lundi 20 mai 2019

Julien Jouanneau: Le voyage de Ludwig

Julien Jouanneau vient de publier aux Editions Flammarion un nouveau roman : Le voyage de Ludwig. C'est un roman très original car c'est le récit par un chien, Ludwig, de sa vie avec sa maîtresse Hannah pendant l'occupation Allemande et, surtout, de la déportation de sa maîtresse et la recherche à laquelle se livre Ludwig pour  tenter de la retrouver.
On pourrait penser de prime abord qu'il s'agit là d'un procédé et que, derrière ce chien, l'écrivain a fait de l’anthropomorphisme mais il réussit , à mon sens, à bien camoufler ce procédé car il utilise les sens de ce chien dont on sait qu'ils sont différents et tellement plus développés pour certains que chez l'homme, l'odorat bien sûr, une vision  différente, une sorte de sixième sens.






                                                           
Hannah va  être déportée et elle va prendre un de ces trains de la mort dans un wagon a bestiaux. Ludwig qui va réussir à s’échapper de l'appartement court à la gare, assiste impuissant a tout ce remue-ménage odieux et le voilà qui va courir après des trains, à la poursuite de l'odeur et de l'image d'Hannah! Il vivra des aventures cocasses ou éprouvantes, rencontrera des hommes cruels et mauvais mais aussi, quelques fois des hommes bons.
Est-ce crédible? Chacun a lu les récits de ces animaux , chiens ou chats, ayant parcouru des milliers de kilomètres loin de chez eux et qui  retrouvent leur maison et leurs maîtres! Le roman se termine mal. Comment aurait-il pu en être autrement? Mais il est un hymne à la fidélité des chiens et l'auteur évoque d'ailleurs dans une note à la fin du livre quelques exemples de cette fidélité dont celui d'Hatchi ce chien dont la statue est devant la Gare de Tokyo et qui a attendu son maître pendant 14 ans!

samedi 18 mai 2019

Charles Poncet: Camus et l'impossible Trêve civile

Ce livre paru chez Gallimard en 2015 est composé d'un texte de Charles Poncet, ami de Camus et qui a été à l'origine et la cheville ouvrière de cet "Appel a la Trêve Civile" lancé d'une haut d'une tribune par Albert Camus à Alger le 22 Janvier 1956. Il faut ,évidement lire le texte écrit par Camus et qui est très beau .
Charles Poncet retrace ,dans tous les détails, les semaines qui ont précédées cet appel et ils montrent comment cette idée a fait surface.
Il nous montre et c'est un des grands intérêts de ce livre le petit milieu de ceux que l'on appelait les "libéraux" et qui, venus d'horizons idéologiques divers, souhaitaient depuis longtemps faire prendre conscience aux pieds-noirs des injustices  faites aux Algériens et militaient pour une évolution de la situation. Ce groupe ( assez restreint) était lui-même divers et les engagements des uns et des autres n'étaient pas les même et n'avaient pas la même intensité depuis ceux qui militaient pour l'indépendance du pays, qui même apportaient leurs concours aux Algériens, ceux qui étaient favorables à une évolution voir une indépendance mais avec le maintient des deux communautés et ceux qui n'acceptaient pas de perdre leur nationalité française.Il y avait là des anciens communistes, des catholiques ( la hiérarchie étant très ouverte à l'évolution du pays plus que les pratiquants), des protestants.Il y avait , aussi quelques musulmans et notamment Amar Ouzegane qui avait été communiste et les organisateurs de l'appel apprendront après qu'il était membre du FLN.
Tous ces gens étaient -ils des utopistes , de doux rêveur. Il est bien qu'il y ait eu des personnes qui ne résignent pas à la violence et qui croient possible une Algérie ouverte acceptant ses deux communautés, mais avec le recul que donne le temps passé ,il est clair que c'était un rêve qui ne tenait pas compte ni des blessures trop grandes faites aux Algériens, ni des idéologies et des religions dont on a vu, par la suite et encore aujourd’hui qu'elles ne pouvaient que conduire à la séparation.
Le livre contient aussi la correspondance échangée entre Poncet et Ouzegane, des analyses sur les différentes façon dont a été perçue et comprise la démarche qui a aboutit à l'Appel, chacun essayant de t
irer Camus a soi!

