mercredi 11 juillet 2018

Philosophie de Camus


Je vous propose un petit texte, résultat d'un travail d'été sur la 
                 PHILOSOPHIE  DE CAMUS


On sait que l’un des procès qui ont été fait à Albert Camus dans les années 50 par l’intelligentsia parisienne était celui de ne pas être un véritable philosophe et l’on se souvient de l’imbécile apostrophe « philosophe pour classe terminale » qui voulait dire le mépris des intellectuels de l’époque pour cet écrivain venu d’Algérie.
Alors il est vrai que Camus a une faible formation universitaire en philosophie et qu’il n’a pas fait « Normale Sup ». Ila un simple diplôme d’études supérieures obtenu à Alger sur un mémoire consacré au relation de Saint Augustin le père de L’Eglise , ancien évêque d’Hippone l’actuel Annaba et de Plotin philosophe grec.
Peu de choses au yeux de ces intellectuels bardés de diplômes !
Par ailleurs il est vrai qu’Albert Camus est d’abord et avant tout un écrivain, une plume qui évite de jargonner comme certains de ses détracteurs.
Et , enfin, sa pensée que nous allons analyser se méfie avant tout des systèmes, des théories, des analyses abstraites faites dans un langage  souvent difficile d’accès.
Alors oui, Albert Camus n’est pas un philosophe de système et on ne lui doit aucune théorie voulant expliquer la totalité du monde mais est-ce a dire ,pour autant, qu’il n’est pas philosophe au sens de celui qui questionne le monde et donne son point de vue sur les grandes questions qui se posent a l’humanité ,je ne le pense pas et je suis même sur du contraire.
Et c’est à cette recherche de la philosophie de Camus que je veux en venir maintenant.

Comme ,précisément il n’élabore pas vraiment un système totalisant, expliquent le  monde il est préférable de commencer par souligner ce qu’il n’est pas, d’analyser les théories qu’il rejette clairement pour tenter ensuite de voir sa propre pensée.
I. L’incroyance

La première chose à souligner ,car elle sous-tend l’ensemble de sa pensée , c’est son incroyance, son refus de Dieu et des religions, car ce refus premier qui le conduit à sa thèse de l’absurde. Le monde , en effet ,ne peut être absurde pour ceux qui croient a une vie ultérieur ,à un monde autre que notre monde terrestre. Pour eux la vie a un sens.
Or Camus n’a jamais pu entrer dans cette foi. Il le dit a de très nombreuses reprises lorsqu’il évoque l’horreur de la mort.
Cela ne l’empêche pas de respecter les croyants et même pourrait on dire de les envier. Il faut lire à cet égard la conférence qu’il donna devant des religieux au couvent des dominicains de Latour-Maubourg en 1948 ( La Pléiade-Essais-p.371 et  s)
Ce texte est important car il nous montre clairement la façon de faire d’Albert Camus et d’abord son respect de l’interlocuteur.
Il faut citer ici , cette partie du texte :
« En second lieu, je veux  déclarer encore que, ne me sentant en possession d’aucune vérité absolue et d’aucun message, je ne partirai jamais du principe que la vérité chrétienne est illusoire, mais seulement de ce fait que je n’ai pu y entrer. » et plus loin :
« Ceci dit, il me sera plus facile de poser mon troisième et dernier principe. Il est simple et clair. Je n’essaierai pas de modifier rien de ce que je pense  ni rien de ce que vous pensez  ( pour autant que je puisse en juger) afin d’obtenir une conciliation qui nous serait agréable à tous. Au contraire ce que j’ai envie de vous dire aujourd’hui c’est que le monde  a besoin de vrai dialogue, que le contraire du dialogue est aussi bien le mensonge que le silence, et qu’il y a donc de dialogue possible qu’entre des gens qui restent ce qu’ils sont et qui parlent vrai. »
Ce texte montre un grand respect de l’interlocuteur a qui on va dire clairement et sans détour son point de vue mais on dont on va respecter la pensée.
Et cela ne l’empêche pas de dire des choses fortes et même dures. C’est ainsi qu’il va dire a ces religieux qu’il n’a pas compris le silence du Pape pendant la période nazis. Il fait référence ici à un problème souvent soulevé sur le silence du Pape Pie XII face aux crimes nazis. Cette affaire a donné lieu après le décès de Camus a une pièce de théâtre qui a fait scandale a son époque et qui s’intitule Le Vicaire  de  Rolf Hochhut en 1963 et, plus tard encore, au film de Costa-Gavras :  « Amen. »
Je trouve que c’est Camus qui a le mieux posé  cette question :
« Et pourquoi ici ne le dirais-je pas comme je l’ai écrit ailleurs ? J’ai longtemps attendu pendant ces années épouvantables qu’ne grande voix s’élevât de Rome.  Moi incroyant ? Justement. Car je savais que l’esprit se perdrait s’il ne poussait pas devant la force le cri de la condamnation. Il paraît que cette voix s’est élevée. Mais je vous jure que des millions d’hommes avec moi ne l’avons pas entendu et qu’il y avait alors dans tous les cœurs, croyants ou incroyants, une solitude qui n’a pas cessé de s’étendre à mesure que les jours passaient et que les bourreaux se multipliaient.
On m’a expliqué depuis que la condamnation avait été bel et bien portée. Mais qu’elle l’avait été dans le langage des encycliques qui n’est point clair. La condamnation avait été portée et elle n’avait pas été comprise ! Qui ne sentirait ici où est la vraie condamnation et qui ne verrait que cet exemple apporte en lui-même un des éléments de la réponse…..Ce que le monde attend des chrétiens est que les chrétiens parlent a haute et claire voix, et qu’ils portent leur condamnation de telle façon que jamais le doute, jamais un seul doute, ne puisse se lever dans  le cœur de l’homme le plus simple. »

