit.
Turent reçu dans cette maison et ce jardin : Gide, Paul Klee, Visconti, Jean Duvignaud , Michel Tournier et bien d'autres encore.
J'apprends aussi à titre anecdotite que Jean Claude Pascal et Michel Tournier furent ensevelis dans des suaires créés par cette artiste.
Disons aussi que sa mère fut , en son temps, une militante active des droits des femmes et qu'elle se déplaça dans toute la Tunisie pour faire avancer cette question au point que le Prédident Bourguiba a dit ,un jour, que dans le fond il n'avait fait que reprendre les idées de Habiba Menchari.

                                                                                 

vendredi 17 avril 2020

Un cours sur Proust

Confinement oblige je me suis mis a suivre des cours sur internet. C'est ainsi que je suis un cours sur Nietzsche et plus précisément sur son premier livre: La naissance de la tragédie .Il s'agit d'un MOOC de la Sorbonne. Il y a à la fois l'exposé du professeur et des exercices.
Je viens de démarrer aussi, et cela m'intéresse davantage, un cours du Professeur Compagnon au Collège de France sur Proust  essayiste.
Dans le premier cours ,introductif en quelque sorte j'apprends que pour l'écriture  de  La Recherche du Temps perdu , Proust avait beaucoup hésité au début sur la forme à donner à ce qu'il envisageait d'écrire. Car , aussi étonnant que cela paraisse, il avait pour ambition, au début , d'écrire "quelque chose, une étude , un article " sur le critique littéraire Sainte Beuve!
On a même des documents (lettres a des amis)dans lesquelles il leur demande leur avis sur la forme a donner à ce trvail sur Sainte Beuve qui deviendra donc à la fois  son "Contre Sainte Beuve" et La recherche.
L'objet de ce cours est donc de rechercher ce qu'il y a d'essai dans le roman.
On assiste à la naissance du roman ,aux hésitations de Proust qui sont bien mises en évidence dans les carnets et notamment le carnet n°1 .
Lorsque l'oeuvre paraît les critiques de l'époque constatent son originalité, rien n'a jamais été écrit de tel jusqu'alors et ils ont du mal à la qualifier de roman. On dit que 'est une autobiographie et un essai.

mercredi 1 avril 2020

Emily Brontë : Les Hauts du Hurlevent

Confinement oblige je relis des livres de ma bibliothèque que j'avais perdu de vue. Je suis tombé sur un livre qui avait été commandé par  mon père et qu'il a reçu à Guinguette en 1949 ainsi qu'il l'avait noté en tête du livre à une date où il gérait cette ferme appartenant a son père et située dans la campagne sétifienne prés de Saint Arnaud.
Chacun connaît un peu l'histoire des Brontë cette famille particulière du Pasteur Brontë et qui donna trois filles écrivains: Emily mais aussi Anne et Charlotte (Jane Eyre) et un fils qui sombra dans l'alcool .
Le cinéma s'est emparé du roman d'Emily Les Hauts du Hurlevent et de celui de Charlotte ,Jane Eyre
Les Hauts du Hurlevent( Wuthering Heights) est le seul roman d'Emily Brontë mais c'est aussi un chef d'oeuvre qui résiste au temps, un grand classique de la littérature anglaise. L'histoire se déroule dans une lande désolée, balayée par le vent  et le mauvais temps et le titre du roman vient du nom du domaine  Wuthering Heights.
On a là  deux familles dont l’histoire  nous est contée et au centre un personnage que le lecteur n'oubliera pas tant  sa personnalité est forte et étrange: Heathcliff.
Ce Heathcliff a été adopté au début du roman et son caractère étrange, son comportement va influer sur la vie de toute la famille. Il va s'éprendre , tout jeune, de la fille de maison Catherine d'un amour sauvage et passionné , d'une certaine manière pathologique.
On dirait que tous les membres de cette famille sont voués au malheur et leurs caractères bien trempés les conduisent au conflit, ce que l'auteur raconte très bien.
ON se souvient longtemps de cet atmosphère particulière.