dimanche 5 mai 2019

L'Algérie entre révolte et avenir


Je lisais récemment un article sur la difficulté de nommer clairement les évènements actuels qui ont lieu en Algérie et des universitaires dissertaient sur les notions de « révolution » « mouvement ou Hirak » « révolte ».
Cela m’a conduit à réfléchir également sur cette situation.
Je dirai d’abord que ce qui frappe l’observateur c’est la force de ce mouvement et la vue des manifestations de chaque semaine avec cette foule immense démontre que c’est vraiment tout un peuple qui se lève, partout dans le pays, sans distinction de catégorie sociale, de zones géographiques, d’opinion politique.
La seconde observation que chacun a pu faire c’est l’extraordinaire sang froid de ces foules pourtant immenses, leur calme, leur volonté absolue d’être pacifique et sans violence et cet aspect est à mettre en évidence car, en général, une révolte ou une révolution est violente.
Un autre caractère et non des moindres est que ce peuple a manifesté tout au long de ces journées un humour constant dans ses slogans et dans la façon d’exprimer son action. Il a, aussi, et c’est déjà un des bienfaits de ces journées, apprécié le fait de se retrouver et de jouir du plaisir de rire, de bavarder, de prendre possession des rues. Cela paraît banal mais quand on a connu une Algérie triste, morose, inquiète de son avenir, sans réaction face aux abus du pouvoir et a son mépris, c’est une nouveauté et il est clair que cela ne sera jamais plus comme avant quelque soit le sort de ce mouvement.
Quand on a dit cela je serai assez tenté, pour ma part, d’utiliser le mot de révolte tel que nous l’a enseigné Albert Camus. C’est ainsi qu’il écrivait : 
« Qu’est-ce qu’un homme révolté ? Un homme qui dit non. Mais s’il refuse, il ne renonce pas : c’est aussi un homme qui dit oui, dès son premier mouvement. Un esclave, qui a reçu des ordres toute sa vie, juge soudain inacceptable un nouveau commandement. Quel est le contenu de ce « non » 
Il signifie, par exemple, « les choses ont trop duré », « jusque-là oui, au-delà non », « vous allez trop loin », et encore, « il y a une limite que vous ne dépasserez pas ». En somme, ce non affirme l’existence d’une frontière. On retrouve la même idée de limite dans ce sentiment du révolté que l’autre « exagère », qu’il étend son droit au-delà d’une frontière à partir de laquelle un autre droit lui fait face et le limite. Ainsi, le mouvement de révolte s’appuie, en même temps, sur le refus catégorique d’une intrusion jugée intolérable et sur la certitude confuse d’un bon droit, plus exactement l’impression, chez le révolté, qu’il est « en droit de… ». La révolte ne va pas sans le sentiment d’avoir soi-même, en quelque façon, et quelque part, raison. C’est en cela que l’esclave révolté dit à la fois oui et non. Il affirme, en même temps que la frontière, tout ce qu’il soupçonne et veut préserver en deçà de la frontière. Il démontre, avec entêtement, qu’il y a en lui quelque chose qui « vaut la peine de… », qui demande qu’on y prenne garde.
(…) En même temps que la répulsion à l’égard de l’intrus, il y a dans toute révolte une adhésion à part entière et instantanée de l’homme à une certaine part de lui-même. Il fait donc intervenir implicitement un jugement de valeur, et si peu gratuit, qu’il le maintien au milieu des périls. (…) Le révolté, au sens étymologique, fait volte-face. Il marchait sous le fouet du maître. Le voilà qui fait face. Il oppose ce qui est préférable à ce qui ne l’est pas. Toute valeur n’entraîne pas la révolte, mais tout mouvement de révolte invoque tacitement une valeur. »
Camus, L’homme révolté (Gallimard), p 25-26
Et bien les Algériens sont bien ceux qui disent non et qui soulignent aussi que cela a trop duré et qu’ils ne peuvent plus accepter à partir de ce moment le comportement du pouvoir à leur égard.
C’est donc bien une révolte mais, comme le souligne aussi Camus, dans la révolte il y a non seulement un refus mais la volonté d’autre chose et la revendication d’un autre mode de fonctionnement du pouvoir et de la société, en somme une autre valeur.
Les Algériens, le peuple, sait-il vers quelles valeurs il veut aller, vers quel destin, vers quel type de civilisation ? Rien n’est moins sûr et c’est naturel car le peuple, en dehors de son patriotisme, de son amour pour un pays est très divers et dés lors il y a une multitude d’intérêts, d’objectifs et de comportement.
Citons les différences régionales qui demeurent importantes, les différences de niveau social et d’éducation, les différences religieuses, car, même dans un pays musulman dans sa majorité les différences sont évidentes entre les très pratiquants et ceux qui le sont moins, entre les soufis et les salafistes purs et durs et même entre diverses obédiences !
Tous ces gens ne veulent pas la même chose, leurs objectifs sont différents et très contraires entre eux.
Quel est le système politique qui peut unir un peuple malgré ses différences ? Il y a deux systèmes que l’expérience ailleurs a mis en évidence :
-la règle démocratique de la majorité
-la laïcité
La règle majoritaire permet de trancher entre les diverses conceptions et objectifs. Une fois les questions tranchées l’ensemble de la population accepte.
Dans une dictature au contraire le pouvoir jouera sur les différences pour les opposer et le pouvoir sera celui (on l’a vu d’un clan).
Mais il faut ajouter que la vraie démocratie ce n’est pas seulement la règle majoritaire c’est aussi et de manière essentielle, le respect des minorités qui doivent être libres de s’exprimer, de manifester et de militer pour un autre projet avec dans la ligne de mire l’alternance sans laquelle la démocratie n’est qu’une forme déguisée de dictature et il ne suffit pas qu'un pouvoir soit élu pour qu'il soit démocratique!
Ceci étant dit et comme le diable se niche dans les détails tous les mécanismes juridiques ne se valent pas et l’exemple Tunisien est, à cet égard, très significatif.
Les Tunisiens comme les Algériens se sont levés contre un régime de dictature et ses pratiques. Ils ont alors voulu prendre toutes les dispositions juridiques pour qu’une dictature ne puisse plus revenir et c’est dans ces conditions qu’ils ont choisi une Constitution et un régime électoral de proportionnel. Le résultat a été désastreux car plus de 210 partis (ridicules) sont apparus et aucune majorité stable n’a pu voir le jour entrainant des alliances contre nature entre des partis aux conceptions totalement opposées ! La Constitution et le régime électoral ont organisé l’impuissance du pouvoir et a partir de là la régression du pays dans tous les domaines, aucun projet sérieux ne pouvant voir le jour et être mis en œuvre.
Les Algériens devront donc s’ils s’orientent vers la démocratie étudier et tirer des leçons de l’expérience Tunisienne.