Il ne croit donc pas mais respecte ceux qui croient et cela on le verra aussi dans ses romans et notamment l’étranger et La Peste.
Dans l’Etranger on se souvient qu’après sa condamnation à mort Meursault  va avoir un long entretien avec l’aumonier venu lui proposer son aide, aide qu’il refusera. C’est un dialogue puissant dans lequel et à plusieurs reprises Meursault confirme à l’aumonier qu’il ne croit pas et que cela ne l’intéresse pas et il va jusqu’à la colère face a l’insistance du prêtre.
Dans La Peste Camus met aussi en scène un dialogue entre un athée et un croyant ,un prêtre et c’est alors pour montrer que face a un fléau comme la peste il n’est pas nécessaire de croire pour agir et qu’au contraire là où l’homme d’Eglise agit en priant celui qui ne croit pas est plus pratique et il agit ici et maintenant, sur cette terre avec ses moyens pour lutter contre le fléau et aider ses frères humains.
Il y a donc dans cette attitude une mise en place d’une philosophie de la solidarité humaine sans avoir besoin de ce je n sais quelle croyance.


II. L’amour du monde et de la vie

Il est donc incroyant mais il aime le monde et la vie. Chacun connaît ,plus ou moins la vie de Camus qui , d’une certaine manière n’a pas été épargné par le malheur (perte du père juste après sa naissance- pauvreté- sa vie dans une famille illettrée- la maladie grave qui l’atteint jeune encore et qui le poursuivra toute sa vie- difficultés dans sa vie familiale et, enfin , drame de l’Algérie son pays natal) et malgré cela Camus est doué pour le bonheur  et il aime le monde qu’il glorifie comme on glorifie un Dieu.
Il suffit de lire son « Noces a Tipaza » pour comprendre une autre partie de sa philosophie l’accord de l’homme avec le monde, la jouissance des plaisirs simples que donne le soleil et la mer et d’ailleurs il nous dit clairement : a quoi bon les Dieux quand on peut jouir des plaisirs de la vie, de la nature du ciel et de la mer. Ne pourrait-on pas dire qu’il est panthéistes et que pour lui les dieux sont partout et surtout dans la nature ?
Ainsi ce très beau  texte :
« Bien pauvres sont ceux qui ont besoin de mythes. Ici les dieux servent de lits ou de repères dans la course des journées. Je décris et je dis : « Voici qui est rouge, qui est bleu, qui est vert. Ceci est la mer, la montagne, les fleurs » Et qu’ai-je besoin de parler de Dionysos pour dire que j’aime écraser les boules de lentisques sous mon nez ? Est-il même a Demeter ce vieil hymne  à quoi plus tard je songerai sans contrainte : « Heureux celui des vivants sur la terre qui a vu ces choses. » Voir rte voir sur cette terre, comment oublier la leçon ? »

Il y a là un deuxième aspect très important de la philosophie de Camus. Le monde est beau, vivre est souvent agréable et il faut savoir profiter de ce don.