samedi 28 mars 2020

Richard Powers L'arbre monde

Je connaissais l'écrivain Richard Powers pour avoir lu et beaucoup aimé un précédent roman : "Le temps où nous chantions" et j'ai aussi écouté son entretien dans la grande Librairie ,au milieu d'une immense forêt américaine et ce qu'il disait m'avait beaucoup intéressé. Cela m'a conduit a commander et à lire son nouveau roman.
Il faut dire d'abord que c'est un roman foisonnant et qu'il se présente comme l'histoire de plusieurs individus et famille ,vivant dans des endroits différents du globe et dont les destins multiples ne sont réunis que par le fait qu'un arbre ou une forêt , à un moment, occupent leurs vies.
Ces chapitres du début, évoquant ces différents destins, pourraient se lire séparément.Ils sont chacun une sorte de petite nouvelle qui toute amènent a réfléchir sur notre monde et son comportement à l'égard des arbres et plus largement de la nature. J'ai une préférence pour deux destins parmi tous ceux qui nous sont racontés: celui de Nicholas Hoef et de sa famille et celui de Patricia Westerford .C'est un livre bâti ensuite comme une chorale, les personnes dont on lit le destin, au début du livre, se retrouvent ensuite, quelques années après, et tous vont lutter contre la déforestation, contre l’abattage d'arbres On assiste a des rapprochements amoureux et ces couples vont participer a de grandes actions citoyennes pour s'opposer à la destruction de grands arbres plus que centenaires. Ils vont lutter par tous les moyens pacifiques possibles contre les forestiers aidés par la police.Le long récit de cette lutte forte où les autorités et les puissances économiques utilisent abusivement la force est remarquable de vérité. La lutte dérape ,un jour, dans des actes violents qui vaudront des poursuites a certains.
C'est lorsque l'auteur a découvert que des séquoias séculaires allaient être abattus qu'il en a été bouleversé et qu'il a entrepris ce grand roman chorale à la gloire des arbres.
C'est un livre militant en ce sens que l'auteur nous donne a voir les méfaits de l'homme, son non -respect de la nature, ses "crimes " contre les arbres, des arbres qui nous ont précédé dans ce monde et qui sont  pourtant nécessaires à la survie de l'humanité. Il évoque aussi le travail de ceux qui veulent assurer une protection juridique à la nature et ,ici, aux arbres, leur donner des droits, leur permettre d'accéder aux tribunaux, à la justice. Comme le dit l'auteur beaucoup de ceux qui, aujourd’hui, ont accès à la Justice n'y avaient pas accés dans le passé: les esclaves, les femmes, les enfants
Dans un procès Patricia Westerford qui a écrit un livre a succès sur les arbres et leurs pouvoirs est entendu et elle évoque cette phrase que lui a dite son père: "Rappelle-toi! Les hommes ne sont pas l’espèce suprême qu'ils croient être. D'autres créatures-plus grandes, plus petites, plus lentes, plus rapides,plus vieilles ,plus jeunes, plus puissantes-mènent la danse, fabriquent l'air et dévorent la lumière diu soleil. Sans elles il n y a rien." p.307)  Certains seront condamnés alors que la légitime défense aurait dû leur valoir l’acquittement.Et l'un des condamnés a cette phrase: "Bientôt nous saurons si nous avions tort ou raison"!
C'est un livre -et ils sont finalement assez rares- d'où l'on sort changé et le lire en cette période d'épidémie qui remet tant de choses en question conforte dans l'idée que des revirements déchirants dans nos modes de vie sont nécessaires.



  • Je mets, ici, cette vidéo dans laquelle Philippe Noiret lit merveilleusement un recit de Giono consacré à un berger planteur d'arbres dans ce pays de haute Provence sec et désolé.Je pense que ce récit est dans le droit fil du roman de Powers et que l'auteur l'aurait aimé. Et voilà aussi artiste qui va très bien avec ce roman.

jeudi 26 mars 2020

Après le Covid 19: Aveu et révision.


            



La crise sanitaire majeure que nous venons de vivre avec le confinement obligatoire, la saturation des services de santé, l’absence de perspectives à moyen termes et le sentiment de notre extrême fragilité a conduit beaucoup d’entre nous à réfléchir et à remettre en cause nos modes de vie. 