La deuxième règle nécessaire est la laïcité car c’est la seule qui permet d’organiser un vivre ensemble apaisé et porteur d’ouverture et de progrès.
L’Algérie est indiscutablement un pays musulman et de cela personne n’en doute et ne le met en cause. Mais il y a, aussi, quelques religions minoritaires et même chez les musulmans il y (personne ne peut le contester) une variété de pratique et d’idée importante puisque il n’y a strictement rien de commun entre des soufis ouverts, tolérants et apaisés à l’exemple de l’Emir Abdelkader ce fondateur de l’Etat et des salafistes intolérant et dominateurs qui veulent imposer, quelques fois par la violence, une façon de croire et de se comporter venu d’ailleurs.
Or qui peut faire qu’un vivre ensemble, une tolérance, une acceptation de l’autre s’installe dans le pays pour son plus grand bien sinon la règle de la laïcité ?
C’est à cela aussi que devront réfléchir les Algériens et qu’ils devront trancher.
Je conclurai cette analyse en disant qu’un pays pour progresser, pour aller de l’avant et pour vivre apaisé se doit de trancher entre ces grandes options. Les hommes politiques ne veulent quelques fois pas trancher pour ne pas perdre de voix, pour essayer de plaire a tout le monde et ce faisant ils ne rendent pas service a leur pays car les non-dits pourrissent la vie de la société.
Alors après la révolte magnifique et bienvenue il faut maintenant que les Algériens prennent conscience des enjeux et les tranchent tranquillement, démocratiquement en s’organisant et ne faisant apparaître des leaders car les leaders sont absolument nécessaires pour parvenir à ces choix qui ne se feront pas spontanément. Et c'est là que l'on entre dans les difficultés mais qui ne sont pas insurmontables. On peut aussi écouter l'équivalent de ce texte dans cette   video