III. L’absurde

Et finalement ce que l’on a retenu de la philosophie de Camus la notion de l’absurde qu’il a développé dans le mythe de Sisyphe c’est précisément le rapprochement qu’il fait entre cet amour de la vie, de la beauté , de la jouissance et la mort.
Vivre est merveilleux mais l’on va mourir. Cela le heurte, le choque, lui fait mal. Il déteste cette idée de ne plus jouir de la vie et cette interrogation qui est d’ailleurs la question fondamentale qui interroge le monde depuis l’origine est celle qui a conduit les peuples de la terre a recherché Dieu, pour Camus à l’inventer car il est choqué par cet appel a un sens face  « au silence déraisonnable du monde ». Oui, il s’interroge sur la finitude de l’homme et personne ne lui répond

IV La solidarité et l’action

En présence de l’absurde et de l’appel à la jouissance des beautés du monde il aurait pu s’orienter vers une sorte de philosophie de l’égoïsme. Puisque il n’ y a rien après la mort et que le monde est beau alors contentons-nous d’en jouir et, pour ce faire, ne nous occupons que de nous, dégageons nous de toutes obligations et servitudes. Par ailleurs puisqu’il n’ y a rien après la mort et surtout pas de jugement alors tout est permis d’une certaine façon.
Et bien pour Albert Camus c’est le contraire. Il insiste sur la nécessité de se créer une morale à l’échelle de l’homme. L’homme doit faire son travail, il doit essayer d’améliorer ce qui peut l’être, il doit être solidaire des autres hommes. La solidarité c’est, je pense, un des grands principes d’action de cet écrivain. Et dans le fond ,nous dit-il, c’est dans l’action, dans l’amélioration de la vie que l’homme peut trouver sa joie. Certes c’est à la fois modeste et toujours à recommencer mais il n’ y a pas d’autres solutions et alors on peut imaginer « Sisyphe heureux » »
Cet exigence de la solidarité elle est enfouie profondément dans le caractère même d’Albert Camus qui a toujours aimé l’amitié sincère, la camaraderie. On se souvient que ces moments de bonheur sont ceux qu’il a passé avec des équipes que ce soit les comédiens quand il s’adonne au théâtre ou des ouvriers typographes quand il est journaliste et qu’il aime descendre au marbre. Et, enfin, ne nous a-t-il pas dit que tout ce qu’il avait appris de sérieux c’est en jouant au foot ?
Camus n’est pas un penseur solitaire et c’est pourquoi il a souffert lorsque le milieu parisien après l’avoir accueilli lui a battu froid.
Et dans son discours de réception du Prix Nobel il est encore revenu sur cette solidarité nécessaire et notamment avec les personnes persécutées injustement.
« Je ne puis vivre personnellement sans mon art. Mais je n’ai jamais placé cet art au-dessus de tout. S’il l’est nécessaire au contraire, c’est qu’il ne se sépare de personne et me permet de vivre, tel que je suis, au niveau de tous. L’art n’est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d’émouvoir le plus grand nombre d’hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes. Il oblige donc l’artiste à ne pas s’isoler ; il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle. Et celui qui, souvent, a choisi un destin d’artiste parce qu’il se sentait diffèrent, apprend bien vite qu’il ne  nourrira de son art, et sa différence, qu’en avouant sa ressemblance avec tous. L’artiste se forge dans cet aller-retour perpétuel de lui aux autre, à mi-chemin de la beauté dont il ne peut se passer et de la communauté à laquelle il ne peut s’arracher. C’est pourquoi les vrais artistes ne méprisent rien ;ils s’obligent à comprendre au lieu de juger.   Et s’ils ont un parti à prendre en ce monde, ce ne peut être que celui d’une société où, selon le grand mot de Nietzsche, ne règnera plus le juge mais le créateur qu’il soit travailleur ou intellectuel. »