 Le Président de la République, lui-même, a indiqué qu’il y aurait des révisions des politiques d’état nécessaires.
Pour ma part ce qui m’a frappé c’est que le confinement obligatoire, la réduction drastique des voyages en avion ou en paquebot a permis de montrer rapidement que cela entrainait une amélioration nette, très nette, visible à l’œil nu de la pollution de l’air, de l’eau et acoustique 
Les canaux de Venise que je connais bien ont retrouvé de la clarté et on a pu même y voir des poissons ce qui ne m’était jamais arrivé !
A Paris ceux qui sortaient pouvait, à nouveau voir et entendre des oiseaux pour la première fois depuis des lustres !
Les photos satellitaires ont montré une plus belle clarté au-dessus des villes ! Cet article du Figaro montre de manière indiscutable les effets positifs sur l’environnement de cet arrêt de l’activité excessive. Mais il montre également qu’il y aura probablement un rebond de l’activité après la crise, ce qui sera , de nouveau ,une erreur majeure.
Ce que le discours des écologistes n’avait pas pu faire l’épidémie et le confinement l’a fait immédiatement et en grandeur réelle.
Il n’est absolument plus permis de croire que si nous continuons notre mode de vie actuel nous n’allons pas vers la catastrophe qui est déjà là.
Dans un autre domaine on a vu que l’idéologie de la mondialisation a des effets désastreux.
Lorsque pour des rendements économiques plus fort on fait faire ailleurs ce qui nous est essentiel, on délocalise, vient un moment, et ce moment est venu, où l’on devient vulnérable dépendant de pays étrangers.
Comment peut-on tenir le discours de la France « grande puissance » alors que nous dépendons pour notre survie sanitaire de pays étrangers que nous ne pouvons plus fournir les tests, les masques et les médicaments !
Et cette dépendance ne concerne pas uniquement ce qui éclate au grand jour avec cette pandémie., mais beaucoup d’autres domaines.
Pour des raisons de bénéfices on a délocalisé et voilà le beau résultat, en créant au surplus du chômage.
Mais il est aussi certain que ces évènements nous démontrent que rien ne s’arrangera, hélas, avec des demi-mesures et qu’il va falloir des décisions drastiques, difficiles, couteuses.
Je pense notamment que rien ne se fera si nous ne décidons pas collectivement qu’il faut réduire de manière importante les voyages en avions et en bateaux ainsi que la place de la voiture.
C’est évidemment dur, très difficile car nous nous sommes habitués à voyager loin et c’est une chose agréable pour ceux qui le peuvent mais nous avons maintenant touché du doigt ce que ces pratiques coûtent à la terre. Il faut mettre un terme au tourisme de masse qui dénature les villes, les pays et qui est source de pollution.
Je n’ai pas soutenu ceux qui luttaient contre l’extension de l’aéroport de Nantes, je dois dire que les participants me paraissaient un peu huluberlus et pourtant ils avaient raison !
Il faudra donc se resserrer sur nos petits coins de la planète pour y vivre plus tranquille et plus raisonnablement. Il faudra revenir à une agriculture de subsistance plus naturelle., renoncer à cette agriculture intensive qui a fait tant de mal. Il faudra ne plus délocaliser pour accorder plus de profit.IL faudra revoir notre idéologie du progrés et notre rapport au temps .
Tout cela sera très difficile car c’est, en réalité, une autre forme de civilisation, une forme d’injustice aussi car, de nouveau seuls les riches pourront encore profiter un peu du voyage et de ses plaisirs, un retour en arrière, mais comment ne pas voir que c’est cela ou la perte de la planète.
Enfin les politiques et les énarques qui nous ont conduit à la gestion comptable de la santé devraient se remettre en question et se dire que la santé comme le bon sens populaire le dit n’a pas de prix.
Voilà des remises en question nécessaires et j’avoue que j’ai moi-même accepté, soutenu les politiques anciennes mais cette épidémie me force à réviser mes vues. Je reste dans l’idée que l’initiative privée, la liberté sont toujours et resteront essentielles mais que tout devra se faire à hauteur d’homme, à hauteur de pays et de région et que le profit s’il doit demeurer un moteur de l’économie doit se discipliner et se limiter. Nous allons devoir réfléchir sur ce qui dans nos vies est essentiel, la santé, l’éducation, la culture et que nous devons a tout pris préserver et ce qui l’est beaucoup moins, le luxe des voyages, la consommation à outrance, le gaspillage des denrées. C’est à la fois une question de morale et de survie.
Tout cela n’est finalement pas très original, beaucoup le disaient que l’on ne voulait pas entendre, nombreux sont ceux qui le disent avec force aujourd’hui et je ne fais qu’ajouter ma voix à toutes celles qui s’élèvent pour nous le dire. Déjà des projets sont faits au niveau Européen. On lira aussi avec intérêt la contribution des protestants de France Curieusement c’est dans ce moment que j’ai lu des chroniques  de Jean Giono : « La chasse aux bonheur » dans lesquelles il met l’accent sur les plaisirs simples, la vie économe et qu’il condamne avec ironie   "certaines formes de progrés" et le roman récent de Richard Powers « L’arbre monde »  qui est un hymne à la forêt, à la nature, aux arbres que notre monde actuel passe son temps  à détruire.  Allons-nous cette fois écouter ?