dimanche 7 avril 2019

Les mal-aimés roman de Jean-Christophe Tixier

Les mal-aimés ce roman paru en 2019 chez Albin Michel nous raconte l'histoire d'un petit bourg dans la France du début du XIX° siècle, petit bourg dans lequel était installé dans un important bâtiment une colonie pénitentiaire pour enfants ,un de ces bagnes pour enfant qui furent selon l'expression souvent employée : "une honte pour la République" une de plus dirai-je puisqu'on a employé la même expression pour les prisons de nos jours sans que ,pour autant, de nécessaires progrès soient accomplis!
Le roman est noir et nous dépeint cette société rurale de l'époque avec sa pauvreté, ses travaux des champs exténuants, son absence totale de culture et d'ouverture, dominée par les curés ,où les filles se font engrosser sans même savoir comment cela arrive, où les bâtards sont rejetés, où les vies sont violentes  et courtes.
Dans ce monde de misère et d'ignorance il y a encore plus pauvres et plus maltraités: les enfants envoyés par la Justice dans les colonies pénitentiaires, abusés et traités misérablement par les tenanciers de ces établissements pour qui la maltraitance est la seule forme d'éducation connue  et cherchent encore a faire  un maigre argent en rognant sur la nourriture de ces malheureux qui meurt très souvent peu de temps après leur arrivée. Le roman nous montre aussi que les gens du village participe a un véritable commerce d'enfants les élevant à la dure comme force de travail et des drames arrivent qui perturbent a jamais ces gens frustres qui croient au diable!
A côté de ce qui se passe dans ces bagnes le monde de Dickens paraîtrait presque plus humain.On mesure à lire ce roman l'immense progrès (certes pas achevé) qui a eu lieu dans la prise en charge de la délinquance des mineurs et on a peine a croire à cette vie rurale en France dans ces périodes dans le fond pas si lointaines.
Chaque chapitre s'ouvre avec en tête un court extrait des registres d'écrou de ces bagnes et l'on constate attéré la jeunesse des condamnés ,la lourdeur des peines pour des délits mineurs et leur mort qui survient le plus souvent une a deux années parés leur enfermement.
Pour compléter cette courte analyse de ce roman voici quelques liens sur l’histoire de ces bagnes d'enfants  une honte pour l'humanité!

http://pourquoipaspoitiers.over-blog.fr/article-temoignage-l-horreur-du-bagne-pour-enfants-honte-de-la-republique-125335466.html

http://www.justice.gouv.fr/justice-des-mineurs-10042/histoire-de-la-justice-des-mineurs-12891/bagnes-denfants-30885.html