V. Le rejet des idéologies
On voit déjà se dessiner la pensée de Camus mais il faut absolument compléter ces idées par l’une de celle qui, a mon sens, domine sa philosophie : le rejet des idéologies, des systèmes complet qui veulent décrire la totalité du monde.  Il ne serait pas loin de penser avec Shakespeare qu’ ‘il y  a plus de choses dans le monde et sur la terre que dans toute la philosophie »
Une grande partie de ses écrits sont une condamnation du totalitarisme et de la violence qui lui est nécessaire. Bien sûr le totalitarisme nazi cela va sans dire qu’il condamne tout en respectant le peuple, allemand dans ses Lettres a un ami allemand, mais aussi et c’est , à l’époque assez peu répandu, le totalitarisme communiste.
Dans l’Homme révolté il analyse les mécanismes  du totalitarisme et les condamne fermement. Cela lui a valu, on le sait , le mépris et le rejet d’une grande partie de l’intelligentsia et des sartriens en premier lieu. Mais c’est  à lui que l’avenir a donné raison et il a été d’ailleurs la raison d’espérer de beaucoup dans les pays touché par le communisme. Dans le fond il a approfondi les idées qu’avait déjà exprimé André Gide dans son « Retour d’URSS ».
Mais ne soyons pas dupe. Il n’est pas pour autant fervent défenseur du libéralisme et quand la droite veut se l’approprier comme c’est le cas de nos jours elle se trompe car si Camus refuse le communisme parce qu’il porte atteinte aux libertés et qu’il est amené à user de violence, il ne soutient pas, pour autant le libéralisme et c’est ce qui a fait que les libertaires, les anarchistes ont retrouvé chez Camus des idées à eux.

Comme on le voit il n’ y a pas chez Albert Camus de grandes théories car il est bien conscient de la complexité du monde qui ne peut se laisser renfermer dans une idéologie, mais il y a des principes qui permettent aux hommes de faire face au monde : absurdité de notre destin, solidarité nécessaire entre les hommes, nécessité de préserver la liberté et rejet de la violence. C’est peu diront certains . Je crois que c’est au contraire beaucoup et la popularité qu’il connaît de nos jours est la preuve que les lecteurs ont compris son message et y adhérent.
Face a toutes les tentations totalitaires qui veulent faire le bonheur des hommes en créant nous disent ces idéologies « un nouvel homme » il insiste pour que l’homme soit respecté et que sa liberté de jouir du monde lui reste acquise.


mardi 3 juillet 2018

La confusion des sentiments de Stefan Zweig au Théâtre de la Grange d'Angaïs

J'ai assisté, hier soir, à un spectacle du théâtre de la Grange a Angaïs comme je le fais tous les ans depuis une quinzaine d'année. C'est toujours un plaisir tant ce lieu est charmant avec sa grange transformé en petit théâtre et la possibilité qui est donné de dîner ensuite permettant aux spectateurs de discuter du spectacle qu'ils viennent de voir.
Hier soir le public, nombreux, était absolument ravi et chacun soulignait la performance réalisée par Boy Demazières, l'organisateur de ce festival qui a tenu une heure trente seul en scène a nous dire ce texte sans que jamais le public ne ressente la moindre monotonie.
J'avais lu le livre de Stefan Zweig il y a de nombreuses années et je l'avais oublié. Je l'ai redécouvert avec beaucoup de plaisir et même mieux que lors de ma première lecture.
Le recit débute le jour où un vieux professeur reçoit de ses collègues et de ses élèves des "Melanges" recueil qui est offert à un professeur d'université qui quitte ses fonctions et qui comprend des contributions de ses collègues et un recensement des ses propres écrits. Ce jour là, ce vieux professeur, se dit que tout n'est pas dans ces mélanges et qu'il y manque un événement essentiel, fondateur, qui a eu lieu dans a jeunesse.
Tout le livre est le récit de cet événement. Jeune étudiant à Berlin il était un garçon dissipé, il rejetait par une sorte d'opposition adolescente à son père la littérature et le travail de l'esprit. Son père, voyant qu'il se perdait à Berlin lui conseilla d'aller étudier dans une petite Université et c'est là qu'il fit la connaissance de celui qu'il appellera, tout au long du recit, "son maître", un professeur qui, dés le premier contact, va l'éblouir par sa passion de transmettre , par ses connaissances et par ce feu sacré qu'il met a faire ses cours. Il y a, au passage, un bel éloge de l'enseignant qui se doit d'être plus qu'un simple pédagogue, formule dont on mesure encore aujourd'hui la grande actualité.
Devenu l'intime de ce professeur et de sa femme on sent , tout au long du déroulement du récit que les rapports a entre ce professeur et lui sont particulier., fait d'élans et de rebuffades, d'admiration et de questionnement et ce sont ces relations que Stefan Zweig analyse avec beaucoup de finesse ( Freud admirait beaucoup cette oeuvre) et l'on apprendra, à la fin, que le professeur a aimé son élève et que l'élève, devenu ce vieux professeur, a aussi, d'une certaine manière aimé ce maître sans que jamais les sentiments ne soient exprimés et qu'ils demeurent dans la confusion.
Cette chute est amené par Zweig par petites touches tout au long et à la fin , on se dit, mais bien sûr, c'est évident!
Ce spectacle m'a t-on dit va se poursuivre dans le pays basque et finir en octobre a Biarritz et je ne peux que conseiller d'y aller.
Je viens aussi de constater qu'il y a eu film tiré de ce roman et qui a l'air réussi.

jeudi 14 juin 2018

Jules Gervais Courtellemont.