vendredi 20 mars 2020

Jean Giono Le médecin de campagne

En hommage a tout le personnel médical qui nous montre en ces temps un exemple de courage et d'abnégation je lis cette chronique de Jean Giono: Le médecin de campagne


jeudi 12 mars 2020

Canesi et Rahmani Ultime preuve d'amour

Messieurs Canesi et Rahmani publient aux Editions Anne Carrière un nouveau roman: Une ultime preuve d'amour. je n'ai rien lu ,jusqu'à présent de ces deux romanciers qui écrivent en duo et dont les romans se situent -ce qui ne peut que me plaire en Algérie et surtout a Alger. Dans un précédent roman ils avaient déjà abordé les mêmes thèmes.
C'est aussi le cas de ce roman d'amour qui se situent dans l'Algérie sur une période qui va de la guerre d'indépendance avec ses crimes, ses attentats,ses blessures en tous genre et les années de la guerre islamique.
J'ai trouvé , au début , que cela ressemblait un peu trop à un de ces romans photos pour midinettes ou encore aux romans à succès de Barbara Cartland, la dame en rose qui vendait des millions de livres!
Je m'y suis tout même laissé prendre et j'ai finalement adhéré a cette histoire d'amour contrarié par la guerre, par l'histoire . Moi qui aime pleurer en littérature j'ai été servi!
Et puis tout se passe dans cet Alger que j'ai connu et que j'ai de nouveau visité en 2016. Tous les lieux évoqués par les auteurs me sont connus et le centre de l'histoire, à l'Hôtel Aletti superbe et mythique Hôtel du temps de ma jeunesse très abandonné et décrépi ( ce que j'ai constaté en 2016) est fort bien décrit.
Je ne dis rien de l'intrigue car il faut absolument la découvrir dans ce roman qui est écrit en faisant alterner le point de vue de divers protagoniste: Inès et Pierre mais  aussi Rachid et Mohand le Groom de l'Hôtel.
A lire par ceux qui connaissent Alger, qui s’intéresse à l'histoire mouvementée du pays et aux midinettes qui veulent pleurer sur des amours difficiles mais superbes.