mercredi 27 mars 2019

Fernando Aramburu Patria

Lu ce livre paru en 2018 chez Actes Sud et qui est un gros pavé de plus de six cent pages mais qu'on lit avec intérêt et plaisir car le style de cet écrivain est original , direct et très évocateur. Les chapitres sont courts et tout est conçu comme une peinture par touches qui mélangent passé et présent. L'histoire se passe dans un petit village basque , en Espagne , tout près de San Sebastian et évoque à travers l'histoire de deux familles l'histoire récente de cette région au moment de la guerre menée par l'ETA pour l’indépendance du pays basque. Je pense que pour vraiment comprendre l'histoire il n' y a que le roman qui puisse en donner tous les aspects.  Qui mieux que Léon Tolstoï nus fait comprendre la campagne de Russie dans Guerre et Paix?  J'ai beaucoup appris de la guerre d'Algérie que j'ai pourtant , en partie vécu, dans les romans consacrées a cette période.
Eh bien je comprends mieux le problème basque après la lecture de ce beau roman.
C'est l'histoire de deux femmes Bitori et Miren qui se connaissent depuis l'enfance, qui ont voulu toutes deux devenir religieuses, qui toutes les deux se sont mariés et ont eu des enfants et que le conflit basque va séparer. Le mari de Bitori a refusé de payer l'impôt révolutionnaire d'ETA ( en réalité soyons clair une rançon sous la menace) et il est tué devant sa maison  et alors sa famille montré du doigt regardé d'un sale œil  par le reste du village. Et voilà un village paisible, deux familles heureuses et amies, séparées tout a coup par l'histoire.
Au fil de la lecture nous voyons la vie de ces deux familles, leurs bonheurs et leurs malheurs et les liens , quelques fois forts qui existaient entre eux détruis par l'attentat. Nous suivons le drame d'  Arantza victime d'un  accident neurologique et qui se retrouve complètement paralysée et muette avec une scène émouvante lorsque Xavier le fils de Birotti, médecin va voir cette jeune femme avec laquelle il a flirté dans a jeunesse.
On suit l'évolution des enfants devenus des adultes, leurs histoires personnelles ,leurs amours et la façon dont ils font face, chacun a sa manière, au drame qui a eu lieu et qui déchire le village.
On suit les ravages que fait le ressentiment, la division, la haine qui s'installe et les diverses façon dont chacun fait face .Certains veulent s'éloigner, quitter cette ambiance délétère, d’autres au contraire sont en plein dans la volonté de participer a la lutte pour indépendance avec des motivations quelques fois très légères et acceptent l' inacceptable de tuer sans plus avoir aucune considération pour la personne, le meurtre devenant un acte banal de lutte et les uns et les autres se montent la tête sans réelle réflexion.L'auteur décrit très bien cet sorte d'engrenage qui fait que plus personne n'a la moindre barrière morale et particulièrement les jeunes comme le fils de Miren dont on doit constater qu'il n'est pas une lumière et qu'il suit entraîné par d'autres. Et a un moment (p.398) un des protagonistes dit ce qu'il en pense : "L'ETA doit agir dans interruption. Il n' a pas le choix. Il ya belle lurette qu'il est tombé dans l'automatisme de l'activisme aveugle. S'il ne fait pas de mal,il n'est pas,il n'existe pas, il n'a plus aucun rôle. Cette façon mafieuse de fonctionner dépasse la volonté de ses membres......." et plus loin  "Je ne peux pas comprendre que des types qui prétendent défendre l' euskera tuent des  euskaldunes; que des gens qui veulent reconstruire Euskadi tuent des Basques....." Tout est dit de la folie de ce genre de mouvement.Le roman est émouvant en ce qu'il nous montre des vies bousculées à la fois par les événements naturels de la vie et par la folie de certaines idéologies irresponsables. A la fin de la lecture on a envie de se dire : Quel gâchis! Tant de vies meurtries et pour quoi?


dimanche 17 mars 2019

Olivier Bellamy Requiem pour un chat

Un ami venu dîner m'a offert trois livres. Quelle excellente idée! Et parmi eux ce premier lu: "Requiem pour un chat". L'auteur est confronté dès le début de son récit à la maladie et à la perspective de la mort de Margot sa petite chatte. A partir de là le récit croise les événements de sa vie, les sentiments, les souvenirs familiaux et aussi sa double passion pour la musique et pour la littérature dont il dit joliment (p.171) "La musique et la littérature sont restées deux passions qui nous relient.L'une pour "désirer les choses qui n'existent pas " comme dit Gabriel Fauré, l'autre pour enrayer la disparition des choses qui 'ont peut-être existé que dans notre imagination et que nous nous employons néanmoins a faire revivre."
L'auteur qui est un grand mélomane  analyse ça et là de nombreuses grandes oeuvres dont il nous donne l'essence.
Il y a bien sûr des pages émouvantes et éprouvantes sur la maladie de Margot, les soins lourds qu'elle doit supporter et sur l’inéluctable fin qui laisse l'auteur anéantie. Et bien sûr  cette lecture fait écho en moi à la maladie de mon petit chien et m'annonce des perspectives inéluctables et l'on voudrait pourtant tellement écarter!
Le livre se clôt pourtant sur un chapitre heureux. L'auteur s'est vu offrir un nouveau petit chaton à La Marsa en Tunisie où il a ses habitudes et le récit de son retour en avion avec ce petit chat non encore vacciné m'a rappelé nombre de voyages avec mon petit chien.
L'auteur se livre aussi en début des chapitres qui tous contiennent dans le titre la lettre M a un petit jeu sur cette lettre de l'alphabet. C'est original.
Au final on éprouve de la peine pour Margot mais surtout on connaît assez bien Olivier Bellamy car ce livre est, dans le fond, son portrait.