L'intérêt d'une bibliothèque importante est que l'on peut redécouvrir , par hasard, des livres que l'on avait perdu de vue.C'est ce qui vient de m'arriver. J'ai redécouvert un livre de photographie qui l'avait été offert,il y a longtemps, par une amie et consacré au photographe  Jules Gervais Courtellemont et à ses photos d'Algérie.
On verra  en lisant l'entrée qui lui est consacrée dans Wikipedia qu'il a eu une vie très riche, qu'il a beaucoup voyagé et qu'il était fasciné par l'Orient.
On pourra lire aussi cet article sur photographie au Maghreb paru récemment.

dimanche 27 mai 2018

Huit jours a Calais

Un ami m'a offert un petit livre édité par les éditions maiade, écrit par Françoise Dudognon :"Quelque chose dans la la lande. Huit jours à Calais.". C'est d'abord un beau petit livre avec une très belle image de couverture qui représente une plage de sable ,l'océan et au fond le ciel et par dessus tout cela un instrument de musique venu d'ailleurs, une sorte de guitare africaine.
Ce livre est le récit d'un séjour de quatre femmes à Calais, venues pour aider les migrants et il raconte, comme un journal l'activité de ces quatre femmes de bonne volonté qui veulent aider à améliorer un peu le sort de tous ces gens malheureux.
J'ai beaucoup apprécié le style à la fois simple, net et par moment émouvant. On peut à lire ce texte s'imaginer ce monde que l'on ne connaît que par des articles de presse et en comprendre l'humanité. Rien n'est appuyé et le pathos en est absent.
Après cette lecture on a rien appris sur ce qu'il faut faire. Doit-on et peut on accueillir dignement tous ces gens? La réponse n'est sans doute pas la même quand on résonne sur la question politique et quand on est confronté l’humain, à l'individu. J'admire en tous cas tous ces gens qui aident tout en ayant, sans doute conscience, qu'il s'agit d'un puit sans fond et que l’aide apportée, si elle soulage ne règle rien. Elle est , cependant, la preuve de l'humanité .