mercredi 11 mars 2020

Leïla Slimani : Le pays des autres

Ce que vient de publier Leila Slimani est , si j'ai bien compris, le premier volume d'une trilogie qui s'intitule : "Le pays des autres".
Dans ce premier tome ,on fait la connaissance de Mathilde une jeune alsacienne au moment de la guerre de 1944 et qui devient amoureuse d'Amine un jeune marocain, officier au service de la France et qui combat en France.
Le roman s'ouvre très vite sur le retour de Mathilde et Amine , maintenant marié, au Maroc où Amine entend reprendre une terre qui appartient a son père pour la mettre en valeur dans la campagne aux portes de Meknès dans ce Maroc colonial.
On fait donc la connaissance dés le début du roman de la famille d'Amine qui vit dans une ruelle de la Medina de Meknès, sa mère, sa soeur     son frère Omar et , aussi des enfants que le jeune couple ont eu.
On suit la vie difficile de Mathilde dans la ferme de son mari, les soucis d'argent, le rejet par les familles coloniales qui acceptent mal ce mariage mixte. Le roman nous montre aussi la place des filles et ainsi, la soeur d'Amine, Selma , très  belle , qui croit pouvoir vivre librement et qui finira marier de force par son frère. Le roman retrace aussi la période  entre 1950 et 1958 où se se développe la lutte des nationalistes marocains, les manifestations , les attentats , les crimes.
Cette première partie se termine alors que la lutte est forte, la tension extrême et l'on a hâte de connaître la suite. Ce roman est porté par une écriture fluide, agréable mais, dans l'ensemble je trouve tout un peu convenu, attendu et il me semble que ce roman , en tous cas dans cette première partie manque un peu de force, cette force que j'ai trouvé par exemple dans un roman dont le thème le rappelle celui-là, "Préponderants" de Hedi Kaddour  Ce roman a été apprécié par certains et , ici , par exemple.

jeudi 5 mars 2020

Adresse au Parti Destourien libre à l'occasion de son centenaire 1920-2020

Le Parti Destourien Libre fête a fêté le 2  mars son centenaire et ,à cette occasion, certains dirigeants de ce parti m'ont invité à assister a ces cérémonies en Tunisie. je n'ai pu  m'y rendre et j'ai donc adressé , en guise de remerciement , en quelque sorte le message suivant en vidéo.
Je publie,ici , cette vidéo et j'y ajoute le texte écrit.


                                                                   