vendredi 8 mars 2019

Venise a double tour de Jean Paul Kauffman

Un ami m'a signalé la parution de ce livre sachant mon amour pour Venise. Je l'en remercie car j'ai beaucoup aimé ce livre que j'ai lu aussitôt. Un élément m'a poussé à le commander rapidement. J'ai lu , en effet, dans la présentation de cet ouvrage que Jean Paul Kauffman avait passé plusieurs mois à Venise et précisément dans le quartier de la Giudecca où je séjourne moi-même lorsque je vais à Venise.
Sur ce plan je n'ai pas été déçu et l'auteur donne des nombreuses indications sur son séjour et, tous les lieux, restaurants, cafés et commerces dont il parle je les ai fréquenté très souvent. Il montre bien aussi ce qui fait le charme de la Giudecca ,à la fois loin et toute proche de Venise, son calme, ses habitants véritables et anciens vénitiens et la vue que la Giudecca donne sur Venise qui, pour moi, est la plus belle et Jean Paul Kauffman le dit aussi.Il évoque ces promenades le soir dans le quartier et dans ce petit endroit qu'est la Giudecca je retrouve mes propres pérégrinations! Il écrit ce à quoi je souscrit entièrement : "De jour comme de nuit, le panorama depuis la Giudecca est sans égal.Je n'en connais pas de plus beau ni de plus glorieux."
Il a souvent sur cette ville des notations pertinentes et par exemple (p.57-58): " Ce que j'ai toujours apprécié dans cette ville, c'est qu'elle ne dissimule ni ses plaies, ni ses fissures, ni ses crevasses, ni ses affaissements. Ce qui est rompu, entrouvert ou lézardé est exhibé."
Il y a aussi l'évocation d'un certain nombre d'écrivains amoureux de Venise et notamment de Sartre qui aimait beaucoup cette ville et qui a même écrit-ce que j'ignorai-un livre "La Reine Albemarle"
Sur le fond le projet de l'auteur m'a, au début, paru très singulier puisqu'il était décidé a visiter toutes les Eglises de Venise qui sont fermées depuis souvent des dizaines d'années. Je me disais et il fait,lui-même la réflexion que l'on a bien assez avec les Eglises ouvertes que  l'on a du mal a connaître toutes ainsi que les oeuvres qu'elles renferment. Mais je dois dire que je me suis laissé prendre a cette sorte de suspens dans lequel il nous plonge: arrivera t-il ou non a se faire ouvrir ces Eglises fermées comme des forteresses? Ces églises fermées dépendent de plusieurs institutions: le Patriarcat de Venise, l’Hôpital, les Services culturelles et les recherches ne sont pas simples et lorsque l'auteur obtient, enfin, un rendez-vous avec le Grand Vicaire il doit jouer serré avec ce personnage important pour son projet et qui est en lui-même une énigme!
C'est aussi ,pour lui, une manière de répondre à la question qu'il pose et se pose tous ceux qui veulent écrire sur Venise:"Comment écrire sur cette ville sur laquelle tant et tant a été dit?" Et bien l'auteur a trouvé un angle singulier, original que cette recherche inlassable des Eglises fermées dans une ville qui en compte tant.
L'auteur nous explique les premières émotions religieuses de sa jeunesse qui, sans doute, sont l'explication de cette quête peu ordinaire.
Beaucoup de critiques picturales et l'on voit bien que l'auteur est un amateur très éclairé, des pages intéressantes sur la cuisine à Venise pour déplorer comme je le fais moi-même que, dans l'ensemble ,on mange assez mal dans les restaurants de Venise,sur les méfaits du tourisme de masse bien connus mais difficiles a régler
Ce livre plaira aux amateurs d'art et notamment de peinture. Le projet initial me paraît toujours après lecture assez artificiel mais je répète qu'on se laisse prendre a cette recherche et qu'au fil des pages on en apprend beaucoup sur Venise.