mardi 22 mai 2018

André Brink : Une saison blanche et sèche

Comme souvent c'est après avoir vu le très beau film tiré du roman d'André Brink : Une saison blanche et sèche avec Suzanne Sarandon et une intervention remarquable de Marlon Brando en avocat que j'ai eu envie de lire le roman.Le livre de poche que je viens de recevoir contient une préface rédigée par Ann Wakefield et Gilbert Pestureau qui revient sur l'analyse de ce roman, sur sa place dans la lutte d'un certain nombre d'écrivains contre le régime d'apartheid (Nadine Gordimer, JM Goetze) et les auteurs nous disent qu'André Brink avait une grande admiration pour la vie et l'oeuvre d'Albert Camus et notamment sa vision de l'homme révolté.
Ce roman nous montre d'abord un homme, Ben, vivant une vie de famille tranquille en Afrique du Sud entre son métier de professeur, l'amour de ses enfants, l'amour du travail manuel et sans grande ambition (ce que lui reproche sa femme Susan) et sans ,non plus se préoccuper de la politique de son pays que , dans le fond, il ne voit pas.
Puis des drames vont survenir qui ne le touchent pas directement mais qui frappe un employé noir, un jardinier employé par l'école où il travaille et qui vient de temps en temps faire du jardinage chez lui.
Et donc ce noir, il a appris à le connaître , a connaître son histoire et sa famille et il a de l'estime pour lui. Quand le fils de ce jardinier est d'abord injustement puni et humilié par la justice. Il déconseille au père de faire quoique ce soit. C'est une erreur et elle aura de très grave conséquence car le jeune Jonathan n'a pas supporté cette humiliation et cette injustice et il va se joindre aux jeunes qui, à cette époque (les années 1970) se rebellent contre le pouvoir blanc. Jonathan va donc participer a des manifestations pacifiques mais que la police répriment avec une très grande violence et il finira par être tué, torturé et tué par cette police raciste et aux méthodes criminelles.
Cette police fera tout pour ne pas dire la vérité au père qui l'apprendra à la suite d'une longue recherche pour retrouver le corps de son fils. Ben qui aidait ce jeune a faire des études sera ,évidement bouleversé ,par ce drame et commencera a comprendre la nature du régime politique d'apartheid et de violence.
Et cette violence ne sera pas finie. Le jardinier sera aussi torturé et tué simplement parce qu’il eu la volonté de connaître la vérité et d'obtenir justice! Puis ce pouvoir haineux s'en prendra à la mère qui mourra aussi.
Ben va alors faire sa propre enquête, rechercher les témoins, reconstituer les faits pour qu'ils soient jugés. Il réussira a recueillir toutes les preuves de ces comportements criminels, à les transmettre à quelqu’un de sûr, un écrivain qui pourra en parler. En prenant ainsi le parti de la justice il sera mal vu d'une partie de sa famille, de ses collègues et amis mais rien ne l’arrêtera jusqu'au jour où,lui aussi, sera tué par cette police déshonorée.
En lisant ce roman qui est très prés de ce qui s'est réellement passé on se demande ,une nouvelle fois, comment des comportements aussi "inhumains" sont possibles comme on se le demande, hélas, trop souvent dans les guerres, les génocides, la torture. Comment des hommes en arrivent a ce niveau d'inhumanité? Il n ' ya , hélas, pas de réponses raisonnables.
Il faut lire ce livre magnifique et l'on trouvera ,ici, une analyse littéraire et historique.
                                       

                             


jeudi 3 mai 2018

Vitaly Malkin: Illusions dangereuses

Je viens de recevoir le livre de Vitaly Malkin qui a pour titre : Illusions dangereuses mais surtout comme sous titre :"Quand les religions nous privent de bonheur". Ce livre est d'abord un beau livre dans sa présentation et dans les nombreuses illustrations qu'il contient a savoir des reproductions d’œuvres de peintres célèbres. Il est édité par les Editions Hermann .
Le livre est vendu avec un bandeau reproduisant une phrase de l'écrivain Frédéric Beigbeder: "Ce pamphlet ambitieux prolonge la pensée de Voltaire et du marquis de Sade, deux antireligieux célèbres."
Entre le sous-titre et ce bandeau on voit déjà , à peu prés, le but que poursuit l'auteur et ce but est clairement analysé ,par ailleurs dans la Préface de ce livre traduit du russe.
Il écrit dans cette préface: "Ma thèse est simple: les monothéismes conduisent infailliblement à la haine de soi et des autres, que ceux-ci partagent ou non la même foi. Si Dieu aimait vraiment les hommes,il devrait non pas leur interdire le plaisir, mais les aider à en obtenir davantage. Mais Dieu ne les aime pas. Comme le dit Boualem Sansal , "la religion fait peut-être aimer Dieu, mais rien n'est plus fort qu'elle pour faire détester l'homme et haïr l'humanité."
Ce livre a , par ailleurs un mérite. Il n'est pas écrit comme le serait une thèse universitaire et même s'il est très documenté, érudit par moment , son style en est personnel, l'auteur mêlant a sa recherche des analyses et des expériences personnelles comme le point de départ dont il nous dit qu'il a eu lieu, au cours d'un voyage au Maroc , une expérience de mirages dans le désert.
L'auteur nous dit dans sa préface que l'on peut lire son livre sans nécessairement suivre le cheminent du livre mais en passant d'un chapitre à un autre. En ce qui me concerne je me suis efforcé de lire tout à la suite en commençant par le chapitre initial qui est fondamentale puisque l'auteur analyse les rapports de la raison et de la foi qu'il en décrit les évolutions et, en particulier le recul de la raison avec l'apparition des religions monothéistes.qui mettent la "raison en cage".
L'auteur montre aussi et c'est une idée que je partage entièrement que si Dieu était comme on le dit "bon, tout puissant et omniscient" comment alors expliquer l’existence du mal qui est partout dans le monde? et il développe beaucoup, de manière intéressante, la question de l'existence de Dieu face à la Shoah et il mène , ensuite, une longue étude de l'attitude à l’égard de la mort en partant de peuplades primitives et il en est amené a considérer que "Les religions monothéistes dans leur ensemble sont bien plus des religions de la mort que de la vie. Leur but est de transmuer la peur naturelle de la mort en un espoir et un désir d'immortalité dans une vie outre-tombe." (p.146)
Puis l'auteur nous montre l'attrait des religions pour la souffrance et logiquement la condamnation du plaisir et tout particulièrement du plaisir sexuel qui est la bâte noire de toutes les religions monothéistes. Ces chapitres captivants sont , par ailleurs , très bien illustrés avec des oeuvres très belles et très bien reproduites.
Si l'on ajoute que le livre se termine par une bibliographie qui permet au lecteur d'aller aux sources on dira qu'il s'agit à la fois d'un beau livre sur une question essentielle pour l'humanité  et j'en recommande la lecture. le lecteur y apprendra beaucoup et aura l'occasion au fur et à mesure des chapitres de contempler de belles oeuvres d'art.
Voilà le site du livre qui vous permettra de lire des extraits et de voir des vidéos