CENTENAIRE DU DESTOUR 1920-2020
MESSAGE DE MONSIEUR JEAN-PIERRE RYF




Mesdames et Messieurs,
Monsieur Foued Mouakhar, en accord avec Madame Abir Moussi, a bien voulu m’inviter à votre réunion célébrant les cent ans du Destour.
Cette invitation est évidement un grand honneur pour moi et je suis désolé de ne pas avoir pu l’accepter en raison de mon emploi du temps. Je vous remercie cependant vivement et vous dis mon regret de ne pas pouvoir célébrer avec vous cette réunion importante.
Je veux cependant vous adresser ce message en guise de remerciement.
Je veux saluer les nombreux participants qui montrent leur attachement aux valeurs du parti Destourien et par là même comme je le dirai leur patriotisme.
Je voudrai d’abord, avant d’en arriver au fond de mon propos, vous dire dans quel état d’esprit je vous adresse ce message.
Je connais la Tunisie depuis plus de cinquante ans et j’y suis venu régulièrement une ou deux fois par an pour profiter des plaisirs que donne à profusion votre pays : le soleil, la mer, l’accueil chaleureux de son peuple et parce qu’il évoquait pour moi, mon Algérie natale, que j’ai quittée à dix-huit ans et dont j’ai toujours gardé la nostalgie.
La Tunisie, votre pays, a remplacé un peu pour moi, cette Algérie de mon enfance que je n’ai jamais oubliée.
Ceci explique que j’ai suivi l’évolution politique et sociale de votre pays depuis ces cinquante dernières années et que j’ai donc connu le régime du Président Bourguiba, celui de Ben Ali et plus récemment tous les évènements qui ont suivi ce que l’on a appelé : « La révolution du Jasmin » ou encore « le printemps arabe ».
Je voudrai donc vous dire en quelques mots, d’une part, comment je vois la situation actuelle et en second lieu ce que devrait être l’apport de votre parti Destourien à la Tunisie après sa longue et importante histoire.
Je précise que je le fais sans aucune volonté d’ingérence, la politique tunisienne n’appartenant qu’aux Tunisiens, mais comme le ferait un ami.
Je dois vous dire en débutant, que j’ai eu au lendemain de la « Révolution » et du départ de Ben Ali, un immense espoir pour votre pays.
J’ai pensé, qu’avec la qualité du peuple tunisien, due en très grande partie aux réformes du Président Bourguiba dans le domaine des droits de la femme et de l’éducation, ce pays allait choisir la voie de la liberté et du progrès et qu’il allait faire encore un pas de plus vers la modernité.
J’ai, en suivant jour après jour les débats sur les réseaux sociaux, constaté que les Tunisiens s’emparaient avec joie de la liberté de s’exprimer et qu’au fil du temps, par l’échange, la discussion, les débats, chacun progressait dans la connaissance de son histoire, dans la maîtrise des idées politiques et même dans la connaissance du droit constitutionnel.
Cependant j’ai aussi constaté qu’il fallait avoir le cœur bien accroché car je suis passé, comme d’ailleurs beaucoup de Tunisiens, de l’espoir, à la crainte, à l’indignation ; puis de nouveau à l’espoir et, hélas, de nouveau aux regrets et à la tristesse.
Mais je n’insiste pas car vous êtes, tous sans doute, passé par les mêmes étapes que moi.
Je n’entre pas dans les détails mais ce qui a dominé mes sentiments c’est une véritable colère et une forme de honte face à ces hommes politiques et leurs partis dont j’ai détesté l’absence totale de conviction, de patriotisme, occupés seulement de leurs petits intérêts personnels, sans projet et sans ligne directive.
Vous me trouvez, peut-être, bien sévères mais la seule excuse que je peux trouver à ces hommes politiques, sans colonnes vertébrales, c’est la Constitution et le régime électoral, absolument déplorable qui était voulu par les islamistes et qui a, malheureusement, été aussi accepté par des partis qui se disent de progrès et qui favorisent l’émiettement et les tractations douteuses.
Si je voulais résumer la façon dont je vois la situation actuelle, je dirai que le pays court à la catastrophe, à la régression, et qu’il ne peut pas s’en sortir avec la classe politique actuelle et le régime électoral d’aujourd’hui. Car aucun pouvoir n’existe vraiment.
Comme je l’ai dit dans une vidéo, le pouvoir n’est ni à Carthage ni au Bardo en raison de l’émiettement des partis. Aucune politique sérieuse ne peut naître de cette situation.
J’aborde maintenant plus précisément ce que le Destour, votre parti, dont vous célébrez le centenaire de la naissance, peut apporter à la Tunisie en cette période délicate.
Je dirai d’abord que la longue histoire de votre parti depuis 1920 n’a pas été un long fleuve tranquille et qu’il a connu des divisions, des séparations, des retours en arrière, des luttes pour le leadership, mais qu’il faut cependant lui accorder la constance sur un certain nombre de principes sur lesquels il a toujours été intransigeant et qui lui ont permis de conduire, d’abord votre pays à l’indépendance et ensuite à le moderniser en lui donnant un véritable Etat et une administration efficace.
Parmi les qualités essentielles, à mes yeux, de votre parti, je note d’abord le patriotisme.
En définitive, à l’origine de votre parti il y a la volonté de faire accéder le pays à l’indépendance et à le sortir de sa position coloniale. Cela a été un long et difficile combat mais qui, par la persévérance des fondateurs du parti, est parvenu au résultat voulu.
La deuxième caractéristique que je vois dans le Destour c’est son attachement à l’Etat national et au souci de son efficacité et de son indépendance.
Enfin la troisième caractéristique est d’être fondamentalement un parti pragmatique, respectueux des libertés et hostiles aux idéologies totalitaires.
Or on sait depuis Annah Arendt et Albert Camus combien les totalitarismes sont meurtriers et attentatoires aux libertés et aux droits de l’homme.
Le pragmatisme, c’est tenir compte de la réalité, refuser les idéologies plus ou moins rêveuses et avancer en fonction des possibilités et du réel. N’est-ce pas le Président Bourguiba qui a théorisé dans le passé la politique des étapes car il était, à la fois, un visionnaire et un réaliste.
Or ces trois qualités, patriotisme, pragmatisme, attachement à l’Etat national et lutte contre toutes formes de totalitarisme, sont absolument indispensables aujourd’hui et très menacées.
D’abord par les partis islamistes qui ne veulent pas d’Etat et pensent à leur Califat mais aussi par ce qui reste des pan-arabistes qui croient en cette veille lune de l’unité des nations arabes et qui, dès lors, ne voient pas l’Etat national d’un bon œil.
Alors que, maintenir un Etat fort et éclairé, est la seule façon d’aller dans un avenir, certes lointain, vers des unions avec des pays arabes qui, eux aussi, auraient réussi à entrer dans le progrès.
En raison de ces idéologies, certains acceptent que la Tunisie devienne le vassal de certains plus forts ou plus riches ; alors que précisément le Destour, a toujours considéré que la Tunisie devait être un Etat indépendant et libre et qu’il a refusé toutes formes de vassalité., comme vous le faîte encore aujourd’hui avec votre Présidente.
Par ailleurs, l’ennemi principal de la Tunisie, est aujourd’hui l’islamisme politique qui est une idéologie totalitaire et je voudrai insister brièvement sur ce point.
Les partis islamistes instrumentalisent la religion qui devrait appartenir à tout le monde. Les Tunisiens sont des musulmans depuis de nombreuses générations et être un parti qui se dit islamique c’est vouloir créer une division artificielle et meurtrière entre les Tunisiens dont certains seraient de bons musulmans et d’autre pas !
Par ailleurs se fonder sur la religion qui est celle de tout un peuple, c’est vouloir instaurer un régime totalitaire avec une seule vision des choses et de l’avenir et la création d’un nouveau tunisien.
Je voudrai, ici, vous rendre attentif à une phrase qui a été prononcé par M Abdel Fattah Mourou et qui me paraît la chose la plus grave que j’ai entendue.
C’est lorsque dans un aparté avec un obscurantiste il a dit en substance : « que les adultes étaient perdus pour Nadha mais qu’il fallait faire avec les enfants en les éduquant »
Cette phrase est le propre des partis totalitaires qui veulent façonner ce qu’ils appellent le « nouvel homme ». Cela a été vrai des nazis, cela a été vrai des communistes et l’on sait où cela a conduit !
 Ce n’est plus, là, l’éducation à laquelle votre parti est attaché mais la propagande, l’enrôlement et l’endoctrinement idéologique.
Voilà les raisons profondes qui ont fait que j’ai adhéré aussitôt aux discours de votre Présidente Madame Abir Moussi qui, avec lucidité, clarté, persévérance et courage a mis en évidence à la fois les dangers de la situation actuelle et qui a élaboré la seule méthode possible pour en sortir : réformer la Constitution et le régime électoral pour que puisse émerger un réel pouvoir démocratique mais pas impuissant.
J’ai la conviction profonde qu’il est tout à fait possible d’allier démocratie et liberté avec efficacité et réalisations.
C’est la priorité des priorités car rien ne se fera, je le répète, sans cela.
Mais il faudra ensuite, je suis sûr que c’est votre objectif, consolider les libertés, développer l’éducation la seule vraie richesse en ce monde, ce qu’avait compris le Président Bourguiba ; et enfin assurer plus de justice sociale, car la misère, l’absence d’éducation et de culture, conduisent à l’islamisme et aux idéologies mortifères.
Vaste programme mais exaltant.
Je crois que, ce faisant, votre Présidente Madame Abir Moussi et vous-même seraient dans la droite ligne du Destour dont vous célébrez aujourd’hui le centenaire et vous serez, ainsi, fidèles aux anciens, en appliquant à aujourd’hui les exigences qu’ils avaient hier.