lundi 2 avril 2018

Romain Gary: La promesse de l'aube

De Romain Gary je n'avais lu que ce qu'il a publié sous le nom d'Emile Ajar et son merveilleux : "La vie devant soi" dont on a tiré un film magnifique dans lequel Simone Signoret est une madame Rosa inoubliable.
Je viens de revenir à Romain Gary fort curieusement grâce à Nicolas Sarkozy qui a dit tout ce qu'il aimait en littérature dans une émission de la chaîne parlementaire :"Livres et vous" et qui a fort bien parler de Romain Gary. J'ai lu aussitôt :La promesse de l'aube et je dois dire que j'ai beaucoup aimé cette sorte autobiographie, ce récit de sa jeunesse et de ses relations avec sa mère. Ce qui domine , me semble t-il sa façon d'écrire c'est la grande place faite à l'humour. Les événements et les caractères sont peints de manière souvent drôle.
Ce livre nous montre comment une mère peut aider  son fils, lui donner une assurance dans la vie, le protéger et il est vrai qu'elle est une sorte de modèle de la "mère juive". Il ya beaucoup de scènes touchantes , des moments de  difficultés que la mère affronte avec une réelle énergie et du courage et avec toujours cette conviction qu'elle a et qu'elle transmet que son fils fera de grande chose au service le France, qu'il sera "ambassadeur de France, "Grand écrivain"et , de fait , il le sera.  Cette mère étrangère donne a son fils une très belle image de la France et elle ressemble en cela a beaucoup de familles immigrées de toutes nationalité qui s'installant en France, souvent miséreuses, donnent a leur enfants l'amour de leur nouveau pays. Est-ce toujours le cas aujourd'hui? On peut en douter.
Il ya beaucoup de moments émouvants comme ce jour où Romain Gary ayant obtenu le Prix Goncourt,il se rend aux Editions Gallimard et là prend connaissance d'une lettre qui lui a été adressé et dans laquelle est racontée la mort de son père dans un camp de la mort, ce père qu'il n'a pas connu et voici ce qu'il écrit: "Dans sa lettre, sans doute pour me faire plaisir,il m'écrivait que mon père n'était pas arrivé jusqu'à la chambre à gaz et qu'il était tombé raide mort de peur, avant d'entrer.

Je suis resté longuement la lettre à la main; je suis ensuite sorti dans l'escalier de la NRF; je me suis appuyé à la rampe et je suis resté là,je ne sais combien de temps, avec mes vêtements coupés à Londres, mon titre de Chargé d'Affaires de France, ma croix de la Libération, ma rosette de la Légion d'honneur et mon prix Goncourt.
J'ai eu de la chance: Albert Camus est passé à ce moment-là et, voyant bien que j'étais indisposé,il m'a emmené dans son bureau.
L'homme qui est mort ainsi était pour moi un étranger; mais , ce jour-là, il devint mon père a tout jamais." p.122 collection Folio
Il y a, aussi, ce que fait cette mère pendant que son fils fait la guerre. Alors qu'elle est sur le point de mourir et pour que sa disparition ne trouble pas son fils elle met au point un stratagème. Elle écrit plusieurs lettres qu'elle fera poster par une amie a prés sa mort et a intervalles réguliers. Ainsi Romain Gary n'apprendra la mort de sa mère que trois ans et demi après sa disparition.
Il me faudra voir le film pour savoir si il est à la hauteur de ce magnifique livre.