vendredi 21 février 2020

Maryan Guisy: Panorama de nos moeurs politiques.




                                                             couv PanoramaImp



Les Editions  Vendèmieire font paraître le livre de Maryan Guisy:" Panorama de nos mœurs politiques" dont le sous titre : "Quand les romanciers d'hier chroniquent le monde d'aujourd'hui" dit bien le projet.
Cet essai montre en tous cas que la détestation des politiques, leurs critiquent souvent virulente, voire leurs caricatures ne datent pas d’aujourd’hui et que la violence des attaques a quasiment existé depuis toujours.
Le grand mérite de ce livre est de nous plonger dans la littérature du XIX° siècle et de nous montrer comment les romanciers se sont saisi du fait politique et du personnel politique pour en faire des protagonistes parmi d'autres de leurs romans.
Ce roman est la mise à la disposition d'un public plus large d'une thèse consacré à ce sujet .
Ce qui fait l'intérêt de ce livre c'est l'incessant aller-retour entre le'épqque des romanciers du XIX° et aujourd'hui.
Pour les amoureux de litterature ce sera l'occasion de relire Balzac, Zola, Hugo et d'autres moins important mais qui eurent leur heure de succès
On y trouve des notations sur l'évolution de l'art oratoire depuis les longues "envolées lyriques" jusqu'au temps des "petites phrases",la disparition d'une forme d'éloquence avec l'apparition du micro qui n'oblige plus a avoir la voix de stentor d'un Jaurès ou Gambetta. Cela n'a cependant pas fait disparaître les discours creux et la langue de bois comme l'ont mis en évidence Flaubert avec son discours au Comice agricole ou encore Zola dans Son excellence Eugène Rougon.
Tout l'environnement des élections n'a guère chnagé non plus et l'abuis des promesses mensongères ce qui a fait dire à Georges Clemenceau : "On ne ment jamais autant qu'avant les élections, pendant une guerre et après la chasse."!
Enfin le livre se termine sur l'"analyse de la foule, de la populace du peuple telle que l'a font les romanciers du XIX° siècle et dont certaines formules sont réapparues a propos du mouvement des Gilets Jaunes.
Le lecteur d’aujourd’hui prendra plaisir a constater qu'il n ' y a rien de bien nouveau sous le soleil et que les critiques qu'il adresse régulièrement au monde politique existaient déjà au XIX° comme en atteste l'oeuvre des romanciers.
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vendredi 7 février 2020

Stefan Zweig: Pas de défaite pour l'esprit libre.

                                           

                                                                           



J'ai lu cet été à Hammamet le très beau livre de Stefan Zweig : "Le monde d'hier" et je connais assez bien cet écrivain qui est l'exemple même de cette culture de la Mittel Europa qui fleurissait en Allemagne et en Autriche au XIX° siècle et qui a été détruite par l'idéologie nazi. Dans le "Monde d'hier" Stefan Zweig montrait bien à la fois cette magnifique culture musicale et littéraire dans laquelle les juifs eurent une large part et comment petit à petit l'idéologie fit ses ravages.

Mais si Zweig était très lucide on lui reprochait de ne pas avoir suffisamment et clairement combattu, restant, disait-on, au dessus de tout cela et ne prenant pas suffisamment parti. Le livre publié aujourd’hui chez Albin Michel porte en sous titre la mention : "Écrits politiques 1911-1942" et est constitué par la réunion de divers articles. Les préfaciers Laurent Sedsik et Brigitte Caïn-Herudent montrent comment ce livre a été publié et pourquoi si tard et disent clairement que les textes de Zweig permettent de porter un autre regard sur son comportement et faire justice de la critique qui lui était faite de ne pas s'engager. Ces écrits sont des écrits d'engagement.

J'écrirai tout de même à titre liminaire que le titre est un peu trompeur car les deux premiers documents n'ont rien a voir avec la politique ou un réel engagement:il s'agit pour le premier 'une invitation a célébrer les écrivains lorsqu'ils sont encore jeunes , le deuxième est consacré a des lettres d'amour et il y a de très beau texte sur le mot paix et sur le sapin de Noél ainsi que sur le Canal de Suez mais je ne vois pastrès bien dans ces textes quelque chose de politique et la marque d'un engagement!
Par contre les textes sur le mot paix et sur les sapins de Noël m'ont paru si agréables, si particuliers dans l'oeuvre de Zweig que je les ai lus pour en faire une vidéo.
                                                   

Il  y a , aussi, des textes intéressants dans lesquels Stefan Zweig s'attaque à la peine de mort et à l'inhumanité de l'emprisonnement. Il le fait en prononçant un véritable réquisitoire contre le métier de bourreau et a propos d'un roman qui fit du bruit , à l'époque, l'Affaire MAurizius"
Enfin vous trouverez une conférence pronnoncée par Stefan Zweig sur l'unité spirituelle de l'Europe qui dresse une large fresque historique de l'Europe depuis Rome jusqu'à nos jours.